"Je n'ai pas vécu la liberté, mais je l'ai écrite sur les murs" (la révolution syrienne)

Un 23 décembre

Un camarade a envoyé sur le groupe qu’il allait au rassemblement de soutien à 18h, rue du faubourg Saint Denis. Ça a motivé deux trois personnes, donc on a décidé de s’y retrouver à la tombée de la nuit. Le boulevard Sébastopol était bloqué par des cars de police, de nouveaux cars grisés à la carrosserie flambant neuve, parce que joyeux noël, n’est-ce pas. La rue elle-même était encadrée par des rangées de mecs en armure, qui avait d’ailleurs sortie le lance-grenade à répétition. Au cas où, n’est-ce pas. Pour une fois les bars étaient tous fermés, ainsi que les kebabs et les pizzerias. Une foule encore plus dense que d’habitude et des éclats de verre par terre ; sur les téléphones les vidéos de l’après-midi, où la police avait gazé, chargé et matraqué. “C’est parce que Darmanin s’est fait sifflé” commente un gars, et on rigole. Les gars qui étaient là ne rigolaient pas par contre, et j’ai pas vu la police reculer aussi vite depuis les Gilets Jaunes. Faut croire qu’un Kurde en vaut deux. “Mais pourquoi y’a pas de musique ? Les gens vont bouger après ?” demande quelqu’un qui visiblement s’est perdu. “C’est une veillée de soutien pour les trois personnes assassinées, donc non y’aura pas de musique. Et après on va nulle part.” “Y’a beaucoup d’étrangers quand même.” “C’est parce que les trois victimes étaient kurdes.” “Et vous êtes des étrangers, vous ?” Des regards s’échangent avant de lui répondre. Y’a vraiment des gens chelous…

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A LA UNE

Mais au fait, l’antisémitisme, c’est quoi ?

in Mémoires Vives by

Après une explosion d’actes et de discours antisémites qui est loin d’être terminée, alors que les thèses complotistes circulent non seulement largement mais de plus en plus ouvertement dans le débat public, comment ne pas diffuser l’intervention de Tal Bruttmann sur l’antisémitisme à un colloque organisé et diffusé en ligne en octobre 2017 par la CGT ? On vous prévient tout de suite, cette intervention est bien plus sympa à écouter que la lecture de notre tentative d’introduction ! Voilà en quinze minutes, de manière concrète et claire, l’essentiel, pour commencer à réfléchir à ce qu’est l’antisémitisme, ses liens avec le racisme et la xénophobie, ses spécificités. Nous ne pouvons pas vous mettre tous les exemples, mais vous y trouverez, dans le désordre, Weinstein, Picasso, Zemmour, Gainsbourg, Krasucki, bien sûr Rothschild et quelques autres encore. Et des complots et des banquiers, évidemment. Non seulement c’est pas chiant, mais ce qu’on apprécie à Lignes de Crêtes, c’est que cette intervention, tout en se concentrant sur les fondamentaux de l’antisémitisme, n’oublie en rien les autres idéologies de haine, ne cède jamais à l’essentialisation ni à l’idéalisation des minorités. Enfin des réponses aux questions que vous n’avez peut-être jamais osé (vous) poser sur l’antisémitisme. Beaucoup de rigueur sans rigidité et quelques lumières qui éclairent les mécanismes de la haine, pour mieux en sortir. Enjoy !

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Antisémitisme: le fantôme jamais congédié

in Chroniques de la violence brune by

La bête immonde Contre l’antisémitisme, on peut se tenir bien, comme le chantait Léo Ferré dans les Anarchistes, bras dessus, bras dessous mais jamais joyeux. Seulement debout. Au début des années 2000, on assistât à une libération de la parole antijuive. A gauche, nous fumes alors peu nombreux à réaliser l’ampleur du désastre à venir. Car les mots, disait Sartre sont des pistolets chargés. Et au bout des mots, il y eut des meurtres. Aujourd’hui comme pendant la manif Jour de colère de janvier 2014, l’antisémitisme n’a plus d’alibi. “Juifs casse-toi la France n’est pas à toi” criaient alors les adeptes de Soral et Dieudonné dans une triste préfiguration. La cause palestinienne, plus orpheline que jamais, ne sert même plus de paravent à la haine. Cimetières et pierres tombales profanées, graffitis haineux mais aussi slogans et banderoles faisant référence à la banque Rothschild, sont devenus quotidiens. Et puis ces scènes qui suscitent effroi et dégoût mêlés; Finkielkraut pris à partie par une meute pogromiste, Ingrid Levavasseur, une Gilets jaunes qui avait eu l’outrecuidance de se rêver porte-parole, bousculée insultée; puis traitée de sale pute… la haine misogyne, la haine antisémite, la même…. Bien sûr les paroles sont confuses comme ceux qui les profèrent; du vert, du noir, du rouge et beaucoup de brun, ils peuvent traiter une “goy” de “sale juive” et leur antisionisme un peu bancal suggère à un Juif, oh combien français, de “rentrer” à Tel Aviv… Mais cette confusion et cette bouillie idéologique sont aussi une des…

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Faire vivre la révolution syrienne, refuser la normalisation du régime Assad

in Chroniques du déni by

Le 18 février prochain, au centre Wallonie-Bruxelles de Paris (antenne de l’agence chargée des relations internationales Wallonie-Bruxelles), se tiendra une projection débat autour du film Damascus de Myrna Nabhan. Il s’agit là d’un évènement de normalisation et de relations publiques du régime Assad, qui intervient quelques jours après les premières arrestations en Europe de Syriens accusés de crimes contre l’humanité, en tant que membres des services de renseignements syriens. Myrna Nabhan est une jeune journaliste belge d’origine syrienne et marocaine. C’est une des figures de propagande du régime Assad, sur ses médias, télévisés notamment. Elle est proche de politiciens belges qui ne mettent en avant que le sort des chrétiens d’orient (alors que c’est l’ensemble de la population syrienne qui vit depuis des années des situations très dures), notamment Gorges Dallemagne. Dans une interview sur son film, Myrna Dabhan déclare « Dans le film, des jeunes parlent du coût de la vie, qui a énormément augmenté à cause de la guerre. Les gens n’ont plus les moyens de se nourrir. Ça peut être une raison pour un départ, ça peut pousser à prendre différentes décisions. Les sanctions internationales sont imposées au pays et c’est la population civile qui paye le prix. » Pas un mot donc de la politique du régime Assad et de ses crimes, en réaction aux manifestations pour la liberté, la justice et la démocratie ou avant la révolution débitée en 2011. Raconter la guerre, nous dit la présentation de son film, sur le site du centre Wallonie Bruxelles, « c’est…

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Ensemble, debout, contre toutes les haines

in Chroniques de la violence brune by

Ce 14 février, la maison d’éditions d’extrême-droite Ring a de nouveau laissé libre cours à ses obsessions racistes et morbides en accusant notre collectif d’être une sorte de Al Qaeda bis. En effet, nous avions eu l’impudence, la veille de publier un texte contre leur présence à la foire du livre de Bruxelles. Nous estimons en effet que les organisateurs de ce genre d’évènements, censés promouvoir la culture et le savoir, ont bien d’autres choix qu’un éditeur publiant Marsault (récemment condamné pour harcèlement à l’encontre d’une camarade féministe), Laurent Obertone (l’un des phares de l’extrême-droite française) ou Papacito qui appelait, il n’y pas si longtemps à constituer des milices violentes pour s’en prendre aux antiracistes. Nous sommes désormais habitués aux obsessions de Ring à notre égard. Et plutôt flattés que dans un élan de conspirationnisme assez risible, ils nous imaginent derrière toutes les initiatives de soutien aux victimes de leurs chasses virtuelles, qui enfin, ont lieu en ce moment. Par contre, nous n’accepterons pas d’être désignés comme des complices des attaques et des menaces terribles et inqualifiables qui pèsent sur Zineb El Rhazoui, cible de Daech et d’autres groupes terroristes. Nous savons qu’elle soutient clairement des auteurs d’extrême-droite comme Laurent Obertone ou Marsault. C’est son choix, et face à ce choix-là, nous serons solidaires de celles et ceux qui en subissent les conséquences. Mais notre choix, à nous, est aussi de ne rien avoir à dire de plus contre la femme victime des meurtriers et des terroristes, si ce n’est…

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Contre la participation des éditions Ring à la foire du livre de Bruxelles 2019

in Chroniques de la violence brune by

Le texte qui suit reprend en partie une lettre envoyée à Grégory Laurent, commissaire général de la foire du livre de Bruxelles, à laquelle il n’a pas répondu pour le moment. Du 14 au 17 février 2019, pour la troisième année consécutive, les éditions Ring seront présentes à la foire du livre de Bruxelles. Nous nous opposons à la participation, jamais remise en question, d’une maison dont les auteurs principaux sont des acteurs phares de l’extrême-droite culturelle et qui s’est déjà rendue responsable de nombreuses campagnes de harcèlement. Lors d’une discussion qui s’est déroulée en avril 2018 au sujet de la présence des éditions Ring et de leur auteur Marsault à la Foire du Livre de Bruxelles, Grégory Laurent affirmait que leur participation relevait d’une erreur. L’organisation se serait aperçue tardivement de leur inscription et de la nature de cette maison, et il était alors trop tard pour les refuser. Pourtant, Ring disposera à nouveau d’un stand lors de la foire du livre 2019, avec Zineb El Rhazoui, Laurent Obertone, Armelle Carbonel, Mattias Köping et Papacito. Contacté au début du mois de février, le commissaire général de la Foire du Livre affirme ne pas être en mesure de refuser la location d’un stand lors de son événement. Visiblement pieds et poings liés, ni l’organisation de la Foire, ni les institutions comme la Communauté Française (qui nous encourage quand même, à demi-mot, à réagir publiquement), ne s’estiment capables de priver l’éditeur de la fantastique vitrine qu’ils lui offrent. Ring (à propos…

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A nos amis, dégagez!

in Chroniques du déni by &

Il paraît qu’on ne choisit pas sa famille, mais ses amis, oui. Pourtant, certains d’entre eux, nous ne les avons pas choisis. Ils sont arrivés dans nos vies politiques, comme arrivent les vautours dans les moments de deuil, de doute, de déroute, de désespoir, avec leur fausse compassion et leurs remèdes empoisonnés. Ils sont nombreux des deux côtés. Ils nous aiment parfois passionnément et peu importe que cet amour nous sacrifie sur l’autel de leurs tristes passions. C’est qu’à travers nous, ils se détestent un peu moins… Depuis longtemps déjà, il y a les amis des Arabes, ceux qui les imaginent sur un âne dans le désert, aussi démunis que violents et sanguins. Ceux-là, depuis longtemps, leur offrent leur propre frustration en guise de solidarité et leur haine des Juifs en gage de loyauté. Ceux-là se mobilisent pour les Palestiniens mais le sujet de leur passion semble être Israël et les Juifs. Que des Palestiniens meurent de faim dans les camps syriens, que le monde arabe se soulève, qu’il aspire à la liberté et il n’y a plus personne pour répondre présent. On aime les Arabes en hiver pas au printemps… Et puis il y a les nouveaux amis des Juifs, fervents soutiens de ce qu’il y a de pire en Israël, évangéliques allumés et autres défenseurs de la « civilisation occidentale ». Quand ce ne sont pas les nouveaux amis de Netanyahu; Orban, Bolsonaro, Trump pour qui le nom d’Israël est devenu synonyme et alibi de leur croisade barbare. En France,…

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LE PEN DEMISSION. PARTOUT.

in Instants/Prises de positions by

Ces dernières semaines, l’extrême-droite et les fascistes ont eu une divine surprise : partout des forces politiques se sont proposées d’elles-mêmes pour être la marionnette des ventriloques bruns. Au mois de novembre, Emmanuel Macron avait fait preuve d’imagination prémonitoire en décidant, dans le cadre d’une itinérance mémorielle, de rendre hommage au Maréchal Pétain. Le premier personnage de l’Etat, en cédant à la poussée culturelle fasciste avait tracé un chemin. Il l’a suivi, notamment ces derniers jours par une  déclaration  terrible sur un Gilet Jaune emprisonné, qu’il a désigné comme « Gitan » et de ce fait, censé parler d’une certaine manière. Celui qui incarne la République où tous les hommes sont censés naître libres et égaux en droits, a énoncé comme une évidente banalité la division en races, ou en communautés essentialisées : les Gitans parlent comme ceci, les Juifs autrement, sans doute et les Arabes et les homosexuels et qui encore ? La question ne se pose pas seulement au plus haut sommet de l’Etat : ces dernières semaines, elle a été amenée de manière très concrète dans un mouvement censé justement s’opposer à la vision du monde et à la politique du Président. Le mouvement des Gilets Jaunes recouvre certes des réalités complexes, des souffrances, des revendications qui pourraient -parfois- se recouper avec celles des mouvements sociaux qui ont eu lieu depuis quelques années : contre la casse du Code du Travail, contre la politique d’immigration raciste qui prévaut depuis longtemps. Mais la complexité du réel n’est pas…

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Marsault, dessinateur d’extrême droite condamné pour harcèlement

in Chroniques de la violence brune/Féminisme by

Communiqué de Lignes de Crêtes du 22 janvier 2019 et mise à jour du 3 février 2019 Ce 18 janvier le dessinateur d’extrême-droite Marsault a été condamné à une amende de 5000 euros (et 5000 autres mais en sursis) ainsi qu’à 2000 euros d’indemnisation pour avoir appelé au harcèlement en ligne de Megane Kamel, militante féministe et antifasciste. Cette décision de justice est un des aboutissements d’un combat inégal : d’un côté il y avait un homme de pouvoir, capable de mobiliser en quelques heures des milliers de harceleurs, eux-mêmes prêts à déployer insultes, intimidations, menaces, intrusions dans la vie privée d’une militante. Un homme de pouvoir, soutenu par Ring, maison d’édition florissante, comptant parmi ses auteurs des leaders culturels de l’extrême-droite comme Laurent Obertone. Un homme de pouvoir qui a lancé sa traque à un moment où il bénéficiait d’un lectorat bien plus vaste que son camp politique, qui était reçu dans de nombreux salons littéraires et de nombreuses librairies et défendu très largement, même dans certaines parties de la gauche , au nom de la « liberté d’expression ». En 2016, protester contre la violence des dessins de Marsault, outil de propagande raciste et sexiste, quelle que soit leur qualité artistique – ce dont nous n’avons que faire -, c’était un peu crier dans le désert. Trois ans plus tard, le combat de Megane a donné beaucoup de courage à d’autres dont nous sommes. Combat politique, combat psychologique, combat judiciaire. C’est un donneur d’ordres qui est condamné aujourd’hui.…

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Non à la peine de mort, non au meurtre d’enfants, soutien à Nicolas Hénin

in Prises de positions by

Nous ne sommes pas dupes. Derrière les appels à laisser les djihadistes Français en Syrie, à les fusiller sur place, se cache le retour de la peine de mort. Comme d’habitude, l’extrême droite utilise l’émotion, la colère et la peur pour appeler à rétablir la peine de mort et pour offrir à Bachar al Assad une monnaie d’échange. Ces appels font désormais partie du débat public. L’idée d’offrir des djihadistes français à Bachar al Assad, de les assassiner sans procès, ou de déléguer ces assassinats est devenue banale après les attentats, et les voix qui s’élèvent contre cela au nom des valeurs démocrates mais aussi de l’efficacité dans le combat contre l’idéologique djihadiste sont souvent disqualifiées. Mais cette question a pris une ampleur nouvelle avec les propos de Patrick Jardin qui appelle à tuer les enfants de djihadistes. Des enfants tout court donc. Rien de moins qu’un appel au meurtre prémédité d’enfants, 44 ans après la dernière condamnation à mort d’un mineur en 1975, et 80 ans après la dernière exécution d’un mineur en 1939. Ces propos ont valu à leur auteur de se faire supprimer son compte notamment suite au signalement de Nicolas Hénin qui subit aujourd’hui le harcèlement et les attaques des fascistes qui défendent Patrick Jardin, père d’une victime du Bataclan. Ces méthodes indignes, ignobles sont le visage du fascisme mais le pas qui est franchi en dit long sur ce que serait la peine de mort si ces gens là étaient au pouvoir. Derrière cette question…

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DAU: the art of making money with exploitation and human suffering

in Other Languages by

I saw, in my Facebook contacts, several dithyrambic posts about “DAU”, a gigantic project of film and art installation, halfway between reality TV, immersive theatre and totalitarian experience. DAU is the project of a director named Khrzhanovsky, who seems to have unlimited power and means at his disposal. He created a set of filming in Ukraine, reproducing a city, full of hidden cameras, and in which, 400 people lived for three years more or less in immersion and in an imitation of a totalitarian system. Immersive Dictatorship for customers spectators… The cinematic images produced will be broadcasted in Paris, as part of a kind of immersive show, at the “Théâtre de la Ville” in Châtelet. To view them, one has to fill out a Visa application that asks highly personal questions (by allowing the use of our personal data without any restrictions to DAU), to pay an expensive price, and to commit to staying between 6 to 24 hours inside the facility. Initially, I was obviously intrigued by this project that seems to be out of the ordinary, but several things in the (very positive) articles, shared by my contacts, quickly made me feel uncomfortable. In several of these articles, it was mentioned in passing, as if it was only a detail, of unpaid work, authoritarianism of the director, crises of madness or violence, unsimulated and filmed… This alarmed me and added to the mistrust I already had about the idea of privileged people in France paying to give themselves…

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DAU: de l’art de faire son beurre avec l’exploitation et la souffrance humaine

in Chroniques de la violence brune by

J’ai vu, dans mes contacts Facebook, plusieurs partages dithyrambiques sur “DAU”, un projet gigantesque de film/installation artistique à mi-chemin entre la télé réalité, le théâtre immersif et l’expérience totalitaire. DAU c’est le projet d’un réalisateur qui s’appelle Khrzhanovsky, qui semble disposer d’un pouvoir et de moyens illimités. Il a créé un set de tournage en Ukraine, reproduisant une ville, truffée de caméras cachées, et dans laquelle, pendant 3 ans, 400 personnes ont vécu, plus ou moins en immersion, dans une imitation de système totalitaire. Dicature Immersive pour les clients spectateurs… Les images produites vont être diffusées à Paris en étant intégrées à une sorte de spectacle immersif au théâtre de la Ville à Châtelet. Pour les visionner il faut remplir une demande de Visa qui pose des questions intimes (en autorisant l’exploitation de nos données personnelles sans aucune restriction à DAU), payer cher et s’engager à rester entre 6h et 24h à l’intérieur du dispositif. J’ai évidemment d’abord été intrigué par ce projet qui semble hors normes, mais plusieurs choses, dans les articles (très positifs) que mes contacts partageaient, m’ont rapidement gêné. Dans plusieurs de ces articles, il était fait mention, au détour d’une ligne, comme si ça n’était qu’un détail, de travail gratuit, d’autoritarisme du réal, de crises de folie ou de violence non simulées et filmées, etc. Cela m’a alarmé et s’est ajouté à la méfiance que j’avais déjà à l’idée que des privilégiés, en France, payent pour se donner le frisson de la dictature. Je me suis…

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Conférence de Yahia Hakoum – Lignes de Crêtes et Souria Houria

in Révolution by

Conférence tenue le 16 novembre 2018 Ecouter Yahia Hakoum parler des nouvelles consciences dans la révolution syrienne, c’est entendre une voix qui bouleverse. Au sens affectif, certes, mais surtout dans celui de chambouler nos manières de penser. Nos manières de penser la révolution syrienne, ou peut-être les révolutions tout court. Nos manières de penser notre situation ici, si l’on veut bien se laisser bousculer. Yahia parle de choses concrètes, des photos de Bachar al Assad déchirées, de sa sœur qui divorce, de messages sur les murs et de l’essor de la presse, de comment des tas de gens ont construit une conscience politique, des discussions en famille, des évolutions individuelles et parfois des ruptures avec des proches sur les fondamentaux de la révolution. Rien que cela fait du bien, face à tant de discours géopolitiques, idéologiques ou macro-économiques qui masquent tout ce qu’il y a d’émancipateur dans la révolution syrienne (et d’autres). Cela donne envie d’avoir des luttes à raconter de cette manière. Car ce que Yahia décrit, c’est une société où quelques uns d’abord, bien plus ensuite, ont bravé la peur d’une dictature sanguinaire et où la réaction aux massacres du régime est devenue un marqueur essentiel. Où toutes les violations des droits humains, même celles de son propre camp, sont dénoncées par les révolutionnaires. Et ce que la révolution a réussi, c’est mettre au cœur de toute la société syrienne cette question des droits humains, des libertés fondamentales, la question des minorités, la démocratie, le refus de groupes…

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L’ombre des guillotines

in Mémoires Vives by

Ces derniers jours ont vu refleurir ce que je croyais être enterré depuis longtemps : les questions sur la légitimité de l’abolition de la peine de mort en France. « Nous pourrions en débattre. » Voilà ce que des responsables politiques de tous bords (et non plus circonscrits au FN/RN) se permettent de dire publiquement ces derniers jours, course électoraliste dangereuse et pyromane. Rétropédalages vaseux pour certains ? Oui, en effet. Cela malheureusement n’ôte rien à ce qui a eu lieu: des responsables politiques hors du champ de l’extrême droite ont touché à ce qui est aujourd’hui un tabou. Vilain mot, me diront certains. Les tabous, la morale, les valeurs, seraient devenus des termes honteux et honnis. Pourtant, chaque être humain se construit autour de ces mots-là.

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Yellow Vests: violence and anomy

in Other Languages by

The Yellow Vest movement (Gilets Jaunes in French) is practically an anti-barrier to fascism. The exact opposite of what took place in the second round of the presidential elections when Macron was elected to prevent the fascist politician Marine le Pen from becoming president. The slogan « Macron Démission » – Macron Resign ! Allows this movement to unite the ones with no political horizon on one hand and those having the desire to rerun the second round of the presidential elections or to abolish the republic on the other hand. In this fashion this movement is a fascist movement, because it has the power to convince people to turn towards fascism. The anti-barrier to fascism is also what is expressed by the part of the left in France tempted to join the Yellow Vest movement. This left abhors facing the fascism inside the Yellow Vest movement it seeks to support and therefore develops an argumentative arsenal aimed at bypassing, breaking, forgetting the anti-fascist barrier France endured throughout the elections. « They are not all like that, criticizing them is class contempt, we must walk on one ground with the extreme right to prevent the extreme right from gaining ground; I have a friend from an anti-racist movement that was there so it proves the movement is not entirely racist; The fascist acts or slogans do not embody the movement; fascists are everywhere so we can’t do anything, it is a normal thing to also have fascists inside a social movement » etc. The left…

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Gilets Jaunes, violence et anomie

in Chroniques du déni by

Les Gilets Jaunes sont l’anti-barrage au fascisme. Le slogan « Macron démission » permet d’unir ceux qui n’ont aucun horizon politique et ceux qui ont pour horizon de rejouer le second tour ou d’abolir la république. C’est en cela que ce mouvement est un mouvement fasciste, car c’est un mouvement qui peut convaincre des gens de se tourner vers le fascisme. C’est aussi l’anti-barrage au fascisme qui est exprimé par cette gauche tentée de rejoindre les Gilets Jaunes. Celle là ne supporte pas qu’on lui rappelle la réalité du fascisme du mouvement et développe tout un argumentaire destiné à briser, dépasser, oublier le barrage au fascisme. “Ils ne sont pas tous comme ça; c’est du mépris de classe; justement il faut aller sur le terrain avec l’extrême droite pour pas lui laisser le terrain; j’ai un ami du comité Adama qui y était; c’est pas représentatif; c’est minoritaire; y’a des fascistes partout donc c’est normal on ne peut rien y faire”. La gauche se construit consciencieusement son déni et ses justifications, qui resserviront par la suite.

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De la fierté et de l’humiliation

in Féminisme/Instants by

Depuis plusieurs jours, plusieurs semaines, je tournais autour d’un point sur lequel je ne parvenais pas à mettre le doigt. C’est au cours d’une conversation entourée de mes camarades, que j’ai trouvé le lien. Une de mes amies prononça au milieu de nos débats, le mot fierté. ….

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Marsault, à la barre, en petit garçon tombé du Ring

in Chroniques de la violence brune/Féminisme by

De dos, ils ressemblent à trois potes d’enfance qui ont fait une grosse connerie. Machinalement Marsault arrive et met d’emblée ses mains serrées derrière son dos, puis se force à laisser tomber les bras le long de son corps. Des trois prévenus, il est celui qui a réussi, qui fait l’admiration de ses deux amis, alors il se tient droit devant les juges. Il ne bouge pas, sauf quand sont énoncées les insultes et les menaces que son appel à lynchage a générées en août 2016 contre Megane Kamel. Là, il oscille d’un pied sur l’autre, systématiquement. Sinon, il reste immobile, BREUM tatoué à l’arrière de la tête, mais de face, on ne voit pas, on voit juste un grand mec, avec des petites lunettes. Qui sont ces hommes ? Le savent-ils eux-même ? Tous trois ont reconnu les faits. Marsault n’hésite pas à un évoquer un “lynchage”. Personne ne lui a demandé, il le dit de lui-même. Oui, il a initié un lynchage, mais initié seulement. Et puis il a hésité avant. Tout s’est passé très simplement. Marsault faisait des “dessins à l’humour graveleux”, c’est “son gagne-pain”. Un gagne-pain juteux, 80 000 euros en 2016. A ce moment-là, il est content, il a trouvé un éditeur, Ring. Bref tout va bien, sauf qu’existe “une partie de la population qui n’aime ni ses convictions, ni ses dessins”. Et dont certaines osent le dire et agir. C’est tout l’intérêt de ce procès, finalement. Détailler un processus étape par étape. Celui qui…

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L(‘)arme politique

in Révolution by

« Je vous promets que la révolution syrienne va changer le visage du Moyen-Orient parce qu’elle change les êtres humains de l’intérieur. Les révolutions ce sont des idées, et aucune arme ne peut tuer des idées. » Raed Fares Voilà quelques jours que je cherche les mots… Que savons-nous de la torture, de la répression, des régimes autoritaires, des assassinats politiques ? Que savons-nous de la résistance et des révolutions ? Vendredi matin, 23 novembre, en Syrie, ils ont assassiné Raed Fares et son ami Hamoud Junaid. Je ne connaissais pas ce dernier. Nous étions nombreux à suivre le premier. Il restera une figure majeure de la révolution syrienne. La perte est immense. Écœurante. Déchirante. Depuis le mois de mai, en Arabie Saoudite, ils ont emprisonné et torturent plusieurs activistes engagés en faveur des droits des femmes: Loujain al Hathloul, Iman al Nafjan, Aziza al Yousef, Samar Badawi, Nassima al Sada, Mohammad al Rabea et Ibrahim al Modeimigh. Une liste de noms. Et parmi eux, la sœur d’une amie. Je ne peux imaginer les angoisses qu’elle et ses proches affrontent. Celle-ci nous demande de relayer des articles pour alerter l’opinion publique. S’il-vous-plaît, faites résonner ces noms, donnez-leur un écho au-delà de cette liste sinistre de prisonnier.e.s politiques. Alors, je cherche, cherche encore les mots sans vraiment les trouver. Et si, à bout de mots, nous trouvions des moyens d’action? Il est devenu insupportable d’entendre le ronron inquiétant autour de la montée des fascismes aux quatre coins du globe. Comme un prétexte à l’immobilisme,…

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À #NousToutes, démonter le Ring

in Chroniques de la violence brune/Féminisme by &

Entre Ring et nous, tout a commencé sur une phrase de trop. Pas un dessin, pas de l’« art », non une phrase de trop. Une phrase de Marsault, une phrase de militant d’extrême-droite, qui un jour de l’été 2016 a appelé ses troupes à détruire une femme. La même histoire aurait pu commencer avec Soral ou avec Dieudonné. Ou avec Serge Ayoub ou avec Obertone. Tous ces prédateurs, depuis des années ont une méthode bien rodée face à celles qui n’acceptent pas la diffusion de leurs pratiques et de leurs idées dans la société. Face à elles qui estiment que le racisme, l’antisémitisme, l’homophobie, le sexisme, ne sont pas des opinions comme les autres qu’on aurait le droit d’exprimer, mais des armes qui nous oppressent, pas dans l’éther des théories, mais dans la réalité. Un jour de l’été 2016, des centaines, des milliers de fascistes se sont acharnés sur une seule femme. Pas une dirigeante politique connue, pas une star des réseaux sociaux, pas une intellectuelle en vue, pas une artiste reconnue. Juste une jeune combattante féministe et antifasciste de base. Sa faute ? Avoir osé se féliciter qu’un dessin sexiste de Marsault lui ait valu une levée de boucliers, enfin, et une censure de Facebook. Sa faute ? Avoir osé se réjouir d’être un tout petit peu moins opprimée. Sa faute ? Avoir osé se mettre à égalité avec les Maîtres Bruns. Avoir osé se réjouir de vaincre. Ne pas avoir été seulement une victime qui pleure, mais…

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On the difference between clogging an artery and creating a heart

in Other Languages by &

It is significant that, all of a sudden, one remembers there that Arab springs happened in 2011. But using this recollection to legitimize the French Yellow Vest movement, is showing a misunderstanding of these two movements, which remain very different despite formal similarities. These comparisons are not made for the glory of the Arab Spring, but rather to reinforce another comparison, the one with the French Revolution. Well, but the French Revolution it is far, so one will use the Arab Spring for making the connection. What is interesting however, is that by highlighting everything that opposes the Yellow Vests and the Arab Springs, one can highlight how the Yellow Vests is remote from a revolution.

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