"Je n'ai pas vécu la liberté, mais je l'ai écrite sur les murs" (la révolution syrienne)

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Laïcité

VIDEO – Saboter un meeting : mode d’emploi

in Ecole/Vidéos by

Hier soir, Jean-Michel Blanquer, David Corceiro et Cécile Rilhac étaient en visite à Domont pour dresser un bilan élogieux de la politique éducative conduite sous le quinquennat Macron. Blanquer et ses porte-flingues offerts sur un plateau à la vindicte valdoisienne, on ne pouvait pas refuser ça. J’avais préparé un petit texte* pour l’occasion et je m’étais mis un costard pour me déguiser en militant LREM.  On est arrivés sur les lieux avec quelques camarades syndicalistes sur les coups de 20h. Là, bonne surprise, j’apprends qu’il y a des gilets jaunes et des stylos rouges pour nous accompagner. On rentre dans la salle, et on constate à vue de nez qu’il y a très peu de sympathisants LREM. On les repère facilement. Le rapport de force est avec nous. Un collègue s’assoit à côté de moi et commence à me dire: “Oh purée ça va être génial”. Le meeting commence par un discours de Rilhac qui vante sa loi instituant un statut de directeurs d’école avec des mots creux. Dès le début, sa voix est couverte par le bruit de la foule. Au moment des applaudissements, on constate que seul un tiers de la salle est acquise au discours LREM – les premiers rangs en fait, tout le reste de la salle est ouvertement hostile à la politique de Macron et Blanquer. Des voix commencent à s’élever, des huées bientôt, et cinq minutes après le début, deux ou trois personnes apostrophent la députée se font sortir par la sécurité. La suite…

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Rioufol, l’antisémitisme, l’islamophobie ou l’histoire d’un manque d’hygiénisme antiraciste.

in Antisémitisme by

Pour bien mesurer le niveau de la victoire d’Ivan Rioufol, on peut faire un peu de politique-fiction et penser à la crise de jalousie qu’a du faire Alain Soral ces derniers jours. Pendant que lui est dans la difficulté, ostracisé même dans les sphères fascistes parce que dévoré par la génération suivante de néo-nazis, condamné à de multiples reprises, c’est donc un plumitif du Figaro, un conservateur ‘extrême-droite qui n’a jamais quitté les sphères de la respectabilité bourgeoise, qui sur C News, en pleine lumière, énonce, conscient de son propos et avec gourmandise, la transgression négationniste qui, très logiquement suit toutes celles de Zemmour sur Vichy. On sort du territoire français, du débat éternel sur Pétain, pour aller vers le chapitre final, celui où non plus seulement la collaboration de Vichy à l’extermination, mais le processus du génocide commis par les nazis lui même peut être nié. Cette fois, c’est à un de ses symboles internationaux que l’on s’attaque, sur C News, soit une chaîne d’infos comme une autre. Comme une autre car il reste bien peu de gens dans ce pays pour la qualifier de média d’extrême-droite, son propriétaire étant aussi celui d’innombrables organes de presse. Désormais en France, en 2022, c’est la réalité du ghetto de Varsovie, celle de l’antichambre des camps d’extermination que l’on nie . La situation est si dramatique pour la lutte contre l’antisémitisme, pour la bataille de la mémoire que la réponse des historiens et des militants antifascistes est en elle-même une défaite. Désormais…

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Audio Antisémitisme et islamophobie : sommes nous condamnés à être des frères ennemis

in Antisémitisme/Chroniques de la violence brune/islamophobie/Podcast by & &

Le 6 novembre, à la Mutinerie, trois intervenants, Rafik Chekkat, militant contre les violences policières et l’islamophobie, Hamza Esmili, anthropologue et activiste antiraciste, et Nadia Meziane, membre de Lignes de Crêtes introduisent  une conférence contre l’antisémitisme par un des sketchs les plus populaires de Dieudonné. ” Conseil de classe” met en scène une réunion dans un collège, destinée à statuer sur le cas d’une jeune fille qui a décidé de porter le voile en classe. Dieudonné y interprète tous les personnages d’une tragi-comédie cumulant tous les clichés racistes et antisémites possibles, le prof désabusé laïque, les parents arabes, noirs, juifs, asiatiques et blancs qui s’affrontent impitoyablement. Vingt minutes qui ont beaucoup fait rire autrefois, mais qui ne feront rire presque personne cette fois, tant la fiction fasciste apparaît prophétique dans la France de 2021, tant le sketch de Dieudonné est devenu la réalité de Zemmour et de Darmanin, celle qu’ils tentent d’imposer à un pays tout entier. Trois heures pour tenter un autre récit sur nos vies soit-disant séparées, trois heures à parler en vrac des manifestations antisémites autour du refus du vaccin, des fermetures de mosquées imposées par la loi Séparatisme, et pour refaire ensemble l’histoire de ces années terribles où la concurrence prétendue des mémoires a fait perdre la mémoire des luttes antiracistes possibles, ensemble, sans angélisme, sans cacher nos peurs, nos rancœurs, nos divisions et nos affrontements communautaires, sans faire table rase du passé, sans dire que tous les racismes sont pareils, sans faire de comparaisons jalouses…

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Le désir de révolution et le religieux au temps de 68

in Féminisme/Mémoires Vives/Religions/Révolution by

En 1968, nous les jeunes militants révolutionnaires rêvions d’un autre monde et nous étions sûrs qu’il allait advenir. En pleine guerre froide alors que la décolonisation commençait à peine et que nous sortions de deux guerres coloniales sanglantes en Indochine et en Algérie, deux défaites pour la France, alors qu’au Vietnam les gouvernements américains s’enlisaient dans une interminable et terrible guerre contre les combattants de la liberté et que la jeunesse progressiste luttait à la fois pour les droits civiques et contre la guerre qui les décimait, nous rêvions de Révolution. L’ « immigré » Il n’y avait pas de jeunes immigrés ou « issus de l’immigration » dans les banlieues. Les immigrés qui venaient en France travailler dans les usines automobiles, vivaient pour la plupart seuls dans des foyers sordides, deux ou trois par chambres minus­cules. Ils dormaient sur des lits superposés de métal et parfois lorsqu’ils faisaient les trois-huit, ils se partageaient le même couchage à des horaires différents. Ils préparaient collectivement leur nourriture dans des grands chaudrons sur des réchauds à gaz ou à alcool. Le soir, ils se retrouvaient devant le couscous le plat de poisson ou au café. Sans femmes, sans enfants, ceux-là étaient au pays, dans leurs tribus ou leur bled aride et mi­sérable. L’ouvrier immigré ne rentrait chez lui qu’une fois par an s’il avait pu économiser pour payer son voyage. Le regroupement familial n’existait pas. « L’immigré » était mascu­lin, seul et adulte. D’ailleurs il n’y avait pas encore de barres d’HLM en banlieue, ou si peu. Par…

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Unorthodox et le conformisme des archétypes.

in Médias etc. by

Unorthodox a généré et générera de nombreux articles journalistiques et bientôt académiques. La presse juive américaine a livré quelques réactions particulièrement critiques y compris venant d’ex-orthodoxes qui ont ressenti le désir et la nécessité de s’extirper du monde khassidique, mais n’en sont pas pas moins réservés et parfois scandalisés par la manière dont la série dépeint leur univers d’origine. Ces réactions portent sur la manière dont la vie communautaire et familiale est décrite ainsi que sur la vraisemblance même du récit, particulièrement de la partie berlinoise dont même le “coach” en chef (et rabbin dans la série) a pu dire dans une interview récente qu’elle ne peut correspondre à un parcours réel. On a largement comparé Unorthodox à la série israélienne Shtisel. Cette dernière relève également d’une recomposition du réel, il s’agit de “cinéma”, pas d’un documentaire “caméra à l’épaule” ou d’un épisode d’une télé-réalité anthropologique à ne surtout pas inventer. Mais Shtisel ne s’est pas construite sur le même genre d’oppositions et personne, semble-t-il, ne s’est senti trahi, sans doute parce que le monde de cette série n’est pas univoque mais complexe. Celui de Unorthodox est dur, parfois inhumain. Son héroïne n’est pas déchirée entre des aspirations paradoxales à l’instar du professeur de religion et peintre de Shtisel. Elle s’oppose mais sans qu’on ne comprenne vraiment comment son opposition s’est construite ou ce qui la distingue de ces femmes qui papotent à l’entrée de l’immeuble dont elle s’enfuit. Seule la fuite la motive. Interroger le succès de la série…

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Comment être souverainiste et républicain? L’islamophobie

in Laïcité by

Suite au discours glaçant du président de la République sur l’instauration d’une “société de la vigilance” face à “l’hydre islamiste”; suite à la scène terrible de cet élu fasciste interpellant une femme voilée devant son fils lors d’un conseil municipal; suite à l’attentat islamophobe de Bayonne survenu le 28 octobre dernier; suite à l’interview de Macron dans Valeurs Actuelles venant ainsi cautionner les précédentes horreurs, un appel à manifester contre l’islamophobie fut lancé par la gauche radicale et le CCIF. Cet appel et cette manifestation déclenchèrent alors un déluge de réactions, y compris de la part de gens dont on aurait pu s’attendre à ce qu’ils choisissent un autre moment pour ressortir leurs versions soft de la tenaille identitaire. Parmi ces réactions, la plus emblématique nous semble être celle de République Souveraine, le mouvement de Georges Kuzmanovic, qu’on pourra lire ici dans le journal Marianne contrôlé par la souverainiste d’extrême droite Natacha Polony. Car cette tribune mais aussi le panel que Georges Kuzmanovic a réuni pour le colloque qu’il a organisé samedi 16 novembre, incarnent parfaitement et avec les meilleurs arguments, la façon dont l’islamophobie mène au souverainisme, et la façon dont le souverainisme a besoin de l’islamophobie pour se rendre cohérent. Ce n’est pas une surprise de voir ainsi la frange la plus radicale du printemps républicain aller remplir les tables rondes du souverainiste pro-Poutine Kuzmanovic. Fatiha Boudjahlat déjà experte islamophobe sur Sputniknews, experte en voilement encensée par l’économiste pro-Poutine Jacques Sapir sur le site du bloggeur pro-Poutine Olivier…

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Affaire du “hijab Décathlon”: laïcité au sens large ou racisme ?

in Laïcité by

L’ « affaire » du hijab de running est le dernier développement des débats sur la place de l’Islam en France. Ces débats semblent sans fin depuis 1989 dans un contexte de progression de l’influence des tendances fondamentalistes parmi les musulmans de France (sans que l’on sache précisément dénombrer ceux que l’on rassemble sous le vocable d’islamistes) et une plus grande visibilité dans l’espace public de cette présence par l’affichage vestimentaire, par les femmes en particulier, de cette adhésion à cette forme de pratique de l’Islam. Cette évolution se déroule dans un contexte marqué par des attentats revendiqués par le djihadisme islamiste et commis par des Français, ou des jeunes hommes qui ont grandi sur le sol français, ce qui ne peut que conduire à soupçonner toute forme de fondamentalisme islamiste de collusion avec cette violence jamais aveugle puisqu’elle a ciblé des victimes et des lieux tout à fait clairement identifiés. La décision prise par une enseigne de grande distribution de commercialiser ce vêtement à destination des femmes ne pouvait que susciter des crispations car une nouvelle fois elle remettait au centre du débat la question de la place des femmes dans la religion musulmane et de son rapport aux hommes. Derrière ce fait anecdotique se rejoue la question lancinante du contrôle par ces femmes de leurs corps, la question de l’obligation qui peut leur être imposée de se couvrir, voir de se dissimuler, dans une société qui a vu les femmes françaises par leur mobilisation devenir progressivement maîtresses de…

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Christophe Tarricone : “L’école a représenté pour moi le seul moyen possible d’ascension sociale et d’acquisition d’un capital culturel”

in Ecole/Entretiens/Instants by &

Entretien avec Christophe Tarricone, professeur d’histoire-géographie, historien LC: Laïcité. Autant commencer cet entretien sur ce mot là. Si on doit parler de l’enseignement, de l’école, des profs et de l’histoire, de toute façon, les lecteurs chercheront l’endroit où nous en parlons. Ca n’a pas toujours été le cas. Tu es prof depuis longtemps, par choix, ce mot là faisait-il partie de tes pensées concrètes et prioritaires quand tu as décidé de ton avenir ? La première fois que je t’ai lu sur Facebook, tu avais écrit un commentaire clairement offensif contre ce que certains appellent la « non mixité raciale », et que j’appelle de l’auto-défense antiraciste, nécessaire dans certaines circonstances. Je me suis dit « Tiens, encore un cochon de laïcard », et aurais-tu lu certaines de mes prises de positions, sans doute te serais tu dit « Tiens encore une saloperie d’islamo-gauchiste ». Après divers échanges, on est un petit peu sortis des étiquettes hâtives. En ce qui me concerne, après toutes ces années où la laïcité s’est confondue le plus souvent avec ce que j’estime être des offensives de stigmatisations racistes à peine déguisées, j’ai énormément de mal à ne pas être en position défensive dès que j’entends ce mot. Toi, tu es un laïque assumé et pas raciste. Alors en quoi la laïcité est-elle pour toi un combat positif, un combat utile et un combat universaliste ? J’ai passé les concours en 1995 et pour des enseignants de ma génération, il ne me semble pas que la…

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