"Je n'ai pas vécu la liberté, mais je l'ai écrite sur les murs" (la révolution syrienne)

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Entretiens

Une conversation contemporaine: révolution, immigration, antisémitisme, islamophobie (2)

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Le premier volet de la conversation entre Hamza Esmili et Nadia Meziane, consacré à la révolution syrienne, se trouve ici. L’immigration, la gauche. Tu situes ton engagement à l’intersection d’une condition sociohistorique, l’immigration et le collectif qu’elle fonde, et d’un espace, celui de l’extrême-gauche française. Comment la rencontre de l’un et de l’autre s’éprouve pour toi ? Nadia Meziane : J’ai grandi dans une gauche en perdition, qu’on appelait banlieue rouge, au début des années 80.La gauche radicale, pour moi, c’est d’abord l’identité de la défaite injuste. Ma banlieue était calme. En tout cas au sens capitaliste du terme. Dévastée par le chômage, l’alcoolisme, l’héroïne, la laideur architecturale, l’ennui, celui des jeunes et celui des adultes. Mais il n’y avait pas d’émeutes et d’ailleurs même pas de commissariat. Il y avait aussi un grand port industriel en bord de Marne et la mairie communiste bénéficiait de l’impôt sur les sociétés, Du grand rêve révolutionnaire, il restait aux barons locaux du PCF, quelques éléments de social: donc on avait un petit cinéma, deux bibliothèques, des vrais terrains de sport, des colonies de vacances pas chères. Dans les villes de droite ou socialistes à côté, il n’y avait rien. Mais c’était le PCF. Des amoureux de l’ordre  qui identifiaient les jeunes issus de l’immigration coloniale au «lumpenproletariat » . Donc, mon premier conflit idéologique avec la gauche radicale, c’est vers mes dix ans, quand les gros bras de la mairie dégagent les « toxicos » comme ils disent, d’abord à coups de…

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” Le complotisme est d’abord une cosmogonie, une parole mythique sur la naissance du monde”, entretien avec Sylvie Taussig

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Le “conspirationnisme” est sans doute l’un des objets politiques les plus étudiés et débattus du moment pandémique. Comme tout objet politique, il est en partie défini de manière subjective par celles et ceux qui l’étudient tandis que sa définition est en grande partie rejetée par ceux qui sont définis comme tels. L’originalité de l’essai de Sylvie Taussig réside sans doute beaucoup dans une tentative d’explication du phénomène  qui ne cache pas son lien profond avec la subjectivité de l’autrice. Chercheuse, c’est à partir de ses sujets de recherche antérieurs qu’elle a réfléchi sur les conspirationnismes. En l’occurrence, la gnose, cette quête de transcendance intérieure face au Mal originel du monde, transcendance, qui cependant, ne peut passer que par l’Initiation à la Vérité par la médiation de celui ou de ceux qui savent. Ce point de départ situé aboutit à une réflexion passionnante, sans doute parce qu’elle évite deux écueils: le mépris politique et la déshistoricisation vis à vis des conspirationnistes. Bien qu’extrêmement dur politiquement dans le jugement sur ces courants, son essai tente une filiation et une réinscription dans l’histoire des idées et des passions philosophiques  politiques et religieuses de l’Occident, et sort l’analyse du surplomb militant visant à voir les conspirationnistes comme des pions manipulés par une idéologie totalement étrangère à ce qui peut animer bien d’autres engagements ” respectables”. Surtout de Kant à Descartes en passant par une modération radicalement optimiste dans la recherche du Bien et de la Vérité, quête en partie illusoire et en partie constitutive…

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Rabia, militante de la solidarité au quotidien, l’islamophobie et le courage du pardon

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Rabia est précaire, bénévole à J’Aide la Chance, une association humanitaire qui organise notamment des distributions de nourriture trois fois par semaine dans une ville populaire de banlieue. Elle est aussi de confession musulmane et porte un voile. A la fin du mois d’avril 2021, elle a été victime d’une agression islamophobe dans un bus. Agression verbale et physique puisqu’elle a subi une tentative d’étranglement. Comme beaucoup d’autres, elle a simplement porté plainte, pris un avocat gratuit sans faire appel à l’aide d’associations de lutte contre l’islamophobie ou le racisme, parce qu’elle souhaitait surtout oublier. Son agresseur a été rapidement retrouvé, mais très rapidement aussi, il a réussi à se procurer l’adresse et le numéro de téléphone de Rabia, et est venu à son domicile avec son épouse et ses enfants en bas âge pour s’”excuser”. Il a finalement été condamné à un simple sursis et à verser des dommages et intérêts à Rabia. En écoutant le témoignage de Rabia, vous découvrirez pourquoi cet homme lui dit aujourd’hui qu’il a eu de la chance de tomber sur elle. Nous remercions Rabia de sa confiance et de son courage et d’avoir eu l’extrême gentillesse de bien vouloir revenir sur son agression avec nous, dans cet entretien audio. Nous savons à quel point se remémorer un tel évènement et revenir dessus est difficile, à quel point loin des odieux clichés racistes qui présentent les femmes victimes de violences islamophobes comme des personnes qui profitent de ce qui leur arrive, être une victime…

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La fin de la mythologie républicaine – Entretien avec Aïssam Aït-Yahya en réponse à Zinedine Gaid

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« La République est une philosophie avant d’être un régime ; elle est une Église, une Église laïque dont le dogme est la libre pensée et dont le prêtre est l’instituteur. » Alain   Ma présente participation à Lignes de Crêtes prend donc la forme d’une interview d’Aïssam Aït-Yahya, auteur et essayiste, dont le travail se concentre sur la pensée politique musulmane contemporaine, suite à l’entretien de Nadia Meziane avec le professeur de philosophie du collège-lycée MHS Zinedine Gaid du 10 mars dernier. M. Gaid y établit une équivalence idéologique cavalière et douteuse entre Aïssam Aït-Yahya et Eric Zemmour d’une part, et conteste, pour ne pas dire récuse, d’autre part, bon nombre d’idées que le cofondateur des éditions Nawa a pu développer au fil de ses publications, ou même que des théoriciens et militants antiracistes décoloniaux, par exemple, utilisent et qui portent leurs fruits : encore dernièrement, un soi-disant « islamo-gauchisme » est au cœur de débats publics enflammés. Pourquoi ? Parce que bon nombres d’idées et d’arguments, qu’ils soient sociologiques, politiques, philosophiques, issus ou non de milieux militants, se répandent non seulement dans le champ des études universitaires, mais également dans toute la société, que des concepts parviennent à faire trembler les détenteurs du pouvoir actuel, notamment intellectuel ; autrement dit, parce qu’un certain courant de pensée, une pensée légitime, gagne du terrain et réussit à ébranler la République dans ses fondements. Aussi, face aux accusations et discrédits permanents, des mises au point, terminologiques et épistémologiques, s’avèrent-elles nécessaires. Merci…

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Qui est séparatiste ? Entretien avec Zinedine Gaid, professeur de philosophie, MHS Paris

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Zinedine Gaid est enseignant en philosophie. Il travaillait auprès des élèves du collège/lycée MHS, établissement parisien privé universaliste, acceptant le port des signes religieux. L’établissement a été fermé le 23 novembre pour “raisons administratives”, et présenté par les autorités comme un repaire de dangereux séparatistes. Lorsque je lui ai proposé cet entretien, je ne savais pas s’il accepterait dans la situation extrêmement difficile qui est la sienne, peu propice à la réflexion intellectuelle. Et je ne m’attendais certes pas à recevoir un travail de cette ampleur, pour lequel je le remercie infiniment . Bien loin des débats empoisonnés, grossiers et absurdes qui font le miel des polémistes en ce moment, on trouvera ici le récit d’une persécution, mais aussi et surtout l’affirmation d’une pensée libre qui se refuse au cadre défini par la persécution. Si vous souhaitez soutenir le projet MHS, mais aussi ses élèves et ses salariés, vous pouvez les contacter sur leur page Facebook, où vous trouverez leur parole à toutes et tous. Zinedine Gaid écrit également sur les sujets abordés ici sur le site Mizane.info ______________________________________ Nadia Meziane: D’abord où en êtes-vous, concrètement, après la fermeture définitive de votre établissement, en tant que communauté éducative ? Question très terre à terre, mais vous avez vécu une offensive répressive, idéologique, vous avez été, en tant que professeurs et élèves attaqués publiquement. Et du jour au lendemain, vous vous êtes retrouvés sans travail et pour les élèves, sans collège ni lycée. Votre directrice est interdite d’exercer et doit payer une…

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Entretien avec Nicolas Hénin, démocratie, droits humains et djihadistes

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Nous avons rencontré Nicolas Hénin quelques jours après le procès de Mehdi Nemmouche, reconnu coupable de l’attentat au Musée Juif de Bruxelles du 24 mai 2014. Nicolas Henin y a témoigné et fait face à celui qui fut son geôlier en Syrie, dans les prisons de Daech

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Christophe Tarricone : “L’école a représenté pour moi le seul moyen possible d’ascension sociale et d’acquisition d’un capital culturel”

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Entretien avec Christophe Tarricone, professeur d’histoire-géographie, historien LC: Laïcité. Autant commencer cet entretien sur ce mot là. Si on doit parler de l’enseignement, de l’école, des profs et de l’histoire, de toute façon, les lecteurs chercheront l’endroit où nous en parlons. Ca n’a pas toujours été le cas. Tu es prof depuis longtemps, par choix, ce mot là faisait-il partie de tes pensées concrètes et prioritaires quand tu as décidé de ton avenir ? La première fois que je t’ai lu sur Facebook, tu avais écrit un commentaire clairement offensif contre ce que certains appellent la « non mixité raciale », et que j’appelle de l’auto-défense antiraciste, nécessaire dans certaines circonstances. Je me suis dit « Tiens, encore un cochon de laïcard », et aurais-tu lu certaines de mes prises de positions, sans doute te serais tu dit « Tiens encore une saloperie d’islamo-gauchiste ». Après divers échanges, on est un petit peu sortis des étiquettes hâtives. En ce qui me concerne, après toutes ces années où la laïcité s’est confondue le plus souvent avec ce que j’estime être des offensives de stigmatisations racistes à peine déguisées, j’ai énormément de mal à ne pas être en position défensive dès que j’entends ce mot. Toi, tu es un laïque assumé et pas raciste. Alors en quoi la laïcité est-elle pour toi un combat positif, un combat utile et un combat universaliste ? J’ai passé les concours en 1995 et pour des enseignants de ma génération, il ne me semble pas que la…

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Tal Bruttmann: L’antisémitisme n’est pas propre à la droite ou l’extrême droite, il a toujours été présent sur l’ensemble de l’échiquier politique

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Un entretien avec Tal Bruttmann historien, spécialiste de la Shoah. LC : Commençons par la fin. Quand on te demande pour qui tu écris, tu dis «  pour ceux qui veulent savoir ». Et tu ajoutes, à propos de certains de tes articles, qu’ils sont lus à peu près autant que des poèmes en auto-édition. A côté de ça, une bonne partie de l’activité négationniste a consisté ces vingt dernières années à penser et à mettre en œuvre, ce qu’on pourrait appeler une contre-éducation populaire. Eux, pour imposer leur propagande, ont massifié les mensonges sur le nazisme et le génocide, ont réussi à exploser toutes les barrières sociales qui font que plein de gens n’ont même pas l’idée de s’intéresser à l’Histoire. Est-ce qu’à un moment, en tant qu’historien, tu ne t’interroges pas avec tes collègues sur la nécessité et l’intérêt d’organiser une contre-offensive tout aussi massive ? Une partie de la production des historiens, les articles scientifiques notamment, s’adresse à un cercle restreint, en raison de la nature pointue ou technique de ces articles, publiés dans des revues spécialisées. Ce qui ne veut absolument pas dire que l’histoire ne doit pas être vulgarisée et diffusée auprès du plus grand nombre. C’est l’autre face du boulot d’historien. Mais on ne peut forcer personne à lire. Sauf que l’essentiel de la vulgarisation en histoire passe de fait par d’autres biais, comme les documentaires à la télé, voire des revues grand public. Et entre un livre qu’il faut aller acquérir, ou emprunter dans une…

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