"Je n'ai pas vécu la liberté, mais je l'ai écrite sur les murs" (la révolution syrienne)

Ghetto de Varsovie: les visages de l’insurrection, 9 mai-19 mai 1943

Le 19 avril 1943 débute la « liquidation » du ghetto de Varsovie. Créé à la fin de l’année 1940 au cœur de la capitale polonaise, il a vu passer plus d’un demi-million de juifs. Cent mille d’entre eux y ont trouvé la mort jusqu’à l’été 1942, du fait des conditions meurtrières créées par les Allemands. A l’été 1942, dans le cadre de la « solution finale », 260 000 personnes sont déportées à Treblinka. Au mois de janvier suivant les SS reprennent les déportations, mais elles sont interrompues par les premières actions armées des groupes de résistances juives. Deux organisations coexistent. Le Żydowski Związek Wojskowy (ZZW, Union militaire juive), commandée par Pawel Frenkiel, 23 ans, rassemblant les militants des partis de droite, et la Żydowska Organizacja Bojowa (ZOB, Organisation juive de combat), où se retrouvent les militants de gauche. Alors que les ZZW et ZOB s’organisent afin de combattre les Allemands, des centaines de bunkers souterrains sont aménagés par la population. Lorsque le 19 avril 1943 les SS lancent leur opération, il reste de 50 000 à 60 000 Juifs dans le ghetto. Le ZZW (environ quatre cents combattants) et la ZOB (environ 750 combattants), ainsi que des groupes « sauvages » non affiliés, font face aux Allemands et livrent combat pendant près d’un mois. Première partie à lire ici Deuxième partie à lire ici 9 mai 1943 – 21e jour de combats dans le ghetto La veille Stroop a annoncé son intention de poursuivre la liquidation du ghetto…

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A LA UNE

L’universalisme est universel

in Instants by

L’universalisme n’appartient pas à la France, il est universel. Ceux qui cherchent absolument à défendre le « modèle universaliste Français » alimentent la dangereuse pente d’un universalisme exclusivement national. C’est cette pente qu’ont décidé d’alimenter certaines figures de la lutte contre l’antiracisme, en défense de « l’universalisme » qu’ils cherchent à opposer au mouvement antiraciste actuel. Manuel Valls dans Valeurs Actuelles, Naem Bestandji dans Marianne, Elisabeth Badinter dans l’Express ou Philippe Bernard dans le Monde expriment tous une offensive générale, une critique de l’antiracisme actuel importé des Etats-Unis au détriment de l’universalisme comme tradition nationale. Le problème de l’universalisme défendu contre l’antiracisme, est que ses défenseurs fondent, par leurs diverses prises de position, par l’endroit où ils les expriment et par ce qu’ils choisissent de cibler, un universalisme raciste. Et le problème de cet universalisme raciste, est qu’il n’est pas autre chose qu’une défense du suprémacisme blanc. L’universalisme n’a pas besoin d’être défendu contre le modèle « racialiste » ni contre aucun autre modèle. Il est un idéal, donc il reste le même de toute manière. Peu importe à l’universalisme que des racialistes demandent et obtiennent des droits, puisque l’universalisme réclame que tout le monde ait les mêmes droits. L’égalité ne combat pas les revendications des droits : l’universalisme dépasse et ne s’oppose pas. L’universalisme n’est pas conditionnel. On ne peut pas demander aux minorités d’être universaliste, c’est absurde puisque l’universalisme est un droit. De la même manière l’universalisme ne peut pas être menacé par ceux qui réclament des droits, il ne peut l’être que par ceux…

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Damien, Thaïs, Brenton et les autres, ou le Fabuleux Destin de la Haine propre sur elle.

in Chroniques de la violence brune by

On peut tracer plusieurs filiations militantes, plusieurs échos activistes à l’évènement qui eut lieu à Poitiers en 2012. Lorsque des militants du Bloc Identitaire, plutôt jeunes, plutôt bien équipés en matériel de communication, plutôt intelligents et modernes dans leur conception de la politique décidèrent d’entrer sur le chantier de la mosquée de Poitiers, de s’y livrer à des gestes de provocation soigneusement révélés à la presse , comme « pisser sur les tapis de mosquée », puis de déployer leur banderole raciste sur le toit. Après avoir prévenu eux-même , non seulement la presse, mais le commissariat. C’est une démarche habituelle du Bloc Identitaire, jouer la minorité courageuse prête à affronter une horde d’envahisseurs , mais négocier dans le même temps une protection et une sortie tranquille avec la police, comme ce fut le cas lors de l’intervention de la next generation sur un toit à République face à la manifestation antiraciste du 13 juin. La filiation la plus évidente pourrait être celle-là. De Génération Identitaire à Génération Identitaire. De la légende de Damien Rieu, gosse de foyer où il eut à souffrir parce qu’il était « fier d’être blanc » ( légende un peu contredite par ses éducateurs qui ne l’avaient pas tellement remarqué), à Thaïs d’Escufon, dans le rôle de la fragile et sincère, presque en larmes distillées sur You Tube de s’être fait traiter de nazie par les vilains gauchistes, alors que zut à la fin, elle dénonçait seulement le “racisme anti-blancs”. Concept qui ne fut pas développé initialement par le…

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A la recherche de notre humanité perdue

in révolution syrienne by

Depuis le 23 avril 2020 s’est ouvert le procès historique d’Anwar Raslan, ex-membre de haut rang des services secrets syriens. Il est accusé d’avoir ordonné, lorsqu’il dirigeait le centre de détention al-Khatib à Damas d’avril 2011 et septembre 2012, la torture d’au moins 4000 personnes et d’être responsable de la mort d’au moins 58 autres. Après 18 ans de travail pour les services de renseignement syriens, Raslan fut arrêté le 12 avril 2019 à Berlin où il avait réussit à s’exiler avec sa famille à partir de mai 2015. Cet ancien colonel est donc le plus haut gradé Syrien jamais arrêté pour des crimes contre l’humanité. Son co-accusé, Eyad al-Gharib, de rang inférieur, est accusé d’avoir participé à l’emprisonnement d’au moins 30 manifestants, opposants du régime, dans ce même centre de détention et dans la même unité 251, où le régime encore aujourd’hui torture ses opposants. Ceci est un autre aspect historique, alors que la plupart de procès pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité, se tiennent une fois que ces crimes sont déjà passés. Eyad al-Gharib, quant à lui, fût arrêté en Rhénanie Palatinat, le Land où se situe le tribunal régional supérieur de Coblence. Le procès se tient d’ailleurs à Coblence pour cette raison. La fin de l’impunité Depuis plus de 9 ans, des centaines de milliers de Syriens sont morts dans les centres de tortures d’Assad, comme celui d’al Khatib. Le régime s’est par ailleurs servit d’armes chimiques contre son propre peuple et plusieurs millions de…

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Un préfet pour sortir les poubelles

in Médias etc. by

L’anti-conspirationnisme a de nombreuses vertus. Lorsqu’il est humble et qu’il colle à sa matière, c’est à dire une plongée dans les pires égouts de l’internet. Cette matière et son étude forcent à l’humilité, et l’expert es complotisme sait tant qu’il colle à sa matière, qu’il est avant tout un éboueur, métier essentiel s’il en est mais, pas spécialement valorisé sur les tribunes ou les plateaux TV. Or, l’avantage était que les spécialistes égoutiers et éboueurs avaient une parfaite connaissance de leur matière, des réseaux qu’elle emprunte, et des gens qu’elle touche et qui la reproduisent. Et lorsqu’arrive le moment médiatique, ce moment où une conspi est à la mode et où le téléphone sonne pour que l’expert conspi puisse venir donner son avis ou recevoir des financements, alors normalement l’expert conspi est prêt. Il connait parfaitement son sujet et sa matière le force à l’humilité. Malheureusement l’anti-conspirationnisme est devenu un truc très à la mode. Le téléphone sonne beaucoup sur beaucoup de sujets et de nombreux micros et tribunes sont désormais offerts à qui veut avoir un avis sur le complotisme. Le problème de cette situation est que la gloire et la lumière de l’anti-complotisme l’éloigne de plus en plus de sa matière. Le melon des experts explose, de nombreux égos voient l’occasion de se placer en posant leur avis sur les narratifs. Et comme les narratifs conspis permettent de raconter n’importe quoi, les experts anti-complotistes, qui s’autorisent à donner leur avis sur les narratifs conspis, peuvent eux aussi raconter…

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Une autre ballade de Willy Brouillard

in Instants/Révolution by

J’emploie pas de grands mots pour dire des choses simples, j’ai pas été suffisamment longtemps à la fac pour ça peut-être ou alors juste j’arrive à penser des choses complexes avec des mots simples, en tout cas je ne me sens pas “post-moderne” ni “déconstructiviste” mais j’ai dû déconstruire la violence. Ma propre violence, interne, qui venait de mon enfance, du fait que les gens qui m’ont aimé m’ont violenté, alors je croyais qu’aimer c’était violenter les gens. Et la violence de la société, des années 1980 durant lesquelles j’ai grandi. Je fais partie d’une toute petite minorité, parfois invisible parfois très visible, très discriminée, c’est la plus discriminée en France, je suis transgenre. Avant j’étais considéré comme lesbienne, et j’étais discriminé aussi, l’homophobie est très présente. J’ai mis quarante ans à débarrasser mon cerveau de toutes les saloperies qu’on y avait fourrées. J’ai été raciste, j’ai été sexiste, j’ai été validiste, j’ai été grossophobe, etc. Ce travail sur moi je l’ai fait pour pouvoir me regarder le matin dans la glace, pour éduquer mon fils à être meilleur que j’ai été, et surtout parce que j’estime que tout être humain doit être traité correctement, quoi qu’il soit, quoi qu’il ait fait. Quand je dis que j’ai mis des années c’est la vérité, je partais pourtant de moins loin que la plupart. Pendant quinze ans j’ai été policier, et là je ne sais pas si je vais pouvoir continuer, parce que c’est dur. C’est dur de travailler avec des gens…

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Accélérationnisme, ACAB et suprémacisme blanc: un regard sur Boogaloo

in Chroniques de la violence brune/Médias etc. by

Que diable font des “suprémacistes blancs” dans les manifestations et les émeutes liées à la mort de Georges Floyd aux Etats Unis ? La question a agité les médias américains puis ici. Elle est en réalité assez mal posée politiquement et revêt pourtant un intérêt qui dépasse de loin la situation américaine dans un contexte historique marqué dans l’ensemble du monde occidental par la pandémie de Covid 19, qui occasionne une exacerbation sociale, sociétale politique de toutes les forces politiques existantes et des grandes tendances en présence. En réalité ce ne sont pas exactement des “suprémacistes blancs” qui participent occasionnellement aux émeutes mais des membres d’un mouvement né virtuellement, les “Boogaloo”. Mouvement qui a d’abord émergé avec un hashtag /k/, distinct du /pol/ qui regroupe l’ensemble des publications et réseaux suprémacistes. Nous avons traduit ici un article de deux journalistes qui retracent la genèse de cette communauté, axée autour de la défense du droit à porter des armes et l’appel à se préparer à la guerre civile inévitable avec les gouvernements démocratiques, quels qu’ils soient. Il s’agit d’abord d’un mouvement “anti-système”, c’est à dire regroupant des forces diverses ayant en commun un refus absolu des divisions politiques droite/gauche, une croyance dans tel ou tel “complot”, et dans la démocratie représentative comme émanation de ce complot. Il s’agit aussi d’un mouvement apocalyptique, prédisant l’effondrement de la civilisation occidentale à très brève échéance, et l’impossibilité absolue d’y apporter une réponse politique autre que le conflit armé. Evidemment, les suprémacistes blancs originels y…

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Le Souverainisme est un business aussi juteux que la Chloroquine

in Antisémitisme/Chroniques de la violence brune/Laïcité/Médias etc. by

Revenir au concret, c’est aussi une manière de décrypter les logiques antisystème et en quoi, elles ne sont pas un anticapitalisme, mais au contraire un conservatisme parfaitement compatible avec l’ultra-libéralisme économique. Le projet lancé par Michel Onfray est certes un projet intellectuel, mais à le dissocier de sa réalité matérielle, on n’en saisit qu’une partie. Comme dans le cas de la majeure partie de ce qui se présente comme de “la libre expression” face aux “médias du système et de l’argent”. La mouvance anti-système est aussi, dans le haut de sa pyramide , un projet commercial intégral: chaque mois, chaque semaine presque, de nouveaux comptes sur les plateforme vidéos surgissent, de nouveaux sites émergent, de nouvelles revues en lignes. La plupart font vivre des acteurs commerciaux, et beaucoup sont pensées comme des start up. Beaucoup se cassent la gueule au bout de six mois, comme c’est le cas dans le monde des “entreprises innovantes” de la communication. Mais ce n’est une catastrophe que pour le petit patron dont c’est la seule boite, au dessus, il y a des producteurs qui tout en ayant des participations dans les émissions dans la catégorie “talk show traditionnel et provocant” développent aussi une offre de services aux acteurs politiques de l’anti-système. C’est d’abord sous ce premier aspect que sera abordé l’épisode Front Populaire. Dans la deuxième partie de ce texte, on se demandera sur la base de cet petit résumé matériel bien éloigné du noble débat d’idées, ce que Front Populaire a à vendre…

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Un moment de honte vite passé: quand Bachar Al Assad s’invite à la fête de la laïcité belge.

in révolution syrienne by

Ce 26 mai 2020 dans le royaume de Belgique, Véronique de Keyser, ancienne parlementaire européenne pour le parti socialiste, ancienne doyenne de la faculté de Psychologie de l’université de Liège, administratrice de la fondation du Roi Baudouin, membre de l’académie des sciences des lettres et des beaux arts, grand officier de l’ordre de Léopold, a été élue présidente du Centre d’action Laïque. Ce qui aurait pu être un “non évènement”, le Centre d’Action Laïque étant une organisation relativement peu “visible”, ou le “couronnement d’une carrière”, tant cela ressemble à un “bâton de maréchal”, ne sera qu’un moment de honte, un de plus dans la longue série des compromissions avec le régime Assad. Bien que peu visible, le Centre d’Action Laïque n’est pas une petite association composée d’instituteurs radicaux portant la barbe en collier et chantant “A bas la calotte” en buvant des coups. C’est qu’en Belgique, terre de contrastes et de compromis, l’Etat n’est pas “neutre” et encore moins laïque mais reconnaît et finance toute une série de cultes considérés comme légitimes. A ce titre, la Laïcité est en effet reconnue comme “une religion comme les autres”. Elle bénéficie dès lors d’un financement public et d’une organisation dûment reconnue et stipendiée. Cette dernière est officiellement chargée d’une foule de missions allant de l’organisation des cours de morale laïque dans l’enseignement public à l’assistance aux détenus. LA laïcité organisée belge remplit ainsi, à l’instar des autres églises mais à sa manière, un rôle philosophique, social, et culturel relativement discret et méconnu…

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Unorthodox et le conformisme des archétypes.

in Médias etc. by

Unorthodox a généré et générera de nombreux articles journalistiques et bientôt académiques. La presse juive américaine a livré quelques réactions particulièrement critiques y compris venant d’ex-orthodoxes qui ont ressenti le désir et la nécessité de s’extirper du monde khassidique, mais n’en sont pas pas moins réservés et parfois scandalisés par la manière dont la série dépeint leur univers d’origine. Ces réactions portent sur la manière dont la vie communautaire et familiale est décrite ainsi que sur la vraisemblance même du récit, particulièrement de la partie berlinoise dont même le “coach” en chef (et rabbin dans la série) a pu dire dans une interview récente qu’elle ne peut correspondre à un parcours réel. On a largement comparé Unorthodox à la série israélienne Shtisel. Cette dernière relève également d’une recomposition du réel, il s’agit de “cinéma”, pas d’un documentaire “caméra à l’épaule” ou d’un épisode d’une télé-réalité anthropologique à ne surtout pas inventer. Mais Shtisel ne s’est pas construite sur le même genre d’oppositions et personne, semble-t-il, ne s’est senti trahi, sans doute parce que le monde de cette série n’est pas univoque mais complexe. Celui de Unorthodox est dur, parfois inhumain. Son héroïne n’est pas déchirée entre des aspirations paradoxales à l’instar du professeur de religion et peintre de Shtisel. Elle s’oppose mais sans qu’on ne comprenne vraiment comment son opposition s’est construite ou ce qui la distingue de ces femmes qui papotent à l’entrée de l’immeuble dont elle s’enfuit. Seule la fuite la motive. Interroger le succès de la série…

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Au bonheur des négationnistes (retour sur les pratiques du champ littéraire), troisième partie

in Antisémitisme/Négationnisme by

Première partie ici Deuxième partie ici   Au bonheur des négationnistes (retour sur les pratiques du champ littéraire)   Troisième partie La critique littéraire contre le « réalisme historien » : le déni du document littéraire Évidemment, Nichanian ne peut tout de même pas faire comme s’il ignorait que le génocide nazi est amplement documenté. Mais c’est ici qu’intervient l’argumentaire antiréférentiel de White, appliqué spécialement aux écrits dans lesquels des victimes ont entrepris de témoigner. Pour le spécialiste des littératures arméniennes du XXe siècle, la question du « statut du témoignage » est en effet au cœur du débat suscité par les travaux de White, comme l’atteste au demeurant le fait que Carlo Ginzburg ait « construit sa critique dévastatrice de la position » de White « autour d’une idée indestructible du témoignage »[1]. L’enjeu est alors d’opposer à Ginzburg une conception du témoignage qualifiée de « moderne » – et prêtée à Renato Serra malgré l’auteur de « Just One Witness » – selon laquelle il « cess[e] d’être un document pour l’histoire et prév[aut] pour lui-même en tant que fait »[2]. C’est à cette conception autonomiste du témoignage que la critique littéraire contemporaine est sensible au premier chef. Mais ce qui est intéressant à observer à travers cette étude de cas, c’est le rapport de nécessité entre cette conception autonomiste et la métaphysique idéaliste d’après Auschwitz que j’ai exposée dans la partie précédente. Il est entendu que « [l]e relativisme permet de ne se trouver nulle part au moment même où l’on prétend être équitablement partout », dans « un refus d’assumer la responsabilité d’une enquête critique »[3].…

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Jussieu, Wuhan

in Mémoires Vives/pandémie by

1 – L’épidémie 7 mars – I’m from Plague Town. Et il ajoute devant ma tête dubitative, avec un sourire en coin, un sourire peut-être un peu triste : – Wuhan. Avec son épais accent américain et sa voix grave, Albert lâche ça comme ça, pour rire. Chinois de la haute, qui vit expatrié à Tokyo, il m’accueille pour la nuit. A ce stade on n’était pas encore trop inquiet. Je visite le Japon pour deux semaines, c’est encore le début de l’épidémie. Dans la rue, tout le monde a un masque, mais c’est tout. A mon retour en France, aucun contrôle à l’aéroport Charles de Gaulle. Au boulot lundi, mon CPE me dit de passer le voir. – T’as eu du bol, on a failli te renvoyer chez toi ! Mais bon, le rectorat dit que le Japon, ça passe encore, pour l’instant. C’est dommage, si tu étais passé par Singapour, t’aurais eu quatorze jours de confinement ! Pas de bol, très clairement. Je surjoue une quinte de toux grasse. Entre deux cafés, l’intendante me dit que sur les trois flacons de gel hydroalcoolique qu’elle a déposé la veille en salle des profs, déjà deux ont disparus. Ambiance. Au moins les élèves se marrent quand je fais semblant de leur tousser dessus. Quand ça me prend pour de vrai, je m’éclipse aux toilettes.   – Oui enfin je sais pas, il y a un cas en Guyane et personne n’en parle. Franchement avec tout ce qui passe, on nous…

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Les Bons Tutos

in Ecole/Vidéos by

Une série de tutos commencée pendant le confinement pour apprendre des trucs et des machins… Comment débunker rapidement un sous-Raoult 13 Mai 2020 Comment sortir avec un QR Code d’attestation de sortie rose avec des fleurs 13 Avril 2020 Le gouvernement lance une révolution technologique dans l’attestation de sortie: l’attestation par QR Code. Mais un QR Code c’est noir et blanc, et froid. Comment sortir avec un code un peut fashion, adapté à votre personnalité. Et aussi qu’est-ce qu’il y a derrière cette application du ministère Comment NE PAS vérifier une info 31 Mars 2020 Donc votre ami vous a copié collé un pavé “qu’est-ce que tu penses de ça?” sur les liens entre Levy, Wuhan, la Chloroquine et faut lui répondre. Comment on fait quand on a pas deux jours à passer à vérifier l’info… Comment lire un article de Frédéric Lordon 24 Mars 2020 Donc cet ami vous a envoyé encore un article de Frédéric Lordon en vous disant “tiens lis ça c’est vachement cool et tellement de gauche” et vous sentez déjà l’angoisse de l’ennui et de la prise de tête dans les phrases qui ne veulent rien dire… Ce tuto est fait pour vous. Comment lire un article de Frédéric Lordon sans y passer deux heures Comment hacker Tinder 19 Mars 2020 En confinement l’appli de rencontre est promise à un gros succès. Oui mais voilà comment on fait pour interagir avec des gens qui sont confinés comme nous mais pas dans la même ville? Petit…

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Pangoline Rouge, notes de pandémie

in Instants/Mémoires Vives by

Pangoline rouge, jour 1 16 mars 2020 Est sortie en courant pour remercier les éboueurs, leur a dit vous êtes des héros en levant le poing. Est passée pour la meuf en manque de câlins, à mon avis. A créé une brigade d’autodiscipline de deux unités avec une dame aide à domicile dans la queue de Lidl. Expliquer calmement que quinze personnes séparées de deux mètres ne feront pas plus la queue que quinze personnes collées. A laissé passer quatre personnes devant soi, pour le plaisir de dire “Je suis communiste c’est normal” S’est embrouillée avec une dame intégriste musulmane et un vieux con qui citait la Bible, pour conneries homophobes apocalyptiques. A dit que Dieu a dit que les mesquins seront punis et les gentils sauvés et qu’en attendant Dieu, les communistes allaient s’en occuper. Après mon frère est arrivé, et a dit allez on rentre maintenant, alors que j’envisageais de rester la journée à prêcher, vu la concurrence des autres prophètes. Pas grave y’a internet, occuper tous les terrains Pangoline Rouge jour 2 17 mars 2020 Contente qu’il y ait aussi Le Chien. Le frère l’avait récupéré bébé , trouvé dans une cave de cité avec une chatte et ses bébés. Contente du un milliard de souvenirs comme cela qui vont revenir. Rien de communiste à dire. À part ce désir de ne pas en vouloir aux gens qui ne pensent qu’à eux et font n’importe quoi. Car c’est ainsi que la vie leur a été apprise, il…

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Ghetto de Varsovie: les visages de l’insurrection ( 27 avril au 8 mai 1943)

in Antisémitisme/Chroniques de la violence brune/Mémoires Vives/Négationnisme by

Le 19 avril 1943 débute la « liquidation » du ghetto de Varsovie. Créé à la fin de l’année 1940 au cœur de la capitale polonaise, il a vu passer plus d’un demi-million de juifs. Cent mille d’entre eux y ont trouvé la mort jusqu’à l’été 1942, du fait des conditions meurtrières créées par les Allemands. A l’été 1942, dans le cadre de la « solution finale », 260 000 personnes sont déportées à Treblinka. Au mois de janvier suivant les SS reprennent les déportations, mais elles sont interrompues par les premières actions armées des groupes de résistances juives. Deux organisations coexistent. Le Żydowski Związek Wojskowy (ZZW, Union militaire juive), commandée par Pawel Frenkiel, 23 ans, rassemblant les militants des partis de droite, et la Żydowska Organizacja Bojowa (ZOB, Organisation juive de combat), où se retrouvent les militants de gauche. Alors que les ZZW et ZOB s’organisent afin de combattre les Allemands, des centaines de bunkers souterrains sont aménagés par la population. Lorsque le 19 avril 1943 les SS lancent leur opération, il reste de 50 000 à 60 000 Juifs dans le ghetto. Le ZZW (environ quatre cents combattants) et la ZOB (environ 750 combattants), ainsi que des groupes « sauvages » non affiliés, font face aux Allemands et livrent combat pendant près d’un mois. La première partie de cette chronique, initialement publiée par Tal Bruttmann sur son mur Facebook se trouve ici 27 avril 1943 – 9e jour de combats dans le ghetto Un millier d’Allemands, SS et…

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Au bonheur des négationnistes (retour sur les pratiques du champ littéraire), deuxième partie

in Antisémitisme/Négationnisme by

Voici la deuxième partie du travail de Frédérik Detue, en approfondissement de son intervention à nos journées sur le négationnisme. La première partie se trouve ici. Au bonheur des négationnistes (retour sur les pratiques du champ littéraire)   Deuxième partie Défense du sublime historique génocidaire : Marc Nichanian avocat de Hayden White Le point nodal du « scepticisme absolu » de White est le rejet par principe de la notion de preuve, comme si elle n’avait aucune pertinence pour qualifier la tâche des historien·nes. Comme si ladite notion de preuve – comme d’ailleurs celle de vérité (à toujours manier avec des guillemets !1) – appartenait de facto à un régime de croyance que seule une forme de naïveté positiviste pourrait continuer d’ignorer en tant que tel. C’est pourquoi ce scepticisme passe par une réfutation de l’archive, dont on ne pourrait jamais rien conclure de façon définitive. Or, malgré les objections sérieuses qui lui ont été faites et dont je viens de donner un aperçu, ce positionnement théorique de White, qui lui a valu avant sa retraite d’occuper une chaire de littérature comparée à l’Université de Stanford, constitue une doxa aujourd’hui dans le champ des études littéraires. La plupart du temps, on ne se réclame certes pas de l’auteur, en particulier en France où ses écrits demeurent relativement méconnus2. Mais, quand il est arrivé que l’on revienne sur le débat qui a opposé Carlo Ginzburg à White, l’enjeu a été pour l’essentiel d’invalider la critique de Ginzburg. Spécialement, celui-ci avait le tort de soutenir contre…

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Des Turner Diaries à Christchurch, le fil Blanc du suprémacisme

in Chroniques de la violence brune by

Earl Turner. Brenton Tarrant. Deux tueurs . Le premier n’a jamais existé ailleurs que dans l’imagination d’un militant néo-nazi, auteur d’un roman longtemps oublié, mais est l’archétype anticipé de tous les pèlerins du Néant qui assassinent au nom du suprémacisme blanc. Le second croupira sans doute en prison toute sa vie après avoir assassiné de sang froid des centaines de personnes à la mosquée de Christchurch (1). Mais son manifeste est devenu un Mythe, et fait de lui le chef spirituel et le mentor dont les meurtres sont désormais un modèle pour des centaines de milliers de jeunes hommes, dont certains n’ont pour ambition que de l’imiter au plus vite. Il y a encore quelques années, lire les Turner Diaries donnait le sentiment de se plonger dans une curiosité archéologique. Un objet répugnant sorti d’un quelconque cabinet des curiosités de collectionneur passionné par les sectes d’extrême-droite. L’une des bibles des suprémacistes blancs était alors uniquement connue sur les souterrains de l’internet, un best steller de l’underground néo-nazi depuis sa parution en 1978. La chose semblait une imitation maladroite de la SF politique et apocalyptique plutôt de gauche des seventies. Du roman de gare, les Turner Diaries (2) ont le style médiocre, les rebondissements convenus, et les personnages très pauvres, n’y manque même pas la secrétaire modeste mais efficace tombant amoureuse du héros viril. Les Turner Diaries, au départ, étaient difficilement lisibles autrement que comme le pensum minable d’un obsédé raciste, un roman où les extra-terrestres sont remplacés par les Juifs et…

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Bourgoin, le True Crime et l’Extrême droite

in Chroniques de la violence brune/Féminisme/Médias etc. by

  Un peu de contexte Soyons honnêtes, j’ai toujours eu un problème avec Stéphane Bourgoin. Comme n’importe quelle personne francophone qui s’intéresse aux tueurs en série, j’ai beaucoup croisé les écrits de Bourgoin qui est considéré comme le plus grand spécialiste français sur le sujet. Pourtant, je n’ai jamais aimé le lire tant il me semblait visible que Bourgoin manquait de profondeur dans son approche du sujet, ressassait et simplifiait ce qu’il lisait lui-même ailleurs et surtout laissait une grande place dans ses livres à des descriptions morbides qui me semblaient superflues et voyeuristes. J’étais également irrité de voir quelqu’un que je percevais (pourtant sans preuves à l’époque) comme un pseudo-spécialiste avoir autant d’audience pour diffuser des idées poussiéreuses et simplistes sur la psychologie humaine. Je m’inquiétais de son influence, et pour cause, Bourgoin a toujours été invité sur les plus grands plateaux télé, dans les plus importants journaux et ses livres (une cinquantaine) sont lus par des millions de lecteurs. Un autre fait, plus récent et qui alimentait ma méfiance, est que Stéphane Bourgoin a commencé à être édité chez Ring en 2013 (et nommé directeur de deux collections chez eux “Murder Ballads” et “Train de nuit”). Ring est une maison d’édition que l’on pourrait qualifier d’extrême droite (bien qu’elle s’en défende), et pourtant Bourgoin ne semblait pas avoir de problème moral à être édité aux côtés d’auteurs tels qu’Obertone, Marsault, Geoffroy Lejeune, Alexandre Mendel, ou Papacito. Edit: suite aux révélations sur Bourgoin, Ring s’est empressé de dire à…

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Ghetto de Varsovie: les visages de l’insurrection

in Antisémitisme/Chroniques de la violence brune/Mémoires Vives/Non classé by

Le 19 avril 1943 débute la « liquidation » du ghetto de Varsovie. Créé à la fin de l’année 1940 au cœur de la capitale polonaise, il a vu passer plus d’un demi-million de juifs. Cent mille d’entre eux y ont trouvé la mort jusqu’à l’été 1942, du fait des conditions meurtrières créées par les Allemands. A l’été 1942, dans le cadre de la « solution finale », 260 000 personnes sont déportées à Treblinka. Au mois de janvier suivant les SS reprennent les déportations, mais elles sont interrompues par les premières actions armées des groupes de résistances juives. Deux organisations coexistent. Le Żydowski Związek Wojskowy (ZZW, Union militaire juive), commandée par Pawel Frenkiel, 23 ans, rassemblant les militants des partis de droite, et la Żydowska Organizacja Bojowa (ZOB, Organisation juive de combat), où se retrouvent les militants de gauche. Alors que les ZZW et ZOB s’organisent afin de combattre les Allemands, des centaines de bunkers souterrains sont aménagés par la population. Lorsque le 19 avril 1943 les SS lancent leur opération, il reste de 50 000 à 60 000 Juifs dans le ghetto. Le ZZW (environ quatre cents combattants) et la ZOB (environ 750 combattants), ainsi que des groupes « sauvages » non affiliés, font face aux Allemands et livrent combat pendant près d’un mois.   19 avril 1943. A 3h du matin 850 SS commandés par 16 officiers encerclent le ghetto de Varsovie pour procéder à sa liquidation, après une première tentative en janvier. Ils pénètrent à 6h…

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Sortir à tout prix, qui paye ?

in Chroniques du déni by

18 avril 2020 Allez, viens, on sort, on se voit, de toutes façon, c’est fini le confinement, ça ne sert à rien de rester enfermé comme ça, ça rend tout triste, allez on s’en fout des vieux, des fragiles, on s’en fout comme on s’en foutait avant quand on se foutait de tout, allez, t’inquiète pas, de toutes façons faut bien mourir un jour. Allez… Qu’est-ce que tu fais ? Pourquoi tu ne veux pas ? Pourquoi tu restes chez toi tout le temps ? Regarde-les, le monde est dehors, le 11 mai c’est le jour officiel de la fin du confinement, le point final, toutes les écoles seront ouvertes, la preuve. Quoi ? Tu attends quoi encore ? Tu as peur ? vraiment ? Mais enfin, qu’est-ce qui te prend ? Il faut se ressaisir, je t’assure, nous avons eu une faiblesse passagère, je ne sais pas ce qui nous a pris, une folie, une hystérie collective, soudain nous avons mis en pratique nos discours, grave erreur. Nous nous alarmions de l’indifférence, de la cruauté, de l’individualisme, nous faisions des pétitions, des manifestations, mais c’était pas sérieux, c’était une mascarade enfin, il ne fallait pas le croire. C’était pour pleurer un peu, parfois, c’était hygiénique ces larmes là, pas plus. Je ne sais pas ce qui nous a pris, une sorte de tsunami humanitaire, une force incontrôlable, un besoin irrépressible de protéger nos anciens. Pourquoi ? je n’en sais rien, vraiment. Peut-être que si les chinois les avaient laissé…

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Inégalités scolaires face à la pratique de l’écriture, appel à enquête

in Non classé by

    NDLR :Nous relayons ici cet appel à volontaires pour participer à un travail d’enquête sur les inégalités scolaires. Il s’adresse aux anciens élèves, aux enseignantEs, aux AESH, et à tous les salariéEs et bénévolEs concernéEs ou impliquéEs sur ces questions. Le questionnaire est en ligne ici Dans le cadre d’un cours de licence 3e année consacré à la critique face à la littérature documentaire, j’ai proposé aux étudiant.es de se lancer en groupe dans un travail d’enquête documentaire afin d’éprouver les vertus, en les mettant en pratique à l’échelle d’un article de presse, des quelques principes de l’éthique documentaire. Bien sûr, les étudiant.es étaient invité.es à déterminer l’objet de leur enquête, dans laquelle je n’ai fait que les accompagner. Ça a fonctionné au-delà de mes espérances, au point que beaucoup d’étudiant.es se sont accroché.es à leur projet d’enquête dans les conditions du confinement alors que la tâche était devenue facultative. J’ai par exemple recueilli des enquêtes, réalisées à partir d’un travail de terrain, sur les violences sociales et politiques vécues de nos jours par – je reprends les termes employés par les étudiant.es – la communauté LGBTQIA+, les prostituées, les employé.es de la Poste, celles et ceux de MacDo, les paysan.nes, les membres du réseau social Instagram, les victimes de harcèlement scolaire. J’écris ce statut avec l’accord d’un étudiant lancé pour sa part dans une enquête relative aux “inégalités scolaires face à l’apprentissage et la pratique de l’écriture en primaire et au collège”. Je lui ai proposé de…

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