"Je n'ai pas vécu la liberté, mais je l'ai écrite sur les murs" (la révolution syrienne)

” Le complotisme est d’abord une cosmogonie, une parole mythique sur la naissance du monde”, entretien avec Sylvie Taussig

Le “conspirationnisme” est sans doute l’un des objets politiques les plus étudiés et débattus du moment pandémique. Comme tout objet politique, il est en partie défini de manière subjective par celles et ceux qui l’étudient tandis que sa définition est en grande partie rejetée par ceux qui sont définis comme tels. L’originalité de l’essai de Sylvie Taussig réside sans doute beaucoup dans une tentative d’explication du phénomène  qui ne cache pas son lien profond avec la subjectivité de l’autrice. Chercheuse, c’est à partir de ses sujets de recherche antérieurs qu’elle a réfléchi sur les conspirationnismes. En l’occurrence, la gnose, cette quête de transcendance intérieure face au Mal originel du monde, transcendance, qui cependant, ne peut passer que par l’Initiation à la Vérité par la médiation de celui ou de ceux qui savent. Ce point de départ situé aboutit à une réflexion passionnante, sans doute parce qu’elle évite deux écueils: le mépris politique et la déshistoricisation vis à vis des conspirationnistes. Bien qu’extrêmement dur politiquement dans le jugement sur ces courants, son essai tente une filiation et une réinscription dans l’histoire des idées et des passions philosophiques  politiques et religieuses de l’Occident, et sort l’analyse du surplomb militant visant à voir les conspirationnistes comme des pions manipulés par une idéologie totalement étrangère à ce qui peut animer bien d’autres engagements ” respectables”. Surtout de Kant à Descartes en passant par une modération radicalement optimiste dans la recherche du Bien et de la Vérité, quête en partie illusoire et en partie constitutive…

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A LA UNE

Le vaccin et les combattantes du care

in Mémoires Vives by

Pourquoi des soignantes ne veulent pas être vaccinées contre le Covid 19 ? Pas toutes bien sûr mais beaucoup, trop nous dit-on pour enrayer la nouvelle vague pandémique qui nous menace une fois encore. Je n’ai pas de réponse bien sûr et ne suis pas plus informée que vous tous, mais des souvenirs me reviennent du temps où j’étais moi aussi soignante où je menais cette vie là dans des services d’urgence dans les maternités. C’était il y a longtemps, mais je n’ai rien oublié et je ne suis pas sûre que malgré les progrès techniques et informatiques cette vie précisément ait tellement changé. Au contraire d’après ce que je lis les contraintes sont encore plus dures la solitude plus intense car les temps d’échanges aussi bien avec les patientes qu’entre collègues, essentiels dans ces professions qui exigent une grande attention à l’autre et une disponibilité physique et psychique constante sur de longues heures, se réduisent au fil du temps. Les combattantes du care ces femmes et ces quelques hommes qui jour et nuit se relaient pour soigner soulager parfois ramener à la vie, accompagner la naissance parfois la mort, être là debout vigilantes, efficaces. Ce sont celles-là que nous avons applaudies chaque soir lors du grand confinement. Combattantes car lorsque nous étions soi disant en guerre contre le virus au début de la pandémie, elles étaient « en première ligne » prenant tous les risques à l’époque où il y avait si peu de masques et de blouses et encore moins de…

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Vaccinée, troisième dose de solidarité offensive à la rentrée.

in conspirationnismes/Instants by

Cher gouvernement Vos insultes sous couvert de féliciter les vaccinés, ça commence à me fatiguer. Pas d’amalgame s’il vous plaît, j’ai pris le Pfizer, pas la carte d’En Marche, la France qui travaille pour vous, ce sera sans moi. Je me suis pas vaccinée pour retourner bosser pour huit balles de l’heure et une amende à 135 balles si je rentre trop tard et que j’avais pas d’attestation pour l’apéro dinatoire d’En Marche. Je suis vaccinée pour le Chaos vivant contre votre Ordre qui sent la Mort. Je suis vaccinée pour ne contaminer personne dans les manifs. Je suis vaccinée pour protéger les chômeurs quand on manifestera contre la réforme de l’assurance chômage Je suis vaccinée pour protéger les retraités quand on manifestera contre la réforme des retraites. Je suis vaccinée pour protéger les amis en situation de handicap quand on manifestera pour l’individualisation de l’AAH , et puis des AESH pour les gosses. Je suis vaccinée pour retourner occuper les théâtres et cette fois on sortira pas avant d’en avoir fini avec la société du Spectacle. J’aime pas spécialement Debord, mais encore moins Marlène Schiappa en train de réciter du Maurras chez Hanouna. Je suis vaccinée pour pas tomber malade pile le jour où je fais grève et rater la manif. Je suis vaccinée pour dire Même pas mal au flic qui m’arrachera mon masque dans une de vos nasses. Je suis vaccinée pour manifester pour que les exilés puissent se faire vacciner. Et avoir des papiers et un…

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Une conversation contemporaine: révolution, immigration, antisémitisme, islamophobie (2)

in Entretiens/islamophobie by &

Le premier volet de la conversation entre Hamza Esmili et Nadia Meziane, consacré à la révolution syrienne, se trouve ici. L’immigration, la gauche. Tu situes ton engagement à l’intersection d’une condition sociohistorique, l’immigration et le collectif qu’elle fonde, et d’un espace, celui de l’extrême-gauche française. Comment la rencontre de l’un et de l’autre s’éprouve pour toi ? Nadia Meziane : J’ai grandi dans une gauche en perdition, qu’on appelait banlieue rouge, au début des années 80.La gauche radicale, pour moi, c’est d’abord l’identité de la défaite injuste. Ma banlieue était calme. En tout cas au sens capitaliste du terme. Dévastée par le chômage, l’alcoolisme, l’héroïne, la laideur architecturale, l’ennui, celui des jeunes et celui des adultes. Mais il n’y avait pas d’émeutes et d’ailleurs même pas de commissariat. Il y avait aussi un grand port industriel en bord de Marne et la mairie communiste bénéficiait de l’impôt sur les sociétés, Du grand rêve révolutionnaire, il restait aux barons locaux du PCF, quelques éléments de social: donc on avait un petit cinéma, deux bibliothèques, des vrais terrains de sport, des colonies de vacances pas chères. Dans les villes de droite ou socialistes à côté, il n’y avait rien. Mais c’était le PCF. Des amoureux de l’ordre  qui identifiaient les jeunes issus de l’immigration coloniale au «lumpenproletariat » . Donc, mon premier conflit idéologique avec la gauche radicale, c’est vers mes dix ans, quand les gros bras de la mairie dégagent les « toxicos » comme ils disent, d’abord à coups de…

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Rabia, militante de la solidarité au quotidien, l’islamophobie et le courage du pardon

in Entretiens/Instants/islamophobie by

Rabia est précaire, bénévole à J’Aide la Chance, une association humanitaire qui organise notamment des distributions de nourriture trois fois par semaine dans une ville populaire de banlieue. Elle est aussi de confession musulmane et porte un voile. A la fin du mois d’avril 2021, elle a été victime d’une agression islamophobe dans un bus. Agression verbale et physique puisqu’elle a subi une tentative d’étranglement. Comme beaucoup d’autres, elle a simplement porté plainte, pris un avocat gratuit sans faire appel à l’aide d’associations de lutte contre l’islamophobie ou le racisme, parce qu’elle souhaitait surtout oublier. Son agresseur a été rapidement retrouvé, mais très rapidement aussi, il a réussi à se procurer l’adresse et le numéro de téléphone de Rabia, et est venu à son domicile avec son épouse et ses enfants en bas âge pour s’”excuser”. Il a finalement été condamné à un simple sursis et à verser des dommages et intérêts à Rabia. En écoutant le témoignage de Rabia, vous découvrirez pourquoi cet homme lui dit aujourd’hui qu’il a eu de la chance de tomber sur elle. Nous remercions Rabia de sa confiance et de son courage et d’avoir eu l’extrême gentillesse de bien vouloir revenir sur son agression avec nous, dans cet entretien audio. Nous savons à quel point se remémorer un tel évènement et revenir dessus est difficile, à quel point loin des odieux clichés racistes qui présentent les femmes victimes de violences islamophobes comme des personnes qui profitent de ce qui leur arrive, être une victime…

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La polémique Substack vol.2: le raciste de gauche croit qu’il est un juif qui a intégré la République

in Médias etc. by

“Woke”, “Stay woke” (Anglo-Américain: “éveillé”, “rester éveillé”): Terme évoquant la prise de conscience des problématiques concernant la justice sociale et l’égalité raciale. Ayant fait son apparition au XIXème siècle pour soutenir Abraham Lincoln dans son projet de prévenir la propagation de l’esclavage (voir aussi le mouvement des “wide awakes”), le terme “woke” prend au cours du XXème siècle  la connotation d’“être conscient” et “bien informé” dans un sens politico-culturel. Etant présent dans plusieurs chansons par exemple du chanteur afro-américain Huddie Ledbetter, son sens politique est davantage renforcé à travers le mouvement panafricain et Marcus Garvey. Faisant sa réapparition en 2014 avec le mouvement Black Lifes Matter, “woke” ne désigne désormais plus uniquement la vigilance face aux discriminations raciales, mais il est également employé comme encouragement pour d’autres luttes sociales, comme celles des droits LGBT ou d’autres populations marginalisées. Récemment, le terme se retrouve  utilisé de manière péjorative et sarcastique par des forces conservatrices et l’extrême droite pour nuire à la politique progressiste… L’idée initiale de Substack était, on l’a dit dans le précédent article, de renouveler le modèle économique des médias en échappant à la publicité. Puisque la publicité est captée par les plateformes et que cela assèche les médias, alors le renouveau des médias passe par le contournement de la publicité avec un modèle de newsletter individuelles payantes : Substack. Avec un certain nombre de petits arrangements cependant. On a vu comment le modèle Substack est en fait basé sur la mise en avant de contenu réactionnaire très rentable et…

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Apocalypse baby: Julien Bayou, un Antéchrist français ?

in Instants by

Sans doute vivons-nous un moment historique où la peur de la fin du monde peut s’expliquer plutôt facilement. L’humanité a une certaine tendance à l’anthropocentrisme. Aussi lorsqu’un rapport du GIEC affirme que le changement climatique risque d’être bien plus rapide et bien plus violent que prévu, que des catastrophes bouleversant les modes de vie contemporains, menaçant la survie immédiate de centaines de millions de personnes voir de l’ensemble de l’espèce humaine peuvent survenir dans les vingt prochaines années, il y a de quoi être hanté par les mythes apocalyptiques qui émaillent notamment l’imaginaire occidental. Nous venons également de vivre un bouleversement historique traumatisant avec la pandémie de Covid 19 : en Europe, nous n’avions pas vécu un tel choc depuis très longtemps. En février 2020, le monde tel que nous le connaissions s’est arrêté, et la mutation technologique nous a fait vivre cette expérience de manière inédite. D’une part, notre quotidien immédiat a été transformé profondément et brutalement. En quelques semaines, l’ordre des jours, sa familiarité répétitive s’est modifié. Littéralement, le virus nous a mis dans une situation où nous ne savions absolument pas de quoi demain serait fait. Nous savions par contre avec une extrême profusion d’image et d’informations qu’une bonne partie de l’humanité vivait ce bouleversement pandémique en même temps que nous. Enfermés, nous avons pu contempler le monde immobile à travers les écrans. L’expérience avait ceci de troublant qu’elle était à la fois repli contraint sur la sphère domestique rétrécie, même pour ceux qui travaillaient mais vivaient dans…

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L’islamophobie, pathologie aigüe de l’insécurité culturelle.

in Chroniques de la violence brune/islamophobie/Religions/Révolution by

Supposons que le signifiant d’« islamophobie » ait quelques pertinences. Si « islamophobie » il y a, alors définissons ce terme selon son étymologie, c’est-à-dire comme une peur, une haine ou un dégout de la religion musulmane. D’une peur, d’une haine ou d’un dégout absolument légitime et non-condamnable pour peu que ce rejet respecte le cadre légal de la jurisprudence consacrée. En ce sens, force est de constater que depuis plus de vingt-ans, règne un climat d’idées et d’affects que l’on peut aisément qualifier d’« islamophobe » et ce, particulièrement dans le champ politique, médiatique et intellectuel[1], alimenté par différents acteurs – pas nécessairement majoritaires mais ayant assurément force de proposition et en ce sens, jouissant d’un relatif pouvoir d’influence –, formant ainsi ce que Pierre Bourdieu appellerait une « humeur idéologique »[2]. Pour notre part, nous pensons que l’« islamophobie » relève d’une phobie avant tout idéologique et culturelle, qu’elle procède d’un contexte historico-politique particulier fait d’insécurités et d’angoisses existentielles profondes, favorisant ainsi la sécrétion de toutes sortes de fantasmes et de psychoses dont les extrêmes et les contraires s’en nourrissent jusqu’à satiété – et ce, particulièrement chez une certaine élite intellectuelle et politique.   Une phobie idéologique Contrairement à une relative interprétation dominante, il nous apparait que l’« islamophobie » n’est ni un « racisme », ni une « religiophobie » ; elle est dans le pire et le plus vulgaire des cas, une xénophobie – au sens d’une altérisation/démonisation de l’Autre –, mais ne saurait s’y réduire et en constituer l’essence. L’« islamophobie » est  avant tout une phobie idéologique qui interprète tendanciellement toute pratique d’extériorité sociale…

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Pardon Wajdi, pour ces occupations

in Mémoires Vives by

C’était un 20 mai 2021, un mois de mai où le ménage de printemps s’imposait. Aérer, ouvrir, ré-ouvrir, en finir avec cette odeur de Covid, avec ces histoires de luttes, de combats sociaux, de convergences. Les théâtres étaient prêts, les artistes trépignaient. Il restait toutefois quelques intermittents dans les lieux, qui avaient décidé d’occuper des théâtres vides durant le confinement et d’y faire résonner les revendications qui agitaient l’époque, d’organiser les luttes, de rêver convergence. Plus de 100 théâtres furent “occupés” et des Agoras organisées partout en France devant ces théâtres avec une revendication : annulation de la réforme assurance chômage. C’était une bien belle et bien valeureuse lutte, promise à l’échec comme toutes les luttes du moment, qui méritait d’être saluée, encouragée, applaudit. Wajdi Mouawad, auteur prodigue du théâtre contemporain et directeur d’un théâtre national à Paris, le théâtre de la Colline publie un manifeste à l’attention du public de son théâtre, pour leur expliquer pourquoi il refuse d’ouvrir le théâtre et pourquoi il préfère annuler les représentations afin qu’ils n’aient pas le désagrément de croiser quelques militants dans le hall. Voici ma réponse d’occupante de ces théâtres, militante, artiste, intermittente ou pour reprendre la définition qu’il fait de nous: une sorte de bactérie humaine, d’infection de ce monde. Pardon Wajdi. Pardon, je suis coupable, je suis une grande coupable Wajdi. Je ne t’ai pas donné un grand et beau spectacle, à toi, oh maître des lieux…. pardon, j’ai beaucoup pêché Wajdi. Tu vois, j’ai moi aussi un faible…

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Une réponse à Aïssam Ait-Yahya: mon Frère, appelle-moi Marianne

in Ecole/islamophobie/Laïcité/Non classé by

Donc un jour un « salafiste » a toqué à ma porte, et ce fut toi. Je ne sais si ce mot te convient, je mets les guillemets, et tu ne me peux plus me soupçonner de vision policière. Car je t’ai ouvert, tu t’es assis sur mon canapé d’assimilée soumise, laïque et néo-sioniste, et puis tu as parlé. Trente pages, 45 minutes de lecture, une conférence d’une heure à peu près, sans être interrompu. Ce n’est pas l’envie qui m’en manquait, ni celle de te foutre à la porte et de la claquer derrière . Mais à quoi bon, Aïssam ? Je ne suis pas charcutière de Tourcoing, je suis une petite précaire démocrate insignifiante, sauf si elle refuse de se cacher derrière Gérald. A quoi bon te faire ce qui t’a déjà été fait, fiché S, perquisitionné, mis au ban de tes propres communautés. Salaf, donc, les seuls réac de France qu’on ne voit pas sur les plateaux télé. Non j’ai préféré saisir ma chance. Enfin l’un d’entre vous venait me parler. Oui, me parler, certes tu réponds à un homme, mais chez moi. Et toutes ces années, j’avais tellement de choses à te dire, mon Frère ennemi, mais contrairement à d’autres, je savais que cela ne servait à rien de parler dans le vide. Je vis dans une cité avec des hommes comme toi, et je sais comment vous êtes. Les racontars islamophobes me font bien rire, non vous ne frappez pas les apostates, les métèques, les buveuses d’alcool aux…

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La fin de la mythologie républicaine – Entretien avec Aïssam Aït-Yahya en réponse à Zinedine Gaid

in Entretiens/islamophobie/Religions by

« La République est une philosophie avant d’être un régime ; elle est une Église, une Église laïque dont le dogme est la libre pensée et dont le prêtre est l’instituteur. » Alain   Ma présente participation à Lignes de Crêtes prend donc la forme d’une interview d’Aïssam Aït-Yahya, auteur et essayiste, dont le travail se concentre sur la pensée politique musulmane contemporaine, suite à l’entretien de Nadia Meziane avec le professeur de philosophie du collège-lycée MHS Zinedine Gaid du 10 mars dernier. M. Gaid y établit une équivalence idéologique cavalière et douteuse entre Aïssam Aït-Yahya et Eric Zemmour d’une part, et conteste, pour ne pas dire récuse, d’autre part, bon nombre d’idées que le cofondateur des éditions Nawa a pu développer au fil de ses publications, ou même que des théoriciens et militants antiracistes décoloniaux, par exemple, utilisent et qui portent leurs fruits : encore dernièrement, un soi-disant « islamo-gauchisme » est au cœur de débats publics enflammés. Pourquoi ? Parce que bon nombres d’idées et d’arguments, qu’ils soient sociologiques, politiques, philosophiques, issus ou non de milieux militants, se répandent non seulement dans le champ des études universitaires, mais également dans toute la société, que des concepts parviennent à faire trembler les détenteurs du pouvoir actuel, notamment intellectuel ; autrement dit, parce qu’un certain courant de pensée, une pensée légitime, gagne du terrain et réussit à ébranler la République dans ses fondements. Aussi, face aux accusations et discrédits permanents, des mises au point, terminologiques et épistémologiques, s’avèrent-elles nécessaires. Merci…

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La controverse Substack et Le modèle économique de la Gauche Raciste, Vol.1

in Médias etc. by

La pensée réactionnaire française et la gauche raciste tricolore, est obsédée par l’invasion de théories “venues des Etats Unis”. Des théories du genre, de l’antiracisme, du multiculturalisme, tout cela viendrait des campus universitaires américains, s’infiltrerait dans nos universités par le biais des islamo-gauchistes et détruirait insidieusement la France. Ces croyances sur l’américanisation sont assez commodes pour la gauche raciste, les souverainistes et les réactionnaires anti-antiracistes et autres obsédés du complot Woke. Celà permet d’expliquer comment font les Arabes pour affaiblir la grande Nation de France alors qu’ils sont clairement des inférieurs civilisationnels aux yeux de la gauche raciste, privés de laïcité et d’universalisme: ils sont aidés en fait par les campus américains. On peut aussi renouer avec les vieux mythes antisémites d’une cinquième colonne actionnée depuis l’étranger. On peut même comme certains souverainistes, recycler le fond de pot sur l’Empire contre la Nation. Tout cela est très commode mais c’est aussi une réaction à une réalité : le mouvement anti-raciste américain est celui qui a permis, par ses luttes acharnées, et au prix de morts, de se débarrasser de Donald Trump qui était l’avant garde du fascisme réactionnaire dans le monde. La résistance américaine au fascisme, incarnée dans le mouvement Black Lives Matter, est quelque chose qui a inspiré outre Atlantique et que l’on a envie d’imiter. Et ce phénomène d’émulation inquiète en France les tenants de la ligne de la gauche raciste, souverainiste et Printemps Républicain modéré ou radicaux, convaincus que « la gauche doit parler aux électeurs de Trump et…

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La controverse de la Paillade

in Antisémitisme/islamophobie/Laïcité/Religions by

§ 1. « Le Français de confession musulmane peut-il, oui ou non, faire de sa foi, la forme-de-vie principale de son existence en terre hexagonale, dès lors où il respecte les lois du pays ? » On croirait réentendre ici les vieilles questions du XVIIIème et XIXème siècle, en France et en Allemagne particulièrement, au sujet des Juifs et de leur rapport aux sociétés modernes. C’est pourtant la seule question à laquelle, au fond, doivent répondre tous ceux qui, aujourd’hui-même, crachent de plus en plus ouvertement leur haine et leur dégoût vis-à-vis de leurs concitoyens musulmans. Et si ce n’est pas une question explicitement formulée, la « question » est déjà à l’œuvre de façon tout à fait effective sous forme de « problème », puisque les Musulmans sont systématiquement problématisés dans le débat public et les différentes mesures gouvernementales. Alors, qu’ils y répondent franchement, une bonne fois pour toute, sans ambages ni faux semblants ; qu’ils déversent donc tout ce que le ressentiment sait faire de meilleur en matière de vindicte populaire. § 2. Mais reformulons la question : « Peut-on, en France, si l’on a considéré en son âme et conscience que l’idéal de la ‘‘vie bonne’’ serait incarné, à tort ou à raison, par la ‘‘religion musulmane’’ ; peut-on, disions-nous, épouser cet idéal de la ‘‘vie bonne’’, dès lors où celui-ci ne contreviendrait pas aux normes établies ? » Et si nous posons la question, c’est que les « commentaires » que nous avons eu le malheur de pouvoir lire ci et là, récemment, au sujet de cette…

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Bribes de voix, celle d’une précaire étrangère pas assez polie, parmi tant d’autres

in Instants by

Il y a quelques temps, j’ai été contactée en urgence par une mère isolée qui avait été régularisée quelques mois auparavant. Un fils de 8 ans, enceinte de 6 mois. Une grossesse non désirée, mais elle s’en est rendue compte trop tard pour avorter, et puis le père, bien que très précaire lui aussi et sans papiers, voulait garder le bébé. « Même dans une situation précaire, on peut fonder une famille » lui a-t-il dit. C’est une petite fille, a-t-elle précisé en me l’annonçant. Il m’a semblé que cela avait un sens particulier pour elle, en tout cas, cela en a eu pour moi. Juste ce mot fille, et il y a comme un lien, une communauté. Entre femmes, il y a des moments où on peut se dire des choses intimes sans tabou, et peut-être d’autant plus facilement qu’il n’y a pas de relations personnelles. Les relations avec les mecs, comment se passent les rapports sexuels, les avortements qu’on a faits ou pas, les libertés qu’ils nous restent à conquérir, le désir d’autonomie.   Elle appelait parce que suite à une rupture de prise en charge par le 115 (samu social), qui l’avait déjà baladé dans des hôtels d’un bout à l’autre du département, c’était le conseil départemental qui payait l’hôtel et la prise en charge s’arrêtait. Alors elle s’est installée dans les locaux des services sociaux et elle ne voulait pas bouger. J’aurais voulu aller sur place. J’aurais voulu une réaction collective en urgence. Je n’avais personne autour de…

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Service National Universel: patriotisme, air pur et pastilles de Vichy.

in Ecole/Mémoires Vives by

Aucune période contemporaine de crise nationale n’a échappé à une réflexion sur la jeunesse, vue à la fois comme une victime de la crise, un facteur de la crise (cette jeunesse par sa décadence ne peut que précipiter le déclin de la nation) et une solution à la crise, une fois qu’elle aura été régénérée, rééduquée, de nouveau convaincue des vertus du patriotisme et du nationalisme, seuls ciments efficaces de la communauté nationale. Vichy a ainsi vu naître l’expérience des Chantiers de la jeunesse initiée par le très pétainiste général de La Porte du Theil, qui de juillet 1940 à la fin de l’année 1944, concerna plus de 500 000 jeunes garçons soudainement perçus comme responsables de la défaite car gangrénés par l’esprit de jouissance, parce que convertis au culte de l’apéro, pour avoir perdu tout amour pour la patrie et donc toute volonté de sacrifice pour elle. Il fallait donc, au plus tôt, redresser cette jeunesse défaillante, l’extirper de l’influence malsaine des villes où l’usine et les mauvaises idéologies l’avaient pervertie. Cette volonté se concrétise dans la création de 40 groupements des chantiers de la jeunesse en zone dite libre, situés dans des déserts au sens monastique même du terme, où les jeunes hommes doivent passer 8 mois. Cette expérience s’inscrit dans une réflexion foisonnante et multiforme où s’entremêlent attrait pour le scoutisme, intérêt pour l’expérience des équipes sociales de Robert Garric, normalien et catholique pratiquant . Celui-ci fonde un mouvement au sortir de la Première Guerre mondiale qui…

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Suis-je racisée ?

in Antisémitisme/Féminisme/Mémoires Vives by

A. me dit : “tu es racisée parce que tu es juive, et d’ailleurs tu n’es pas blanche.” l’injonction actuelle à l’assignation identitaire de « race » pour dénoncer le racisme social ne me convient pas. Je ne parle que pour moi, pas pour lui. Lui étant juif métis descendant d’esclaves avec ses cheveux frisés, crépus qui évoquent l’Afrique, lui dont tous les adultes jeunes ou vieux de ma famille ou d’ailleurs voulaient toucher les cheveux lorsqu’il était enfant et l’embrasser même si lui comme tous les enfants redoutait ce contact imposé, je comprends qu’il se dise racisé et pas blanc. Mais moi ? Je suis née juste après la guerre, juive je l’étais parce que mes parents l’étaient et tous mes ancêtres aussi, mais toute ma famille était laïque et assimilée depuis longtemps et s’il n’y avait eu la Shoah notre judéité aurait probablement disparu ou presque. Mais il y eut les années trente, le nazisme, la guerre la déportation et l’extermination des juifs d’Europe et ma famille, mes parents furent eux aussi pris dans la tourmente. Heureusement bien que résistants ils survécurent. Chacun repris sa vie, les uns, mes grands parents restèrent en exil aux Etats Unis où ils s’étaient réfugiés dès 1941, mes parents se séparèrent après ma naissance et je fus élevée comme tous les enfants de ma génération juifs ou non, enfants de résistants, de collabos, ou simplement de bons français qui s’étaient contentés de subir l’occupation sans réagir outre mesure, nous, ceux que l’on appela les baby boomers,…

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Épidémie, école, mensonge et vérité : sur le cas Blanquer et à propos de notre santé mentale à tous-tes

in Ecole/islamophobie/Mémoires Vives by

Après des mois de mensonges ministériels en toute impunité, il semblerait que Jean-Michel Blanquer ne jouisse plus de son immunité médiatique. Enfin ! Et puisque le hasard fait bien les choses, cette semaine lors de laquelle les vrais chiffres de contamination dans les établissements ont été publiés par le Ministère de la Santé, élan suivi par tous les médias, correspond exactement au moment où le Ministère de l’Éducation nationale a jugé opportun de publier un visuel affirmant ceci : « Aller à l’école, c’est être en bonne santé ». Ces derniers jours, c’était aussi la Semaine de la Presse et des Médias dans l’école, une occasion en or de travailler sur la notion de « vérité alternative ». Un-e enseignant-e taquin-e aurait tout à fait pu se servir de cette plaquette ministérielle pour disserter avec ses élèves sur la notion de vérité. Tout un débat philosophique aurait même pu s’en suivre. En effet, cette simple affirmation – Aller à l’école, c’est être en bonne santé -, qui a agacé plus d’un pédagogue cette semaine, en dit très long sur le rapport à la vérité qu’entretient notre gouvernement, et derrière lui la plupart des politiques.

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Pour les musulmans : grands principes et petites mesures

in Chroniques du déni/islamophobie by

Depuis sa sortie en septembre 2014 aux éditions La Découverte, Pour les musulmans a connu trois rééditions, chacune augmentée d’une préface inédite (Lettre à la France, janv. 2015 ; Contre la haine, déc. 2015 ; et la dernière en date intitulée Leurs passions tristes, nos causes communes, écrite en novembre 2020). Ces textes ont en tous été rédigés par Edwy Plenel dans un contexte de répression policière et administrative à la suite de tueries perpétrées par des personnes se réclamant de l’islam. Cette nouvelle version (en librairies le 25 mars 2021) ne pouvait – hélas – pas mieux tomber et survient en plein vote du projet de loi sur le « séparatisme » et à la suite d’une séquence punitive sans précédent visant des personnes ou des institutions musulmanes. A Maurice Nadeau lui demandant à son arrivée Gare Saint-Lazare à Paris en 1945, si le problème noir aux Etats-Unis était en voie de règlement, Richard Wright eut cette réponse : « Il n’y a pas de problème noir aux Etats-Unis, seulement un problème blanci. » Cette réponse tranchante peut nous servir d’aiguillon dans le contexte qui est aujourd’hui le nôtre. Des bancs de l’Assemblée jusqu’aux plateaux télévisés, le camp réactionnaire est unanime pour affirmer que l’islam pose problème en France. Pour les musulmans est né précisément de la volonté du co-fondateur et patron deMediapartde s’élever contre une telle assertion : « D’avoir, une énième fois, entendu ce refrain qui, sans entrave aucune, met la France en guerre contre une religion, l’acclimatant au préjugé, l’accoutumant à l’indifférence,…

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Les Ides de Mars… de la Révolution syrienne à Christchurch

in Révolution by

Il y a dix ans, c’était le début de la révolution syrienne. Une révolution universelle comme toutes les révolutions et qui allait changer la face du monde, comme toutes les révolutions. Mais dans le cas de la révolution syrienne, comme elle était faite par des Arabes et qu’on aimait pas trop les Arabes, c’est sa répression qui avait, pour l’instant, changé la face du monde. Un massacre franc et massif fait sous les applaudissements, les silences gênés et les hypocrisies opportunistes d’à peu près tout le monde. Il y avait ceux qui applaudissaient. Poutine allait « régler le problème » de l’Orient et de son pipeline compliqué, Assad qui portait une cravate était un héro qui luttait contre les Arabes Saoudiens (qui n’en portaient pas et qui était donc plus éloignés de la civilisation), et l’expert géographe qui se réjouissait que la répression permette “d’aérer la Syrie de quelques millions de personnes”. Il y avait là les silences gênés aussi. Des silences de ceux qui s’étaient mis à faire beaucoup de bruit à partir des attentats de 2015. Quand finalement, tout bien considéré, on a admis sans vraiment le dire trop fort, que les attentats c’était un peu la faute de la France en Syrie. La France avait semble-t-il soit trop, soit pas assez bombardé “là bas”, ce qui au final avait provoqué les attentats “ici”. La France devait dès lors, changer de politique en Syrie et bombarder soit plus soit moins, mais dans tous les cas changer de politique.…

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Qui est séparatiste ? Entretien avec Zinedine Gaid, professeur de philosophie, MHS Paris

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Zinedine Gaid est enseignant en philosophie. Il travaillait auprès des élèves du collège/lycée MHS, établissement parisien privé universaliste, acceptant le port des signes religieux. L’établissement a été fermé le 23 novembre pour “raisons administratives”, et présenté par les autorités comme un repaire de dangereux séparatistes. Lorsque je lui ai proposé cet entretien, je ne savais pas s’il accepterait dans la situation extrêmement difficile qui est la sienne, peu propice à la réflexion intellectuelle. Et je ne m’attendais certes pas à recevoir un travail de cette ampleur, pour lequel je le remercie infiniment . Bien loin des débats empoisonnés, grossiers et absurdes qui font le miel des polémistes en ce moment, on trouvera ici le récit d’une persécution, mais aussi et surtout l’affirmation d’une pensée libre qui se refuse au cadre défini par la persécution. Si vous souhaitez soutenir le projet MHS, mais aussi ses élèves et ses salariés, vous pouvez les contacter sur leur page Facebook, où vous trouverez leur parole à toutes et tous. Zinedine Gaid écrit également sur les sujets abordés ici sur le site Mizane.info ______________________________________ Nadia Meziane: D’abord où en êtes-vous, concrètement, après la fermeture définitive de votre établissement, en tant que communauté éducative ? Question très terre à terre, mais vous avez vécu une offensive répressive, idéologique, vous avez été, en tant que professeurs et élèves attaqués publiquement. Et du jour au lendemain, vous vous êtes retrouvés sans travail et pour les élèves, sans collège ni lycée. Votre directrice est interdite d’exercer et doit payer une…

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Des Castors et des Ornithorynques

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« Au premier tour on choisit le meilleur, au second tour le moins pire » Tel est le drame, final de la démocratie bourgeoise parlementaire, des élections à deux tours. Si tant est que l’on ait un « meilleur » au premier tour (excluant le programme par l’individualisation bonapartiste du pouvoir), le constat est que n’est jamais élu un candidat ou un programme dont est proche la majorité des électeurs. Enfin, de ceux qui s’expriment. Enfoncer une porte ouverte. Le pouvoir politique est détenu par une minorité élue par opposition à d’autres. Un certain nombre d’entre nous, appelés Castors, ont fait action politique de voter pour tout candidat opposé à un candidat d’extrême-droite, notamment au nom de l’antifascisme. Cette position est louable. Et défendable. Tout sauf le fascisme. Tout en luttant quotidiennement contre le pouvoir élu dans sa politique anti-sociale, réactionnaire, raciste, etc. Au contraire, d’autres, les Ornithorynques, ne votent ni au premier, ni au deuxième tour. Ou bien votent Blanc ou Nul. Politiquement. D’autres votent au premier tour mais pas au deuxième, refusant le « moindre pire » et ne se résignant pas à voter pour des candidats anti-sociaux, de droite, xénophobes, etc. Je suis issu d’un milieu familial rouge, communiste, où l’on vote pour le Parti au premier tour, et où l’on vote à gauche au second tour. Où il faut voter, parce que le droit de vote fut acquis de haute lutte par nos ancêtres. Parce que le droit de vote des femmes a été acquis durement. On vote, et il n’y a…

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