"Je n'ai pas vécu la liberté, mais je l'ai écrite sur les murs" (la révolution syrienne)

Sans Frontières

Urgence pour les migrants en Bosnie

Lignes de Crêtes s’associe à cet appel  à signer ici : http://chng.it/VgtyTtH7FY 3000 personnes sont restées bloquées près d’une semaine dans le camp de Lipa et à ses abords, sans abri et en danger de mort, leur évacuation ne commençant que le 29/12. Nous interpelons l’Union européenne et nous relayons les appels à l’aide des associations empêchées de leur apporter de l’aide sur place. Deux jours avant Noël, dans le nord-ouest de la Bosnie, le camp de Lipa a été complètement détruit par un incendie. Depuis, les 1400 réfugiés et migrants qui y étaient abrités vivaient et dormaient dehors, en plein hiver, par des températures glaciales, dans une situation de précarité et de détresse absolues. Les autorités municipales et cantonales de Bihac ont refusé l’ouverture d’un ancien centre d’accueil sous la pression d’une population qui a récemment organisé une manifestation hostile. Ces mêmes autorités ont bloqué toute possibilité de déplacement des populations en détresse, comme elles le font depuis plusieurs mois, tout comme elles ont exercé des pressions sur les structures qui veulent les soutenir avec de la nourriture et des vêtements. A ces 1400 personnes, s’ajoutaient 1600 autres personnes vivant dans les bois ou dans des squats à proximité du camp de Lipa et qui nécessitaient aussi d’être aidées, car elles aussi abandonnées et bloquées à l’air libre et sous la neige. Aujourd’hui, ces personnes sont parties dans des bus vers des destinations inconnues, éloignées à dessein de Bihac, ou restées dans les bois. Les associations sont empêchées de…

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A LA UNE

Day of the Rope au Capitole: le jour où le mythe néo-nazi a pris corps

in Non classé by

Dans toute politique réussie, il y a une part de magie. Au sens de pratique magique, de rituels irrationnels et normalement inopérants mais qui vont avoir des effets dans le réel parce que la croyance en eux est suffisamment importante dans un corps social pour que les acteurs s’y conforment. Ce qui s’est passé au Capitole relève du Récit qui s’est incarné parce qu’il était suffisamment puissant et même dans les esprits de ceux qui le combattaient. De manière bassement rationnelle, ce qui s’est produit relevait normalement de l’impossible. Il ne s’agissait pas, en effet, d’une tentative de coup d’État. Un coup d’État se prépare dans l’ombre, en secret. L’attaque du Capitole a eu comme dirigeant apparent, un homme qui l’annonçait tranquillement depuis des semaines. Un coup d’État nécessite de petites unités clandestines armées qui choisissent des objectifs stratégiques clés et les prennent d’assaut le moment venu, en comptant sur la stupéfaction de leurs opposants, et pas seulement sur le soutien de la masse de leurs partisans. Depuis des semaines, des milliers et des milliers de suprémacistes blancs, d’accélérationnistes en tous genres, de Républicains pro-Trump clamaient que le 6 janvier serait la date du grand affrontement avec la démocratie américaine (1). Il y avait partout des appels, des hashtag, des cars et des voyages organisés pour l’insurrection qui vient et même des goodies, des casquettes et des sweat-shirts ornés d’un «  Civil War-6th January » fabriqués et commandés d’avance. Sans la magie politique, de celle qui envoûte le camp d’en…

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Le rôle des plateformes dans le fascisme d’intérêt public

in Médias etc. by

Non le PDG de Twitter n’a pas décidé seul de supprimer le compte du président US. Non les plateformes ne sont pas en détention d’un monopole d’un service public et non, la suppression d’un compte n’est ni une censure, ni la régulation unilatérale du débat public. Ce qui vient d’arriver avec la suppression du compte Twitter de Donald Trump suite aux émeutes du Capitole est l’aboutissement d’un processus long et complexe, et d’une révolution dans la politique de modération des plateformes qui a pu avoir lieu dans le contexte de l’épidémie de Covid et grâce au mouvement antiraciste de Black Live Matters et des solidarités qu’il a engendré dans la société. Petit retour en arrière D’abord il faut se souvenir de pourquoi Trump était sur Twitter. Trump était sur Twitter afin de contourner l’organisation démocratique normale, ses régulations et ses contre-pouvoir, notamment les médias. Trump n’a eu de cesse d’insulter, menacer et mépriser les journalistes qui lui posaient des questions ou faisaient des enquêtes. Pour ce faire il a pu recourir à un outil qui est Twitter et grâce auquel il pouvait, en très peu de mots, dicter une politique sans avoir à s’en expliquer, ni en conférence de presse (qui étaient passées à insulter les journalistes) ni face à une opposition politique, ni face à sa propre administration. C’est ça que permettait Twitter, une parole en nombre de mots ultra réduits passé directement du leader charismatique au “peuple” sans aucun intermédiaire, limitation ou contrôle. Twitter de son côté, ainsi…

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Une conversation contemporaine : révolution, antisémitisme, islamophobie (1)

in Non classé by &

Nadia Meziane : Nous ne serions peut-être jamais croisés sans la révolution syrienne qui a lié, de par le monde, des gens qui a priori n’avaient rien à faire ensemble. Et donc avant de parler d’antisémitisme et d’islamophobie, j’aimerais qu’on se souvienne des belles choses et qu’on les fasse vivre. Raconte moi un peu ta révolution syrienne et comment elle a déboulé dans ta vie. Hamza Esmili :Peut-être faudrait-il dire d’emblée que la découverte de la révolution syrienne fut tardive pour moi. J’étais pourtant issu de la gauche marocaine – et, plus généralement, arabe – dont 2011 avait été le moment de vérité tant attendu – et, in fine, gravement contrarié. Au Maroc, la révolte avait pris le nom de Mouvement du 20 février auquel, avec certain.e.s ami.e.s, nous avons essayé de donner quelques suites. Mais l’écho de la Syrie ne nous était que peu parvenu. Rétrospectivement, la non-réception de l’une des plus importantes mobilisations du moment me semble allégorique d’une gauche arabe nationaliste qui, pendant des décennies, s’était demandée avec la chanteuse libanaise Julia Boutros « où étaient les millions », i.e. les masses populaires. Cependant, lorsque celles-ci avaient effectivement investi la rue, une partie majeure de la gauche arabe avait pris le parti du régime – dès 2012, la même Julia Boutros1 avait ainsi dédié à l’armée de Bashar une chanson intitulée « tirez, ne montrez nulle pitié ». Aussi la découverte de la révolution syrienne s’est-elle faite par le truchement de la France ou, plus exactement, par la volonté d’interroger la…

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Terrorisme d’extrême-droite: les faits et les “forcenés”

in Chroniques de la violence brune/Chroniques du déni/Incels/islamophobie/suprémacisme blanc by

Frederik Limol ne comptera jamais officiellement dans les statistiques du terrorisme, même si ses trois victimes ont eu un hommage national. Il a pourtant abattu trois gendarmes, dans le cadre d’une résistance armée, manifestement anticipée de longue date, même si l’évènement déclencheur à savoir l’appel à la police effectué par une amie de sa compagne qu’il violentait n’a pas dépendu de lui. Mais le choix de la date précise du passage à l’acte n’est pas ce qui distingue le terrorisme du simple fait divers non politique. En l’occurrence, il est arrivé dans de nombreux attentats djihadistes que la date soit déterminée par des évènements extérieurs: par exemple, les attentats de Bruxelles ont eu lieu parce que leurs auteurs savaient avoir très peu de temps avant de se faire arrêter par la police qui les avait repérés. Plus globalement, on ne sait souvent pas très bien, dans le cadre d’attentats commis par les « isolés » de Daech, sans ordre explicite de l’organisation, ce qui détermine le jour où ils se décident à tuer. Il y a d’autres critères qui semblent cependant absents du crime de sang perpétué par Frédérik Limol et qui le distinguent même d’autres terroristes d’extrême-droite. Il n’a  laissé aucun manifeste, et personne ne peut être sûr, en l’état des informations données par le procureur de la République, s’il a agi ou pas en étant préoccupé seulement de motifs qu’il vivait comme personnels au moment du drame. Le problème politique ne réside donc pas dans le fait que son acte…

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Lettre à Franck Lepage

in Antisémitisme/Chroniques du déni/Négationnisme/Non classé/pandémie/Traces by

Cher Franck Lepage, Comme beaucoup de mes collègues animateurs socio-culturels je t’ai admiré. Comme beaucoup de mes collègues j’ai aimé que tu popularises la notion d’éducation populaire. J’ai aimé que tu racontes son histoire en plantant des tomates. J’ai aimé comme tout le monde le clou d’inculture 1 quand tu jouais avec les mots autour de la notion de projet. Bon j’avais bien quelques réserves sur ton spectacle, notamment quand tu parles de théâtre, quand tu parles du festival d’Avignon, quand avec connivence tu regardes le public en disant « Ce n’est pas Jean Vilard qui à créé le festival d’Avignon mais cela on ne vous l’a pas dit ». Or quiconque a déjà ouvert un livre sur l’histoire du festival d’Avignon sait qu’il s’appelait au départ « Une semaine d’art » et que c’est Christian Zervos et le poète René Char  qui sont à l’initiative de cette action. Je trouvais qu’il y avait quand même aussi un écart entre ce que tu disais sur les médiateurs culturels qui « balançaient sur les jeunes de l’art contemporain » et  ce qu’il se passait réellement dans les séjours des Céméa au festival d’Avignon qui faisaient parfaitement le pont entre l’éducation populaire et la culture souvent perçue comme élitiste. Je voyais mes ami.e .s animer ces séjours et je me rendais bien compte qu’ils ne balançaient pas de la culture sur les jeunes, mais qu’ils construisaient ces séjours ensemble, de manière bien moins descendantes que tes conférences gesticulées et que les animateurs construisaient avec les jeunes un parcours théâtral…

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Maurras et Pétain, faux plis du drapeau de Macron

in Antisémitisme/Chroniques du déni/islamophobie by

« Nous sommes devenus une société victimaire et émotionnelle. La victime a raison sur tout. Bien sûr, il est très important de reconnaître les victimes, de leur donner la parole, nous le faisons. Mais dans la plupart des sociétés occidentales, nous assistons à une forme de primat de la victime. Son discours l’emporte sur tout et écrase tout, y compris celui de la raison. Par conséquent, celui qui a tenu un discours antisémite ou a collaboré tombe forcément dans le camp du mal radical. Je combats avec la plus grande force l’antisémitisme et le racisme, je combats toutes les idées antisémites de Maurras mais je trouve absurde de dire que Maurras ne doit plus exister. Je me suis construit dans la haine, dans le rejet de l’esprit de défaite et de l’antisémitisme de Pétain mais je ne peux pas nier qu’il fut le héros de 1917 et un grand militaire. On doit pouvoir le dire. À cause de la société de l’indignation, qui est bien souvent de posture, on ne regarde plus les plis de l’Histoire et on simplifie tout. » – Emmanuel Macron, dans l’interview accordée à L’Express le jeudi 17 décembre 2020. Comment perdre une autre occasion de se taire ? Emmanuel Macron peut, à juste titre, dans l’entrevue qu’il accorde à L’Express s’alerter que la parole publique soit aujourd’hui affaiblie par le relativisme, par des commentaires permanents qui finissent par faire oublier le sens premier même de cette parole. Mais le moins que l’on puisse écrire c’est…

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Variations en jaune et brun autour de François Ruffin

in Antisémitisme/Chroniques du déni/Négationnisme by

Les récentes déclarations de François Ruffin ont déclenché une petite vague de colère étonnée à gauche. L’homme qui incarnait la version libertaire, jeune, mouvementiste de la FI a brusquement tenu des propos dignes d’un Djordje Kuzmanovic, parti du mouvement justement parce qu’il ne le trouvait pas assez nationaliste. Or aujourd’hui ce nationalisme, frileux et assumé à la fois, est donc repris par celui qui est resté, et à qui beaucoup de gens accordaient une sensibilité de gauche plus grande que celle de Mélenchon. C’est cependant une illusion de longue date. Ruffin est depuis un bout de temps l’incarnation la plus médiatique d’une mouvance beaucoup plus large, qui entend bien profiter de la présidentielle et de la visibilité de la FI pour continuer à imposer une ligne anti-système. Il n’y a pas que Ruffin, il n’y a jamais que Ruffin. Ce qu’il représente est une mouvance qui fonctionne depuis des années avec la même logique:  on va convaincre les gens non pas sur de la politique ou des idées de gauche mais en se ralliant à toutes les idées anti-système qui sont à la mode et cela peut aller du tirage au sort version Etienne Chouard, jusqu’à des prises de position anti-vaccins. Exprimé par Ruffin en ces termes “Le code du travail c’est très technique il faut attaquer Macron sur des trucs à la cons genre les vaccins”. Cette phrase date de 2017, et il faut donc reconnaître une grande capacité d’anticipation au leader insoumis: pour s’en convaincre, on peut relire…

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Mad Camp

in Mémoires Vives/Non classé/pandémie/Traces by

26/09/2020 L’hôpital “C’est plus difficile de remonter que de descendre” me dit la dame sur le patio, en tirant sur sa cigarette. J’étais en train de grimper à ma fenêtre du rez-de-chaussée. Sacrée belle métaphore pour la dépression, je lui réponds en rigolant. Je suis arrivée hier, en train et en taxi. Au beau milieu de la carte de France, dans le Berry. J’y avais jamais foutu les pieds et j’aime pas Richard Berry mais faut avouer que c’est joli. Je relis Christian Bobin, “La grande vie”, au milieu de la petite forêt de la clinique et ça aussi c’est très joli. Il fait enfin frais, je porte un bonnet et une écharpe et je suis ravie. J’ai dû refaire un test PCR (mon deuxième en un mois bordel de chiotte) avant mon arrivée. C’est très chiant mais c’est normal, je viens d’un département rouge-sa-mère et le Berry est dans le vert. Troisième protocole de curage de nez ce matin et rien n’y fait, je continue à attraper les mains de l’infirmier en marmonnant for fuck sake dans ma barbe. Et en attendant les résultats lundi, et ben je dois rester confinée dans ma petite chambrée. On m’apporte mes repas et j’ai le droit de fumer des clopes à la fenêtre. Ce matin, l’infirmière qui m’a fait mon ECG m’a dit que je pouvais faire le mur pour fumer mon CBD, trop compliqué d’expliquer aux collègues que ça sent la weed mais ça n’en est pas. Le jeune psychiatre de…

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A Montpellier, l’antisémitisme décomplexé applaudi par la foule

in Antisémitisme/Chroniques du déni by

Ce samedi 21 novembre se tenaient partout en France des manifestations en opposition à la loi sur la “sécurité globale”, dont notamment son article 24, rendant passible de poursuites le fait de filmer les forces de l’ordre. A Montpellier, plus de 1500 manifestants se sont rassemblés contre cette nouvelle atteinte grave aux libertés. Au milieu des slogans et pancartes dénonçant la dérive autoritaire gouvernementale, une pancarte géante « Non à l’israélisation de la France ». D’après le groupe « BDS 34 Montpellier », qui arborait fièrement cette pancarte, la France serait donc menacée par l’infiltration secrète d’un petit groupe. En tout cas, c’est clairement le sous-entendu affiché ici. Celui d’une politique venue de l’étranger et non d’un raidissement autoritaire tout simplement français. Comme à l’accoutumée les sophistes de l’antisémitisme de gauche nous expliqueront que nous réagirions différemment s’il s’agissait d’une référence à un autre pays. Mais si c’était le cas, par exemple, si l’on comparait la politique de Poutine ou de Trump et la situation française actuelle, ce ne serait pas le mot ” russification” mais le mot “poutinisation” qui serait employé. Tout simplement parce que le complotisme est dans l’ADN de l’antisémitisme, et que dans ce cas précis, l’idée d’une “influence extérieure” est bien autre chose que celle de comparaisons entre des politiques sécuritaires communes à bien des dirigeants politiques. Cette référence directe aux slogans antisémites de l’entre-deux guerres s’est non seulement affichée en tête de manifestation, mais aussi à une place prépondérante lors des prises de paroles. Pire,…

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Le désir de révolution et le religieux au temps de 68

in Féminisme/Mémoires Vives/Religions/Révolution by

En 1968, nous les jeunes militants révolutionnaires rêvions d’un autre monde et nous étions sûrs qu’il allait advenir. En pleine guerre froide alors que la décolonisation commençait à peine et que nous sortions de deux guerres coloniales sanglantes en Indochine et en Algérie, deux défaites pour la France, alors qu’au Vietnam les gouvernements américains s’enlisaient dans une interminable et terrible guerre contre les combattants de la liberté et que la jeunesse progressiste luttait à la fois pour les droits civiques et contre la guerre qui les décimait, nous rêvions de Révolution. L’ « immigré » Il n’y avait pas de jeunes immigrés ou « issus de l’immigration » dans les banlieues. Les immigrés qui venaient en France travailler dans les usines automobiles, vivaient pour la plupart seuls dans des foyers sordides, deux ou trois par chambres minus­cules. Ils dormaient sur des lits superposés de métal et parfois lorsqu’ils faisaient les trois-huit, ils se partageaient le même couchage à des horaires différents. Ils préparaient collectivement leur nourriture dans des grands chaudrons sur des réchauds à gaz ou à alcool. Le soir, ils se retrouvaient devant le couscous le plat de poisson ou au café. Sans femmes, sans enfants, ceux-là étaient au pays, dans leurs tribus ou leur bled aride et mi­sérable. L’ouvrier immigré ne rentrait chez lui qu’une fois par an s’il avait pu économiser pour payer son voyage. Le regroupement familial n’existait pas. « L’immigré » était mascu­lin, seul et adulte. D’ailleurs il n’y avait pas encore de barres d’HLM en banlieue, ou si peu. Par…

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Derniers échos du Folklore de la Zone Mondiale.

in Non classé by

C’est une histoire de chaînon manquant. Une histoire anecdotique passée à la trappe de nos mémoires collectives, un bref laps de temps entre la grande histoire révolutionnaire inaugurée en 68 et puis les attentats de 86 et la chute du Mur de Berlin où émerge celle du nouveau paradigme érigé en récit explicatif, la guerre des Civilisations . C’est l’histoire d’un bref moment où une jeunesse arrive dans un monde où tout semble avoir déjà eu lieu et s’être échoué dans une banlieue pas encore objet d’histoire, dont on ne se revendique pas parce qu’il ne s’y passe rien. C’est l’histoire d’une jeunesse, au fond, pas si importante numériquement parlant, qui a écrit un destin bien peu historique, à l’ombre du mur de Berlin, symbole de l’échec du communisme, dans le sillage de parents ayant expérimenté toutes les transgressions possibles après 68 pour finalement divorcer et acheter un pavillon, tout en allant à des manifs un peu tristes pour le principe. C’est dans un bout d’éternel présent non identifié qu’une jeunesse décide de déclarer le futur impossible. Mais pas avec de grandes envolées tragiques, plutôt dans un joyeux bordel , dans un élan créatif où bizarrement, l’on jette aux orties toute issue positive tout en déployant une immense énergie créative et romanesque. Donc ça s’appelle Requiem pour un keupon, mais c’est tout sauf un requiem triste. Plutôt un carnaval des damnés et heureux de l’être. Une histoire de musique ? Comme disaient les parents , mais ce n’est pas de la…

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Souverainisme gazeux sentant la mauvaise gauche

in Chroniques du déni by

Donc une nouvelle revue “de gauche” entend disputer à Onfray le retour de la Nation. Dernier né d’une demi douzaine de revues, think-tanks, instituts et autres machins souverainistes montés par “Le Vent Se Lève”, la Revue Germinal vient de sortir son premier numéro sur “le retour de la Nation”. A force de revenir on pensait que la Nation était déjà bien arrivé mais apparemment non, ce retour là devra, les concepteurs du projet l’espèrent, assurer enfin l’hégémonie culturelle du souverainisme à gauche. Le problème fondamental de jouer le retour de la Nation pour contrer les méfaits mondialisation est que ce jeu va inévitablement devoir recycler les grands classiques du thème, et se fixer sur des figures classiques incarnant à la fois les exclus de la Nation et les responsables de la mondialisation. Puis, car l’antisémitisme a moins bonne presse que l’islamophobie, ce petit jeu de la Nation contre la Mondialisation va avancer sur deux jambes, une islamophobe ouverte (on sait bien qui détruit la Nation) et un antisémitisme couvert (on sait bien qui finance cette destruction). Autrement dit et en termes plus crus (par le ministre de l’Intérieur en personne): la Nation républicaine doit se défendre contre les communautarismes Hallal et Cacher entretenus par le capitalisme mondial, jusque dans les rayons de supermarché. C’est ce phénomène précisément qu’on a vu à l’œuvre, lors de la fondation du mouvement de Kuzmanovic, qu’on a observé à la France Insoumise, au Printemps Républicain, chez Onfray, ou dans tout mouvement de gauche, ou prétendument…

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A l’école de la Pandémie, récit .

in Ecole/Instants/Mémoires Vives/Non classé by

J’ai rédigé ce long récit début juillet 2020. Puis alors que le déni s’installait sur la poursuite de la pandémie, il m’a semblé inutile, redondant, paranoïaque, exagéré. Peut-être l’est-il, le témoignage subjectif sur cette pandémie ne pourra être validé que bien plus tard, lorsque les historiens feront leur travail. En attendant, alors que ce qui est appelé “deuxième vague” est enfin reconnu par les autorités et une grande partie de la population, sans que cela change quoi que ce soit à une politique sanitaire désastreuse,  ce retour dans le futur proche de l’école publique sera là comme trace parmi des milliers d’autres. Merci à toutEs les collègues, et à toutEs les élèves pour le courage, la solidarité, l’espoir . ________________________ Je vais commencer par la fin. Je suis AESH, accompagnante d’élèves en situation de handicap et si j’ai décidé que, finalement, raconter cette période avait un intérêt, c’est parce qu’elle s’est  terminée de manière tristement prévisible. Un matin de la  dernière semaine avant les vacances d’été, nous avons appris qu’un élève de ma classe avait été testé positif.  L’élève avait juste des nausées et il était donc absent depuis quelques jours. Ce matin là, finalement l’école a quand même ouvert. Des parents et des enfants attendaient devant la porte, et nous n’avions aucune consigne. En attendant, les élèves sont donc montés dans la classe comme à l’accoutumée. Puis une personne de la médecine scolaire est arrivée et s’est entretenue très longtemps avec l’enseignante. Un interrogatoire avec tableaux Excel, plus qu’un…

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La question de l’enseignement de l’arabe, entre postures racistes et justifications utilitaristes à côté de la plaque.

in Chroniques de la violence brune/Ecole/islamophobie/Laïcité/Mémoires Vives by &

La question de l’enseignement de cette langue dans le système scolaire français est devenu un marronnier depuis déjà bien trop longtemps. À intervalle régulier, l’opinion est secouée par le surgissement de ce débat, souvent à l’issue de l’initiative d’une ou d’un ministre de l’éducation nationale proposant de faciliter l’enseignement de cette langue. En 2016 comme en 2018 et encore aujourd’hui, ceux qui s’émeuvent de cette initiative ne cachent même pas le racisme autour duquel leurs éructations se construisent. Et ils racontent à peu près tout et n’importe quoi pour fustiger cette mesure. Pour ces éminents connaisseurs de l’école et du destin des enfants d’immigrés, cet apprentissage favoriserait le communautarisme. Comme si la possibilité offerte à des enfants ou petits enfants d’arabophones d’apprendre à l’école la langue de leurs ascendants allait immédiatement précipiter toute cette marmaille vers les classes de langue arabe. Réflexion digne d’une moule, mais on ne sera guère étonné de la part de Ménard et consorts. Un petit décentrement sur les choix linguistiques des descendants d’Italiens ou d’Espagnols leur aurait suffi pour ne pas raconter n’importe quoi. Combien sommes-nous à ne même pas avoir envisagé d’apprendre à l’école une langue qui nous rattachait immédiatement à notre altérité ? Combien il a fallu de détours aux descendants d’Italiens de seconde ou troisième génération, ce qui est la situation de la grande majorité des élèves éventuellement concernés par cet enseignement de l’arabe aujourd’hui, pour s’intéresser à la culture et à la langue italienne autrement qu’à travers la composition des repas…

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La métapolitique de Martin Heidegger et l’extrême-droite internationale

in Chroniques de la violence brune/Chroniques du déni/Négationnisme by

Note de la rédaction: dans les milieux militants de gauche, l’œuvre de Heidegger est au cœur d’un paradoxe intéressant. Totalement ou partiellement incompréhensible pour le non-sachant en philosophie à cause de son langage et de son vocabulaire sciemment élitiste et hermétique, elle est aussi l’objet d’une grande révérence de la part de factions intellectuelles et politiques. Qui, tout en étant bien obligées d’admettre le passé nazi de Heidegger, prétendent qu’il est impossible de s’en passer pour comprendre le monde tel qu’il est, et qu’il est “impossible ” de la résumer à des sympathies nazies, au fond non essentielles. Bref, peu d’entre nous peuvent lire Heidegger, mais nous devrions tous accepter qu’un nazi compte au nombre de nos références subversives. Nous sommes donc heureux de publier ce texte de François Rastier, qui a récemment publié deux ouvrages sur le philosophe et qui a pour spécificité, et depuis très longtemps, de l’analyser clairement pour ce qu’il est : un philosophe nazi dont l’œuvre promeut cette conception du monde. Raison pour laquelle le camp qui ne peut s’en passer aujourd’hui est très logiquement celui des néo-nazis et au delà des extrême-droites racistes et antisémites comme le démontre ce texte, qui aborde notamment un évènement essentiel pour démonter les discours sur Heidegger, présenté bien souvent comme théoricien mais pas activisme du nazisme. Or son rectorat a été un grand moment de pratique: il est allé plus loin que les nazis le demandaient. Il a participé ensuite à une commission de réflexion sur les lois…

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Les Juifs ne sont jamais Juifs

in Antisémitisme/Chroniques du déni/Négationnisme by

Les Juifs ne sont jamais Juifs. On avait Shlomo Sand et ses disciples trop nombreux qui annonçaient “la bonne nouvelle” tant attendue : les Juifs et avant tout les ashkénazes n’en étaient pas (1). D’autant, nous apprenait-on avec un sourire narquois et satisfait, que, du temps où on ne les avait pas encore rayés de la carte des peuples d’Europe centrale et de l’Est, ils parlaient sans le savoir (les idiots) une langue turque, le yiddish. On aura maintenant aussi un de ses affidés, Julien Cohen-Lacassagne qui, dans un pamphlet publié, tiens donc, à La Fabrique (2), nous livre un calque parfait du livre de son maître. Un calque censé parachever le travail et qui applique avec diligence la même idéologie réductrice et négatrice, les mêmes procédés discursifs et le même dédain pour les sources historiques, aux Juifs d’Afrique du Nord (prochain épisode sans doute, les Juifs yéménites, irakiens, iraniens, indiens et chinois). Si les Ashkenazes étaient sans le savoir des Khazars convertis, ayant au passage perdus de manière inexplicable leurs yeux bridés, les Toshavim (les premiers arrivés) et Megorashim (les exilés d’Espagne) d’Afrique du Nord sont eux des Berbères de religion juive (voir la recension critique, exhaustive et charpentée d’Alexandre Journo publiée par l’INRER (3) ). Etant entendu que si les Juifs ne peuvent, par essence sans doute, exciper de la moindre existence collective dans l’Histoire en tant que ce qu’ils sont (ils s’illusionnent et mentent au Monde), ce ne peut évidemment être le cas des Berbères, qui avec…

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Joël Giraud et le conspirationnisme: qui se cache derrière les chemtrails ?

in Chroniques du déni by

Le secrétaire d’Etat à la ruralité , Joël Giraud est donc un politique qui n’a pas hésité à promouvoir une théorie conspirationniste à l’Assemblée Nationale, en se servant des questions écrites au gouvernement. La chose a suscité quelques articles, qui ont un petit défaut: en limitant le sujet aux “chemtrails”, elles donnent l’impression que l’on est face à un député un peu farfelu, pas très sérieux mais quand même inoffensif. Les élucubrations sur les chemtrails sont en effet très répandues et nous avons tous un pote de barbecue qui, il y a quinze ans, voyait des OVNIS dans le ciel et y voit maintenant de mystérieux épandages faits par des puissances obscures. Ca ne va pas bien loin, et c’est un peu ridicule. Sauf qu’on ne parle pas d’un pote de barbecue mais d’un membre du gouvernement français. Qui n’est pas un “bleu” en politique, pas un de ces députés LREM sortis de nulle part. Joël Giraud est député depuis 2002, rapporteur du budget depuis 2017 . Il a également été vice-président de conseil régional et maire. Un homme politique expérimenté et influent, donc. Cela vaut donc la peine d’aller un peu plus loin que simplement tourner en ridicule une question en apparence lunaire . Pour qui connaît un peu les méthodes des mouvances conspirationnistes et néo-fascistes, il est habituel que des théories en apparence plutôt inoffensives soient juste un sas d’entrée vers des choses beaucoup plus politiques. Reprenons donc la question écrite exacte , disponible sur le site de…

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Attentat contre la synagogue de Halle: un “loser” sanglant.

in Antisémitisme/Chroniques de la violence brune/Négationnisme/Non classé/suprémacisme blanc by

Au deuxième jour de son procès, entamé le 23 juillet, Stephan Balliet rit devant la vidéo de son attaque meurtrière contre la synagogue de Halle le 9 octobre 2019, attaque lors de laquelle il n’a finalement pu tuer « que » deux personnes, Jana Lange qui passait dans la rue, et Kevin S. qui déjeunait dans un kebab qu’il a mitraillé. Lorsque les juges et les familles des victimes s’émeuvent de ses ricanements, il dit qu’il s’amuse « seulement » de quelques unes de ses vannes, et pas spécialement de ses crimes, qu’il assume, cependant. Tout comme il assume d’être négationniste, et de penser que les Juifs doivent être exterminés car ce sont eux qui organisent le Grand Remplacement. Pourtant Stephan Balliet est profondément déçu de lui même. Déjà, dans la vidéo qu’il a diffusé en direct pendant l’attaque, il s’auto-dénomme « le loser » parce qu’il n’ arrive pas à faire sauter la porte de la synagogue pour perpétuer un massacre. Stephen Baillet a 28 ans. Et pour lui, réussir sa vie, c’était parvenir à tuer un maximum de Juifs, le jour de Yom Kippour. C’est du moins ce qu’il a mis tout en haut de sa liste de « réussites », faite à la manière d’un barème de jeux vidéos permettant d’obtenir des badges ou d’accéder au niveau supérieur. Il en avait listé 25 plus un malus, si jamais il se blessait lui-même. La liste qui clôture le manifeste posté sur un forum suprémaciste et sur le Dark net, est rédigée comme suit. Les ”…

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Véronique de Keyser, ou la Laïcité au service de Bachar al Assad

in révolution syrienne by

par Cynthia Lévy Il y a chez Véronique de Keyser une manière de présenter les conflits qui l’occupent avec une prudence qui est comme une ritournelle. Enfantine, mélodieuse, inoffensive et qui nous endors. Mais, on le sait, les chansons que l’on chante à nos enfants sont souvent des récits cruels, d’une violence sourde ou explicite, mais dont la patine de l’âge a lissé la langue. Aussi, il y a une morale à ces histoires. Il y a donc trois fils entrelacés : le mielleux, la violence et la morale. Chez de Keyser, les contours ne sont jamais abruptes, sa parole est parfois ferme, mais sans avoir un mot plus haut que l’autre. Ses interventions laissent apparemment peu de place à l’interprétation et sont, à premières vues, équilibrées, notamment sur la question de l’accueil des réfugiés, sur la nécessité d’une plus grande ouverture des frontières. Et il faut lui reconnaître une réelle persistance : le ton – souvent patelin – de la défense des droits de l’homme, combat essentiel, est une constante. Mais il est problématique de rester à ce niveau d’analyse. Retour sur un entretien (2012) Sur le cas syrien, c’est à peine si ses déclarations ont varié dans le temps, c’est un régime « dur »: il serait donc, de prime abord, erroné de lui attribuer une défense de Bachar Al Assad en tant que démocrate. C’est quelqu’un qu’elle ne porte pas dans son coeur : « Malgré tout le dégoût qu’il m’inspire, on ne pourra pas faire l’économie d’un dialogue avec…

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Légitimer l’antisémitisme en prétendant le combattre

in Antisémitisme/Chroniques du déni by

Légitimer l’antisémitisme en prétendant le combattre Un texte, intitulé « Lignes de force de l’UPJB (Union des Progressistes Juifs de Belgique) contre le racisme en général et l’antisémitisme en particulier », a été adopté en décembre 2019 par l’AG de cette organisation bruxelloise. Il est accessible sur son site (www.upjb.be) et sa page Facebook. Ce texte est emblématique tant en raison de ce qu’il dit au sujet de l’antisémitisme que du statut de l’Union des Progressistes Juifs de Belgique, ou de toute autre organisation juive comparable, au sein de la gauche “anti-impérialiste” et antisioniste.   Descendante directe de l’ « organisation de masse » du parti communiste belge au sein de la population juive bruxelloise, l’UPJB a hérité de celle-ci une identité fondée essentiellement sur un résistancialisme qui, se référant à la participation active des communistes juifs à la résistance armée, représentait la seule version possible, dans un cadre communiste, d’un engagement juif. A partir de la fin des années 70, la question palestinienne a pris progressivement de plus en plus d’importance dans l’engagement de l’organisation jusqu’à en représenter l’axe principal, le ciment identitaire et sa « carte de visite » dans la société civile et le monde politique. Au cours des deux dernières décennies, l’UPJB s’est appropriée à usage démonstratif le vocabulaire diasporiste du Bund (parti socialiste juif opposé à l’Internationale communiste). Elle n’est pas pour autant en mesure, ainsi qu’en attestent ces « lignes de force », de penser la condition juive diasporique hors les cadres de pensée…

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