"Je n'ai pas vécu la liberté, mais je l'ai écrite sur les murs" (la révolution syrienne)

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Histoire

Macron et Pétain, quand la girouette tourne au gré des vents bruns

in Mémoires Vives by &

Emmanuel Macron, président libéral élu grâce au front antifasciste a donc choisi, d’autorité présidentielle octroyée par la 5eme république de célébrer le Maréchal Pétain. Choisir est à vrai dire un bien grand mot, pour un président qui se targue de construire un “récit national”, mais peut, en 24 heures, et dans le cadre d’une semaine mémorielle censée avoir été préparée pendant un an, alterner hommages et relativisation de l’hommage, pendant que son équipe de communication va chercher De Gaulle pour justifier l’éloge de Pétain. Autorité présidentielle, d’ailleurs, est aussi un bien grand mot, pour celui qui le lendemain de la révélation d’un projet d’attentat de l’extrême-droite contre lui, lui donne des gages pitoyables et dangereux sur l’histoire et la mémoire.

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Programmes d’histoire: transmettre le passé, écrire le futur

in Mémoires Vives by

Le bruit, la confusion, l’immigration. La logique actuelle des débats politiques. Un résumé de l’histoire du temps très présent qui sans surprise s’est déclinée une nouvelle fois autour des nouveaux programmes d’histoire. Impossible désormais de les évoquer sans commencer par là. L’histoire des immigrations était absente des documents de travail rendus publics par un syndicat d’enseignants, le Ministre affirme, lui, qu’elle ne disparaîtra pas, certains sont sûrs du contraire, et d’autres viendront dire dans les jours qui viennent qu’il serait souhaitable qu’elle n’y soit pas. Dans tous les cas, restera comme à l’accoutumée un énorme malaise pour celles et ceux qui sont issus des immigrations successives. Comme à l’accoutumée, tous les acteurs du débat répèteront qu’ils souhaitent que ce sujet soit un sujet comme les autres, et que les premiers concernés par le débat ne soient pas stigmatisés ou écartés du récit commun. Mais c’est déjà fait, et une nouvelle fois, les élèves, leurs parents et tous ceux issus de cette histoire se retrouvent avant tout objets du débat politique, réifiés comme symboles de dissensions politiques bien plus larges. Et la première des nécessités est donc de clore ce débat, que le Ministre respecte sa parole et que l’histoire des immigrations soit évidemment présente dans ce qui est présenté comme l’histoire commune et partageable par tous les élèves. Dans la situation politique actuelle, tant que les nouveaux programmes ne seront pas publiés, rien ne dit que ce sera le cas. Sur ce point, au moins, un front commun sans récupérations…

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Faut-il avoir peur d’enseigner l’histoire de France ?

in Chroniques du déni/Mémoires Vives by

Enseigner le cadre national conduit-il irrémédiablement à faire du “roman national” ? On serait tenté de le croire à la lecture de quelques réactions aux propos tenus dans le Monde par Souâd Ayada qui préside le Conseil Supérieur des Programmes chargé de rédiger une refonte de ceux-ci dans le cadre de la réforme du baccalauréat, notamment celle de Laurence De Cock. Pourtant les propos bien vagues de Souad Ayada ne laissent guère de place à la polémique. Ainsi écrit-elle « La langue française et l’histoire, de la France notamment, y occupent une place essentielle, non parce qu’elles servent seulement à promouvoir, dans une société en crise, le sentiment d’appartenir à la nation, mais parce que la maîtrise de la langue est la condition d’accès à tous les domaines de la culture, parce que la connaissance de l’histoire éclaire le présent et éclaircit l’avenir. » De ce seul passage, certains ont déduit un avenir sombre pour l’enseignement de l’histoire au lycée et le retour à une conception « nationalo-identitaire » de celui-ci.

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« Reboussolés »

in Mémoires Vives by

Depuis quelques jours, j’ai décidé que le pôle nord serait à 50.034°N, 19.180°E. Je crois que nous sommes plusieurs à avoir observé ce changement dans nos boussoles intérieures parmi ceux du voyage vers la Pologne. Il y avait pour ce voyage 36 élèves volontaires qui ont consacré quelques jours de leurs vacances à nous emmener, mes deux collègues et moi, jusqu’à Auschwitz et Birkenau. Oui, ce sont bien les jeunes qui nous ont emmenés et non le contraire. Oh, bien sûr, un de mes collègues s’était chargé de l’organisation, des coups de téléphone, des réservations, des réunions de préparation, des assurances, des autorisations, du calcul et de la gestion du budget… mais ce sont ces jeunes de 17 ou 18 ans qui nous ont emmenés et qui ont donné du sens à ce qui n’en avait pas. Car Auschwitz n’a pas de sens. Il n’y a d’ailleurs pas de place décente pour les mots, la théorie, le rationnel et les explications en sortant d’un tel voyage. On ne commente pas Auschwitz. On ne raconte pas sa visite entre la poire et le fromage. En dehors des témoignages précieux de ceux qui y ont vécu l’horreur et qui humanisent l’Histoire, en dehors du savoir historique et des recherches d’experts qui attestent de l’horreur, il me semble indécent d’en parler. Même pour contrer le négationnisme. D’ailleurs, le négationnisme ne se raisonne pas puisqu’il est un choix politique et idéologique et non un aveuglement de l’ignorance. D’ailleurs, le négationnisme ne se discute pas…

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Des fleurs aux « nègres » inconnus

in Mémoires Vives by
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« On ne peut pas changer tout ce qu’on affronte, mais rien ne peut changer tant qu’on ne l’affronte pas. L’Histoire n’est pas le passé, c’est le Présent. Nous portons notre histoire avec nous. Nous sommes notre histoire. » James Baldwin Cela se passe à Lisbonne – à Belém plus exactement – dans le Jardim do Ultramar. Le jardin d’Outremer a été créé au début du siècle dernier. Ses sept hectares sont plantés d’espèces exotiques très rares, africaines et asiatiques. On s’y rend pour l’époustouflante allée de palmiers, pour son lac, pour le jardin japonais caché. On y admire les essences tropicales provenant des anciennes colonies. On s’y rend après la visite du monument aux découvertes (le Padrão dos Descobrimentos), proue de bateau immaculée sur l’embouchure du Tage, pointant les horizons merveilleux que ses héros ouvrirent pour le Portugal et l’Europe en partant depuis ce point à la conquête d’un monde qui leur appartenait forcément. On ne peut le regarder, superbe de blancheur et de promesses, que gonflé de quelque chose qui ressemble à l’orgueil des fils d’aventuriers. On oublie souvent que ce monument fut construit en 1941 sous la dictature du nationaliste Salazar et qu’on ne peut en ignorer le dessein… Ils sont deux. Au milieu des touristes qui déambulent dans le jardin d’Outremer, plus personne ne les voit. Ils sont des espèces exotiques parmi des espèces exotiques. Des spécimens, pas des personnes. Ils ne sont pas là pour eux-mêmes mais pour représenter leur espèce. C’est le sommet de…

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Tal Bruttmann: L’antisémitisme n’est pas propre à la droite ou l’extrême droite, il a toujours été présent sur l’ensemble de l’échiquier politique

in Entretiens by &

Un entretien avec Tal Bruttmann historien, spécialiste de la Shoah. LC : Commençons par la fin. Quand on te demande pour qui tu écris, tu dis «  pour ceux qui veulent savoir ». Et tu ajoutes, à propos de certains de tes articles, qu’ils sont lus à peu près autant que des poèmes en auto-édition. A côté de ça, une bonne partie de l’activité négationniste a consisté ces vingt dernières années à penser et à mettre en œuvre, ce qu’on pourrait appeler une contre-éducation populaire. Eux, pour imposer leur propagande, ont massifié les mensonges sur le nazisme et le génocide, ont réussi à exploser toutes les barrières sociales qui font que plein de gens n’ont même pas l’idée de s’intéresser à l’Histoire. Est-ce qu’à un moment, en tant qu’historien, tu ne t’interroges pas avec tes collègues sur la nécessité et l’intérêt d’organiser une contre-offensive tout aussi massive ? Une partie de la production des historiens, les articles scientifiques notamment, s’adresse à un cercle restreint, en raison de la nature pointue ou technique de ces articles, publiés dans des revues spécialisées. Ce qui ne veut absolument pas dire que l’histoire ne doit pas être vulgarisée et diffusée auprès du plus grand nombre. C’est l’autre face du boulot d’historien. Mais on ne peut forcer personne à lire. Sauf que l’essentiel de la vulgarisation en histoire passe de fait par d’autres biais, comme les documentaires à la télé, voire des revues grand public. Et entre un livre qu’il faut aller acquérir, ou emprunter dans une…

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