"Je n'ai pas vécu la liberté, mais je l'ai écrite sur les murs" (la révolution syrienne)

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Mémoires Vives

La Mémoire n'est pas l'affaire du passé. La Mémoire de ce que nous sommes et des cicatrices que nous avons laissées dans l'Histoire doit nous rendre plus présents au monde présent : compilation d'instantanés de cette Mémoire vivante.

Missak au Temple des Âmes Vides.

in Mémoires Vives/Révolution by

Quand j’erre dans les rues d’une métropole, Toutes les misères, tous les dénuements Lamentation et révolte l’une à l’autre. Mes yeux les rassemblent, mon âme les loge Je les mêle ainsi à ma souffrance intime Préparant avec les poisons de la haine, Un âcre sérum-cet autre sang qui coule, Par tous les vaisseaux de ma chair de mon âme.   La dernière fois que je me suis récité ce poème de Missak, qui est un camarade, alors je l’appelle par son prénom, c’était le jour de l’enterrement de Nahel. Comme nos frères sont  tous de dangereux barbares, même le jour de leurs funérailles, on met la ville sous cloche, comme si elle retenait son souffle devant nos fureurs incompréhensibles, comme si même les larmes pour les morts étaient des fleuves d’acide. Il n’y avait plus de bus à Nanterre, il fallait marcher de la Défense jusqu’au cimetière, de longues côtes interminables et ces pancartes qui indiquaient le Mont Valérien. Et l’ombre de Missak avec soi pour accompagner celle de Nahel. Missak, immigré rageur au visage taillé à la serpe, que les Français trouvent beau seulement maintenant. Il avait une tête de basané, Missak, pourtant. En ce temps-là, ça valait bien une barbe, cette tête-là. Dans les années 30, les gens convenables devaient frissonner devant son regard noir sous des sourcils épais lorsqu’il errait les poings serrés en rédigeant intérieurement des tracts incendiaires. Ce sont ces  mêmes honnêtes gens qui se presseront au Panthéon cette semaine pour le caresser comme un…

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Yann Moix, le charme inattendu de la Corée du Nord, et la racaille qui n’est pas celle qu’on croit

in A la une/Mémoires Vives by &

Ce texte a été initialement publié sur un blog antiraciste en février 2017 « Entre une baston de caillera à Paris et une journée à Pyonyang paisible, je préfère la journée de Pyonyang paisible. La Corée du Nord c’est pas noir tout le temps. » Yann Moix France Inter, 9 février 2017 Mardi 7 février 2017, Nagui recevait dans son émission « La Bande originale » sur France Inter, l’écrivain, essayiste, chroniqueur, filmographe Yann Moix. L’occasion de se demander comment « on » définit un fasciste. Normalement une personne qui vante les qualités d’un des régimes dictatoriaux les pires au monde, tout en tenant un discours ouvertement raciste peut être rangé dans cette catégorie. Mais lorsque Yann Moix déroule le « coup de gueule » dont il sera question ici (l’intégralité du passage est retranscrit en fin d’article), une gêne s’installe. Le format de l’émission de Nagui n’est absolument pas prévu pour ce genre de propos. C’est une émission bienveillante, « Au programme : du gai savoir, des livres, des chroniques et de la bonne humeur… ». Nagui et ses chroniqueurs reçoivent des acteurs ou personnages de la culture qu’ils apprécient, taquinent les invités avec les humoristes, leur posent des questions personnelles. L’émission de Nagui est totalement politique, sans l’être : un invité pourra y tenir les propos politiques qu’il veut mais le format « léger » rend les réponses plus malaisées à ceux qui se veulent avant tout « animateurs bon enfant ». Ainsi lorsqu’en fin d’émission, Yann Moix…

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Mémoire de ratonnades, quand Auxerre annonçait Romans sur Isère

in Chroniques de la violence brune/Mémoires Vives by

J’ai publié ce texte en 2012, sur un blog antifasciste confidentiel. Les incendies criminels et les ratonnades d’Auxerre me sont revenus brusquement en tête après avoir vu la ratonnade à Romans sur Isère, qui a fait réagir beaucoup de commentateurs non issus de l’immigration musulmane, comme si c’était une horreur nouvelle et inquiétante. Je me suis rappelé ma terreur sourde, dix ans en arrière quand cette violence était de plus en plus flagrante pour qui s’y intéressait, c’est à dire était capable de lire jour après jour la presse locale, les brèves ici et là. L’émergence de la peste brune extra-légale en même temps que la banalisation de l’extrême-droite parlementaire. Ces groupes néo nazis,qui se ressemblaient les uns les autres dans leur composition sociale: des jeunes imprégnés par les mythes et les appels aux meurtres des suprémacistes blancs américains et puis des policiers et des militaires. Ce fut le cas à Auxerre mais aussi toutes les années 2000 et 2010 à Carcassonne et Castres, villes de garnison où l’on brûle des mosquées et ou l’on chasse le “raton”, comme on va au bal, entre jeunes et paras. Dix ans plus tard, ce sera aussi la composition d’un groupe Telegram de 8000 personnes FrDeter, démasqué par des journalistes communautaires musulmans juste avant de passer à l’acte et de commettre des attaques armées contre des mosquées et des activistes musulmans. Les ratonnades d’Auxerre ont commencé en 2004 et 2005, en même temps que perçait un blog peu connu en dehors des cercles…

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Paris: poule mouillée pour #Gaza, un 28 octobre où la Seine était moche.

in Mémoires Vives by

Trois heures du matin . Impossible de dormir, chercher sans arrêt si des comptes Palestiniens ont posté quelque chose depuis la coupure d’internet. Insensé 29 octobre, être rassuré par quelques vidéos de bombardements. Ca veut dire que des gens sont encore vivants. Qui étaient les manifestants à Paris ? Des gens qui n’avaient pas dormi hier aussi et fouillé l’horreur du silence soudain. Il ne restait plus que cela en France, pour savoir quelque chose, au moins entendre des voix palestiniennes dans le brouillard médiatique infâme. Il n’y a plus rien, juste nous solidaires des fantômes que nous savons encore vivants. Trois heures du matin, on ne peut pas dormir, on a vécu dix jours en un, l’adrénaline ne redescend pas . La cruauté mesquine du pouvoi, la manifestation autorisée de dimanche dernier et puis de nouveau l’interdiction de pleurer en public hier. Je me souviens des mots d’un père venu avec sa femme, et ses deux filles, ce dimanche là. Il disait que la famille avait attendu patiemment que les manifestations soient autorisées,car ils voulaient venir tous ensemble. Il était souriant, les enfants aussi, il était paisible, il expliquait pourquoi lutter pour l’indépendance de la Palestine est important, il avait emmèné ses filles en Cisjordanie l’an dernier et puis au rassemblement autorisé pour leur apprendre la solidarité et la justice. Je pense à toutes les jeunes filles de ce dimanche là, leurs rires “ Filme pas, ma mère ne sait pas que je suis là, elle va s’inquiéter” ,…

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La sage Sofia, conte musulman pour petites filles aux allumettes .

in Ecole/Mémoires Vives by

Comment redonner espoir aux petites filles dont la vie ne ressemble pas aux récits antiracistes et/ou féministes de Netflix ? Celles pour qui le malheur quotidien ne cesse pas parce que la petite princesse est tellement forte et merveilleuse qu’elle dépasse toutes les oppressions générées par une société injuste en trois épisodes. C’est une question que se posent beaucoup de parents aujourd’hui. Parce qu’ils sont pauvres et que leurs enfants vivent la stigmatisation sociale et la privation de consommer tous les jours, et de pire en pire. Parce que juste un livre pour enfants de temps en temps, c’est déjà un effort et que leurs filles se comparent forcément avec celles qui ont tout. C’est aussi une question qui touche toutes les mamans dont la fille n’est pas une petite Barbie -même racisée, mais est impopulaire parce que trop grosse, pas assez valide, trop timide. C’est surtout une question que se posent souvent les parents qui sont absolument désolés de ne pas correspondre aux modèles de parentalité des réseaux, ceux qui n’osent pas inviter d’autres enfants pour l’anniversaire des leurs, ceux qui refusent toujours que leur gosse parte en vacances chez d’autres parce qu’ils ne pourront pas renvoyer l’ascenseur. Ceux qui se sentent tout simplement trop différents dans une société où la liste des différences positives est établie de manière exhaustive par le gouvernement et la plupart des gens. L’histoire de la sage Sofia, petite fille musulmane est de celles qui sont faites pour ces familles là. Sofia est une petite…

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Où sont les intellectuels conservateurs en Inde ?

in islamophobie/Mémoires Vives by

Alors que l’on se réjouit en France de vendre quelques Rafales à l’Inde de Narendra Modi, ce dernier sera accueilli en grande pompe par le président Macron ce 14 juillet à Paris. Au pouvoir depuis presque dix ans, Modi et son gouvernement sont directement responsables de la montée de l’islamophobie en Inde, islamophobie qui cimente un projet suprémaciste assumé. Si les attaques sur la société civile se multiplient, des universitaires indiens se mobilisent pour décortiquer cette mécanique autoritaire, étudiant aussi bien la mise au pas de l’université que les liens entre islamophobie et suprémacisme hindou Nous publions ici deux textes traduits du South Asia Multidisciplinary Academic Journal, leur lecture met en lumière les raisons de l’entente entre les deux chefs d’état : “la plus grande démocratie du monde” et le “pays des lumières” sont engagés sur la même pente autoritaire et raciste. Pendant que notre gouvernement tisse des liens avec l’extrême-droite islamophobe indienne, des camarades appellent à les rejoindre le 13 juillet à partir de 17 heures sur la pelouses des Invalides. Où Sont les Intellectuels conservateurs en Inde? Par RAMACHANDRA GUHA La vie politique indienne est aujourd’hui fondée sur un paradoxe : alors qu’un parti politique de droite est au pouvoir, les intellectuels de droite se font rares. Et c’est exceptionnel parmi les démocraties dans le monde. Les Etats-Unis, le Royaume-Uni ou l’Allemagne possèdent des traditions intellectuelles conservatrices, qui continuent de fournir une assise aux partis politiques comme les Républicains en Amérique, les Conservateurs en Angleterre ou les Chrétiens…

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Vérité alternative et lyssenkisme : contrer la propagande macroniste

in Mémoires Vives by &

Depuis 2017, le macronisme vit à crédit et tente de s’affirmer face à l’extrême droite, tantôt en contraste, tantôt en séduction. Macron a triomphé deux fois au second tour de l’élection présidentielle face à Le Pen, mais cela ne suffit pas à en faire un président progressiste, d’autant que Macron souhaite lui-même se débarrasser du « barrage au fascisme » qu’il a pu incarner aux yeux des électeurs, et réclame qu’on arrête de fustiger l’héritage de Pétain. Dans l’esprit du macronisme, en revanche, c’est tout comme si “le progressisme” et “la raison” étaient synonymes de Présidence Macron. À ce titre, le roi décide de tout, organise un simulacre démocratique en son pays et se montre particulièrement violent avec ses oppositions, dans la rue ou aux assemblées. Résultat : le roi est seul. Son mouvement n’est pas implanté dans les territoires, il perd la plupart des élections et son principal problème s’appelle la démocratie. C’est ainsi que pour s’imposer, le macronisme a besoin d’une propagande intensive faisant table rase du réel, loin de la simple communication, destinée à lui assurer la mainmise sur tout le champ de la Ve république. Et, comme l’a montré sa gestion de la pandémie de Covid-19, c’est à la gauche en premier lieu qu’il s’adresse quand il souhaite diviser la population entre personnes raisonnables et mauvais citoyens. Retourner les valeurs de la gauche : une spécialité de l’extrême centre Gendre idéal de la droite française, Emmanuel Macron a trompé son monde en se faisant passer pour…

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Tout commence – retour sur la manifestation du 19 janvier

in Mémoires Vives by

Un pote qui a monté sa boîte me dit que quatre de ses développeurs sont en grève, qu’il a jamais vu ça. Mon père qui a la soixantaine bien tapée va travailler tous les jours où il le peut, quand les effets de son traitement ne sont pas trop incapacitants. Il dit que c’est une question d’annuités, et qu’il faut bien s’occuper de ce qui reste de l’hôpital public. Mais il dit aussi que là, vraiment, les gens en ont marre. Paris est recouvert de stickers “retraite à soixante ans” et de gens fatigués avec les poings serrés. Sur les plateaux pullulent des richards qui veulent nous convaincre que c’est nous, les parasites. Les milliards des milliardaires défilent dans des comparaisons absurdes, puisqu’il suffirait de leur prendre 1 ou 2 % pour “être à l’équilibre”. Alors qu’il faudrait bien sûr tout leur prendre et leur laisser le SMIC. On le passerait à 2000 balles de toute façon, ils ne pourraient pas se plaindre. J’espère que demain, quand ça va commencer, on va voir les camarades du SO et ceux du bloc, les profs et les chômeurs, les aides-soignantes, les raffineurs, les chauffeurs de bus, de métro et de train, les employés de bureau, tout le monde en fait. Tout le monde. Et demain, il y avait effectivement tout le monde à République. CFDT, CFTC, UNSA, SUD, CGT, CNT, l’autre CNT, et j’en passe, tout le monde était là. Tout le monde, et les autres. Pendant dix minutes une camarade a…

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L’execution de Melissa Lucio doit être suspendue et la peine de mort abolie

in Mémoires Vives by

Melissa Lucio est une mère de famille Americano-Mexicaine condamnée pour le meurtre de sa fille. Elle clame son innocence depuis 15 ans. Melissa doit être exécuté le 27 avril 2022. Un immense élan se mobilise pour demander aux autorités américaines de surseoir à l’exécution, elles en ont le pouvoir. Des ambassades, des stars, des politiques suivent le mouvement initié par les militants mobilisés contre l’exécution de Melissa par le Texas et contre la peine de mort dans sa totalité, partout. Notre camarade militante Marie Bardiaux Vaïente nous explique le sens de cette lutte LDC: Tout d’abord, peux-tu nous dire comment tu en es venue à ce combat de militer contre la peine de mort? En quoi est-ce important? Qu’est-ce que ça signifie, la peine de mort et militer pour son abolition? En premier lieu je tiens à remercier LDC de me proposer un entretien dans le cadre de la mobilisation pour sauver Melissa Lucio. C’est une question importante car je milite pour l’abolition universelle de la peine de mort, et ce en toutes circonstances. Depuis très longtemps. J’ai toujours été abolitionniste et c’est ma cause première. Elle passe avant toutes les autres car elle est la propédeutique et la structure de mes combats antifascistes. Je pense intimement que l’abolition universelle est le premier pas pour sortir du cercle de la violence. Elle est nécessaire et primordiale, même si elle n’est pas suffisante. Tant que des États exécuteront, tant que des pays mettront en œuvre toute une mécanique (par le biais…

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Pour un islamo-rocardisme

in islamophobie/Laïcité/Mémoires Vives by

L’époque avait envie de mettre des claques à la gauche. Même la gauche avait toujours envie de se mettre des claques à elle-même. Enfin à l’autre gauche. Vieille tradition de notre famille politique, on devenait de gauche d’abord contre une autre gauche, et on continuait . La social-démocratie contre l’extrême-gauche. La gauche raisonnable contre les foutus gauchistes. Naturellement, il y avait du fond derrière tout cela. Mais aussi des postures et des habitudes, dans le réel, finalement, les vies de gauche étaient faites de luttes et de projets contrariés entre gens de gauche, tout bêtement. Dans les périodes fastes, on se mettait des claques qui faisaient avancer. Dans les périodes terribles , à force de mettre des claques à l’Autre gauche, on se retrouvait par terre, de toute façon, effet boomerang de notre haine de nous-même, qui était aussi un manque de confiance en soi, devant la puissance apparemment éternelle de la droite et des fascistes. Aussi bien, le social-démocrate de base, par exemple, méritait-il des claques ? Question cruciale quand on avait toujours voté à gauche et espéré à chaque fois non pas le Grand Soir, mais des avancées des matins d’après les élections. Question cruciale, quand des camarades d’extrême-gauche nous accusaient de tous les maux de la terre , et qu’on avait l’impression en les lisant, de faire partie d’un bloc immuable et inséparable, on était le frère siamois de Manuels Valls et point barre. Sur les réseaux sociaux, il était impossible d’expliquer sereinement qu’enfin, merde, aimer Léon…

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