"Je n'ai pas vécu la liberté, mais je l'ai écrite sur les murs" (la révolution syrienne)

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Mémoires Vives

La Mémoire n'est pas l'affaire du passé. La Mémoire de ce que nous sommes et des cicatrices que nous avons laissées dans l'Histoire doit nous rendre plus présents au monde présent : compilation d'instantanés de cette Mémoire vivante.

Dieudonné, bilan provisoire

in Chroniques du déni/Mémoires Vives by

Dix sept ans après ses premières déclarations publiques antisémites, que reste-t-il de Dieudonné ? Quelle mémoire de sa longue histoire politique ? Aujourd’hui, l’homme défraie surtout la chronique judiciaire, tout comme Alain Soral. Les condamnations pleuvent, à la fois pour infraction à la législation antiraciste, mais aussi pour fraude fiscale. Mieux que le FN, du Ni Droite Ni Gauche fasciste Une victoire antifasciste ? Tout dépend de quoi l’on parle. S’il s’agit simplement de punir l’expression de la haine oui. S’il s’agit de la combattre, il est de toute façon trop tard. Soral et Dieudonné ne sont plus des stars. Pour plusieurs raisons: comme beaucoup de leaders d’extrême-droite, ils n’ont pas réussi à gérer leurs apprentis et successeurs. Soucieux de tenir le haut du pavé d’une main de fer, de récupérer tous les bénéfices de leur idéologie, ils se sont d’abord brouillés, le plus souvent pour des questions de prestige ou de bénéfices matériels avec la majorité de leurs équipes initiales. Ahmed Moualek, Salim Laibi, Marc Georges, Olivier Mukuna qui animaient tous les satellites de la mouvance dieudonniste se sont affrontés avec fracas à leurs anciens camarades, en profitant pour dévoiler leurs arnaques diverses et variées. La génération suivante, du Raptor Dissident à Vincent Lapierre a fait de même, ne voulant pas rester à l’ombre des grands frères. D’autres sans se brouiller officiellement sont allés rejoindre des officines de Poutine et mener une carrière plus sûre. Mais justement, Dieudonné a eu une immense progéniture politique. Pas seulement des individus mais aussi un héritage…

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Antisionisme: le contresens romantique et antisémite sur le Bund

in Chroniques du déni/Mémoires Vives by

Je m’appelle Logan, je suis judéo-descendant, des actuelles Pologne, Bélarus, Ukraine et Crimée. Je voudrais vous parler du fantasme bundiste de l’extrême-gauche, avec le romantisme et l’antisémitisme qui sont liés à ce fantasme. Il faut d’abord bien comprendre de quoi nous parlons. Nous parlons de cendres. De cendres et de charniers. Des cendres des fours crématoires des centres d’exterminations nazis, et des charniers de la Shoah par balles. Nous parlons d’un monde disparu à jamais. Celui du yiddishland. Ou plutôt du fantasme du yiddishland. Le yiddishland n’était pas un territoire défini ; c’était un territoire parcellaire, une étendue sur laquelle des zones juives parlaient yiddish, et d’autres zones juives ne le parlaient pas. Pour anecdote, les Juifs de Serbie étaient majoritairement Séfarades (colonisation turque) et non yiddishophones. Des témoignages de Survivants des camps nazis font part du regroupement des Juifs par nationalité (Polonais, Hongrois, Russes, etc.) car ils ne parlaient pas la même langue. Croire que tous les Juifs de l’Est parlaient yiddish est un négationnisme historique. Il est important de se souvenir de cela pour la suite. Le Bund. Ce parti qu’une frange de l’extrême-gauche revendique comme les « bons Juifs » face aux sionistes, les « mauvais Juifs ». Mais qu’était-ce que le Bund ? Un parti nationaliste intérieur juif social-démocrate, opposé au sionisme et au bolchévisme. Un parti « austromarxiste » (tout comme le Hashomer Hatzaïr, ou le très sioniste Martin Buber favorable a un état bi-national en Palestine, pour anecdote). Un parti qui ne concernera jamais…

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Mais au fait, l’antisémitisme, c’est quoi ?

in Mémoires Vives by

Après une explosion d’actes et de discours antisémites qui est loin d’être terminée, alors que les thèses complotistes circulent non seulement largement mais de plus en plus ouvertement dans le débat public, comment ne pas diffuser l’intervention de Tal Bruttmann sur l’antisémitisme à un colloque organisé et diffusé en ligne en octobre 2017 par la CGT ? On vous prévient tout de suite, cette intervention est bien plus sympa à écouter que la lecture de notre tentative d’introduction ! Voilà en quinze minutes, de manière concrète et claire, l’essentiel, pour commencer à réfléchir à ce qu’est l’antisémitisme, ses liens avec le racisme et la xénophobie, ses spécificités. Nous ne pouvons pas vous mettre tous les exemples, mais vous y trouverez, dans le désordre, Weinstein, Picasso, Zemmour, Gainsbourg, Krasucki, bien sûr Rothschild et quelques autres encore. Et des complots et des banquiers, évidemment. Non seulement c’est pas chiant, mais ce qu’on apprécie à Lignes de Crêtes, c’est que cette intervention, tout en se concentrant sur les fondamentaux de l’antisémitisme, n’oublie en rien les autres idéologies de haine, ne cède jamais à l’essentialisation ni à l’idéalisation des minorités. Enfin des réponses aux questions que vous n’avez peut-être jamais osé (vous) poser sur l’antisémitisme. Beaucoup de rigueur sans rigidité et quelques lumières qui éclairent les mécanismes de la haine, pour mieux en sortir. Enjoy !

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L’ombre des guillotines

in Mémoires Vives by

Ces derniers jours ont vu refleurir ce que je croyais être enterré depuis longtemps : les questions sur la légitimité de l’abolition de la peine de mort en France. « Nous pourrions en débattre. » Voilà ce que des responsables politiques de tous bords (et non plus circonscrits au FN/RN) se permettent de dire publiquement ces derniers jours, course électoraliste dangereuse et pyromane. Rétropédalages vaseux pour certains ? Oui, en effet. Cela malheureusement n’ôte rien à ce qui a eu lieu: des responsables politiques hors du champ de l’extrême droite ont touché à ce qui est aujourd’hui un tabou. Vilain mot, me diront certains. Les tabous, la morale, les valeurs, seraient devenus des termes honteux et honnis. Pourtant, chaque être humain se construit autour de ces mots-là.

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Mémoire de la Shoah: un sondage problématique

in Mémoires Vives by &

La publication le 27 novembre par CNN d’un sondage portant sur l’antisémitisme dans plusieurs pays européens a entraîné de nombreuses réactions quant aux résultats. Un élément en particulier a attiré l’attention en France: selon ce sondage près d’un français sur cinq ignore ce qu’est la Shoah. Le chiffre a été particulièrement commenté. Pourtant ce résultat interpelle. La prise en compte de la part de personnes déclarant ignorer ce qu’est l’Holocauste parmi les résultats recueillis dans les différents pays européens (sept au total) sur lesquels le sondage a porté offre une perspective globale, permettant de mettre en lumière plusieurs choses et d’interroger cette statistique concernant la France.

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Macron et Pétain, quand la girouette tourne au gré des vents bruns

in Mémoires Vives by &

Emmanuel Macron, président libéral élu grâce au front antifasciste a donc choisi, d’autorité présidentielle octroyée par la 5eme république de célébrer le Maréchal Pétain. Choisir est à vrai dire un bien grand mot, pour un président qui se targue de construire un “récit national”, mais peut, en 24 heures, et dans le cadre d’une semaine mémorielle censée avoir été préparée pendant un an, alterner hommages et relativisation de l’hommage, pendant que son équipe de communication va chercher De Gaulle pour justifier l’éloge de Pétain. Autorité présidentielle, d’ailleurs, est aussi un bien grand mot, pour celui qui le lendemain de la révélation d’un projet d’attentat de l’extrême-droite contre lui, lui donne des gages pitoyables et dangereux sur l’histoire et la mémoire.

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Last men in Aleppo

in Mémoires Vives/Révolution by

Ce samedi 27 octobre en soirée, le “Festival des Libertés” à Bruxelles diffusait pour sa soirée de clôture le film “Last men in Aleppo” qui venait de gagner le prix du meilleur documentaire du festival. L’annonce du prix est terminée. La salle s’éteint. Commencent 107 minutes de plongée dans les six derniers mois d’Alep avant sa chute aux mains du régime. On suit la défense civile syrienne, les casques blancs. Le film fait le choix de mettre le focus sur trois d’entre eux: Khaled, Subhi et Mahmoud. On les voit foncer dans les décombres après un bombardement. On les voit sortir l’un après l’autre les enfants d’une famille de sous les décombres. Certains sont morts, d’autres vivants mais en sang d’autres encore ont évité le pire. On voit les sauveteurs retourner voir la famille quelques jours plus tard et toute la reconnaissance de celle-ci envers leurs sauveteurs. Pendant cette première partie de film, on pourrait croire que cette vie fait sens. Ils sont utiles à la communauté et vivent finalement aussi de belles histoires. Mais ce sentiment va très vite passer. Car le film n’épargne pas le réel à ses spectateurs. Et le réel, ce sont des bombardements russes et syriens qui ne s’arrêtent jamais. Constamment, ils doivent repartir et repartir encore dans des décombres, affronter toujours plus de cadavres, de morts de proches, de collègues. Les heures de sommeils se réduisent et c’est dans un état de constante torpeur que nos protagonistes se trouvent. Confrontés à l’absence de perspectives…

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Un salaud est mort, reste à tuer sa mémoire

in Mémoires Vives by

Dans ma mémoire politique, Robert Faurisson n’aurait pas du exister. Il n’avait rien d’extraordinaire, au regard d’autres figures importantes de l’extrême-droite et du néo-nazisme. Le négationnisme n’était qu’une branche de la haine antisémite, une forme du retournement victimaire particulièrement abjecte puisqu’elle visait cette fois à légitimer un génocide et des crimes contre l’humanité, mais tout à fait cohérente avec le récit général antisémite: ce ne sont pas les Juifs qui sont persécutés, puisqu’ils sont les maîtres du monde et les vrais bourreaux. Dans ma mémoire politique de militante d’extrême-gauche, Robert Faurisson, pourtant, est une marque au fer rouge sur ma peau militante, la marque de l’infamie, gravée pour la vie. Ces prochains jours, dans les nécrologies, on lira sans doute beaucoup de choses sur les liens entre Faurisson et les pays “arabes”, sur les complicités dont il a bénéficié en Iran. Et naturellement, beaucoup parleront du “nouvel antisémitisme” à cette occasion et de la manière dont de jeunes musulmans issus de l’immigration et de vieux nazis ont pu trouver un terrain d’entente. Issue de l’immigration musulmane, pourtant, si j’en étais restée au Coran, peut-être n’aurais-je jamais eu la honte d’avoir côtoyé, à deux périodes différentes de ma vie, des gens qui avaient trouvé un intérêt à propager le négationnisme. C’est bien l’ ancien antisémitisme européen qui a sali mon histoire militante.

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Programmes d’histoire: transmettre le passé, écrire le futur

in Ecole/Mémoires Vives by

Le bruit, la confusion, l’immigration. La logique actuelle des débats politiques. Un résumé de l’histoire du temps très présent qui sans surprise s’est déclinée une nouvelle fois autour des nouveaux programmes d’histoire. Impossible désormais de les évoquer sans commencer par là. L’histoire des immigrations était absente des documents de travail rendus publics par un syndicat d’enseignants, le Ministre affirme, lui, qu’elle ne disparaîtra pas, certains sont sûrs du contraire, et d’autres viendront dire dans les jours qui viennent qu’il serait souhaitable qu’elle n’y soit pas. Dans tous les cas, restera comme à l’accoutumée un énorme malaise pour celles et ceux qui sont issus des immigrations successives. Comme à l’accoutumée, tous les acteurs du débat répèteront qu’ils souhaitent que ce sujet soit un sujet comme les autres, et que les premiers concernés par le débat ne soient pas stigmatisés ou écartés du récit commun. Mais c’est déjà fait, et une nouvelle fois, les élèves, leurs parents et tous ceux issus de cette histoire se retrouvent avant tout objets du débat politique, réifiés comme symboles de dissensions politiques bien plus larges. Et la première des nécessités est donc de clore ce débat, que le Ministre respecte sa parole et que l’histoire des immigrations soit évidemment présente dans ce qui est présenté comme l’histoire commune et partageable par tous les élèves. Dans la situation politique actuelle, tant que les nouveaux programmes ne seront pas publiés, rien ne dit que ce sera le cas. Sur ce point, au moins, un front commun sans récupérations…

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Plan social et réactions paradoxales: des salariéEs, des luttes et des syndicats

in Mémoires Vives/Traces by

Ile de France, fin des années 2000, dans un site de 300 personnes d’une petite entreprise qui en compte 3 en France, environ un millier de salariés en tout. L’activité, c’est de la sous-traitance pour de grands groupes. Salariat jeune, mixte, pas mal d’immigrés qualifiés, d’Afrique et du Maghreb, des 2ème ou 3ème génération comme on dit (ce qui est à la fois une assignation et un élément qui pèse). Bref, des Blancs, des Noirs, des Arabes, et pas mal de turn over. Donc des sessions de recrutement fréquentes. Dans l’une d’elle, Myriam, une précaire qui a déjà une expérience militante et se syndique très vite. Un changement d’horaires suscite un grand mécontentement chez les collègues, mais c’est un site qui ne s’est pas mobilisé depuis très longtemps, personne n’a jamais fait grève, les syndicats n’informaient guère de ce qui se passait en réunion. La section syndicale fait un premier courrier, pas de réponse. Le syndicat lance une pétition (qui permet via les échanges de nouvelles adhésions), toujours rien. Les syndiquéEs décident de faire une heure de grève et distribuent un tract pour l’annoncer plus largement. La direction propose une réunion pour en parler, justement le même jour et à la même heure que le débrayage prévu. Bon, pas de souci, la décision est prise de suspendre le débrayage, de toute façon si ça ne donne rien il est facile de relancer l’idée quand on veut. Le service planification réétudie la question des horaires, et apporte des modifications. Tout ce…

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