"Je n'ai pas vécu la liberté, mais je l'ai écrite sur les murs" (la révolution syrienne)

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Mémoires Vives

La Mémoire n'est pas l'affaire du passé. La Mémoire de ce que nous sommes et des cicatrices que nous avons laissées dans l'Histoire doit nous rendre plus présents au monde présent : compilation d'instantanés de cette Mémoire vivante.

A l’origine du journal Libération, l’APL, l’Agence de Presse Libération

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Le 18 juin 1971 une petite agence de presse est créée par des militants maos de la Gauche Prolétarienne et Maurice Clavel journaliste résistant catholique et gaulliste de gauche. J’imagine que la date du 18 juin fut choisie par ce dernier, en souvenir de l’appel du 18 juin 40. Cette agence de presse fut la matrice du journal Libération et j’ai vécu cette aventure. Comment le projet d’une agence de presse, d’extrême gauche, révolutionnaire, porté par les maos et quelques journalistes engagés put-il voir le jour et donner naissance à un nouveau journal Libération quelques mois plus tard ? 3 ans à peine après mai 68, les mouvements d’extrême gauche qui se voulaient pour la plupart révolutionnaires en France contestaient les pouvoirs établis: l’Etat et sa police, le capitalisme et la violence des milices patronales, le patriarcat puisque le mouvement de libération des femmes commençait à s’organiser en marge des groupuscules révolutionnaires où les hommes dominaient largement la parole et l’action, l’impérialisme qu’il soit américain ou soviétique (la guerre du Vietnam et la répression du printemps de Prague étaient encore très présents dans nos esprits), sans parler de l’antisionisme qui à l’époque ne se confondait pas encore avec l’antisémitisme. Le sionisme nous apparaissait en effet depuis l’occupation prolongée des territoires conquis en 67 comme un nouvel impérialisme à la solde de l’Amérique et nous n’hésitions pas à nous déclarer, pour certains d’entre nous, juifs et antisionistes[1]. La répression était terrible. Les mouvements d’extrême gauche étaient immédiatement dissous par l’Etat, les manifestations…

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Des fleurs aux « nègres » inconnus

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« On ne peut pas changer tout ce qu’on affronte, mais rien ne peut changer tant qu’on ne l’affronte pas. L’Histoire n’est pas le passé, c’est le Présent. Nous portons notre histoire avec nous. Nous sommes notre histoire. » James Baldwin Cela se passe à Lisbonne – à Belém plus exactement – dans le Jardim do Ultramar. Le jardin d’Outremer a été créé au début du siècle dernier. Ses sept hectares sont plantés d’espèces exotiques très rares, africaines et asiatiques. On s’y rend pour l’époustouflante allée de palmiers, pour son lac, pour le jardin japonais caché. On y admire les essences tropicales provenant des anciennes colonies. On s’y rend après la visite du monument aux découvertes (le Padrão dos Descobrimentos), proue de bateau immaculée sur l’embouchure du Tage, pointant les horizons merveilleux que ses héros ouvrirent pour le Portugal et l’Europe en partant depuis ce point à la conquête d’un monde qui leur appartenait forcément. On ne peut le regarder, superbe de blancheur et de promesses, que gonflé de quelque chose qui ressemble à l’orgueil des fils d’aventuriers. On oublie souvent que ce monument fut construit en 1941 sous la dictature du nationaliste Salazar et qu’on ne peut en ignorer le dessein… Ils sont deux. Au milieu des touristes qui déambulent dans le jardin d’Outremer, plus personne ne les voit. Ils sont des espèces exotiques parmi des espèces exotiques. Des spécimens, pas des personnes. Ils ne sont pas là pour eux-mêmes mais pour représenter leur espèce. C’est le sommet de…

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