"Je n'ai pas vécu la liberté, mais je l'ai écrite sur les murs" (la révolution syrienne)

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Révolution

La mort probable des intellectuels arabes

in A la une/Révolution by

Le chef d’un État arabe et socialiste – probablement Saddam Hussein – se rend dans un village pauvre de son pays. Il en réunit les habitants et demande, du ton compatissant du père de la nation, qu’ils lui présentent leurs doléances. Nul n’ose prendre la parole sauf Hassan, qui crie le coût du pain et la sécheresse de la terre, la matraque du gendarme et la corruption des potentats féodaux. Ému, le chef d’État écrase une larme et remercie celui qui parmi ses enfants a eu le courage de la vérité. Un an plus tard, le chef d’État retourne au village. La scène est rejouée mais personne ne répond plus à la question paternelle. Tout juste entend-on l’un dire d’une voix faible et mal assurée : « tout va bien dans le meilleur des mondes, mais où est mon ami Hassan ?¹ ». *** Sherine Abu Akl est morte assassinée – probablement ciblée par un sniper de l’armée israélienne. Elle était l’une des plus fameuses journalistes palestiniennes et arabes : sa voix – et sa célèbre signature : Sherine Abu Akl, al-Jazeera, Ramallah – avait accompagné des générations de locuteurs arabophones. Jeune reporter durant la seconde intifada, elle n’avait eu de cesse lors des vingt années suivantes de documenter la colonisation de la Cisjordanie. *** On rappellera, à raison, que Sherine Abu Akl n’est guère la première journaliste arabe que l’on assassine – tant s’en faut. En Syrie, Bachar al-Assad revendique l’élimination physique des intellectuels (Bassel Shahada, Khaled al-Issa, Razan…

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“Je vais t’emmener derrière le soleil et même les mouches bleues ne vont pas savoir où tu es“

in A la une/Révolution by

Entre le 23 avril 2020 et décembre 2021 s’est tenu, pendant 105 jours à Coblence en Allemagne, le procès d’Anwar Raslan, haut colonel du renseignement d’Assad. Le 13 janvier 2022 Raslan fut condamné à la perpétuité, dans ce qui a été le premier procès au monde à traiter des crimes contre l’humanité du régime syrien. Ce régime est toujours au pouvoir, bien qu’il ait pris la vie de centaines de milliers de victimes civils, en a fait disparaitre des dizaines de milliers d’autres et déplacé plus de 12 millions de syriens. Au cours de ce procès le Centre européen pour les droits constitutionnels et les droits de l’homme (ECCHR), ainsi que trois autres avocats, ont soutenu 14 plaignants et plus de 80 autres témoins ont déposé, dont de nombreux rescapés de torture. Le Centre syrien pour les médias et la liberté d’expression (SCM) et des membres de la société civile ont également joué un rôle essentiel. Il fallait rassembler les preuves, identifier les auteurs des crimes et monter des dossiers tout en collaborant avec l’accusation. Lien Le “procès Al-Khatib”, du nom de la prison où travaillait Raslan, est également unique dans son genre, pour avoir fait usage de la compétence universelle, en place depuis 2002 en Allemagne, qui permet à un État de poursuivre en justice des auteurs de crimes indépendamment de là où ils ont été commis. Wolfgang Kaleck, avocat spécialisé sur les droits de l’homme et fondateur du ECCHR (et qui fut aussi un des avocats d’Edward Snowden)…

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La militarisation de la santé en Syrie : Entre anciennes et nouvelles conduites de guerre

in Révolution by

En ce jour du 11ème anniversaire de la révolution syrienne, il est important de rappeler que le massacre de civils en Syrie continue et n’a jamais cessé. Notamment en ce janvier 2022, Idlib s’est trouvé à nouveau sous les bombes de l’aviation russe et de celles du régime syrien, détruisant entre autres le centre de distribution d’eau potable et tuant des civils dont deux enfants. Les infrastructures les plus essentielles à la vie sont stratégiquement prises pour cible, comme celle de la santé publique syrienne. Le 21 mars dernier, l’hôpital al-Atareb à l’ouest d’Alep est attaqué par missiles à trois reprises, faisant 7 morts dont 5 du personnel médical et 15 blessés. Cet hôpital est devenu particulièrement important en 2016, ne se trouvant pas loin d’Alep. La plupart des établissements de santé étaient détruits et même des personnes de Hama (à plus de 60km) venaient s’y soigner. Depuis le début de la révolution syrienne en 2011, de nombreux établissements de santé ont été la cible d’attaques par Assad et ses alliés. Plus encore: Depuis le début du conflit, la plupart des pharmacies et hôpitaux ont été détruits, la neutralité médicale piétinée et des centaines de médecins arrêtés, torturés et exécutés simplement pour avoir exercé leur métier. Une population mutilée, qui ne peut pas accéder aux soins les plus basiques, ne peut pas se révolter et ne peut donc pas continuer à réclamer la liberté et la démocratie. S’en prendre aux structures qui assurent la vie humaine représente un massacre de…

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Le mouvement des femmes afghanes est la langue pour dire ces crimes

in Révolution by

La vie en Afghanistan est complètement différente de ce qui est montré dans les médias grand public, nationaux et étrangers. L’ombre portée par les talibans, soutenus par les services secrets Pakistanais (l’ISI), est assez évidente. Les arrestations rapportées dans les médias ne sont qu’une petite partie des activités perverses des renseignements talibans, et des sources populaires et locales rapportent de nombreuses autres arrestations dans différentes provinces. La semaine dernière : 1. Jawad Jafari, ancien officier de la Direction Nationale de la Sécurité (NDS), a été arrêté à l’ouest de Kaboul par les forces talibanes. 2. Kambakhs Neekoie, un professeur d’université, a vu sa maison saccagée. 3. Fawad Pirzad, un neurochirurgien, a été enlevé dans sa clinique. 4. Des dizaines de militantes et activistes ont été arrêtées, et ont fait l’objet d’une censure meurtrière. Personne n’est en sécurité. Aucun ancien officier de l’armée, agent de la sécurité nationale, artiste, écrivain et journaliste… et surtout aucune femme. Le monde nous trompe et la seule lueur d’espoir, ce sont celles qui ont tenu tête aux talibans dans la rue. À mon avis, les protestations des femmes en Afghanistan n’ont d’autre choix que d’être soutenues par des forces internationales et des mouvements pour l’égalité. Plus nous pouvons maintenir ces protestations vivantes et les soutenir en Afghanistan, plus nous pouvons parler de l’horreur inégalitaire que les Talibans ont créée. Le mouvement des femmes afghanes est la langue pour dire ces crimes. Nous devons porter le mouvement des femmes afghanes et le soutenir continuellement. C’est en…

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My name is Fatima and I am a citizen of Kabul

in Féminisme/Mémoires Vives/Révolution by

J’ai connu Fatima par l’intermédiaire du collectif Urgence Afghanes que nous avons lancé suite à la chute de Kaboul. Son courage, sa combativité, son dévouement et son combat pour les droits des femmes et de la démocratie m’ont laissée sans voix. Nous avons beaucoup à apprendre de la résistance afghane. History will not forget.  La version française est à la suite de la version anglaise qu’elle m’a faite parvenir. My name is Fatima Karimi and I am a citizen of Kabul. I am from a small minority, Bayat, which didn’t even have a name until last year. I am a 28-year-old girl from Afghanistan, a country where I have always been challenged and I have stood proudly with all my might against any type of injustice. I am a girl from a land where I have defended the teachings of democracy and human rights while fearing suicide attacks and explosions every day. For over 10 years, I have been working in various cultural, social, and political fields in my country. I have worked with national and international institutions with a patriotic mindset for my country. I also have experience working with the government. I have always worked to preserve the achievements and values we obtained in the last two decades. Before the Taliban take-over, I was promoting and defending women’s rights at every level. I have always been opposed to injustice, inequality, privilege, harassment (and the denial of capacities and capabilities in every intellectual group). Even now that the Taliban…

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L’islamophobie, pathologie aigüe de l’insécurité culturelle.

in Chroniques de la violence brune/islamophobie/Religions/Révolution by

Supposons que le signifiant d’« islamophobie » ait quelques pertinences. Si « islamophobie » il y a, alors définissons ce terme selon son étymologie, c’est-à-dire comme une peur, une haine ou un dégout de la religion musulmane. D’une peur, d’une haine ou d’un dégout absolument légitime et non-condamnable pour peu que ce rejet respecte le cadre légal de la jurisprudence consacrée. En ce sens, force est de constater que depuis plus de vingt-ans, règne un climat d’idées et d’affects que l’on peut aisément qualifier d’« islamophobe » et ce, particulièrement dans le champ politique, médiatique et intellectuel[1], alimenté par différents acteurs – pas nécessairement majoritaires mais ayant assurément force de proposition et en ce sens, jouissant d’un relatif pouvoir d’influence –, formant ainsi ce que Pierre Bourdieu appellerait une « humeur idéologique »[2]. Pour notre part, nous pensons que l’« islamophobie » relève d’une phobie avant tout idéologique et culturelle, qu’elle procède d’un contexte historico-politique particulier fait d’insécurités et d’angoisses existentielles profondes, favorisant ainsi la sécrétion de toutes sortes de fantasmes et de psychoses dont les extrêmes et les contraires s’en nourrissent jusqu’à satiété – et ce, particulièrement chez une certaine élite intellectuelle et politique.   Une phobie idéologique Contrairement à une relative interprétation dominante, il nous apparait que l’« islamophobie » n’est ni un « racisme », ni une « religiophobie » ; elle est dans le pire et le plus vulgaire des cas, une xénophobie – au sens d’une altérisation/démonisation de l’Autre –, mais ne saurait s’y réduire et en constituer l’essence. L’« islamophobie » est  avant tout une phobie idéologique qui interprète tendanciellement toute pratique d’extériorité sociale…

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Les Ides de Mars… de la Révolution syrienne à Christchurch

in Révolution by

Il y a dix ans, c’était le début de la révolution syrienne. Une révolution universelle comme toutes les révolutions et qui allait changer la face du monde, comme toutes les révolutions. Mais dans le cas de la révolution syrienne, comme elle était faite par des Arabes et qu’on aimait pas trop les Arabes, c’est sa répression qui avait, pour l’instant, changé la face du monde. Un massacre franc et massif fait sous les applaudissements, les silences gênés et les hypocrisies opportunistes d’à peu près tout le monde. Il y avait ceux qui applaudissaient. Poutine allait « régler le problème » de l’Orient et de son pipeline compliqué, Assad qui portait une cravate était un héro qui luttait contre les Arabes Saoudiens (qui n’en portaient pas et qui était donc plus éloignés de la civilisation), et l’expert géographe qui se réjouissait que la répression permette “d’aérer la Syrie de quelques millions de personnes”. Il y avait là les silences gênés aussi. Des silences de ceux qui s’étaient mis à faire beaucoup de bruit à partir des attentats de 2015. Quand finalement, tout bien considéré, on a admis sans vraiment le dire trop fort, que les attentats c’était un peu la faute de la France en Syrie. La France avait semble-t-il soit trop, soit pas assez bombardé “là bas”, ce qui au final avait provoqué les attentats “ici”. La France devait dès lors, changer de politique en Syrie et bombarder soit plus soit moins, mais dans tous les cas changer de politique.…

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Des Castors et des Ornithorynques

in Antisémitisme/Chroniques de la violence brune/islamophobie/Révolution by

« Au premier tour on choisit le meilleur, au second tour le moins pire » Tel est le drame, final de la démocratie bourgeoise parlementaire, des élections à deux tours. Si tant est que l’on ait un « meilleur » au premier tour (excluant le programme par l’individualisation bonapartiste du pouvoir), le constat est que n’est jamais élu un candidat ou un programme dont est proche la majorité des électeurs. Enfin, de ceux qui s’expriment. Enfoncer une porte ouverte. Le pouvoir politique est détenu par une minorité élue par opposition à d’autres. Un certain nombre d’entre nous, appelés Castors, ont fait action politique de voter pour tout candidat opposé à un candidat d’extrême-droite, notamment au nom de l’antifascisme. Cette position est louable. Et défendable. Tout sauf le fascisme. Tout en luttant quotidiennement contre le pouvoir élu dans sa politique anti-sociale, réactionnaire, raciste, etc. Au contraire, d’autres, les Ornithorynques, ne votent ni au premier, ni au deuxième tour. Ou bien votent Blanc ou Nul. Politiquement. D’autres votent au premier tour mais pas au deuxième, refusant le « moindre pire » et ne se résignant pas à voter pour des candidats anti-sociaux, de droite, xénophobes, etc. Je suis issu d’un milieu familial rouge, communiste, où l’on vote pour le Parti au premier tour, et où l’on vote à gauche au second tour. Où il faut voter, parce que le droit de vote fut acquis de haute lutte par nos ancêtres. Parce que le droit de vote des femmes a été acquis durement. On vote, et il n’y a…

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Le désir de révolution et le religieux au temps de 68

in Féminisme/Mémoires Vives/Religions/Révolution by

En 1968, nous les jeunes militants révolutionnaires rêvions d’un autre monde et nous étions sûrs qu’il allait advenir. En pleine guerre froide alors que la décolonisation commençait à peine et que nous sortions de deux guerres coloniales sanglantes en Indochine et en Algérie, deux défaites pour la France, alors qu’au Vietnam les gouvernements américains s’enlisaient dans une interminable et terrible guerre contre les combattants de la liberté et que la jeunesse progressiste luttait à la fois pour les droits civiques et contre la guerre qui les décimait, nous rêvions de Révolution. L’ « immigré » Il n’y avait pas de jeunes immigrés ou « issus de l’immigration » dans les banlieues. Les immigrés qui venaient en France travailler dans les usines automobiles, vivaient pour la plupart seuls dans des foyers sordides, deux ou trois par chambres minus­cules. Ils dormaient sur des lits superposés de métal et parfois lorsqu’ils faisaient les trois-huit, ils se partageaient le même couchage à des horaires différents. Ils préparaient collectivement leur nourriture dans des grands chaudrons sur des réchauds à gaz ou à alcool. Le soir, ils se retrouvaient devant le couscous le plat de poisson ou au café. Sans femmes, sans enfants, ceux-là étaient au pays, dans leurs tribus ou leur bled aride et mi­sérable. L’ouvrier immigré ne rentrait chez lui qu’une fois par an s’il avait pu économiser pour payer son voyage. Le regroupement familial n’existait pas. « L’immigré » était mascu­lin, seul et adulte. D’ailleurs il n’y avait pas encore de barres d’HLM en banlieue, ou si peu. Par…

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Une autre ballade de Willy Brouillard

in Instants/Révolution by

J’emploie pas de grands mots pour dire des choses simples, j’ai pas été suffisamment longtemps à la fac pour ça peut-être ou alors juste j’arrive à penser des choses complexes avec des mots simples, en tout cas je ne me sens pas “post-moderne” ni “déconstructiviste” mais j’ai dû déconstruire la violence. Ma propre violence, interne, qui venait de mon enfance, du fait que les gens qui m’ont aimé m’ont violenté, alors je croyais qu’aimer c’était violenter les gens. Et la violence de la société, des années 1980 durant lesquelles j’ai grandi. Je fais partie d’une toute petite minorité, parfois invisible parfois très visible, très discriminée, c’est la plus discriminée en France, je suis transgenre. Avant j’étais considéré comme lesbienne, et j’étais discriminé aussi, l’homophobie est très présente. J’ai mis quarante ans à débarrasser mon cerveau de toutes les saloperies qu’on y avait fourrées. J’ai été raciste, j’ai été sexiste, j’ai été validiste, j’ai été grossophobe, etc. Ce travail sur moi je l’ai fait pour pouvoir me regarder le matin dans la glace, pour éduquer mon fils à être meilleur que j’ai été, et surtout parce que j’estime que tout être humain doit être traité correctement, quoi qu’il soit, quoi qu’il ait fait. Quand je dis que j’ai mis des années c’est la vérité, je partais pourtant de moins loin que la plupart. Pendant quinze ans j’ai été policier, et là je ne sais pas si je vais pouvoir continuer, parce que c’est dur. C’est dur de travailler avec des gens…

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