"Je n'ai pas vécu la liberté, mais je l'ai écrite sur les murs" (la révolution syrienne)

Assignation à résidence, une géographie de la peine .

J’ai longtemps eu le sentiment que mon histoire ne rentrait dans aucune case simple. On m’a d’abord connu à travers une affaire pénale liée au terrorisme, puis, une fois ma peine purgée, on m’a maintenu dans un autre type de contrainte : l’assignation à résidence. Depuis 2008, ma vie se déroule sous un régime de limitation permanente, avec des pointages, des couvre-feux, des déménagements imposés et une surveillance qui ne dit pas son nom.¹Ce que je veux montrer ici, c’est que l’enfermement ne se réduit pas à la prison. Il peut aussi prendre la forme d’une liberté surveillée, morcelée, encadrée, presque neutralisée. Dans mon cas, la sortie de prison n’a pas signifié la fin de la peine, mais l’entrée dans une autre manière d’être empêché de vivre normalement.²La question que je porte est simple en apparence, mais elle engage des enjeux plus larges : comment peut-on rester durablement privé de liberté après avoir purgé sa peine ?³ Comment une mesure administrative peut-elle devenir, dans les faits, une prolongation de la sanction pénale ?⁴J’ai compris au fil des années que mon cas dépasse ma personne. Il interroge le rapport entre sécurité publique, lutte antiterroriste, droit des étrangers et libertés fondamentales.⁵ Si l’on peut me maintenir pendant des années dans un périmètre assigné, alors il faut regarder de près ce que cela dit du fonctionnement de l’État quand il décide qu’un homme doit rester libre, mais pas trop.⁶ La prison comme premier enfermement Mon histoire judiciaire commence dans le contexte de l’après-11…

Lire la suite

A LA UNE

L’oeil était dans la tombe…

in islamophobie — by et

Un aspect du scandale du Fonds Marianne, cette attribution d’argent public de façon non transparente à des associations controversées ou dissimulant des activités de propagande électorales, semble passer étrangement sous les radars. On a ainsi parlé un peu de l’association « Reconstruire le Commun » et des vidéos attaquant les candidats opposés à Macron ayant fait moins d’une dizaine de vues. Mais on n’a pas parlé des autres activités de cette organisation ayant eu nettement plus de succès. L’initiative « On Vous Voit » était pourtant présentée entre parenthèse comme associée à l’association « Reconstruire le Commun » pour la demande de subventions de 330 000 euros, (comme le confirme CheckNews dans ce lien payant). Il est d’ailleurs plus que probable que, si l’association « Reconstruire le Commun » était inconnue du grand public ou du cabinet de Marlène Schiappa, l’initiative « On Vous Voit », active depuis bien plus longtemps, était quant à elle bien plus connue des « laïcs » autoproclamés, des lieux de pouvoirs ainsi que des macronistes.   Notons bien qu’un « follow » ne vaut pas adhésion et que tous les comptes qui suivent « On Vous Voit » sur Twitter ne sont pas forcément en accord, en soutien ou impliqués avec toutes les activités de ce compte. Difficile en revanche, au regard de tels followers de prestige, de prétendre que personne ne les a vus. Si les vidéos de « Reconstruire le Commun » n’ont pas dépassé la dizaine de vues, l’activité de « On Vous Voit »…

Lire la suite

Ensemble contre les dissolutions et le séparatisme d’état

in Prises de positions — by

Notre collectif était présent à la mobilisation immense et réussie contre les mégabassines à Sainte Soline. Pour économiser quelques marqueurs codants à la police, nous précisons que nous y étions dans son intégralité. Quel que soit l’endroit précis où nous avons manifesté nous voulions tous mettre un un coup d’arrêt à ce projet mortifère. Nous étions 30 000, unanimes et complices. Nous sommes solidaires du collectif Soulèvements de la Terre comme nous le serions de nous-même. Contre sa dissolution. Contre toutes les dissolutions. La radicalisation étatique était en effet très prévisible. Depuis deux ans, des acteurs et actrices de la communauté musulmane, des associations ou maisons d’éditions ont été dissoutes, des mosquées sont fermées, des écoles aussi, dans l’indifférence et le soupçon quasi-général. Nous avons manifesté contre l’expulsion d’Hassan Iquioussen, nous avons organisé des conférences publiques avec des activistes et intellectuels musulmans. A toutes ces occasions, nous avons pu voir agir la machine qui tente aujourd’hui d’écraser les activistes écologistes contre les Bassines. Diffamer, intimider, isoler, interdire, dissoudre toute une communauté. Dissoudre sans interruption. L’islamophobie n’est pas une diversion comme l’a longtemps dit une partie de la gauche, avant de se laisser en partie divertir par la propagande islamophobe et de se persuader que les musulmans réprimés aussi violemment ne pouvaient l’être sans motif. L’islamophobie est un système qui construit un état séparé dans la démocratie apparente. Un état qui refuse tout droit politique à une minorité précise. Un état, qui comme tous les états a vocation à s’étendre. L’islamophobie…

Lire la suite

Pour la liberté, contre l’islamophobie: ensemble, c’est tout.

in islamophobie/Prises de positions — by

Ce 17 février, Lignes de Crêtes organise un débat à propos des atteintes aux libertés associatives générées par la loi Séparatisme et son application. Notre collectif a la chance qu’Elias d’Imzalene , militant musulman et Julien Talpin sociologue et acteur de la vie associative aient bien voulu répondre à notre invitation à débattre. Depuis 24 heures et de manière excessivement convenue, la sphère islamophobe, ce conglomérat qui va de l’extrême-droite néo-nazie jusqu’à une partie de la gauche s’agite, insulte, diffame, menace. Ivre de sa toute-puissance numérique, elle ne comprend pas qu’on ose encore respirer et parler sans se préoccuper de ses hurlements imbéciles qu’elle appelle expression politique. Comment des musulmans et des non-musulmans osent-ils encore débattre ensemble, comment osons nous mener des initiatives communes ? Comment, alors que nous sommes censés avoir peur les uns des autres, nous haïr , rester séparés à tout jamais et devenir les petits soldats de la guerre civile fantasmée par des polémistes et bateleurs de la haine de salon Twitter. Comment osons-nous, alors que tout est fait pour que cela n’arrive pas, jusqu’à la terreur des attentats racistes, qui ne sont même plus appelés attentats depuis novembre 2019 et l’attaque contre la mosquée de Bayonne ? Parce que le mot « attentat » fait penser à « victimes » et que les musulmans ne sont pas censés être des victimes. De fait, c’est la seule clarification que nous tenons à faire vis à vis des islamophobes. Lignes de Crêtes ne soutient pas des «…

Lire la suite

Libertés associatives face à la loi Séparatisme, un défi commun ? Débat vendredi 17 févriier.

in Chroniques de la violence brune/Féminisme/islamophobie — by

Si la loi Séparatisme a pu détruire profondément le régime des libertés associatives en France, c’est d’abord parce que l’islamophobie a amené les acteurs de la société civile non musulmane à craindre le prétendu « complot islamiste » plutôt que la remise en cause de ses droits. Aujourd’hui ce ne sont plus « seulement » les organisations musulmanes qui sont stigmatisées, privées de leurs ressources et de leurs locaux, accusées d’entretenir la sédition, mais aussi des associations féministes, écologistes, des MJC, des associations de locataires ou de soutien scolaire. Est séparatiste, tout ce qui est considéré comme une opposition par le gouvernement. Réagir, c’est revenir au problème de départ, briser la séparation islamophobe, la peur, les préjugés, les représentations conspirationnistes. Créer un front commun entre toutes celles et ceux qui ont besoin des libertés publiques pour créer, s’entraider, lutter. L’unité commence par la rencontre et le dialogue : à l’invitation de Lignes de Crêtes, Elias d’Imazalène, fondateur d’Islam et Info, conseiller politique à Perspectives Musulmanes et Julien Talpin, sociologue au CNRS et coordinateur de l’Observatoire des Libertés Associatives répondront à vos questions vendredi prochain. Quelques ressources pour commencer à réfléchir Le premier rapport de l’Observatoire des libertés associatives: cent exemples d’atteintes aux droits des associations  Le rapport de l’organisation anglaise de défense des droits humains sur la répression islamophobe en France L’affaire Alternatiba , ou comment a été inventé l’éco-séparatisme Tourcoing : comment on prive les jeunes et les habitants des quartiers de leur MJC . Quand la loi Séparatisme permet d’interdire à des…

Lire la suite

Les Séparées, ou comment le féminisme français est devenu le conte des Bonnes Femmes.

in Féminisme — by

Comment cela a commencé, il est difficile de le dire. C’est évidemment en 2004 que la chose a été officialisée mais une loi contre les femmes n’aurait pas pu passer comme une lettre à la poste, si la haine ou l’indifférence devant la haine n’avaient pas été immenses avant. En tout cas, c’est à ce moment que l’ensemble des femmes de ce pays se sont habituées à ce que les musulmanes vivent séparées d’elles, c’est à dire aient une condition discriminante comme existence quotidienne. Le fondement de la Séparation était simple. Les filles et les femmes musulmanes pouvaient après tout ne pas l’être et devenir féministes à la française. Comme toutes les femmes du monde, les féministes se sentaient beaucoup plus intelligentes et belles que les autres et ne pouvaient pas comprendre que l’on puisse devenir comme elles et qu’on ne le devienne pas. Sans doute, un jour les jeunes musulmanes comprendraient leur intérêt, en attendant, la privation de liberté était un mal pour un bien. Ce n’est pas arrivé. Et certaines jeunes filles ont quitté l’école. Disparues et tout le monde au fil des années s’est fait à cette disparition. Après tout, les fanatiques avaient « leurs » écoles et leurs lycées où elles pouvaient être laides et bêtes en toute liberté. Que certaines d’entre elles n’en aient pas eu les moyens financiers ou concrets, qu’elles aient arrêté leurs études ou fait des dépressions n’a empêché personnE de dormir. De même, le féminisme français, pourtant tellement avide d’explorations des divers trauma…

Lire la suite

L’obsession d’un complot frériste au service de la légitimation de la « loi séparatisme »

in Chroniques de la violence brune/Chroniques du déni/islamophobie/Médias etc. — by

L’anthropologue Florence Bergeaud- Blackler fait paraître ces jours-ci un livre intitulé Le Frérisme et ses réseaux, l’enquête. A cette occasion, le Figaro publie de larges extraits du livre, dans lesquels on apprend « comment les Frères musulmans, la plus secrète des organisations islamistes, ont réussi à faire de l’Union européenne la base avancée de leur projet de conquête du monde. » Rien que ça. Ceci n’est que le dernier avatar d’une séquence médiatique déjà longue marquée par le conspirationnisme islamophobe au sein des médias français. Ce soi-disant « complot musulman » s’appuierait sur une véritable toile d’araignée islamiste patiemment tissée par les Frères musulmans, qui s’infiltrerait dans toutes les strates de la société, à travers des structures très diverses : mosquées, associations cultuelles, associations d’aide aux devoirs, associations caritatives, structures d’apprentissage de la langue arabe, commerces divers… Les Frères musulmans, c’est quoi ? La Société des Frères musulmans suscite depuis sa création de nombreux fantasmes. Elle apparait en 1928 en Egypte dans le contexte du renforcement de la mainmise coloniale de la France et du Royaume-Uni sur les anciennes provinces arabes de l’Empire ottoman, consécutif à sa défaite lors de la Première guerre mondiale et à son démantèlement. Concurrente de celle du jeune régime de Mustafa Kemal Atatürk au pouvoir depuis 1923 en Turquie, qui entend embrasser la modernité afin de rattraper le retard supposé des pays de la région vis-à-vis de l’Occident, la vision de l’islam des Frères musulmans est résolument conservatrice. La confrérie a pour horizon ultime la création d’un Etat islamique, dont les…

Lire la suite

Souverainisme de gauche : histoire d’un oxymore politique (2)

in Traces — by

(la première partie de cette série sur le souverainisme est à retrouver ici) Après les élections présidentielles de 2022 et un second scénario-catastrophe Macron-Le Pen, et pour continuer d’intenses débats amorcés au milieu des années 2010 à gauche, il paraît nécessaire de s’intéresser au concept politique de souverainisme. En effet, à l’aune des crises économiques, sanitaires et écologiques du temps, celui-ci fait un retour fracassant dans les discours politiques et se retrouve au centre des débats dans de nombreuses organisations militantes. Après avoir défini le souverainisme, dressé un historique du concept en France et insisté sur les raisons de son attrait actuel à gauche, nous explorerons dans le présent article les raisons pour lesquelles cette voie stratégique s’avère être une impasse pour les projets socialistes, en nous attachant à critiquer la manière dont cette idée souverainiste est comprise à gauche. Références et expériences souverainistes de la gauche française Le souverainisme tel qu’il est envisagé à gauche en France est en théorie bien différent du souverainisme classique, issu de la droite et des mouvements conservateurs. Cela explique en partie son attrait auprès d’une partie des socialistes, des communistes et même de certains libertaires. Un souverainiste de gauche considérera que pour reconstruire l’État social savamment démantelé ces dernières décennies par les néo-libéraux, un retour au cadre de l’État-nation et une lutte acharnée contre l’Union européenne sont deux éléments nécessaires et indissociables. Si l’on considère le monde comme une poupée russe, il est vrai que plus l’échelon politique se rapetisse, plus le contrôle…

Lire la suite

Terreur d’extrême-droite et déni politique raciste: trois ans d’attentats « anecdotiques ».

in Chroniques de la violence brune/islamophobie — by

Un tueur d’extrême-droite a donc finalement  frappé en plein Paris et assassiné trois personnes de sang-froid.  Emine Kara, Mir Perwer, Abdulrahman Kirzi ont été tués dans un centre culturel kurde du 10ème arrondissement . Ce qui doit arriver finit toujours par arriver.  Surtout quand un pays est dirigé par un gouvernement qui non content d’être dans le déni du danger raciste et fasciste, passe son temps à flatter l’extrême-droite et à lui donner confiance en reprenant ses principes politiques. L’homme qui a assassiné froidement des inconnus parce qu’ils étaient à ses yeux des « étrangers » , des « immigrés », l’incarnation déshumanisée du Grand Remplacement a pu agir parce qu’il n’a pas été empêché. Parce que le déni devant la terreur armée de l’extrême-droite est porté par le plus haut niveau de l’état et par une grande partie de la société. En effet, cet individu avait déjà commis ce que pour d’autres victimes, on appellerait un attentat . Une attaque au sabre dans un camp de migrants, contre des personnes  qui siurvivaient dans des tentes. Des exilés donc, c’est à dire tout sauf des victimes dans l’imaginaire politique dominant de ce pays, où tout Ministre de l’Intérieur qui se respecte vote au moins un loi tous les deux ans pour durcir encore le statut des immigrés dans le pays. A l’époque de cette attaque, un rassemblement de solidarité improvisé avait été interdit et nassé par la police et les manifestants avaient pour certains écopé d’amendes. Evidemment aucun débat politique d’ampleur n’avait eu lieu…

Lire la suite

Paroles Afghanes, soirée caritative au profit des réfugié.e.s afghan.e.s – Le 13 Décembre 2022

in Prises de positions — by

Parole Afghane vous invite à la rencontre des femmes Afghanes en partageant leurs histoires et leurs combats. En faveur d’une génération pour qui les différences de religion, de culture et les frontières importent peu, cet événement caritatif et festif a pour but de soutenir les actions de l’association Urgence Afghanes et mettre la créativité afghane à l’honneur ! Un parcours interactif qui permettra à la parole afghane de s’exprimer au travers d’expositions, d’ateliers et de performances. L’Afghanistan commence à parler au monde entier, au moment même où les talibans sont censés éteindre les lumières. ▬▬▬▬▬▬ PROGRAMMATION EXPOSITIONS • Parole afghane • Mina Safari – Artiste peintre • RaMin Afshar – Photographe • Sardar Ali Hassani – Photographe ATELIER: OEUVRE COLLECTIVE Par Mina Safari VENTE AUX ENCHÈRE à venir TOMBOLA Des expériences originales à gagner: • Atelier customisation de sneakers • Atelier Mixologie • Atelier Olfactif • Cours de Yoga Vinyasa • 2 Pass pour le festival Queer Ranch • 2 Pass pour le festival Treesome • Séance de flottaison pour 2 personnes • Abonnement d’1 an à hum magazine • Chez Simon: 1 dîner pour 2 personnes d’une valeur de 50€ • Au trois B: 1 déjeuner pour 2 personnes (repas complets) • Chez Cadence Paris: 1 dîner pour 2 personnes Et plein d’autres lots qui arrivent bientôt ! Lien pour participer : https://www.helloasso.com/…/soiree-caritative-parole… CONCERT LIVE – Zar Electrik DJ SET ▬▬▬▬▬▬ 💪 URGENCE AFGHANES Ce collectif féministe franco-afghan crée autour de la tribune “Pour un accueil inconditionnel des femmes…

Lire la suite

Souverainisme de gauche : histoire d’un oxymore politique

in Traces — by

Après les élections présidentielles de 2022 et un second scénario-catastrophe Macron-Le Pen, et pour continuer d’intenses débats amorcés au milieu des années 2010 à gauche, il paraît nécessaire de s’intéresser au concept politique de souverainisme. En effet, à l’aune des crises économiques, sanitaires et écologiques du temps, celui-ci fait un retour fracassant dans les discours politiques et se retrouve au centre des débats dans de nombreuses organisations militantes. Dans ce premier article, nous définirons le souverainisme, dresserons un court historique du concept en France et insisterons sur les raisons de son attrait actuel à gauche. Dans un second temps, nous explorerons les raisons qui font que cette voie stratégique s’avère être une impasse pour les projets socialistes, en nous intéressant aux portes de sortie possibles à notre époque pour dessiner un horizon politique commun, écologiste et émancipateur. Définitions Le Dictionnaire historique de la langue française (Alain Rey, 2010) nous apprend que le terme « souverain » est issu du latin super (« au-dessus », « sur ») qui a donné le terme superanus signifiant « supérieur ». Le concept politique de souverainisme est lui-même dérivé du terme « souverain » : cette étymologie est intéressante, car elle souligne la verticalité contenue dans le souverainisme. Le souverainisme a un lien fort avec la notion de souveraineté, concept important en science politique. Au XVIe siècle, Jean Bodin, théoricien de la monarchie absolue et intellectuel constructeur de la notion d’Etat moderne, développe cette idée de souveraineté dans ses Six livres de la République.…

Lire la suite

Metacritique de la haine anti-Freud d’extrême droite

in Chroniques du déni — by

On pensait l’affaire réglée, l’histoire écrite, la messe dite. Douze ans après le livre d’Onfray, dix-sept ans après le “livre noir de la psychanalyse”, quatre-vingt-dix ans après la “psychanalyse science juive” de l’Allemagne des années trente, on pensait que la haine anti-Freud avait quand même montré ses limites. On pensait surtout, au regard des polémiques générées et de ce que ces polémiques ont fait ressortir de leurs auteurs, qu’il était assez clair d’où venaient ces attaques de la psychanalyse et où elles menaient la plupart du temps. Qu’on s’entende bien, la psychanalyse est une science sociale et, à ce titre, les débats et les critiques, les écoles de pensées, les évolutions, les théories y sont nombreux et vifs. Comme pour la sociologie, la philosophie, l’anthropologie ou l’histoire. En revanche les attaques contre la psychanalyse, celles notamment qui entendent en faire une secte, nier son caractère scientifique ou “révéler” que Freud était un ambitieux arnaqueur aimant l’argent et prédateur de femmes, ces attaques là empruntent d’une certaine tradition. Une tradition faite de Onfray, de Bénesteau et de ses amis du Club de l’Horloge (Henry de Lesquen), de Debray-Ritzen activiste de la Nouvelle Droite, ou encore de Jean Bricmont. Et de Jacques Van Rillaer, psychologue comportementaliste qui a passé sa vie à citer, reprendre, soutenir, défendre ou encore co-écrire avec tous les auteurs précités. Et c’est pour cette raison que lorsque le podcast Meta de Choc, autoproclamé contre les dérives sectaires, choisit de faire une série de 6 heures consacrées à “démonter…

Lire la suite

Islamistes partout, démocratie où ça ? Contre Darmanin et son monde

in Chroniques de la violence brune/islamophobie/Religions — by

Le Conseil d’état a validé ce mardi 30 août la décision d’expulsion d’Hassan Iquioussen, énième personnalité musulmane cible de la vindicte arbitraire du Ministre de l’Intérieur. Celui-ci a annoncé la nouvelle sur Twitter comme il avait annoncé son intention d’expulser sur le même réseau, avant même toute notification à sa victime. L’islamophobie est aussi une manière de remplacer la démocratie par la communication agressive. La veille, une note des services de renseignement était transmise à Europe 1, dont les employés ont fait un copié-collé laborieux. L’objet était avant tout de dresser une liste d’islamistes supposés avoir orienté le vote des musulmans pour Jean-Luc Mélenchon. Parmi ces islamistes désignés par un journaliste dont l’indépendance se résume manifestement à faire tenir douze pages de rapport policier sur deux A4, figure notamment Rafik Chekkat, auteur à Lignes de Crêtes, entre autres qualités, et également fondateur du média Islamophobia. Nous tenons à l’assurer de notre solidarité. Non pas que nous trouvions le moindre souci politique à publier des islamistes réels ou supposés, nous en trouverions plutôt à publier des copistes du Ministère de l’Intérieur. Ni au fait d’appeler à voter et à mobiliser publiquement, cela s’appelle faire de la politique en démocratie. Mais l’islamophobie structurelle portée à son paroxysme répressif est d’abord la tentative d’interdire tout droit au politique aux musulmans. Le mémoire du Ministère de l’Intérieur reprochait à Hassan Iquioussen de lancer des appels au vote, et assimilait la chose à la volonté de créer un califat semblable aux projets de Daech. Militants…

Lire la suite

Pro-choix, avec le Planning Familial, contre la transphobie et l’islamophobie

in Féminisme — by

Que dire au sujet de l’affiche du Planning Familial représentant un homme enceint et surtout au sujet de la polémique qui dure depuis quelques jours ? En tant qu’homme trans, je pourrais être enceint. Ce n’est pas le choix que j’ai fait car je suis un peu binaire et pour moi c’était le rôle de sa mère de porter mon fils et de l’allaiter, mais j’aurais pu le faire. En 2017 les personnes trans n’ont plus été obligées d’être opérées, et donc de devenir stériles, pour changer de genre administrativement. Et bien sûr il y a des conséquences : les trans peuvent garder tout ou partie de leur corps biologique tout en vivant dans le genre qui leur convient. Il y a a donc des hommes enceints, des hommes qui allaitent et dans certaines maternités on peut parfois entendre « Poussez, Monsieur ! » C’est la vie. C’était prévisible qu’à avoir gagné autant de droits et autant de visibilité en si peu de temps la communauté trans s’attire les foudres réactionnaires et leur panique morale qui charrie des torrents de merde transphobe. Les hommes trans devraient renoncer à leur utérus, un homme enceint c’est contre-nature, ce sont des délirants qui se prennent pour ce qu’ils ne sont pas, leur délire prendra bientôt fin comme en Angleterre. Je ne veux pas avoir l’air zemmourien mais encore une fois, c’est de la faute des arabes : si le Planning Familial n’avait pas eu l’outrecuidance de tolérer les femmes voilées, peut-être qu’il ne serait pas…

Lire la suite

Entretien avec Rafik Chekkat

in islamophobie/Podcast — by

A l’occasion du lancement du nouveau projet Islamophobia, Rafik Chekkat a bien voulu répondre à nos questions. Islamophobia se présente comme une plateforme de formation mais ça va bien au delà de ça. Des podcast, des émissions, des sujets de fond, des ressources militantes, sur le sujet de l’islamophobie mais pas seulement. Puisque l’islamophobie est structurelle il y a besoin d’appréhender enormément d’aspect afin de lutter contre. Courageux et nécessaire dans la période actuelle. Emancipation, révolutions, islamophobie, racisme, gauche, parcours militants, extrême droite, libéralisme, on a parlé un peu de tout ça avec Rafik. Lignes de Crêtes · Entretien Rafik Chekkat Islamophobia 19 – 07 – 2022 Le site c’est par ici: https://islamophobia-france.com/ Le Twitter c’est par là: https://twitter.com/Islamophobia_fr Et pour les soutenir c’est là: https://www.cotizup.com/islamophobia

Lire la suite

Soutenir Hassan Iquioussen, défendre les libertés contre le séparatisme islamophobe

in islamophobie — by et

En France, pour la majeure partie de la population, le délai de prescription des crimes est de 20 ans, celui des principaux délits de 6 ans, celui des délits de presse de trois mois. Hassan Iquioussen, imam du Nord de la France fait actuellement l’objet d’une procédure d’expulsion pour des propos qui n’ont fait l’objet d’aucune poursuite, d’aucune condamnation. Des propos qui auraient été tenus en 2004, 2005 et 2014. Il y dix-huit ans ou huit ans au plus. Hassan Iquouissen est musulman et responsable religieux. Il est français autant qu’on peut et que l’on souhaite l’être ou pas, lorsqu’on est né en France en 1964, qu’on a 58 ans, qu’on a vécu toute sa vie ici, que l’on y a son parcours professionnel et politique, sa famille, ses amis et ses ennemis. Aussi peu qu’on peut l’être lorsqu’on est issu de l’immigration musulmane, et qu’au fil des années, l’état nous a refusé plusieurs fois la nationalité française, pour motifs politiques. Aussi bien, Hassan Iquioussen, comme nous tous, est-il depuis la loi Séparatisme qui détruit sa vie et celle des siens, juste issu de l’immigration musulmane. C’est à dire soumis à un régime d’exception, dont toutes les règles ont créé une zone grise, où les libertés civiles, politiques et religieuses s’appliquent “sous réserve de” . Sous réserve du bon vouloir du pouvoir exécutif et de ses organes administratifs. Dans cette zone grise,  on a le droit de croire en Dieu et de le dire, seulement si Dieu est un autre,…

Lire la suite

Communiqué Lignes de Crêtes – legislatives 2022

in Prises de positions — by

Le second tour des législatives a dessiné un paysage politique plus divisé que jamais. Nous nous réjouissons qu’Emmanuel Macron n’ait plus les mains libres pour appliquer son agenda de casse sociale autoritaire, islamophobe, antifeministe et liberticide. Nous constatons avec joie que la gauche a multiplié son nombre de député-es par six depuis 2017. Toutefois, l’extrême droite compte désormais 89 chemises brunes à l’assemblée. Le Rassemblement national est devenu en cinq ans un parti normal avec lequel il est envisageable de créer une majorité de gouvernement. En effet, de nombreux-ses personnalités de la majorité présidentielle n’ont pas daigné donner de consignes de vote en cas de duels NUPES-RN. Pire, certain-es d’entre elleux ont appelé clairement à faire barrage à la gauche dans certaines des circonscriptions concernées. Ceci est l’aboutissement d’une stratégie de gouvernement amorcée dès 2017 consistant en la destruction du paysage politique français. En effet, Emmanuel Macron s’est employé à liquider la gauche en 2017. En 2022, après un long processus de préparation idéologique, il a phagocyté la droite libérale. Pour continuer ses contre-réformes, il s’apprête maintenant à faire de même avec les têtes d’affiche de l’extrême droite et des nationalistes de droite. En surfant sur une stratégie électoraliste « ni droite, ni gauche », le Président ne se contente pas de détruire nos codes et nos repères : il entend incarner à la fois le pouvoir et son opposition. Choisissant depuis 2017 d’écarter la gauche des débats et de faire la courte-échelle au Rassemblement national, il en a cyniquement…

Lire la suite

Du « macronisme de gauche »

in Antisémitisme/islamophobie — by et

Depuis sa victoire à l’élection présidentielle de 2017, Emmanuel Macron mène une entreprise de saccage de la vie politique française. Non content d’avoir siphonné les cadres d’un Parti socialiste en déshérence il y a cinq ans, celui qui se présente comme « ni droite ni gauche » vient de ravir aux Républicains nombre de ses têtes et de ses électeurs. Dans la confusion, une partie de la gauche s’affichant pro-européenne, scientiste et anti-autoritaire se rallie encore explicitement ou par défaut au bloc macroniste. Alors que le Président réélu assume de plus en plus son ancrage à droite, ce positionnement pose question et mérite d’être analysé. On sait depuis longtemps qu’il existe diverses manières d’être de gauche, et mille et une raisons de continuer à se taper dessus par organisations interposées entre sociaux-démocrates, trotskystes, autonomes ou néo-stalinien-nes. Ce que l’on sait moins, c’est que si la jambe gauche du macronisme est une jambe de bois, celle-ci ne s’est pas vermoulue en cinq ans grâce aux efforts intellectuels d’une gauche bourgeoise – auto-proclamée « gauche intellectuelle » – sourde aux questions sociales et enfermée dans une posture de dénigrement perpétuel de tout ce qui n’est pas elle. Qu’est-ce que la gauche macroniste ? L’expression « gauche macroniste » ressemble à un oxymore. En effet, elle recouvre davantage une réalité sociologique et discursive que politique. Elle désigne une partie de l’intelligentsia de gauche ayant, par pessimisme et souci de distinction avec son milieu politique, abandonné tout espoir réformiste – ne parlons même pas…

Lire la suite

AUDIO – Conférence à Grenoble – Antisémitisme et Islamophobie, sommes nous condamnés à être des frères ennemis?

in Antisémitisme/islamophobie/Podcast — by

Le 6 mai, à Grenoble, trois militants, Rafik Chekkat et Hamza Esmili, militants historiques de la lutte contre l’islamophobie et Nadia Meziane, militante antifasciste, ont tenu une conférence de deux heures sans parler du burkini. Autant le dire à l’avance tant l’islamophobie est aussi cette injonction permanente faite aux issus de l’immigration musulmane, rester à leur place, répondre aux questions posées par d’autres, accepter l’interrogatoire sans fin comme seule modalité d’existence dans le débat public. A l’invitation des adorables révolutionnaires d’Antigone , Lignes de Crêtes a eu l’immense privilège de faire parler deux militants musulmans de la lutte contre l’antisémitisme, de la nécessaire construction d’un autre récit de la filiation majoritaire, afin que cesse le face à face construit entre minorités juives et musulmanes , des similitudes entre conspirationnisme antisémite et islamophobe, similitudes qui ne valent pas aplatissement des mémoires ou relativisme. Nous remercions l’ensemble des participants au débat pour leurs questions franches, qui nous ont permis d’aborder aussi les sujets qui fâchent , condition absolument nécessaire pour avancer ensemble. (Le sketch de Dieudonné, Le Conseil de Classe, qui introduit la conférence est visible ici) Lignes de Crêtes · Conference Grenoble LDC Antisemitisme Islamophobie 06 – 05 – 2022

Lire la suite

La mort probable des intellectuels arabes

in Révolution — by

Le chef d’un État arabe et socialiste – probablement Saddam Hussein – se rend dans un village pauvre de son pays. Il en réunit les habitants et demande, du ton compatissant du père de la nation, qu’ils lui présentent leurs doléances. Nul n’ose prendre la parole sauf Hassan, qui crie le coût du pain et la sécheresse de la terre, la matraque du gendarme et la corruption des potentats féodaux. Ému, le chef d’État écrase une larme et remercie celui qui parmi ses enfants a eu le courage de la vérité. Un an plus tard, le chef d’État retourne au village. La scène est rejouée mais personne ne répond plus à la question paternelle. Tout juste entend-on l’un dire d’une voix faible et mal assurée : « tout va bien dans le meilleur des mondes, mais où est mon ami Hassan ?¹ ». *** Sherine Abu Akl est morte assassinée – probablement ciblée par un sniper de l’armée israélienne. Elle était l’une des plus fameuses journalistes palestiniennes et arabes : sa voix – et sa célèbre signature : Sherine Abu Akl, al-Jazeera, Ramallah – avait accompagné des générations de locuteurs arabophones. Jeune reporter durant la seconde intifada, elle n’avait eu de cesse lors des vingt années suivantes de documenter la colonisation de la Cisjordanie. *** On rappellera, à raison, que Sherine Abu Akl n’est guère la première journaliste arabe que l’on assassine – tant s’en faut. En Syrie, Bachar al-Assad revendique l’élimination physique des intellectuels (Bassel Shahada, Khaled al-Issa, Razan…

Lire la suite

« Je vais t’emmener derrière le soleil et même les mouches bleues ne vont pas savoir où tu es“

in Révolution — by

Entre le 23 avril 2020 et décembre 2021 s’est tenu, pendant 105 jours à Coblence en Allemagne, le procès d’Anwar Raslan, haut colonel du renseignement d’Assad. Le 13 janvier 2022 Raslan fut condamné à la perpétuité, dans ce qui a été le premier procès au monde à traiter des crimes contre l’humanité du régime syrien. Ce régime est toujours au pouvoir, bien qu’il ait pris la vie de centaines de milliers de victimes civils, en a fait disparaitre des dizaines de milliers d’autres et déplacé plus de 12 millions de syriens. Au cours de ce procès le Centre européen pour les droits constitutionnels et les droits de l’homme (ECCHR), ainsi que trois autres avocats, ont soutenu 14 plaignants et plus de 80 autres témoins ont déposé, dont de nombreux rescapés de torture. Le Centre syrien pour les médias et la liberté d’expression (SCM) et des membres de la société civile ont également joué un rôle essentiel. Il fallait rassembler les preuves, identifier les auteurs des crimes et monter des dossiers tout en collaborant avec l’accusation. Lien Le « procès Al-Khatib », du nom de la prison où travaillait Raslan, est également unique dans son genre, pour avoir fait usage de la compétence universelle, en place depuis 2002 en Allemagne, qui permet à un État de poursuivre en justice des auteurs de crimes indépendamment de là où ils ont été commis. Wolfgang Kaleck, avocat spécialisé sur les droits de l’homme et fondateur du ECCHR (et qui fut aussi un des avocats d’Edward Snowden)…

Lire la suite

1 … 3 4 5 6 7 … 16
Go to Top