"Je n'ai pas vécu la liberté, mais je l'ai écrite sur les murs" (la révolution syrienne)

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Theodore Abitbol

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Tout commence – retour sur la manifestation du 19 janvier

in Mémoires Vives by

Un pote qui a monté sa boîte me dit que quatre de ses développeurs sont en grève, qu’il a jamais vu ça. Mon père qui a la soixantaine bien tapée va travailler tous les jours où il le peut, quand les effets de son traitement ne sont pas trop incapacitants. Il dit que c’est une question d’annuités, et qu’il faut bien s’occuper de ce qui reste de l’hôpital public. Mais il dit aussi que là, vraiment, les gens en ont marre. Paris est recouvert de stickers “retraite à soixante ans” et de gens fatigués avec les poings serrés. Sur les plateaux pullulent des richards qui veulent nous convaincre que c’est nous, les parasites. Les milliards des milliardaires défilent dans des comparaisons absurdes, puisqu’il suffirait de leur prendre 1 ou 2 % pour “être à l’équilibre”. Alors qu’il faudrait bien sûr tout leur prendre et leur laisser le SMIC. On le passerait à 2000 balles de toute façon, ils ne pourraient pas se plaindre. J’espère que demain, quand ça va commencer, on va voir les camarades du SO et ceux du bloc, les profs et les chômeurs, les aides-soignantes, les raffineurs, les chauffeurs de bus, de métro et de train, les employés de bureau, tout le monde en fait. Tout le monde. Et demain, il y avait effectivement tout le monde à République. CFDT, CFTC, UNSA, SUD, CGT, CNT, l’autre CNT, et j’en passe, tout le monde était là. Tout le monde, et les autres. Pendant dix minutes une camarade a…

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Un 23 décembre

in Chroniques de la violence brune by

Un camarade a envoyé sur le groupe qu’il allait au rassemblement de soutien à 18h, rue du faubourg Saint Denis. Ça a motivé deux trois personnes, donc on a décidé de s’y retrouver à la tombée de la nuit. Le boulevard Sébastopol était bloqué par des cars de police, de nouveaux cars grisés à la carrosserie flambant neuve, parce que joyeux noël, n’est-ce pas. La rue elle-même était encadrée par des rangées de mecs en armure, qui avait d’ailleurs sortie le lance-grenade à répétition. Au cas où, n’est-ce pas. Pour une fois les bars étaient tous fermés, ainsi que les kebabs et les pizzerias. Une foule encore plus dense que d’habitude et des éclats de verre par terre ; sur les téléphones les vidéos de l’après-midi, où la police avait gazé, chargé et matraqué. “C’est parce que Darmanin s’est fait sifflé” commente un gars, et on rigole. Les gars qui étaient là ne rigolaient pas par contre, et j’ai pas vu la police reculer aussi vite depuis les Gilets Jaunes. Faut croire qu’un Kurde en vaut deux. “Mais pourquoi y’a pas de musique ? Les gens vont bouger après ?” demande quelqu’un qui visiblement s’est perdu. “C’est une veillée de soutien pour les trois personnes assassinées, donc non y’aura pas de musique. Et après on va nulle part.” “Y’a beaucoup d’étrangers quand même.” “C’est parce que les trois victimes étaient kurdes.” “Et vous êtes des étrangers, vous ?” Des regards s’échangent avant de lui répondre. Y’a vraiment des gens chelous…

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la grève du 18

in Instants by
cortège de Sud Rail à la manifestation du 18 octobre 2022

Place d’Italie il y a un stand de hotdog et de brochettes, et ça sent la viande grillées et la terre mouillée. Le cortège s’engouffre entre les travaux de l’avenue, s’agglutine devant l’étal de Libertalia puis continue, emporté au début par son propre élan. Un syndicaliste harangue la foule derrière une camionnette. Il parle de la CGT raffinerie, et de comment les syndicats demandent +10% sur les salaires. “10%, ça fait 320 millions d’euros. Cette année, Total a versé 10 milliards de dividendes. Alors on a pris la calculette, et c’est assez simple. On demande 3,2% de cette somme. C’est même pas révolutionnaire, c’est pas le Grand Soir. C’est le minimum.” Les gens applaudissent et gueulent, car comment ne pas applaudir et gueuler. On zigzag entre les voitures et la chaussée à nue, entre les barrières et les banderoles. Le mots d’ordre est clair : on veut de la thune. Les camarades se pointent du doigt les pancartes plus drôles et un petit vieux commente, les yeux rieurs : “La seule chose que les bourgeois auront pas volé, c’est la révolution” L’avenue s’élargit et plus bas résonnent des tambours, ou peut-être une sono. Le brouillard s’épaissit à mesure qu’on avance, accompagnant une camionnette de Sud Rail. On en distingue à peine le ballon, noyé dans les cris et les feux de Bengale. Leur cortège chante les classiques de manif’ à plein poumon, repris par la foule autour. Une camarade reconnaît quelques lycéens de chez elle et les salue. Ils lui…

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Nos droits

in Traces by

Crédit Photo: Yanis Mhamdi (@yanmdi) Il a fait beau cette année, un premier mai comme on en rêve. On a marché tranquillement au son de la batucada pendant qu’au loin sur le boulevard fusaient les lacrymogènes. Les camarades étaient aux aguets, rapport à l’attaque de l’année dernière – un paquet d’autonomes avaient fondu sur le SO à la fin de la manif’, et il y avait eu pas mal de de blessés. Alors on a gardé l’oeil ouvert, même si certains toto venaient nous saluer de bonne foi. Nombreux chez nous ceux qui viennent du bloc ; et puis dans les luttes ça finit toujours par se connaître. On a vu passer un couple de bouffons avec une pancarte contre l’OTAN en Ukraine et un ancien mec important à gauche viré pour antisémitisme mais pourtant toujours là, pas si discrètement. On pouvait pas briser la ligne alors on a rongé notre frein. Des camarades devant se sont retrouvés coincés avec le bloc, persuadés qu’il y avait un camion CGT devant. Je crois aussi que l’un des copains aiment l’odeur du feu et du spectacle. En passant devant un Naturalia dévasté ils ont rigolé devant l’inscription « Supermarché bio coopératif » au marqueur noir sur le mur – et hésité à se servir, soyons francs. Puis ils ont eu un peu peur pendant une bousculade – cinquante corps plaqués contre un mur, à en couper le souffle. Baladés entre des lacrymos, des explosions de grenades, des charges sorties de nulle part,…

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Ni de droite, ni d’extrême-droite

in Chroniques de la violence brune by

Après l’échec du barrage de la gauche au premier tour de la présidentielle, nous avons été nombreux à appeler à faire barrage à nouveau – contre Marine Le Pen, évidemment. Un certain nombre d’électeurs de gauche ont refusé un tel barrage, lui préférant l’abstention ou, pour une partie d’entre eux, un vote pour Marine Le Pen. Le clivage entre ces deux pôles tient à une double méprise. D’une part, un électorat abstentionniste qui n’a pas réellement pris la mesure de la violence du programme du Rassemblement National, dont chacune des mesures annonce un déferlement de violence de classe, de race et de genre. D’autre part, une part de l’électorat qui appelle au vote pour Macron sans avoir réellement pris la mesure de la violence du quinquennat qui vient de s’écouler. Il existe bien évidemment des défenseurs du barrage qui savent pour qui ils vont voter, tout comme il existe des abstentionnistes qui savent ce qu’est le RN. On peut y ajouter des rouges-bruns, des confus, des fascistes purs et durs votant Le Pen ou des libéraux convaincus du bien-fondé des politiques de Macron. Il existe néanmoins une certaine catégorie d’électeurs se revendiquant de gauche qui fait une mine outrée ou agacée lorsque quelqu’un a le culot de comparer Macron à Marine Le Pen, et de scander “ni-ni” durant une occupation ou une manifestation. Une catégorie d’électeurs qui ne comprend donc sincèrement pas le refus du vote barrage au second tour, estimant qu’il ne s’agit au mieux  que d’un caprice d’enfant gâté.…

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Cinquièmes colonnes

in Chroniques de la violence brune by

Comment les musulmans et les juifs détruisent la France, et comment la bourgeoisie d’affaire nous en préserve C’était la saga de l’été 2020, passée relativement inaperçue à cause du COVID. Une excellente enquête de Mediapart revenait, un an plus tard, sur le déroulé de l’affaire. Tout commence par un signalement dans les rues de Créteil, vendredi 24 juillet 2020. Un plombier repère un véhicule suspect dans lequel deux hommes en noir, gantés, attendent on ne sait quoi dans ce quartier pavillonnaire tranquille. Craignant un attentat, il prévient la police, qui dépêche rapidement un véhicule sur place. La plaque d’immatriculation de la Clio, grossièrement recouverte de ruban adhésif, semble aux policiers un motif plus que suffisant pour procéder à un contrôle. Dans les poches des deux hommes aucun papier d’identité mais des couteaux à cran d’arrêt siglés « armée française ». Sur le tableau de bord, un tracker GPS ; et dans la boîte à gant, un pistolet semi-automatique Browning. Le parquet décide rapidement que l’affaire mérite une attention toute spéciale, et les enquêteurs de la brigade criminelle retirent les suspects des mains de la police judicaire du Val-de-Marne à laquelle ils ont été d’abord confiés. Dans la nuit du 24 au 25, l’un des deux hommes commence à parler. C’est le début de ce que la police a nommé l’affaire « Légendes » en référence à la série d’espionnage mettant en scène des agents de la DGSE. Depuis, 15 personnes ont été mises en examen pour, entre autres choses, «…

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La fange et le droit

in Antisémitisme/Chroniques de la violence brune by

Le 15 septembre après-midi se tenait devant la 17e chambre du Tribunal de Paris, l’audience civile qui devait juger de la demande de Pierre Serne de faire retirer 6 articles injurieux, homophobes et antisémites, publiés sur le site d’ultra-droite Riposte Laïque entre le 3 et le 11 mai 2021. Théodore Abitbol a pu y observer l’avocat de la fachosphère (et de la Manif Pour Tous, de Génération Identitaire ou de certains Gilets Jaunes), F. Pichon, ancien responsable du tristement célèbre GUD. « Remettez votre masque, s’il vous plait ». La juge dit ça à l’avocat de la défense (Riposte Laïque) au bout de trois minutes, sur un ton neutre. Il frotte ses semelles au sol tout en parlant, comme s’essuyant sur un paillasson. Son masque redescend rapidement au-dessous du nez. Ça gesticule un peu, ça s’embrouille et bafouille. On aimerait presque le croire lorsqu’il prétend n’avoir pas eu le temps de se préparer : « Vous comprenez, l’adresse de mon client n’était pas la bonne… Ce n’est pas un artifice destiné à échapper à la justice… Et il ne s’agit bien sûr pas d’une perversion non plus de la part de la partie adverse, bien sûr, mais plutôt d’un manque de moyen, car à soixante euros l’acte d’huissier, je comprends, n’est-ce pas… » Mensonge balayé aussitôt par la partie demanderesse (l’avocate de Pierre Serne) puisque les diligences de l’huissier ont permis de vérifier le nom sur la sonnette et d’obtenir le témoignage de sa gardienne. Et comme le rappelle l’avocate, l’adresse notée sur la…

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Jussieu, Wuhan

in Mémoires Vives/pandémie by

1 – L’épidémie 7 mars – I’m from Plague Town. Et il ajoute devant ma tête dubitative, avec un sourire en coin, un sourire peut-être un peu triste : – Wuhan. Avec son épais accent américain et sa voix grave, Albert lâche ça comme ça, pour rire. Chinois de la haute, qui vit expatrié à Tokyo, il m’accueille pour la nuit. A ce stade on n’était pas encore trop inquiet. Je visite le Japon pour deux semaines, c’est encore le début de l’épidémie. Dans la rue, tout le monde a un masque, mais c’est tout. A mon retour en France, aucun contrôle à l’aéroport Charles de Gaulle. Au boulot lundi, mon CPE me dit de passer le voir. – T’as eu du bol, on a failli te renvoyer chez toi ! Mais bon, le rectorat dit que le Japon, ça passe encore, pour l’instant. C’est dommage, si tu étais passé par Singapour, t’aurais eu quatorze jours de confinement ! Pas de bol, très clairement. Je surjoue une quinte de toux grasse. Entre deux cafés, l’intendante me dit que sur les trois flacons de gel hydroalcoolique qu’elle a déposé la veille en salle des profs, déjà deux ont disparus. Ambiance. Au moins les élèves se marrent quand je fais semblant de leur tousser dessus. Quand ça me prend pour de vrai, je m’éclipse aux toilettes.   – Oui enfin je sais pas, il y a un cas en Guyane et personne n’en parle. Franchement avec tout ce qui passe, on nous…

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