"Je n'ai pas vécu la liberté, mais je l'ai écrite sur les murs" (la révolution syrienne)

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Instants - page 2

Universalité, équité, justice : le sens des mots

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L’une des caractéristiques du pouvoir actuel est d’utiliser à tout propos les mots du libéralisme politique pour en travestir le sens, tout en détruisant les fondements de la démocratie libérale, notamment les droits civils, pour réprimer toute contestation de sa politique économique néolibérale. Nous reproduisons ici, avec son autorisation, le texte d’Alain Policar, initialement paru le 25 décembre dans Libération, texte qui remet à sa juste place le concept d’universalité qu’osent utiliser les imposteurs du macronisme. On parlera désormais, pour évoquer l’usage des mots par l’actuel pouvoir, de la «langue de la macronie». Langue dévoyée qui mobilise de grands principes pour en détourner le sens. L’universalité est ainsi confondue avec l’uniformité. Il faudrait, au nom de la justice sociale, appliquer un système unique, dit universel, à des situations diverses. L’idée sous-jacente est d’imposer, par l’usage d’un terme consensuel, la conviction de la nécessité de la réforme : ce qui est universel serait nécessaire. Nommer les choses (en l’espèce, mal nommer), c’est performativement chercher à imposer une réalité. De quelle nécessité est-il ici question ? Celle de la compétitivité de l’économie française en contexte néolibéral. Dans cette perspective, il faut en finir avec l’Etat-providence et, pour y parvenir, intervenir massivement : ne plus se contenter de laisser faire mais dessiner un autre avenir dans lequel, comme l’écrit suggestivement Barbara Stiegler sur AOC, la retraite serait devenue un archaïsme, et où l’objectif serait de travailler jusqu’à la mort. Or, alors que l’on nous vante la valeur de l’égalité, on refuse de considérer…

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Grandir en milieu conspirationniste: un témoignage

in Chroniques de la violence brune/Instants by &

Le texte que nous proposons ci-dessous à la lecture est une traduction par nos soins de l’article « Mental instability, a lack of access to psychological healthcare, alien abduction theory and the cultish personalities who exploit it all » paru le 5 juillet 2016 sur la plateforme de blogging medium.com L’auteur de l’article, Aiden Robert Jönsson, est le fils d’une femme complotiste – adepte en particulier des théories d’enlèvements par des extra-terrestres et de complots gouvernementaux – qui s’est suicidée. Aiden Robert Jönsson explore l’hypothèse qu’une des sources de l’adhésion aux théories du complot peut se situer dans des pathologies mentales génératrices de grande souffrance psychique – paranoïa, voix et hallucinations, sentiment d’alien-ation. Le contexte états-unien spécifique combine une absence quasi-totale de prise en charge des soins médicaux et en particulier mentaux et la diffusion d’émissions de radio qui se font chambre d’écho des récits paranoïaques de personnes en détresse. Si en France, le contexte parait un peu différent, la prise en charge de la santé mentale reste désastreuse et des émissions de radio comme Ici et maintenant, bien que plus confidentielle que les émissions états-uniennes évoquées dans l’article, leur est pourtant comparable. Bref, rien n’interdit d’élaborer des parallèles entre ce récit à la première personne et certaines tentations complotistes en France comme ailleurs. Ce texte, empathique, offre un angle, un regard, encore peu explorés, sur ce qui peut amener à adhérer à des thèses complotistes et fascisantes. Nous avons tenté de contacter l’auteur, sans succès, et avons donc pris…

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LE PEN DEMISSION. PARTOUT.

in Instants/Prises de positions by

Ces dernières semaines, l’extrême-droite et les fascistes ont eu une divine surprise : partout des forces politiques se sont proposées d’elles-mêmes pour être la marionnette des ventriloques bruns. Au mois de novembre, Emmanuel Macron avait fait preuve d’imagination prémonitoire en décidant, dans le cadre d’une itinérance mémorielle, de rendre hommage au Maréchal Pétain. Le premier personnage de l’Etat, en cédant à la poussée culturelle fasciste avait tracé un chemin. Il l’a suivi, notamment ces derniers jours par une  déclaration  terrible sur un Gilet Jaune emprisonné, qu’il a désigné comme « Gitan » et de ce fait, censé parler d’une certaine manière. Celui qui incarne la République où tous les hommes sont censés naître libres et égaux en droits, a énoncé comme une évidente banalité la division en races, ou en communautés essentialisées : les Gitans parlent comme ceci, les Juifs autrement, sans doute et les Arabes et les homosexuels et qui encore ? La question ne se pose pas seulement au plus haut sommet de l’Etat : ces dernières semaines, elle a été amenée de manière très concrète dans un mouvement censé justement s’opposer à la vision du monde et à la politique du Président. Le mouvement des Gilets Jaunes recouvre certes des réalités complexes, des souffrances, des revendications qui pourraient -parfois- se recouper avec celles des mouvements sociaux qui ont eu lieu depuis quelques années : contre la casse du Code du Travail, contre la politique d’immigration raciste qui prévaut depuis longtemps. Mais la complexité du réel n’est pas…

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De la fierté et de l’humiliation

in Féminisme/Instants by

Depuis plusieurs jours, plusieurs semaines, je tournais autour d’un point sur lequel je ne parvenais pas à mettre le doigt. C’est au cours d’une conversation entourée de mes camarades, que j’ai trouvé le lien. Une de mes amies prononça au milieu de nos débats, le mot fierté. ….

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La haine des médias et des minorités, impasse des obsessions contemporaines

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L’actualité semble ressasser en boucle un même récit: En France, au Brésil, aux Etats-Unis, tous les faits marquants de ces dernières semaines semblent épouser des méandres semblables. Car il s’agit bien d’un climat politique désormais transnational, mariné d’obsessions qui ont envahi le débat public depuis l’entrée dans les années 2000. Parmi ces obsessions, qui sont le fruit de discours politiques construits, la haine des médias et celle des minorités sont sans doute celles qui structurent le plus la parole politique et citoyenne.

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Une autre histoire

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Aujourd’hui, je commençais à 10h45. Un collège de Bruxelles. Cours de français. C’est l’heure de l’atelier d’expression. Les adolescent.e.s ont entre 14 et 16 ans. Ils sont une vingtaine, toutes et tous sont racisé.e.s, la plupart vivent des situation de grande précarité à la maison. L’un est élevé seul par une maman mourante. Il s’occupe de ses cadets. Ils vivent de colis alimentaires… Mais c’est une autre histoire. L’autre est placée dans un internat. Son frère est mort en Syrie pour un mauvais jihad. Parfois, elle fugue. Quand elle avait 12 ans, j’ai vu une pilule du lendemain dans son sac. Elle est sous l’emprise d’une bande de gars qui abusent d’elle dans des hôtels… Mais c’est une autre histoire.

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Bruxelles catastrophique

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Soucieux de ne pas rester au chômage et motivé par l’idée de rendre service à la société grâce à mon expérience en matière d’immigration et d’interculturel, l’adresse préférée des personnes comme moi est le Guide Social. Début septembre, je repère enfin le boulot qui me correspond. Et, réciproquement, je sais que là, on a besoin de moi ! Il s’agit de l’organisme qui encadre et accompagne le processus d’intégration des personnes ayant leur statut de réfugié. Ma super-candidature a été retenue et je réussis l’examen écrit ! A ce stade, comme il était annoncé que la maîtrise de l’arabe du Moyen Orient était l’atout majeur pour l’accès à ce job, tout me porte à oser dire Hallelujah : j’aurais un chouette travail dans lequel je pourrais mobiliser mon package aussi théorique que pratique. D’ailleurs, j’ai bien mis en lumière dans ma lettre de motivation, outre mon expérience professionnelle dans le secteur, que je suis belgo-syrien avec la vocation d’être un passeur de culture. Ma famille belge et mes amis relisent ma lettre et me soutiennent avec conviction. Ma mère à Damas a fait des prières. Allez, je suis prêt pour l’entretien. La directrice est accompagnée de deux assistantes: la RH et la directrice de l’opérateur des cours de français pour étrangers à Molenbeek. Nos tables sont trop distantes. Je reçois trois sourires qui sonnent faux. Ce n’est que le calme précédant… le choc.

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Déclics et des gens

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Première conversation. Un militant, salarié d’un établissement du secteur public où ça bouge quand même un peu, explique que s’il devait reprendre le boulot à plein temps, il rentrerait très vite dans la gueule de tout le monde, à commencer par ses collègues parce qu’il n’en peut plus des gens résignés et par les encadrants, le premier qui vient lui dire quoi que ce soit, il va être bien reçu. Deuxième conversation. Une militante explique que dans un magasin où elle va régulièrement et où sa sœur est employée, elle a récemment discuté avec un salarié, qui lui dit être chef de rayon, gérer l’approvisionnement, les autres salariés du rayon et précise, sachant l’engagement syndical de son interlocutrice, qu’il est contre les syndicats dans le magasin. Malgré cette sortie provocatrice, la conversation se poursuit sur les conditions de travail de l’une et l’autre. Le chef de rayon en vient à donner son salaire : 1500€. La militante syndicale lui dit alors gagner bien plus, sans « responsabilités » d’encadrant, simplement en remplissant des chariots, parce qu’elle est dans un secteur où il y a (encore) une bonne convention collective. Quelques jours plus tard, la sœur de la militante syndicale lui dit que le chef de tel rayon voudrait lui parler, sur des questions de salaire, sur la future mise en place du CSE…   Les exemples viennent du milieu syndical, mais les deux démarches pourraient se retrouver dans d’autres cadres militants. Ce n’est pas une question d’étiquette, les deux militants sont du même…

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J’aime pas les manifs. Enfin, si, mais ça dépend

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Ma première manif, c’était un 1er mai, dans une ville de province, de taille moyenne, en France, il y a une vingtaine d’années. Je découvrais le militantisme, mais je n’étais dans aucune organisation. J’avais dessiné au marqueur un A cerclé sur mon sac. Le capitalisme, depuis les cours au collège sur le XIXème siècle, c’était clair pour moi que c’était un système à combattre. Mais  le communisme, ça m’évoquait du gris, des gens obligés d’être tous pareils et d’aller à l’usine ou au bureau faire un boulot qu’ils n’aimaient pas forcément. L’anarchisme (où ai-je bien pu tomber sur ce mot, je ne sais plus), pour moi, c’était le collectif sans nier l’individu. Et donc, ce 1er mai-là, c’est la première fois que j’ai expérimenté le nous, ce sentiment d’être avec d’autres, d’être ensemble même si on ne se connaissait pas, de partager un but, une envie de changer les choses. Je ne connaissais aucune chanson révolutionnaire, mais je crois bien que j’ai chanté quand même. Peu de temps après, je me suis retrouvée à Paris. Il y avait le mouvement des sans-papiers, depuis un an ou deux déjà. Je garde le souvenir de manifs joyeuses, parce que c’était dur (à quel point, je ne m’en rendais pas compte encore). Des manifs importantes, avec beaucoup de Français qui manifestaient leur solidarité. C’était la période des luttes des « sans » (je n’aime pas cette qualification, car c’était des mouvements qui avaient beaucoup à dire et à montrer), avec le mouvement des chômeurs de…

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Folklore de la zone mondiale, spectacle, tendresses, grimaces et solidarités

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Comme d’habitude, on fera d’abord la grimace. On n’aime pas les têtes, celles qui prennent toute la place sur l’affiche, parce qu’elles ont la gueule de l’emploi de l’actu du jour. D’accord, on n’aimait pas le “carré de tête”, ses dirigeants compassés, bras dessus, bras dessous, soigneusement sélectionnés et par qui d’abord, pas par ceux qui manifestent derrière, bien plus larges que les seuls syndiqués. Mais que le cortège de tête lui soit passé devant, on n’aime pas non plus. C’est plus facile d’en être, diront-ils sous les cagoules, oui mais qui a décidé que la tête de cortège devait porter cagoule, casser des trucs, et avoir des banderoles spirituelles et décalées ? Même si ça fait tellement rire de voir les obtus de BFM TV les commenter, la question reste, qui a décidé ? C’est toujours la même chose, on voudrait qu’il n’y ait pas de tête. Mais toutes les têtes, celles qui luttent timidement, celles qui sont venues juste pour marcher, c’était le 1er mai, le 1er mai, c’est le jour de tout le monde et donc, oui, du plus petit dénominateur commun, désolés, on est certains à avoir des désirs modestes, certains jours, juste marcher. Et être vus à marcher.

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