"Je n'ai pas vécu la liberté, mais je l'ai écrite sur les murs" (la révolution syrienne)

Déclics et des gens

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Première conversation. Un militant, salarié d’un établissement du secteur public où ça bouge quand même un peu, explique que s’il devait reprendre le boulot à plein temps, il rentrerait très vite dans la gueule de tout le monde, à commencer par ses collègues parce qu’il n’en peut plus des gens résignés et par les encadrants, le premier qui vient lui dire quoi que ce soit, il va être bien reçu.

Deuxième conversation. Une militante explique que dans un magasin où elle va régulièrement et où sa sœur est employée, elle a récemment discuté avec un salarié, qui lui dit être chef de rayon, gérer l’approvisionnement, les autres salariés du rayon et précise, sachant l’engagement syndical de son interlocutrice, qu’il est contre les syndicats dans le magasin. Malgré cette sortie provocatrice, la conversation se poursuit sur les conditions de travail de l’une et l’autre. Le chef de rayon en vient à donner son salaire : 1500€. La militante syndicale lui dit alors gagner bien plus, sans « responsabilités » d’encadrant, simplement en remplissant des chariots, parce qu’elle est dans un secteur où il y a (encore) une bonne convention collective. Quelques jours plus tard, la sœur de la militante syndicale lui dit que le chef de tel rayon voudrait lui parler, sur des questions de salaire, sur la future mise en place du CSE…

 

Les exemples viennent du milieu syndical, mais les deux démarches pourraient se retrouver dans d’autres cadres militants. Ce n’est pas une question d’étiquette, les deux militants sont du même syndicat, peu importe lequel. Mais l’un a décidé que les gens étaient des cons alors que lui sait se défendre (et sans doute qu’il sait aussi quoi revendiquer, ce qui est prioritaire ou pas ; et comment le faire, vu que ça n’a pas changé depuis quelques dizaines d’années). L’autre pense que même avec un encadrant anti-syndicat, il y a ce déclic qui peut se produire, celui qui casse les représentations, celui qui tout d’un coup fait qu’on se dit : «  et si quand même c’était possible ? »  On ne saura pas si le chef de rayon s’est syndiqué ou pas, fera grève ou non un jour. Mais on peut être sûr que ceux-qui-savent-mieux-que-les-autres-qui-de-toute-façon-ne-veulent-pas-bouger plombent les luttes et les possibilités de faire bouger l’ordre des choses.

Un peu partout, il y a quand même des gens qui cherchent à provoquer des déclics, qu’ils se disent militants ou pas… Et même des fois ils réussissent.

Que le sentiment de l'étrangeté nous ouvre à l'égalité, que l'expérience de la solitude, qui est à la fois intime et sociale, nous donne l'envie du collectif

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Une autre histoire

Aujourd’hui, je commençais à 10h45. Un collège de Bruxelles. Cours de français.
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