"Je n'ai pas vécu la liberté, mais je l'ai écrite sur les murs" (la révolution syrienne)

Bourgoin, le True Crime et l’Extrême droite

in Chroniques de la violence brune/Féminisme/Médias etc. by
Guide de lecture pour s’y retrouver:
-les sources seront indiquées en liens cliquables externes numérotés 1 à 31
-pour en savoir plus sur certains sujets des notes complémentaires cliquables classées de A à Z seront à disposition sous forme d’info-bulles, tout au long du texte. Faites apparaître les infobulles en cliquant simplement dessus.
-les élèments concernant Stéphane Bourgoin sont issus d’un travail d’enquête que j’ai détaillé ici: Enquête Bourgoin, mais qui n’est pas nécessaire à la compréhension de cet article

 

Un peu de contexte

Soyons honnêtes, j’ai toujours eu un problème avec Stéphane Bourgoin.
Comme n’importe quelle personne francophone qui s’intéresse aux tueurs en série, j’ai beaucoup croisé les écrits de Bourgoin qui est considéré comme le plus grand spécialiste français sur le sujet. Pourtant, je n’ai jamais aimé le lire tant il me semblait visible que Bourgoin manquait de profondeur dans son approche du sujet, ressassait et simplifiait ce qu’il lisait lui-même ailleurs et surtout laissait une grande place dans ses livres à des descriptions morbides qui me semblaient superflues et voyeuristes.

J’étais également irrité de voir quelqu’un que je percevais (pourtant sans preuves à l’époque) comme un pseudo-spécialiste avoir autant d’audience pour diffuser des idées poussiéreuses et simplistes sur la psychologie humaine. Je m’inquiétais de son influence, et pour cause, Bourgoin a toujours été invité sur les plus grands plateaux télé, dans les plus importants journaux et ses livres (une cinquantaine) sont lus par des millions de lecteurs.
Un autre fait, plus récent et qui alimentait ma méfiance, est que Stéphane Bourgoin a commencé à être édité chez Ring en 2013 (et nommé directeur de deux collections chez eux “Murder Ballads” et “Train de nuit”). Ring est une maison d’édition que l’on pourrait qualifier d’extrême droite (bien qu’elle s’en défende), et pourtant Bourgoin ne semblait pas avoir de problème moral à être édité aux côtés d’auteurs tels qu’Obertone, Marsault, Geoffroy Lejeune, Alexandre Mendel, ou Papacito.

Edit: suite aux révélations sur Bourgoin, Ring s’est empressé de dire à Arrêt Sur Image qu’ils ne travaillaient plus avec Bourgoin depuis “plusieurs années”, pourtant en mars 2018 ils annonçaient leur collaboration avec Bourgoin jusqu’au moins 2019. Même si leur collaboration s’était effectivement arrêtée en 2018 cela ne change rien au texte qui va suivre: les livres de Bourgoin sont toujours chez Ring et il est toujours l’un de leurs auteurs les plus prolifiques.

En outre, lorsque Ring se défendait d’être une maison d’édition d’extrême droite, Stéphane Bourgoin leur servait d’exemple. La stratégie de défense de Ring sur cette question (et de ceux et celles qui les soutiennent) consiste à citer quelques auteurs et autrices publié.e.s chez eux dont les écrits ne sont pas directement politiques ou liés à l’extrême droite. Et Bourgoin revient souvent comme alibi. (par exemple ici Source 1 ou encore ici en fin d’article par David Serra lui-même Source 2). Assange aussi, était censé servir de gage de preuve du pluralisme des auteurs de Ring, mais là encore le choix d’Assange est assez marqué.

En effet, Ring ne publie pas seulement des auteurs d’extrême droite et pas uniquement des oeuvres pamphlétaires qui portent clairement cette idéologie. Ring verse aussi dans le polar, le true crime, les récits d’aventure qui sentent bon la liberté virile et individualiste, le récit de victimes de l’obscurantisme et du terrorisme islamiste, le coaching/self-development version militaire et… le biopic rock. Pourtant, il me semble que cette apparente diversité de publication cache une ligne directrice qui est très cohérente et qui, contrairement à ce que Ring voudrait nous faire croire, n’est pas neutre politiquement.

Cette ligne directrice c’est celle d’une extrême droite identitaire, libertarienne, islamophobe et masculiniste. Oui, bien-sûr, beaucoup d’auteurs et d’autrices publié.e.s chez Ring ne sont pas à proprement parler d’extrême droite mais il y a toujours quelque chose qui les réunit dans l’oeil de ceux qui décident de la ligne éditoriale de Ring.

Par exemple, Ring publie les témoignages de personnes qui ont subi l’obscurantisme ou le terrorisme religieux, mais ces témoignages ne sont choisis que parmi les victimes de l’Islam radical.
Il ne s’agit pas de dire que publier ces récits est forcément le signe d’une maison d’édition d’extrême droite, mais plutôt de dire que ne publier que ceux-là est un choix éditorial qui est politique. Il suffit de compter le nombre de livres publiés chez Ring qui traitent de l’islam radical ou de l’immigration musulmane (un calcul simple permet de voir qu’il s’agit d’environ 10 % de leurs publications) pour comprendre qu’il y a là une obsession qui n’a rien de “neutre”.

Par ailleurs Ring tente de nous faire croire à une diversité de leurs choix de publication en montrant effectivement une multitude d’auteurs. Pourtant si on regarde de plus prêt on remarque que l’énorme majorité (80% !) des auteurs et autrices publié.e.s chez eux n’ont écrit qu’un seul livre publié chez Ring. Ils font partie généralement des auteurs “généralistes” de Ring c’est à dire auteurs de polar et de true crime, ou de livres qui ne sont pas directement des pamphlets d’extrême droite mais en servent tout de même l’idéologie. Par contre une poignée d’auteurs chez Ring ont une disproportion d’oeuvres publiées par rapport à la majorité de leurs auteurs à seulement 1 livre, notamment Marsault ( dont on a déjà bien parlé ) en tête avec 12 ouvrages  et Obertone avec 8. Ils sont les deux seuls auteurs à être autant publiés chez Ring, font partie des best sellers de la maison d’édition.

Difficile d’y voir un choix qui n’est pas politique.

D’autant que si l’on y ajoute Papacito un de leur best-sellers, co-auteur de marsault, lui aussi masculiniste d’extrême droite, à seulement 3 auteurs sur 61 , ils sont si prolifiques que leurs livres représentent 33% des publications de RING. 33% des publications produites par 3 personnes et pas n’importe lesquelles !

Sur les 58 auteurs restants, beaucoup moins prolifiques donc, oui, il y a du polar et du true crime, mais pas seulement, plusieurs autres de leurs auteurs sont également d’extrême droite ou “néoconservateurs” tandis que d’autres encore ne le sont pas forcément mais leurs livres choisis par Ring servent à cette idéologie.

David Serra, lui-même, le fondateur de RING qui se considère comme un “libertarien” et trouve peut-être que cela le place comme bien différent de l’extrême droite, dira pour décrire sa maison d’édition qu’elle consiste à “poser une bombe dans la sale ambiance humaniste.” et que ceux qu’il nomme les “pacifistes” en reprenant Bukowski sont à “pousser vers les falaises” (sont visés par exemple les néo-féministes, les trotskistes, les rappeurs, les rastas, …). (Source : 3)

Malgré ce genre de propos et le type d’auteurs qu’ils publient, Ring se donne des airs de ne pas y toucher. Mais ce n’est pas surprenant. Les dénégations de Ring ressemblent à une stratégie courante à l’extrême droite: justement de ne pas s’en réclamer. On pensera à la com’ de “dédiabolisation” du FN de Marine Le Pen.

Pour revenir sur Bourgoin, il est le seul auteur qui est à la fois parmi les plus prolifiques de Ring (avec 7 ouvrages de lui ou en collaboration) mais qui n’est pas affilié à l’extrême droite.
Or je pense que cela ne relève pas du hasard. Ring sait ce qui plaît à ses lecteurs, et  Bourgoin en fait partie.
C’était toujours resté comme une question en suspens pour moi: qu’est ce qui chez Bourgoin, était susceptible de plaire au lectorat d’extrême droite de Ring et plus largement pourquoi cette ligne éditoriale réunissant écrits d’extrême droite, true crime et polar.

Le culte et la culture de l’épouvante

Un premier lien évident est le fait que le true crime et le polar/thriller font partie d’une catégorie plus large de culture de l’horreur, cultivée par plusieurs milieux culturels tels que gothique et métal.
Je crois que je suis moi-même entré dans la lecture de true crime par mon appartenance à ces sous-cultures. Nous sommes nombreux.ses à nous reconnaître dans ces courants là et à affectionner les films d’horreur et les romans d’épouvante. Outre le plaisir pris par l’adrénaline de l’effroi, il y a une forme de culture de l’horrifique qui est fréquente dans ces mouvements là et il est évident qu’on atteint le paroxysme de l’horreur dans le true crime.

En ce sens c’est ce qui m’apparaît comme une des raisons les plus évidentes pour Ring d’éditer du polar et du true crime : depuis toujours l’extrême droite a flirté avec les milieux gothiques, metal, punk, etc.. (qui pourtant dans l’ensemble semblent pencher plutôt majoritairement à gauche) et a tenté d’y recruter (source 4).
Elle y parvient parfois et nombre de partisans de l’extrême droite gardent des liens avec leurs cultures gothiques, punk ou métal par exemple, et leur intérêt pour les œuvres horrifiques, le polar, et le true crime. En ce sens c’est cohérent  de leur offrir tout cela au même endroit.

D’autant que cela marche dans les deux sens: en attirant un public gothique ou métal, qui serait peut-être peu politisé mais intéressé par les lectures qui font frissonner (thriller et true crime), peut-être déjà perméable à un certain nihilisme et “refus du politiquement correct” (aspects aisément récupérables par l’extrême droite), Ring peut espérer que ces lecteurs et lectrices, en parcourant le reste de leur collection, se découvrent séduit.e.s par leurs publications politiques. Renouant ainsi avec la tradition de recrutement de l’extrême droite dans des milieux culturels tels que goth, punk ou métal. La perméabilité de ces milieux à l’extrême droite et à une fascination pour la violence non interrogée pourrait être le sujet d’un autre article en soit. Note complémentaire A.

Mais je voudrais me concentrer ici sur ce qui, justement dans le true crime publié par Ring et particulièrement chez Bourgoin, est reconnaissable comme le type de true crime que voudra lire quelqu’un qui ne veut pas interroger sa fascination pour la violence.

Comment ce type de true crime peut particulièrement plaire à des personnes dont la fascination pour les tueurs et leur violence s’embarrasse peu d’empathie pour les victimes.

Et enfin comment tout cela est compatible avec un lectorat d’extrême droite, et donc, là encore, un choix cohérent de ligne éditoriale pour Ring.

Bobards sordides et humour de droite

Je n’avais jamais trop eu l’occasion d’approfondir ou de repenser franchement à Bourgoin jusqu’à ce qu’une amie m’envoie une vidéo qui a depuis pas mal tourné et qui accusait Bourgoin d’être une fraude, un pseudo expert mythomane. Cette vidéo et celles qui ont suivies ont été publiées par un collectif qui s’appelle “4ème oeil corporation” (source: 5)
Retrouvant ma vieille irritation contre Bourgoin je me suis plongé avec beaucoup d’intérêt dans ces vidéos et dans l’énorme travail d’enquête de 4ème Oeil Corporation, puis dans une enquête personnelle, consistant à vérifier ce qui était avancé par 4ème Oeil Corp et à faire mes propres découvertes.

Je ne suis pas sûr de trouver un lectorat aussi passionné que moi par le debunkage de Bourgoin alors dans ce texte-ci je ne vais que résumer les découvertes les plus importantes sur Bourgoin. Pour celles et ceux que ça intéresse le compte rendu détaillé de ces découvertes, les preuves et les sources c’est par ici : Enquête Bourgoin.

Stéphane Bourgoin, pour celles et ceux qui ne le connaissent pas est, comme je disais plus haut, considéré comme le spécialiste français des tueurs en série.
Bourgoin a écrit une cinquantaine de livres sur le thème des tueurs en série, du profiling criminel et des faits-divers. Son expertise sur ces sujets est d’autant plus reconnue qu’il dit avoir rencontré 77 tueurs en séries et ce depuis la fin des années 70. Sa spécialité est de réaliser des entretiens avec ces tueurs, entretiens qu’il retranscrit dans ses livres ou dont il se sert pour élaborer sur la psyché humaine, sur ce qui conduit au crime (et au passage nous tartiner avec des descriptions bien gores des crimes ou des fantasmes de ces criminels).

Parfois, au détour d’une interview, on lui demande “mais qu’est ce qui vous fascine autant chez ces tueurs ?”, “n’est ce pas un peu malsain comme centre d’intérêt?”, ce à quoi il répond en racontant son histoire originelle, le drame de sa vie, le viol et le meurtre de sa compagne américaine dans les années 70, par un tueur en série. Traumatisé par ce crime il aurait depuis cherché à se rapprocher autant que possible de ce type de tueur, pour les comprendre et faire son deuil à travers la recherche de sens, d’explications, à ce type de violence extrême.

Pourtant à la lumière de l’enquête de 4e Oeil Corporation et de mes propres découvertes complémentaires, il semblerait que Bourgoin invente beaucoup, tant sur sa soit-disant expertise, sur ces supposés nombreux entretiens avec des tueurs, jusqu’aux histoires les plus graves de sa vie personnelle (comme le meurtre et le viol de sa compagne), en passant par tout un tas d’incohérences qui peuvent sembler anecdotiques mais qui concourent à peindre le portrait d’un homme affabulateur et qui bénéficie d’une réputation (donc d’une carrière) usurpées.

Voici un résumé des points les plus importants qui sont indéniablement remis en questions (les détails et l’argumentation c’est là -> Enquête Bourgoin) :

  • sa formation de profiler au FBI
  • avoir rencontré 77 tueurs en série grâce (au choix) à ses “relations au FBI”, avec Robert Bloch (auteur de polars). En réalité maximum 10 et lors de tournages pour des chaines TV qui lui font confiance en se basant sur ses précédentes déclarations: ces soit-disant rencontres (qui semblent n’avoir jamais eu lieu),
  • il aurait commis beaucoup de plagiat, se serait inspiré des écrits d’autres personnes aussi bien dans ses livres que pour raconter toutes sortes d’anecdotes qui lui seraient arrivées.
  • résolution de crime et assistance dans des enquêtes. Bourgoin se targue d’avoir résolu l’affaire du Dahlia noir et d’avoir aidé la police dans plusieurs enquêtes criminelles.

A cela s’ajoute toutes sortes d’arrangements avec la réalité que je vous laisse lire dans l’enquête elle-même si ça vous intéresse.

Honnêtement, son domaine de pseudo-expertise serait, que sais-je, l’étude des oiseaux insectivores dans le Limousin, je ne me sentirais pas forcément personnellement investi dans l’importance de le debunker.

Mais là il s’agit de quelqu’un qui parle de vies humaines, qui parle de victimes de crimes extrêmement violents, qui diffuse des théories fumeuses sur la psychologie et participe à promouvoir le profiling qui en l’état actuel s’approche plus de la pseudo-science que d’autre chose (j’y reviens plus bas). Et cela me semble grave.

A cela s’ajoute le fait que Bourgoin, très prolixe sur les réseaux sociaux, se permet de faire des blagues sur les victimes et sur les tueurs sans une once de décence.

Légende 2ème image:je commence à ranger les cartons dans ma cave qui contiennent toutes mes ex que j’ai soigneusement archivées

Si il avait lui-même été touché par une tragédie de ce type, franchement j’aurais eu du mal à juger ces blagues de mauvais goût, je n’ai jamais vécu de près ou de loin un crime de ce type et je ne sais pas quelles sont les stratégies psychologiques que les humains développent pour y faire face, pour y survivre. Que cela puisse passer par cet humour morbide soit. Mais si cela vient de la part de quelqu’un qui est allé jusqu’à inventer un pareil crime pour se faire mousser, on touche à un niveau d’indécence qui fait froid dans le dos.

Sur l’Instagram de Bourgoin (cette blague sur Ottis Toole revient souvent chez Bourgoin sous plusieurs variantes, Bourgoin semble obsédé par l’homosexualité de Toole):

 

En ce sens, et pour revenir à mon fil conducteur, Bourgoin est cohérent avec l’humour affectionné chez Ring. On retrouve chez plusieurs de leurs auteurs cet humour caractéristique d’une certaine extrême droite, qui se voit noir et cynique, se croit subversif dans sa violence. Je pense par exemple à Marsault et Papacito (ou à l’Inavouable Histoire de France ) qui sont la division comique de Ring.

Un humour qui sous prétexte de ne pas avoir à rendre de compte moral, sous prétexte de “liberté d’expression” utilise comme ressort comique principal la victimisation des LGBT, des féministes, des noirs, des arabes musulmans et/ou des juifs, en passant par toute personne qui ne rentre pas dans leur idée de la norme (personnes grosses par exemple).

Cet humour se caractérise aussi par une représentation de violences extrêmes, censée amplifier l’effet comique,
On est parfaitement dans le ton que Bourgoin affectionne sur les Réseaux Sociaux avec ses blagues sur le viol et le meurtre, sur les violeurs et les meurtrier, sur l’homosexualité de tel tueur, etc.. Bourgoin, fan inconditionnel de l’humour Charlie Hebdo, pratique un humour de droite, paresseux et redondant, amoral par bêtise et parce que sinon ‘“on peut plus rien dire”.

Ces “blagues”, alors qu’il fait son commerce sur les crimes qu’il “étudie” me semblent particulièrement insultantes pour les victimes et leurs proches, et je me demande si d’une certaine manière cela illustre l’angle spécifique de Bourgoin dans son approche du true crime. J’ai toujours eu l’impression que Bourgoin faisait partie de ce type de “fan” de true crime, que l’on rencontre lorsqu’on s’intéresse à ce sujet, qui sont plus intéressé.e.s par les tueurs que par les conséquences de leurs actes et par leurs victimes elles-même.

Comme je le disais plus haut les livres de Bourgoin me tombaient des mains tant l’intérêt manifeste de l’auteur pour les détails gores me mettait mal à l’aise. Cette sensation de malaise se confirme lorsque l’on découvre l’étendue de ses affabulations.
Que ce soit lorsqu’il décrit le supposé meurtre de sa compagne que lorsqu’il invente des confidences que des tueurs lui auraient fait.
Un exemple parmi d’autres mais qui m’a beaucoup marqué: dans plusieurs interview Bourgoin décrit “l’astuce” que lui aurait partagé un tueur pour avoir des rapports sexuels avec des corps humains en décomposition. Comme souligné par 4e Oeil Corporation, puisque cette confidence n’a jamais eu lieu, on peut se demander quel plaisir Bourgoin prend à raconter quelque chose d’aussi gore.
Est-ce que c’est dans un seul intérêt mercantile ? Est ce que c’est parce que c’est ce genre de détails que cherchent son lectorat ? Et/ou est ce qu’il y a un plaisir personnel pris à décrire quelque chose comme ça ?

Je penche pour un mélange de toutes ces raisons.

J’ai eu un échange de mail avec une personne qui souhaite garder son anonymat mais qui a connu Bourgoin jeune. Plusieurs choses éclairantes sont sorties de cette échange, comme par exemple des confirmations concernant les doutes sur meurtre de sa compagne, ses relations au FBI, ou le nombre d’entretiens réalisés avec des tueurs en série. Cette personne, qui a travaillé avec Bourgoin et qui a été témoin de plusieurs de ses rencontres avec les tueurs, m’a également parlé de son malaise face au plaisir manifeste qu’il prenait à rencontrer des tueurs en série (pour la première fois en 91, tandis que Bourgoin dit “depuis 1978/79”).

Selon nombreux témoignages et preuves (voir Enquête Bourgoin) Stéphane Bourgoin, n’avait pas encore rencontré de tueurs en série avant 91 mais entretenait une correspondance avec certains d’entre eux (en tout cas c’est ce qu’il disait à certains de ses proches à l’époque).
D’apres ma source, qui m’a également permis de recouper et confirmer de nombreux points de l’enquête de 4eme Oeil Corporation, Bourgoin était fasciné par ces tueurs et avait l’approche d’un fan et non d’une victime collatérale de l’un d’entre eux via le soi-disant meurtre de sa compagne.

Ma source me dit avoir eu l’impression que les tueurs “le faisaient bander” et qu’il rencontrait ses idoles. Cela n’est qu’un simple avis et n’a pas valeur de “preuve”. Cependant je crois qu’entre cette personne, moi-même et d’autres encore qui ont croisé la route de Bourgoin, le fait que nous ayons été nombreux.ses à ressentir cette même sensation, ce même malaise, n’est pas anodin.

Je crois que Bourgoin fait partie de ceux dont l’intérêt pour le true crime et les tueurs en série est composé principalement de voyeurisme, d’excitation morbide et de fascination pour les tueurs, plus que d’empathie pour les victimes, ou en tout cas que cela passe au second plan face aux “personnages extraordinaires” que sont les tueurs en série à ses yeux.

Victime et/ou tueur, quelles identifications ?

Je n’ai pas la prétention d’être capable d’expliquer la fascination pour le true crime de manière générale. Y trouver une ou deux explications uniques et qui s’appliqueraient à chacun.e d’entre nous. Je pense que je ne peux parler que de ce que je perçois en moi et dans les récits des personnes autour de moi qui partagent le même intérêt et qui le partagent de la même manière que moi, c’est à dire avec une forte identification aux victimes plutôt qu’aux tueurs.
Je ne nie pas qu’il y a là aussi du voyeurisme et toutes sortes de choses questionnables dans cet intérêt, mais cela ne va pas jusqu’à la fascination envers le tueur au point de l’ériger en monstre sacré.

Je remarque non seulement que je m’identifie fortement aux victimes, mais même que ce type de violence me terrifie, que j’ai l’impression que je pourrais potentiellement en être victime, dans un monde où les victimes de ce type de tueurs sont majoritairement des femmes, des personnes LGBT et des enfants.
Il me semble que ma propre histoire avec les violences sexuelles et les violences patriarcales me pousse à chercher dans ces récits une tentative de comprendre les fonctionnement de la violence comme si cela me donnait un contrôle sur les choses. Je remarque aussi que jouer avec la terreur, que me provoque la lecture de true crime, me soigne paradoxalement et m’aide à surmonter certains traumas et certaines peurs comme une sorte d’étrange
coping mechanism”.
 Je lis cette littérature parce que j’essaye de comprendre ce qui produit la violence chez les individus, peut-être dans une tentative plus large de me rassurer dans un monde qui semble extrêmement violent et dangereux pour les femmes, les LGBT et et les enfants, en ayant l’impression (superficielle) d’y mettre du sens, des explications.
Je lis aussi les récits de celles et ceux qui y survivent, qui parviennent à reprendre le dessus, le contrôle sur ces agresseurs, et cela me rassure.

Enfin je lis aussi du true crime parce que je suis passionné par les réflexions autour des origines et des conséquences de la violence et donc aux moyens que nos sociétés pourraient mettre en place pour éviter que ce type de crimes ne se reproduise, réfléchir à comment protéger les individus sans pour autant tomber dans l’écueil carcéral actuel (ou la peine de mort !), plus producteur de violence, de récidive et de torture sur les individus qui y sont enfermés que de protection pour la communauté. C’est d’ailleurs pour ça que je ne lis ni Bourgoin, ni Douglas, ni Depue, etc… mais d’autres auteurs et autrices de true crime (ou qui s’en rapprochent) mais qui ne sont ni réac, ni complaisant.e.s avec le gore, etc.. Quelques exemples: Note complémentaire B

Je vous parle ici de moi, mais je crois que cet angle d’intérêt pour le true crime semble grandement partagé.

Par exemple plusieurs études s’interrogent sur pourquoi tant de lecteurs de true crime sont des lectrices, et leurs résultats décrivent des motivations similaires à ce que je décris plus haut, notamment chez les personnes qui ont vécu des violences sexuelles.(Source 6)

Dans l’excellent “I confess that I covet your skull”(source 7)
O. Sage dit: (traduction)
While I’ve always enjoyed crime fiction and true crime television, my interest turned into obsession after being victim to a sexual assault that, for a number of reasons, I knew would never be ‘brought to justice.’ The three months following were mostly spent in bed, with an endless stream of Forensic Files episodes on autoplay. As gruesome and disturbing as the accounts of rape and murder were, there was something in the seeming undeniability of the forensic evidence-based conclusion (and eventual conviction) in each episode that soothed the wounded part of me that so desired not only punishment, but narrative completion.
I knew then, as I do now, how suspect that desire was, and how impossible to realize.

Je pense cependant qu’il est important de garder de la nuance en essayant d’expliquer cet attrait et de ne pas considérer par exemple les femmes (une part importante des personnes qui lisent du true crime) ou de manière plus large les personnes qui lisent du true crime et qui ont vécu des violences sexuelles, comme des groupes monolithiques, ou incapables eux-même de désir de violence, ou d’attrait morbide pour la violence.

Dans Savage Appetites: Four True Stories of Women, Crime, and Obsession, (Source 8) Rachel Monroe écrit:
(traduction)
“Most of the explanations I read for why women are drawn to true crime ended up feeling reductive and unsatisfying. (…) By presuming that women’s dark thoughts were merely pragmatic, those thoughts were drained of their menace. (…) A different, more alarming hypothesis was the one I tended to prefer: perhaps we liked creepy stories because something creepy was in us.”

Je suis d’accord avec cette complexification et j’ajouterais que dans mon cas et celui de beaucoup de personnes qui lisent du true crime, je pense qu’il y a aussi évidemment une forme de voyeurisme et d’addiction à l’adrénaline, au thrill que la peur provoque en nous.
Cependant, malgré la complexité des motivations intérieures qui nous poussent à lire du true crime je crois que l’on peut quand même faire une distinction entre un intérêt qui gardera une empathie et une capacité d’identification aux victimes et à leurs proches, et un intérêt qui prendra surtout la forme d’une fascination centrée sur le tueur, proche de l’idolâtrie, un plaisir à la lecture des actes et de ses fantasmes, fascination et plaisir qui prendraient le pas sur le reste.

Je pense que la frontière entre ces différentes manières de s’intéresser au true crime et aux tueurs en série est parfois floue, qu’elle n’est souvent pas aussi tranchée que telle que je la décris ici, et l’objectif n’est pas de s’interdire de lire certaines choses mais peut-être plutôt de s’interroger sur notre démarche, notre intérêt, les sources de notre fascination. De “checker notre creep intérieur”, d’essayer de garder un angle d’approche qui soit respectueux pour les victimes et qui ne se perde pas en idolâtrie des tueurs.

Bourgoin, comme beaucoup, ne semble pas s’embarrasser de ce genre de questionnements, ou si c’est le cas il ne l’aborde jamais ni dans ses livres ni dans ses interviews. Au contraire il semble parfois lui-même jouir des détails gore qu’il donne (link).
Sa littérature est simpliste sur ce point et ne cherche pas à interroger ou justifier l’étalage des détails les plus scabreux et choquants sans considération pour les victimes ou leurs proches.
Il est possible d’imaginer que des lecteurs qui s’intéressent peu aux victimes mais sont fascinés par les tueurs au point de les idéaliser chercheront plutôt ce type de lectures plutôt que celles dans le genre de ce que je conseillais plus haut: Note complémentaire B

Or il existe un réel intérêt pour le true crime et une fascination pour les tueurs en série justement chez certains lecteurs d’extrême droite. Que ce soit chez ces jeunes hommes qui sont de ceux qu’on appelle (et s’appellent eux – même) les incels, ou encore chez celles et ceux qui cultivent un intérêt pour le morbide et les manifestations de la violence. Qui se réclament d’une sorte de nihilisme, qui peuvent par exemple être fascinés par le 3eme reich et en collectionner les artefacts, collectionner de la murderabilia et se rêver en Joker, ou en droogies d’Orange Mécanique, défiant les lois de la morale, d’une manière qu’ils imaginent subversive. Pour se venger en fantasmes des affronts que leur a fait la société à cause, au choix, des bien pensants, du lobby gay, des féministes, du grand remplacement, des islamogauchistes, des juifs, etc.. Malheureusement quelques uns passent à l’acte et plusieurs meurtres et attentats ont été commis par des types qui cumulaient des positions d’extrême droite et une fascination pour un ou des tueurs en série ou de masse .

Chez les Incel, ces communautés masculinistes dont les liens avec les idéologies d’extrême droite ne sont plus à prouver (Source 9, Source 10 et Source 11) il existe un intérêt certain pour le true crime et notamment l’idéalisation de certains tueurs en série (quand il ne s’agit pas de porter en héros différents meurtriers masculinistes se revendiquant d’être des incels, et qui sont passés au crime dans la réalité (par ex: Elliot Rodger qui a tué 6 personnes et en a blessé 14 en 2014, Chris Harper-Mercer, qui tué 9 personnes et en a blessé 8 en 2015, Alek Minassian qui a tué 10 personnes et en a blessé 14 en 2018, Scott Paul Beierle qui a tué 2 personnes et en a blessé 4 en 2018, Tobias Rathjen qui a tué 10 personnes et en a blessé en 6 en 2020…).

Par exemple on peut lire dans le travail de recherche “Masculinity, ambiguity and hate-speech: Mapping incel subculture on Reddit” (Source 12) la récurrence dans les forums incels de certaines figures que les incels considèrent comme des héros et comme “l’un des leurs” (“Ourguy”).

Dans cet échantillon de “héros” on peut voir qu’arrive en première position, avant Hitler, E. Rodger, un tueur incel, motivé par sa haine des femmes qui a tué six personnes et blessé 14 autres en 2014, et en 3ème position Ted Bundy un tueur en série a tué de nombreuses femmes (environ 36) dans les années 70.
Sans surprise on y voit aussi le Joker, personnage fictionnel mais objet d’identification pour certains partisans de l’extrême droite. Particulièrement chez les incels qui se sentent inadaptés et rejetés par la société et pensent que la réponse à cela est la violence, et pour tout ceux qui sont critiques de la société “politiquement correcte” qui “censure” leur humour raciste antisémite, sexiste ou homophobe, (le Joker est atteint d’une pathologie qui le fait rire là où le reste de la société trouve que c’est inapproprié) le Joker finira par se “venger de la société” et ne plus se retenir de rire en s’engouffrant dans un déchaînement de violence. Note complémentaire C et note complémentaire D.

Il y a là un fantasme du passage à l’acte violent et du refus des “normes”. Et le fantasme d’être un “outcast” qui se venge de la société et notamment des femmes. Les incels entretiennent une haine et un mépris des femmes qui les poussent à les voir comme leurs ennemis et à s’identifier, se fantasmer en tueur:
On peut lire sur un forum incel:
(traduction)
‘Imagine what we could accomplish if we had an army of Ted Bundys. All of womankind on the North American content would have been exterminated in a short period of time.

Cette admiration pour Bundy chez les incels est ambigüe, à la fois ils le jalousent pour l’apparente (souvent exagérée) capacité de séduction qu’il avait sur les femmes avant et après son incarcération. Et en même temps ils l’admirent et s’identifient à lui comme un homme qui a profité des femmes et s’est vengé d’elles en les violant et les tuant.
Notes complémentaire E, note complémentaire F et note complémentaire G.

Ted Bundy est l’exemple le plus flagrant mais on peut également lire sur ces forum une glorification d’autres tueurs en séries qui partagent avec les incels cette haine des femmes, et leurs idées sur la victimisation des hommes due à l’écroulement, selon eux, de la société patriarcale (tels que Berkowitz ou Kemper).

Berkowitz par exemple qui a tué six personnes à NY dans les années 70 disait à propos des femmes:
(traduction)
“I want to be a lover to women, but I want to destroy them too…Especially women who dance. Them I hate. I hate their sensuality, their moral laxity. I’m no saint myself but I blame them for everything.” Source 13

Pas de surprise donc que les incels puissent s’identifier à ce genre de propos, ils en tiennent des similaires (toutes ces citations sont tirées de forums incels):
(traduction)
“Women can’t be lonely, sad, depressed, mentally ill, humans, smart, loyal, faithful, respectable, or INCEL…Women can be whores, sluts, prostitutes, property, items, livestock, possessions, cum buckets, sex dolls, or maids.”
Another proclaims : “I will have one celebratory beer for every victim that turns out to be a young woman between 18-35.” Sources 14

Toujours sur des forum incels, et à propos de Ted Bundy (traduction):
“Daily reminder that murdermaxxing is a proven way of getting girls to want you more,” wrote one user. Source 15


un t-shirt à la gloire d’Elliot Rodger, un tueur incel

Sur les forum incels on fantasme à l’idée d’un monde où les femmes auraient peur des hommes (…hum…quelqu’un leur dit que c’est déjà le cas ou…?).
Elliot Rodger lui-même sur le forum incel “PUAhate” (traduction):
“One day incels will realize their true strength and numbers, and will overthrow this oppressive feminist system. Start envisioning a world where WOMEN FEAR YOU.” Source 16

On peut imaginer que les fantasmes de violence de ces hommes et leur haine envers les femmes (et particulièrement les travailleuses du sexe (Source 17) ) trouvent un écho dans la lecture des méfaits de criminels qui visent très souvent ces catégories de la population. Le tueur représentant peut-être ce qu’ils n’oseraient jamais faire, celui qui fait fi des lois et de la norme et rétabli un “juste et naturel équilibre” entre les hommes prédateurs et les femmes proies.

Comme pour le Joker, un autre vecteur d’identification peut être celui d’avec l’image du “loser, du nerd, qui craque”. Cela peut même les faire passer au delà de leur (fréquente) homophobie et peut leur permettre de s’identifier à des tueurs homosexuels tels que Dahmer, au seul titre qu’il était un gamin moqué à l’école, asocial et considéré comme “bizarre”, qui luttait avec la masculinité qu’il était censé performer.

Au “mieux”, ces vecteurs d’identification ne feront de ce type de lecteurs que d’avides “fans” de true crime. Certains allant peut-être même jusqu’à..commettre… ce type de littérature érotique où un incel se fantasme en tueur/violeur en série

Mais au pire cela pourra participer à les inspirer à passer à l’action – ou en tout cas à se réclamer de ce genre de figures criminelles s’ils passent à l’action, encourageant d’autres jeunes hommes à adopter les mêmes idéologies et les mêmes idoles.
L’admiration qu’a cette communauté pour certains tueurs en série et certains tueurs de masse misogynes et d’extrême droite fait parfois boule de neige et ils finissent pas se réclamer les uns des autres. Ce qui est fréquent également chez d’autres types de tueurs d’extrême droite sans forcément qu’ils soient “incel”. Note complémentaire H.

Il n’y a bien sûr pas que des incels à l’extrême droite, et d’autres lecteurs de true crime à l’extrême droite qui ne sont pas “incels”; mais les autres types de personnes qui partagent cette orientation politique (même s’ils ne se reconnaissent pas dans la figure de l’homme faible et peu viril que les incels incarnent), peuvent avoir en commun certains traits avec l’idéologie des incels, notamment (outre les discours misogynes) un certain nihilisme de droite
( Source 18 ).

Une vision du monde très individualiste, une grande tolérance pour l’intolérance, une appréciation pour ce qui supposément “choque”, et une propension à se désensibiliser à la violence, par exemple dans le partage d’images ou de vidéos très violentes. Chez ceux là, la lecture de true crime gore remplirait-elle la même fonction ? Note complémentaire I

D’ailleurs, les courant d’extrême droite qui s’inspirent de l’accélérationnisme (Source 19) encouragent cette désensibilisation à la violence pour se préparer au “choc des civilisations” qu’ils croient inévitable et promeuvent le passage à l’acte violent pour l’accélérer.

Il est indéniable que ces différents types de lecteurs qui s’identifient au tueur, ou trouvent plaisir/ intérêt dans la représentation de violence, trouveront satisfaction dans les écrits de Bourgoin, qui ne complexifie pas les théories psychologisantes simplistes et datées qu’il rabâche, se concentre sur le tueur et parle peu des victimes, et surtout laisse beaucoup de place à la description des crimes et des fantasmes sexuels et violents des tueurs. On est à 2 doigts du torture porn.

De plus Bourgoin lui même partage des traits avec ce type de lecteurs dans sa propre fascination aux tueurs : correspondance avec eux, sa collection personnelle de murderabilia et ses tentatives d’en faire commerce (par exemple Bourgoin a proposé d’offrir des morceaux du cadavre de Schaeffer aux personnes qui achèteraient un de ses livres et viendraient à une conférence):

Sans qu’il ne semble jamais avoir de questionnement moral à ce propos, sans s’interroger sur ce que ça peut bien faire aux familles des victimes que soient collectionnées leurs dents, ou les branches d’arbres auxquelles elles ont été torturées. Là encore j’y vois une manifestation d’une plus grande fascination pour le crime en lui-même et le tueur que de compassion pour les victimes.

Je crois que RING connait l’existence de ce lectorat, (d’incels et de nihilistes d’extrême droite, de fan de culture horrifique sans trop de scrupules et autres obsédés de la murderabilia, de types qui s’identifient aux tueurs ou qui sont simplement fascinés par la violence pour la violence) qu’ils savent que ces lecteurs là sont également parmi ceux qui peuvent s’intéresser aux propos de Obertone et Marsault et que leur servir du true crime simpliste et sanguinaire, est parfaitement cohérent. Obertone aussi a écrit un livre sur la tuerie du 22 juillet 2011 en Norvège commise par le  terroriste d’extrême droite Anders Breivik se plaçant du point de vue du tueur.

J’aimerai aborder à ce stade un autre aspect des écrits de Bourgoin qui me semble problématique et qui le lie de nouveau à une culture réactionnaire.

Le problème du profiling

Bourgoin est une publicité vivante pour le “profiling criminel”.
Le profiling (appelé aussi plus bas dans certaines citations “Offender profiling” ou “CP” pour “Criminal Profiling” d’après wikipédia:
Le profilage criminel, fondé sur l’analyse comportementale, est une méthode permettant à des enquêteurs de déterminer le profil psychologique d’un criminel.

Un « profiler » est une personne chargée de réaliser une ébauche du type de portrait psychologique d’une personne recherchée.
S. Bourgoin se réclame de cette discipline et dit avoir été formé par le FBI dans leur académie de Quantico. Non seulement il est présenté comme tel dans nombre de ses interventions (voir Enquête Bourgoin), mais il dit avoir aidé personnellement la police sur plusieurs enquêtes (Fourniret, l’affaire du Dahlia Noir, sniper retrouver l’affaire..etc). Il parle énormément de cette discipline dans ses livres, dont l’un est même consacré à une profiler qu’il admire (Profileuse : Une femme sur la trace des serial killers).

Le profiling est à l’origine même du personnage que Stéphane Bourgoin a créé de sa personne. Il raconte qu’il aurait participé à la fin des années 70 à l’élaboration du programme de profiling du FBI (c’est faux bien sûr, voir Enquête Bourgoin) en leur fournissant les rush de ses soit-disant innombrables entretiens avec des tueurs (entretiens qui n’existaient pas).
Le profiling c’est ce qui fascine Bourgoin depuis longtemps, car dans la vraie vie, jusqu’en 92 il n’avait rencontré aucun tueur en série mais lisait beaucoup sur le sujet, écrivait à certains (d’après lui en tout cas) et s’intéressait déjà au profiling criminel et aux fondateurs de cette discipline aux Etats-Unis (notamment Brussel, Teten, Ressler, Douglas, Hazelwood et Depue). Au fil de sa carrière Bourgoin s’est même énormément “inspiré” (certains appelleraient cela du plagiat) parfois mot à mot des écrits de ces fondateurs du profiling et en particulier ceux de Douglas et Depue, que ce soit dans ses propres écrits que lorsqu’il raconte des anecdotes “croustillantes” qui lui seraient arrivées.

Il y a quelque chose de compréhensible dans la fascination pour le profiling.
Les anecdotes associées au profiling criminel titillent l’imagination. Souvent, on nous décrit comment, tel Sherlock Holmes (source 7), le profiler, en disposant de peu d’indices (et surtout sachant repérer des indices qui semblent invisibles, infimes, et en faire une interprétation inaccessible au commun des mortels), peut arriver à des conclusions stupéfiantes sur le suspect, dans un processus qui semble presque magique. Note complémentaire J.

Quoi de plus polar-génique qu’un détective ou affilié (mystérieux et d’une intelligence hors normes bien sûr) qui saura deviner à l’aide d’infimes indices le sens secret des choses, lire dans l’âme humaine et prédire les comportements? C’est extrêmement séduisant et de fait, convaincant puisqu’on a envie d’y croire. Note complémentaire K.

On est dans le fantasme du polar, que je partage, mais la réalité est toute autre.
En effet le profiling est une discipline qui est loin d’avoir fait ses preuves scientifiquement et que l’on peut, en l’état actuel, qualifier de pseudo-science. Pourtant elle est utilisée par la police notamment aux Etats-Unis comme un outils parmi d’autres quand les enquêtes piétinent faute de preuves matérielles, plus grave encore elle commence à être introduite dans les tribunaux aux USA (note complémentaire L) et influe sur l’issue de procès criminels. Cerise sur le gâteau : il n’existe pas de socle commun de formation obligatoire pour se réclamer du profiling et les experts plus ou moins autoproclamés pullulent.

En ce sens Bourgoin n’est pas très original quand il laisse entendre et dire qu’il est lui-même profiler, il n’est pas le seul à s’auto-proclamer expert dans ce qui touche de près ou de loin à cette discipline. Il précise quand même qu’il a été formé au FBI à Quantico, au coeur même du seul programme État-Uniens de formation à cette discipline. Tandis que nombre de “profilers” ne s’embarrassent même pas de s’inventer, eux, une formation dans ce programme, Bourgoin le fait tout de même, probablement en quête de légitimité et de reconnaissance comme on peut le deviner en sous-texte dans nombre de ses “arrangement avec la réalité”.

Outre le problème que pose la grande variété de profilers et de “formation” des “profilers”, cette discipline est elle-même loin d’être prouvée scientifiquement.

Il suffit d’ailleurs de creuser un peu pour découvrir qu il existe beaucoup d’études qui prouvent le peu d’efficacité de cette technique quand elle est mesurée dans des conditions de recherche scientifique sérieuse.

A ce sujet je conseille la lecture de The Criminal Profiling Illusion: What’s Behind the Smoke and Mirrors?. On peut y lire ceci qui résume bien le résultats des études faites sur l’efficacité du profiling:
(traduction)
“This review reveals the blunt reality that : (a) most of the typologies used to create criminal profiles are in fact false typologies, (b) the majority of CP (Criminal Profiling) approaches are based on an outdated theory of personality that lacks empirical support, and (c) there is no compelling evidence that predictions made by professional profilers are significantly more accurate than those made by nonprofilers

Que dans certains cas le profiling ait pu été utile pour faire progresser des enquêtes : soit. Le problème principale est la légitimité exagérée dont bénéficie cette discipline notamment auprès des forces de l’ordre (augmentant le risque de fausses pistes, de “faux profils”et d’erreurs judiciaires) et le fait qu’elle puisse être invoquée au tribunal.

Globalement:
(traduction)
“Many scholars agree that offender profiling is not a reliable technique. It is a technique whose foundation or scientific basis cannot be ascertained at the moment. Godwin maintained that, “Nine out of ten profiles are vapid. (Profilers) play at blind man’s bluff, groping in all directions in the hope of touching a sleeve. Occasionally they do, but not firmly enough to seize it, for the behaviourists producing them must necessarily deal in generalities and types.”
Godwin dans Murder USA: The Ways We Kill Each Other

Et aussi, si tout cela vous intéresse particulièrement: note complémentaire M

Ce qui est notable est le fait que plusieurs principes sur lesquels le profiling criminel s’appuie sont vieillots, périmés, déjà remis en cause et depuis longtemps, par de nombreux travaux de recherche. C’est un peu comme si de nombreuses personnes qui se réclamaient du profiling étaient restées coincés à l’époque de Hazelwood, Ressler, Depue et Douglas et n’avaient pas lu grand chose d’autre depuis.
Par exemple:
-le système de classification des comportements humains, la typologie la plus communément utilisée et crue par les profilers qui divise les criminels en deux catégories: organisés et désorganisés qui a été prouvée comme non fonctionnante (note complémentaire N ).
– le fait que le profiling criminel ignore souvent les facteurs situationnels ou culturels
(notes complémentaires O et note complémentaire P)
– l’idée – qui est pourtant à la base du profiling – qu’il y aurait une cohérence définissable, quantifiable et presque systématique entre les crimes des criminels en série, théorie qui ne résiste pas à plusieurs études sérieuses
(notes complémentaire Q et note complémentaire R), et c’est d’autant plus alarmant que le profiling est notamment particulièrement utilisé pour le crime en série.

Le profiling criminel (comme d’autres disciplines similaires) donne à ces grilles d’analyse une apparence de neutralité, alors que le manque de rigueur et de conditions scientifiques dans l’élaboration de ces grilles en fait une discipline qui échappe particulièrement peu au biais de point de vue de ceux qui l’ont fondée. C’est à dire celui d’hommes blancs hétéorsexuels de classe supérieure qui ont determiné ce qu’est la “normalité” (et quel comportement attendre chez une personne “normale” quel comportement attendre chez une personne “anormale”), c’est à dire eux-même. Ce biais de point de vue est un gros risque de faux résultat lorsque les personnes dont on établi le “profil” appartiennent à des cultures, des communautés, des identitées minorisées et déjà stigmatisées.

En se basant sur une catégorisation des êtres humains qui n’a pas de base scientifique et qui porte en elle-même les biais de point de vue de ses fondateurs, le profiling criminel s’inscrit pleinement dans la lignées des disciplines douteuses (et très souvent racistes, mais aussi sexistes ou homophobes) qui ont jalonné l’histoire des sciences médicolégales, comme par exemple l’étude de taille des crânes pour déterminer la propension à la criminalité (Source 20), la comparaison de la structure du cheveux (responsable de nombreuse erreurs judiciaires et qui vient tout juste d’être remise en cause en 2013 (Source 21 et Source 22)).
A ce propos dans le film “Under the Microscope: The FBI Hair Cases,” on apprend que la technique:
(traduction) “was not developed by scientists, but by law enforcement. The FBI pioneered the technique and claimed it was a valid science for over 50 years, saying an expert can make an association between a hair found at a crime scene and a suspect hair. Experts would not only claim an association, but also give a scientific weight to their opinion.”
Ca vous rappelle quelque chose ? On pourrait lire ça et croire qu’on parle de profiling criminel !
Plus sur la science douteuse de la comparaison microscopique du cheveux ici : note complémentaire S

Je pense aussi au polygraphe, le “détecteur de mensonge” encore utilisé notamment aux Etats-Unis alors qu’il y a un consensus pour considérer cette technique comme caduque (pour rester poli) (Source 23, Source 24 et Source 25) et qui est pourtant popularisée et légitimée vis à vis du grand public à travers des séries, des films et des jeux télévisés (en France par exemple on se rappelle (malheureusement) de l’émission la Méthode Cauet), tout comme le profiling criminel qui a ses films, ses séries, ses livres (pas encore ses jeux télévisés même si des émissions telles que “Mariés au premier regard” se basent sur les mêmes principes simplifiés, vaguement inspirés des sciences cognitives et de psychologie).
Il ne s’agit pas là, pour moi, de viser ce type de divertissements en soit, mais plutôt de pointer les pseudo-sciences qui y sont utilisées en leur prêtant une vérité scientifique, leur donnant un légitimité factice, qui n’est pas sans conséquences.
Pour aller plus loin sur “cette forme redoutablement performante des croyances qui, souvent, n’hésitent pas à revendiquer l’autorité de la science”, c’est par ici.

Je diverge peut-être mais c’est l’occasion de se rappeler que nous ne devons pas perdre notre capacité d’esprit critique face aux nouvelles avancées des sciences médico-légales, lorsqu’on nous présente la nouvelle discipline en vogue. L’Histoire en est truffée et les conséquences sont terribles. Il y a même beaucoup de choses à dire sur l’ADN – “la reine des preuves”, qui n’est pas une pseudo-science mais dont l’usage qui en est fait est aussi à interroger. Mais ça sera par ici ( note complémentaire T) parce que bon ça suffit.

Bref, le profiling criminel “is a crime investigation technique based on probabilities, stereotypes, suspicion and assumptions” (Norbert Ebisike dans The Use and Abuse of Expert Witness). (traduction)

Pourtant cette discipline bénéficie d’une grande légitimité aux yeux du public et des forces de l’ordre et de la justice. Pourquoi ?
Plusieurs études montrent que lorsqu’on parle de profiling, (et pas seulement pour le grand public, même dans des documents à l’attention de professionnels des forces de l’ordre et des magistrats) une grande part est laissée aux anecdotes, qu’on ne peut se permettre d’appeler “études de cas” puisque les anecdotes relatées vont être uniquement celles qui sont positives, qui vont dans le sens de l’efficacité du profiling (note complémentaire U). On peut voir ici un exemple des méthodes utilisées pour donner l’apparence que le profiling est bien plus fréquemment opérant qu’il ne l’est en réalité : note complémentaire V.

Les livres de Bourgoin sont justement bourrés d’anecdotes, dont nombre peuvent nous mener à croire que le profiling fonctionne fréquemment. (note complémentaires W et note complémentaire X)

Pour résumer, en l’état actuel des choses le profiling cumule plusieurs critères qui rapprochent cette discipline des pseudo-sciences :
-le fait d’être basée sur des principes qui n’ont pas été élaborés et prouvés scientifiquement
-le fait que ceux qui en font la promotion romantisent cette discipline et n’en narrent que les succès, et que le public ne se rappellera que des fois où “ça a marché”
-et le fait qu’aucune étude n’en prouve l’efficacité

Et, plus grave encore, cette discipline est mise au service de la police et de la justice.

Comme dit plus haut le profiling criminel a déjà été considéré comme admissible dans plusieurs procès aux USA – pour le moment sans la même valeur qu’une preuve matérielle bien évidemment, mais je vais vous épargner ici toutes les études qui montrent comme un jury est influencé par la qualité d’expert d’un témoin, et les conséquences désastreuses qui peuvent en découler (erreurs judiciaires ou peines disproportionnellement aggravées).
Pour lire un peu plus sur les conséquences de témoignages de profilers dans des procès qui ont eu lieu aux USA ces 10 dernières années c’est ici (note complémentaire Y).

Pour finir sur une note ironique, John Douglas lui-même (pour rappel considéré comme l’un des fondateurs du profiling criminel et idole de Bourgoin) a témoigné lors d’un procès en Ohio (State v. Lowe, Ohio. 1991) que son propre témoignage ne pouvaient pas être “stated to a reasonable scientific certainty.’ considéré avec une certitude scientifique raisonnable.

Peut-être que le profiling a un fond de vérité, le profiling a effectivement fait progresser certaines enquêtes, et peut-être que cette méthode peut évoluer et s’imprégner des avancées apportées par d’autres domaines de recherche, mais à charge des profilers de le faire et d’enfin nous apporter les preuves scientifiques, empiriques de leurs méthodes, et d’adopter une posture critique et stricte envers tout charlatan qui s’en réclame.

A ce stade on pourrait se dire en me lisant que bon, d’accord, en l’état actuel des choses le profiling est une pseudo-science réac, mais elle n’est pas encore utilisée dans les tribunaux en France, et  Bourgoin finalement a bien le droit d’y croire. Et que bien qu’il dise à qui veut l’entendre qu’il a aidé sur telle enquête et résolu tel crime c’est probablement faux (voir Enquête Bourgoin), alors il n’est après tout qu’un écrivain, probablement peu influent sur la progression des sciences médicolégales en France.
Pourtant plusieurs enquêtes montrent l’énorme influence qu’ont les médias dans la légitimation de certaines croyances (mais également la répétition) et notamment en ce qui concerne le profiling. (note complémentaire Z)

Je crois donc qu’en tant qu’auteur si prolifique (une cinquantaine d’ouvrages), Bourgoin a une grande influence sur l’opinion publique vis à vis de cette discipline, dont il parle systématiquement et en long et en large dans ses livres et ses interviews.

On parle ici de quelqu’un qui a des milliers de lecteurs, dont certains livres sont traduits dans d’autres langues. Comme un temps avec l’utilisation occasionnelle des médiums et voyantes par la police, à quand l’arrivée en France de pressions de la part de l’opinion publique, ou venant de familles de victimes, pour que la police se saisisse de cette technique dans des affaires irrésolues ?

Il ne s’agit pas de nier que dans certains cas le profiling criminel a pu faire avancer des enquêtes et aider des victimes et leurs proches à obtenir justice. Mais notre volonté que les victimes et leurs proches reçoivent justice et réparation, ne devrait pas nous empêcher de garder la tête froide et de voir le risque de “faux profils” et d’erreurs judiciaires que pose cette discipline si elle est utilisée sans esprit critique ou si elle influence le cours de procès sur la base d’une réputation usurpée.

D’autant plus que derrière la publicité pour le profiling criminel on légitime aussi les principes sur lesquels le profiling criminel s’appuie : c’est à dire la catégorisation des être humains pour la prédiction de leurs comportements, avec des conséquences alarmantes – et que l’on peut déjà observer notamment dans l’évolution des méthodes de contrôle aux frontières ou les tentatives de manipulations du comportement d’électeurs pour influer sur le résultat d’élections (Source 26).
Heureusement, pour ce dernier usage, comme il s’agit au pire de pseudo sciences, au mieux d’une discipline balbutiante, ce n’est pour le moment pas très efficace (Source 26 là aussi)
Il n’empêche que faire la publicité du profiling et cacher son manque d’efficacité et de base scientifique peut avoir – et a déjà – des conséquence dans les tribunaux et dans la vie civile qui sont alarmantes.

Je pense que le profiling en plus d’être, en l’état actuel, une pseudo science, est une discipline qui peut être qualifiée de réactionnaire: que ce soit par la vétusté des principes sur lesquelles elle s’appuie, par la manière dont elle prétend catégoriser les êtres humains et prédire leurs comportements tout en ignorant des biais tels que la classe, la culture ou l’environnement, par les conséquences qu’elle a dans les tribunaux, (mais aussi par l’usage des principes sur lesquels elle s’appuie dans des domaines tels que le contrôle aux frontières, etc) et enfin l’ancrage résolument très à droite de ses chantres (plusieurs sont pro-peine de mort et la plupart gros soutiens du système carcéral américain tel qu’il est par exemple J. Douglas dit de la peine de mort: “I’ve come out many times publicly in support of the death penalty. I’ve stated that I’d be more than willing personally to pull the switch on some of the monsters I’ve hunted in my career with the FBI.”, (Source 27). Il me semble que tout cela réuni en fait une discipline que l’on se doit d’interroger, si ce n’est de s’en défier, lorqu’on est de gauche.

On pourrait laisser le bénéfice du doute à Ring et se dire que c’est à leur insu qu’ils publient un auteur très probablement frauduleux qui se réclame d’une pseudo-science de droite. Pourtant là aussi on est dans la cohérence avec d’autres de leurs publications qu’ils qualifient de généralistes, entre le livre de développement personnel à la sauce militaire empruntant des principes de pseudo psychologie réac ou le lien entre pseudo-science et climatoscepticisme

La peur, un commerce rentable et tactique.

Je vois un dernier élément qui rend cohérente la ligne éditoriale de Ring, c’est la culture de la peur. La majorité de leurs livres, qu’ils soient politiques, de true crime ou de polar, ont en commun de chercher à faire peur.
On retrouve chez Ring la peur de l’islam, du “grand remplacement”, de la “féminisation de la société”, des communistes, peur des voyous, peur des tueurs et des complots pédophiles (qui seraient protégés dans les plus hautes sphères de l’état), etc…
Je crois qu’on a là l’une des dernières choses qui expliquent la place importante donnée chez Ring à un auteur aussi peu sérieux et affabulateur soit-il, tel que Bourgoin (outre sa renommée qui évidemment attirera des lecteurs): Bourgoin ne ménage pas ses effets pour glacer le sang.

Même si j’ai démontré plus haut les liens entre true crime, fascination pour la violence, identification aux tueurs et extrême droite, il est évident que tous les lecteurs de Ring ne s’identifient pas aux tueurs !
On l’a vu, l’intérêt pour le true crime peut, entre autres, être motivé par la peur et le trauma tout en étant un genre qui alimente lui-même la peur. Le true crime nous donne l’illusion qu’il y a un tueur en série et un pédophile à chaque coin de rue. On a là un cocktail gagnant pour une maison d’édition dont la peur est le fond de commerce et qui reste ainsi dans la tradition de l’extrême droite dont c’est une des grosses ficelles les plus connues. (Source 28, Source 29, Source 30, Source 31)

Le but de ce texte n’est pas de dire que Bourgoin est forcément lui-même d’extrême droite, je ne dis pas non plus que seul un éditeur d’extrême droite le publierait (Bourgoin est d’ailleurs édité chez Grasset, ce qui montre qu’il avait le choix et n’a donc vraiment pas de problème à être publié chez un éditeur si ancré politiquement que l’est Ring).
Mon but était plutôt de montrer comme éditer du polar et du true crime, en plus de livres politiques est une ligne éditoriale cohérente pour une maison d’édition d’extrême droite et non, comme ce que Ring essaye de nous faire croire, la preuve qu’elle serait une maison d’édition comme une autre.

J’ai essayé, ce faisant, de toucher du doigt la question de notre fascination pour les récits de violences, de nous encourager à l’interroger et à envisager le true crime comme un genre qui n’est pas neutre, qui porte en lui-même de sérieuses implications humaines (les victimes et leurs proches sont des personnes qui existent ou ont existé et leurs souffrances sont réelles) et politiques (publicité pour certaines méthodes d’investigation douteuses comme le profiling, idolâtrie de tueurs en série, etc..).
Et je voulais montrer qu’un auteur comme Bourgoin rentre complètement dans les critères nécessaires pour faire du true crime de droite. (Si au passage j’ai pu participer, à mon humble niveau, à faire descendre Stéphane Bourgoin de son piédestal, en ajoutant ma contribution personnelle aux nombreuses révélations et articles qui sont en train de sortir en ce moment sur ce personnage, alors tant mieux !)

Face aux différentes formes que prend l’extrême droite, il est important d’apprendre et de s’alerter les un.es les autres, pour la débusquer et toujours refuser qu’elle infiltre nos vies.

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