"Je n'ai pas vécu la liberté, mais je l'ai écrite sur les murs" (la révolution syrienne)

cortège de Sud Rail à la manifestation du 18 octobre 2022

la grève du 18

in A la une/Instants by

Place d’Italie il y a un stand de hotdog et de brochettes, et ça sent la viande grillées et la terre mouillée. Le cortège s’engouffre entre les travaux de l’avenue, s’agglutine devant l’étal de Libertalia puis continue, emporté au début par son propre élan. Un syndicaliste harangue la foule derrière une camionnette. Il parle de la CGT raffinerie, et de comment les syndicats demandent +10% sur les salaires.

“10%, ça fait 320 millions d’euros. Cette année, Total a versé 10 milliards de dividendes. Alors on a pris la calculette, et c’est assez simple. On demande 3,2% de cette somme. C’est même pas révolutionnaire, c’est pas le Grand Soir. C’est le minimum.”

Les gens applaudissent et gueulent, car comment ne pas applaudir et gueuler. On zigzag entre les voitures et la chaussée à nue, entre les barrières et les banderoles. Le mots d’ordre est clair : on veut de la thune. Les camarades se pointent du doigt les pancartes plus drôles et un petit vieux commente, les yeux rieurs :

“La seule chose que les bourgeois auront pas volé, c’est la révolution”

L’avenue s’élargit et plus bas résonnent des tambours, ou peut-être une sono. Le brouillard s’épaissit à mesure qu’on avance, accompagnant une camionnette de Sud Rail. On en distingue à peine le ballon, noyé dans les cris et les feux de Bengale. Leur cortège chante les classiques de manif’ à plein poumon, repris par la foule autour. Une camarade reconnaît quelques lycéens de chez elle et les salue. Ils lui retournent son salut avec un sourire figé; fiers, gênés ou peut-être les deux, comme on l’est souvent à leur âge.

Depuis le toit d’un abris-bus, un double de Bernard Arnaud distribue des billets de banque factis. Il s’est fait tout une tête en papier mâché, avec seulement deux trous pour les yeux. En-dessous, des militants d’Attac remplacent une pub par une affiche épinglant Martin Bouygue, dit “le bétonneur”, dévissant le panneau JCDecaux sans haine, ni violence.

Un manifestant portant un masque de Bernard Arnaud, pêrché sur un abirbus
Bernard Arnaud dans ses oeuvres

On retrouve des camarades qui distribuent des stickers “à coller sur son frigo – et surtout pas dans l’espace public mdr”. Ça part comme des petits pains et ils n’ont pas assez de bras pour les tendre aux passants.

“On ne devient pas riche en travaillant !”
“Tous les riches sont des voleurs !”

Ils font ça à la criée et les gens rigolent. Une fois les stocks épuisés on se pose à un café le temps de recharger les batteries. De l’autre côté de la vitre on voit des gens courir dans un sens, puis dans l’autre. Rapide échauffourée entre le bloc et la Brav-M dans une rue attenante, on distingue nettement des projectiles qui fusent en arc-de-cercle. On parle de quand ça a commencé à déraper en manif’ – 2014 ou 2016, les avis divergent.

Ca s’arrête finalement assez vite, conformément à l’ambiance du jour : plutôt faire la grève que lancer des pavés. Peut-être que demain sera différent, mais aujourd’hui le message semble clair. Lorsqu’on arrive à Denfer-rochereau d’ailleurs le cortège piétine longuement face à une rangée de bouclier. Lorsque ça repart rien ne s’est passé, mais on chante l’Internationale à côté d’une camionnette siglée FSU.

On finit tranquillement en papotant sur le boulevard des Invalides. Le ciel est toujours gris mais il n’a pas plu. Et en face de l’énorme tombeau couvert de feuilles d’or, une foule de petites gens convergent vers la place.

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