"Je n'ai pas vécu la liberté, mais je l'ai écrite sur les murs" (la révolution syrienne)

La Start-up Nation insoumise, itinéraire rouge-brun d’un patron de lui même

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Nous allons vous raconter une fable. Celle d’Alexis Poulin, un entrepreneur de lui-même, lobbyiste de la startup nation qui a fini par découvrir grâce à la télé insoumise, son reflet rouge-brun et par en tomber amoureux et finir tout ensemble chroniqueur sur Boulevard Voltaire et vendeur de chatbot à l’INPI.

Son parcours est déroutant car il n’est pas un militant. Il ne tient pas cette conviction, même rouge-brune, qu’il porterait envers et contre tout, qu’il aurait conservé même dans les pires périodes et au prix de la perte d’amitiés sincères. Il n’est pas non plus cet apparatchik qui aurait patiemment gravi, compromission après compromission, les échelons de son mouvement et qui, de trahisons en alliances aurait fini par avoir un poste d’où mettre en pratique ses convictions. Il n’est pas possible, avec Poulin, d’avoir l’affrontement politique sur des bases politiques et c’est ce qui rend sa pratique rouge brune encore plus nocive car presque insaisissable. Il vend du rouge-brun comme il vendrait des oranges, de la critique des conflits d’intérêts des lobbys de la startup nation aujourd’hui comme il vendait hier très exactement ce qu’il critique aujourd’hui.

C’est ce problème qui fait perdre tout repère dans la compréhension du personnage et de ce qu’il incarne et qui impose la fable qui va suivre afin de reconstituer un peu le personnage afin de mieux pouvoir le contrer, car un activiste rouge-brun biberonné à le Média et qui oscille entre Boulevard Voltaire, Sud Radio et Russia Today, pour vendre des pièces de théâtres pro-Khaddafi ou des interview d’Asselineau, doit pouvoir être contré.

Rien ne semblait prédestiner Alexis Poulin à une carrière de rouge-brun radical. Un honnête homme de droite, quelques tendances islamophobes qu’il confond avec une défense de la laïcité mais rien ni de gauche radicale ni d’extrême droite. Son engagement politique est plutôt dans la blague, le gag, le lol. C’est de là d’ailleurs qu’il tire le « 2012 » accolé à son nom twitter @Poulin2012 : d’une fausse candidature à la présidentielle 2012 lancée avec le site satirique « bravo la France » disparu depuis. Le « candidat » avais aussi une chaine Youtube, toujours dans le lolilol.

Sinon son boulot c’est la com, le marketing, le lobby de la startup nation…

Alexis Poulin travaille en 2007 notamment dans le marketing et la com du cabinet d’avocat De Gaulle et Fleurance, cabinet qui « intervient notamment sur des projets de capital venture, d’immobilier et de financements complexes et/ou transnationaux ».
Bon la finance c’est toujours mieux quand c’est de Gaulle que quand c’est Rothschild.
Mais le prestigieux cabinet d’avocat est aussi réputé pour son expertise dans les nouvelles technologies et la propriété intellectuelle. Ça sera bien utile pour la suite.

Alexis Poulin est d’abord et avant tout, un entrepreneur de lui même. Au sens propre en fait, sa société s’appelant « Mr Alexis Poulin ». Il aime les lobbys à Bruxelles et la startup nation. C’est donc dans ces deux domaines que le patron va travailler. Patron on peut se permettre de le dire car c’est en tant que directeur d’Euractiv France, une site qui se veut une sorte de lobby des lobbys, que Alexis Poulin intervient dans la lettre d’info… Du MEDEF. Celui qui deviendra ensuite un fervent défenseur des valeurs insoumises et le marchepied d’Asselineau à le Média était, en 2014, un patron qui parlait aux patrons et leur expliquait les principes démocratique du lobbying à Bruxelles. « La Commission [Européenne] considère les lobbyistes comme des interlocuteurs naturels. La représentation des intérêts fait partie de la légitimité d’un état démocratique. » disait Poulin au MEDEF avant de vanter les mérites de l’autorégulation de domaine du lobbying européen.

Poulin va, après Euractiv, se recycler dans la startup nation, au point d’organiser le « Startup Nation Summit » 2017 avec EIT Digital, la boite pour laquelle il travaille.
Puis d’un coup d’un seul, il va se transformer en ardent critique de la Startup Nation macroniste et des lobbys de l’Europe.

Le changement de veste est assez flagrant sur son compte twitter où il passe de la promotion de la Start-up Nation pour le compte d’EIT Digital à la critique de la Startu-up Nation Macroniste. Oui mais voilà, entre temps, Alexis Poulin a découvert un nouveau patron : le Média !

La télé insoumise qui a brassé des rouges-bruns, des conspis, des chouaristes (avant que Chouard lui-même vienne y tenir des propos négationnistes), des frexiteurs, des pro-Assad, des souverainistes ! Et Poulin a intégré la vase dès la toute première émission et a vécu la grande époque de le Média, avant la crise Lancelin / Chikirou, cette époque bénie où tout le marigot rouge-brun des amis de la France Insoumise était uni et heureux, se délectait de nier les preuves des crimes d’Assad, d’inviter Jean Frédéric Poisson et Djordje Kuzmanivic, et d’interviewer Asselineau. Une interview menée par Alexis Poulin lui-même !

C’est avec ce passage et son émission sur l’Europe que Alexis Poulin se prend de passion pour lui-même à la télévision. A partir de là il n’aura de cesse d’essayer d’intégrer les plateaux des télés. Sur le 28 minutes d’Arte en commençant par la tranche d’été. Puis via les plateaux et télés d’extrême droite ou surfant la vague réactionnaire: C-NEWS, Sud Radio pour parler “Laïcité” et bien évidemment, Russia Today. Et c’est ainsi que, de selfie avec Laurence Ferrari sur CNEWS, en opportunité de la tranche d’été du 28 minutes, et en resservant le discours souverainisto-rouge-brun appris grâce à le Média sur les ondes de Sud Radio, la société Monsieur Alexis Poulin fait fructifier son capital médiatique et devient “le journaliste Alexis Poulin, spécialisé dans les questions de politique internationale et invité régulier des plateaux d’Arte, de France 24, de France Info, de BFM TV, CNews, RCF et Sud Radio.” (ainsi qu’il est présenté ici).

Cette histoire est aussi, bien entendu, celle de la percée du discours souverainiste et du recyclage des stars rouge-brunes ou simplement brunes. L’histoire d’Alexis Poulin est quelque part sur la même échelle que l’histoire de Zemmour sur C NEWS ou de Taddei sur Russia Today.

Entretemps et pour les période de creux et centraliser un peu toute l’affaire, Alexis Poulin a son site, le Monde Moderne où il peut interviewer ses anciens ou futurs amis et leur offrir un endroit où publier.

Aujourd’hui par le miracle de la télé insoumise, Poulin est devenu une véritable star rouge-brune.
Pour le festival d’Avignon (le « on ») il nous préparait un magnifique délire conspi sur l’assassinat de Khadafi par Sarkozy. Une pièce de théâtre interview live où Poulin allait interviewer « un ancien de la DGSE » qui allait sur scène « donner sa part de vérité sur une affaire qui pourrait bien constituer le plus grand scandale d’État de ce début de 21è siècle » et déblatérer une bonne heure sur le « fond de corruption, de disparitions inexpliquées et d’une guerre qui a mené au chaos ». Ce Grand Spectacle devait être mis en scène par un collectif de théâtreux complètement allumés, Superamas, qui déjà en 2012 produisait des monuments de confusionnisme sur la Libye en imaginant un « printemps belge » que Khaddafi serait venu libérer avec des filles en mini-short et flingues et des danseuses orientales se « dévoilant » pour « mettre à nu la fabrique de l’info » et faire “exploser les barrières entre réalité et fiction (c’est-à-dire toutes les représentations du réel qui nous sont servies religieusement sous l’appellation abusive et un brin tendancieuse d’ « informations »)”. (oui y’a des images…)

Alexis Poulin est aussi devenu aujourd’hui chroniqueur sur Bouvelard Voltaire où il sert la soupe à l’extrême droite.

Il explique cette démarche fasciste par un « refus de se replier sur nos réseaux » en allant porter la « lutte culturelle gramscienne ».

Comme pour beaucoup de choses avec Poulin, tout a commencé avec un tweet de mise en valeur de lui même, demandant mi blagueur mi sérieux d’être invité par les rédacs lorsque celles ci invitent Eric Zemmour. « les rédacs, quand vous l’invitez, invitez moi qu’on rigole ». Boulevard Voltaire le prend au mot, l’invite donc à discuter le bout de gras et Poulin y va, (la semaine de l’attentat antisémite en Allemagne). Il explique alors, au micro de Boulevard Voltaire que : « j’ai pas dit que j’étais pas d’accord avec Zemmour » ; que « On est aujourd’hui dans une société où les communautés font la loi et on est en train de perdre l’idée de nation »; qu’il faut « remettre au goût du jour le débat sur l’identité », que « Sarkozy a essayé » ainsi que « Valls avec la déchéance de nationalité, mais ce débat on veut pas l’avoir », qu’il est ravi du discours de Macron sur l’hydre islamiste, que « les travailleurs étrangers viennent voler le travail des Français » (George Marchais le disait bien donc c’est bon c’est de gauche); ou encore que « des territoires entiers qui ont été laissés aux communautés, par principe parce que finalement les plans banlieues on en a eu plein, je veux pas stigmatiser les quartiers mais… »

Depuis cette prestation qu’il considère donc comme incarnation de la “lutte culturelle gramscienne”il est devenu chroniqueur régulier sur Boulevard Voltaire.

Mais Poulin sait aussi se replier sur ses réseaux quand il le faut. Ainsi il semble bon ami avec Arnaud, chroniqueur à Valeurs Actuelles. Quand Poulin sur Russia Today parle des « élites transnationales » qui fomentent l’éclatement des communautés contre la force du peuple, Arnaud applaudit.
Quand Arnaud a un petit creu médiatique, Poulin l’invite dans sa revue “le Monde Politique”. Et quand Arnaud devient le rédac chef de la très ancienne revue Politique et Parlementaire en février 2019, Poulin devient un mois plus tard chroniqueur dans cette même revue.

On le voit Alexis Poulin a bien changé depuis l’époque où il vantait, dans les pages de la revue du MEDEF, les mérites démocratiques du lobbying à Bruxelles. Grace à la télé insoumise il n’est plus cet ardent combattant de la startup nation mais un chroniqueur d’extrême droite et interviewer d’Asselineau. Mais…

Comme dit la fable, chassez le naturel…

C’est ainsi qu’en mars 2019, Poulin, renouvelait avec son amour du lobbying de la startup pour se faire un temps vendeur de Chatbot à l’INPI.
Vous savez quand vous devez déposer un nom, un brevet, un scénar, il faut aller déposer (avec un chèque) le nom à l’Institut National de la Propriété Intellectuelle. Et bien désormais l’INPI est doté d’un chatbot, un robot qui répond à vos questions par chat. C’est Alexis Poulin qui leur a vendu pour le compte de la société de son ami Antoine (le même avec qui il a fondé « le Monde Moderne »). Bon après tout rien ne prouve que Poulin ait obtenu rémunération dans cette affaire, il a aussi pu tout a fait œuvrer à titre gracieux pour le bien du service public et pour la société de son ami. L’homme est passé par l’Insoumission après tout, il a des valeurs, et chante désormais bien haut la critique de la start-up nation venue se faire du beurre sur l’argent public.

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