"Je n'ai pas vécu la liberté, mais je l'ai écrite sur les murs" (la révolution syrienne)

My name is Fatima and I am a citizen of Kabul

in Féminisme/Mémoires Vives/Révolution by

J’ai connu Fatima par l’intermédiaire du collectif Urgence Afghanes que nous avons lancé suite à la chute de Kaboul. Son courage, sa combativité, son dévouement et son combat pour les droits des femmes et de la démocratie m’ont laissée sans voix. Nous avons beaucoup à apprendre de la résistance afghane. History will not forget. 

La version française est à la suite de la version anglaise qu’elle m’a faite parvenir.

My name is Fatima Karimi and I am a citizen of Kabul. I am from a small minority, Bayat, which didn’t even have a name until last year.

I am a 28-year-old girl from Afghanistan, a country where I have always been challenged and I have stood proudly with all my might against any type of injustice.

I am a girl from a land where I have defended the teachings of democracy and human rights while fearing suicide attacks and explosions every day.

For over 10 years, I have been working in various cultural, social, and political fields in my country. I have worked with national and international institutions with a patriotic mindset for my country. I also have experience working with the government. I have always worked to preserve the achievements and values we obtained in the last two decades. Before the Taliban take-over, I was promoting and defending women’s rights at every level.

I have always been opposed to injustice, inequality, privilege, harassment (and the denial of capacities and capabilities in every intellectual group).

Even now that the Taliban are back in power, I am not afraid to speak out against their wrongdoings. Every day, by writing and criticizing their mistakes, I try to make it clear to them that history will not forget. I hope the world is watching. I sometimes think that all the doors have been slammed on us, as if we were bad people, a bad nation.

I sometimes think that it was all an illusion. The very principles of our constitution did not even last a day under their leadership, it all collapsed so quickly. From equal rights, civil rights, human rights, women’s rights, minority rights, the simple principle of equality between citizens, religious freedom, freedom of expression, the right to assembly and protest to the fair and equal use of natural resources for all citizens.

Having said that, I would like to emphasize once again that any government, from anywhere in the world should consider the principles of competence, honesty, and commitment in addition to providing and observing the above.

Statistics reveal horrifying facts about the situation of Afghan women: from unemployment to domestic violence, to the multiplication of women’s responsibilities in their home and in housekeeping to the unveiling of government-approved clothing.

Add to these the death threats directed against journalists and activists, the destruction of the Ministry of Women, the removal of all women from the cabinet and in society as a whole.

The right to education, the right to work, the right to choose one’s clothes, the right to lead in a highly patriarchal and traditional society were once effective, but that only happened after countless sacrifices from us.

From my understanding, in today’s world, these rights are among the most basic demands and they do not even need to be addressed in most countries. But here, in my country, you have to be beheaded, split in two, and your bones broken by such a burden to possibly, eventually, be allowed to have these basic rights.

However there has never been a real support system put in place to protect this progress; it was a failed project and a game of fate.

The fall of Afghanistan into the hands of the Taliban showed that our gains were, in fact, a very fragile bubble and it exploded the minute the US left our country…

But the perseverance of a number of courageous Afghan women revealed that the women of today are, to put it simply, not the same. They are ready to resist, at any costs.
The direct confrontation of Afghan women with the Taliban is unparalleled in history. Today, it is a tremendous source of courage and strength.

The vision of these women, with their colorful presence, protesting in the horrible streets of several provinces of Afghanistan gave birth to a new project, a new ideal, away from the empty illusion of “individual success and progress” that the government sold us for years,

The lesson that women from around the world should learn from us, women of Afghanistan, is to not rest on a few active programs for gender equality and be prepared to fight with endurance, resistance and heroism.

History showed us that nothing, no progress is ever gained for good. We are doing it. We are doing it against the most dangerous terrorist group in the world. You can (should?) do it too.

 

 


 

 

Je m’appelle Fatima Karimi et je suis citoyenne de Kaboul. Je viens d’une petite minorité, Bayat, qui n’avait même pas de nom jusqu’à l’année dernière. Je suis une jeune fille de 28 ans originaire d’Afghanistan, un pays où j’ai toujours été mise au défi et je me suis fièrement dressée, de toutes mes forces, contre tout type d’injustice. Je suis une fille d’un pays où j’ai défendu les enseignements de la démocratie et des droits de l’homme tout en craignant chaque jour des attentats suicides et des explosions.

Depuis plus de 10 ans, je travaille dans divers domaines culturels, sociaux et politiques de mon pays. J’ai travaillé avec des institutions nationales et internationales avec un état d’esprit patriotique pour mon pays. J’ai également une certaine expérience de travail avec le gouvernement. J’ai toujours travaillé pour préserver les accomplissements et les valeurs que nous avions obtenues au cours des deux dernières décennies. Avant la prise de pouvoir par les Talibans, je défendais et j’œuvrais pour la défense des droits des femmes à tous les niveaux.

J’ai toujours été opposé à l’injustice, à l’inégalité, aux privilèges, au harcèlement (et au déni des capacités et des moyens à l’encontre d’aucun groupe intellectuel).

Même maintenant que les Talibans sont de retour au pouvoir, je n’ai pas peur de dénoncer leurs méfaits. Chaque jour, en écrivant et en critiquant leurs erreurs, j’essaie de leur faire comprendre que l’histoire n’oubliera pas. J’espère que le monde regarde. Je pense parfois que toutes les portes nous ont été claquées à la figure, comme si nous étions de mauvaises personnes, une mauvaise nation.

Je pense parfois que tout cela n’était qu’une illusion. Les principes mêmes de notre constitution n’ont pas tenu un jour sous leur direction, tout s’est effondré si vite. De l’égalité des droits, des droits civils, des droits de l’homme, des droits des femmes, des droits des minorités, du simple principe d’égalité entre les citoyens, de la liberté religieuse, de la liberté d’expression, du droit de réunion et de protestation à l’utilisation juste et équitable des ressources naturelles pour tous les citoyens.

Cela dit, je voudrais souligner une fois de plus que tout gouvernement, n’importe où dans le monde, devrait tenir compte des principes de compétence, d’honnêteté et d’engagement en plus de fournir et d’observer ce qui précède.

Les statistiques révèlent des faits horribles sur la situation des femmes afghanes : du chômage à la violence domestique; de la multiplication des responsabilités des femmes dans leurs foyers et l’entretien ménager au dévoilement de vêtements approuvés par le gouvernement.

Ajoutez à cela les menaces de mort dirigées contre les journalistes et les militantes, la destruction du ministère de la Femme, le retrait de toutes les femmes du cabinet et de la société dans son ensemble.

Le droit à l’éducation, le droit au travail, le droit de choisir ses vêtements, le droit de diriger dans une société hautement patriarcale et traditionnelle étaient autrefois effectifs, mais cela n’a été obtenu qu’après d’innombrables sacrifices de notre part.

D’après ce que je comprends, dans le monde d’aujourd’hui, ces droits sont parmi les demandes les plus fondamentales et ils n’ont même pas besoin d’être abordés dans la plupart des pays. Mais ici, dans mon pays, vous serez décapité, coupé en deux, et vos os brisés par un tel fardeau pour éventuellement, un jour peut-être, être autorisé à avoir ces droits fondamentaux.

Cependant, il n’y a jamais eu de véritable système d’accompagnement mis en place pour protéger ces progrès; c’était un projet raté et un jeu du destin.

La chute de l’Afghanistan aux mains des Talibans a montré que nos gains étaient, en fait, une bulle très fragile et elle a explosé à la minute où les États-Unis ont quitté notre pays…

Mais la détermination sans faille d’un certain nombre de femmes afghanes courageuses a révélé que les femmes d’aujourd’hui ne sont, pour le dire simplement, pas les mêmes. Elles sont prêtes à résister, coûte que coûte.

La confrontation directe des femmes afghanes avec les Talibans est sans précédent dans l’histoire. Aujourd’hui, c’est une formidable source de courage et de force.

La vision de ces femmes, avec leur présence colorée, manifestant dans les rues affreuses de plusieurs provinces d’Afghanistan a donné naissance à un nouveau projet, un nouvel idéal, loin de la vaine illusion de “réussite individuelle et de progrès” que le gouvernement nous a vendu de nombreuses années.

La leçon que les femmes du monde entier devraient tirer de notre expérience, à nous femmes d’Afghanistan, de ne pas se reposer sur quelques programmes et initiatives pour l’égalité des sexes et d’être prêtes à se battre avec endurance, résistance et héroïsme.

L’histoire nous a montré que rien, aucun progrès n’est jamais gagné pour de bon. Nous le faisons. Nous le faisons contre le groupe terroriste le plus dangereux au monde.

Vous pouvez (vous devriez ?) le faire aussi.

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