"Je n'ai pas vécu la liberté, mais je l'ai écrite sur les murs" (la révolution syrienne)

Qui est séparatiste ? Entretien avec Zinedine Gaid, professeur de philosophie, MHS Paris

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Zinedine Gaid est enseignant en philosophie. Il travaillait auprès des élèves du collège/lycée MHS, établissement parisien privé universaliste, acceptant le port des signes religieux. L’établissement a été fermé le 23 novembre pour “raisons administratives”, et présenté par les autorités comme un repaire de dangereux séparatistes. Lorsque je lui ai proposé cet entretien, je ne savais pas s’il accepterait dans la situation extrêmement difficile qui est la sienne, peu propice à la réflexion intellectuelle. Et je ne m’attendais certes pas à recevoir un travail de cette ampleur, pour lequel je le remercie infiniment . Bien loin des débats empoisonnés, grossiers et absurdes qui font le miel des polémistes en ce moment, on trouvera ici le récit d’une persécution, mais aussi et surtout l’affirmation d’une pensée libre qui se refuse au cadre défini par la persécution. Si vous souhaitez soutenir le projet MHS, mais aussi ses élèves et ses salariés, vous pouvez les contacter sur leur page Facebook, où vous trouverez leur parole à toutes et tous. Zinedine Gaid écrit également sur les sujets abordés ici sur le site Mizane.info ______________________________________ Nadia Meziane: D’abord où en êtes-vous, concrètement, après la fermeture définitive de votre établissement, en tant que communauté éducative ? Question très terre à terre, mais vous avez vécu une offensive répressive, idéologique, vous avez été, en tant que professeurs et élèves attaqués publiquement. Et du jour au lendemain, vous vous êtes retrouvés sans travail et pour les élèves, sans collège ni lycée. Votre directrice est interdite d’exercer et doit payer une…

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L’école au temps de l’hystérie islamophobe

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Il y a des temps dans la vie d’un pays où l’on sent que tout s’emballe, qu’une sorte d’hystérie s’installe. On a du mal à se rappeler précisément à quel moment tout à commencé à déraper, pourquoi on en est arrivé là, mais le constat est implacable Les décisions irrationnelles succèdent aux prises de parole intempestives, la concurrence entre excités et haineux emporte la raison des plus faibles, chaque événement est analysé au prisme du soupçon d’une cinquième colonne intérieure qui minerait, par son refus de disparaître par fusion et dissolution dans le corps commun, la communauté dans son ensemble. Il semble que malheureusement nous en soyons là. Que cette séquence ait été ouverte en 1954, 1962, 1973, 1989, 2001, 2004, 2012, 2015 ou le 16 octobre 2020 importe peu. S’évertuer à trouver l’événement autour duquel se cristallisent les tensions formidables et la détestation de tous contre tous qui semble nous agiter c’est la marotte de ceux qui de Cnews aux plus hautes sphères de l’État pensent que trouver un point de départ permettra de désigner un ennemi clairement identifié, s’exonérant par la même de toute réflexion profonde sur les raisons structurelles qui empêchent un modèle qui a l’ambition de permettre la réalisation d’un progrès politique, économique et social pour tous. Et l’on peut légitimement penser que lorsque cette agitation continuelle, ces conflits, cette haine touchent l’école, qu’ils prennent pour cadre l’école, qu’ils visent une partie des élèves de cette école, nous ne sommes plus très loin du désastre. Bien…

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Day of the Rope au Capitole: le jour où le mythe néo-nazi a pris corps

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Dans toute politique réussie, il y a une part de magie. Au sens de pratique magique, de rituels irrationnels et normalement inopérants mais qui vont avoir des effets dans le réel parce que la croyance en eux est suffisamment importante dans un corps social pour que les acteurs s’y conforment. Ce qui s’est passé au Capitole relève du Récit qui s’est incarné parce qu’il était suffisamment puissant et même dans les esprits de ceux qui le combattaient. De manière bassement rationnelle, ce qui s’est produit relevait normalement de l’impossible. Il ne s’agissait pas, en effet, d’une tentative de coup d’État. Un coup d’État se prépare dans l’ombre, en secret. L’attaque du Capitole a eu comme dirigeant apparent, un homme qui l’annonçait tranquillement depuis des semaines. Un coup d’État nécessite de petites unités clandestines armées qui choisissent des objectifs stratégiques clés et les prennent d’assaut le moment venu, en comptant sur la stupéfaction de leurs opposants, et pas seulement sur le soutien de la masse de leurs partisans. Depuis des semaines, des milliers et des milliers de suprémacistes blancs, d’accélérationnistes en tous genres, de Républicains pro-Trump clamaient que le 6 janvier serait la date du grand affrontement avec la démocratie américaine (1). Il y avait partout des appels, des hashtag, des cars et des voyages organisés pour l’insurrection qui vient et même des goodies, des casquettes et des sweat-shirts ornés d’un «  Civil War-6th January » fabriqués et commandés d’avance. Sans la magie politique, de celle qui envoûte le camp d’en…

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Le rôle des plateformes dans le fascisme d’intérêt public

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Non le PDG de Twitter n’a pas décidé seul de supprimer le compte du président US. Non les plateformes ne sont pas en détention d’un monopole d’un service public et non, la suppression d’un compte n’est ni une censure, ni la régulation unilatérale du débat public. Ce qui vient d’arriver avec la suppression du compte Twitter de Donald Trump suite aux émeutes du Capitole est l’aboutissement d’un processus long et complexe, et d’une révolution dans la politique de modération des plateformes qui a pu avoir lieu dans le contexte de l’épidémie de Covid et grâce au mouvement antiraciste de Black Live Matters et des solidarités qu’il a engendré dans la société. Petit retour en arrière D’abord il faut se souvenir de pourquoi Trump était sur Twitter. Trump était sur Twitter afin de contourner l’organisation démocratique normale, ses régulations et ses contre-pouvoir, notamment les médias. Trump n’a eu de cesse d’insulter, menacer et mépriser les journalistes qui lui posaient des questions ou faisaient des enquêtes. Pour ce faire il a pu recourir à un outil qui est Twitter et grâce auquel il pouvait, en très peu de mots, dicter une politique sans avoir à s’en expliquer, ni en conférence de presse (qui étaient passées à insulter les journalistes) ni face à une opposition politique, ni face à sa propre administration. C’est ça que permettait Twitter, une parole en nombre de mots ultra réduits passé directement du leader charismatique au “peuple” sans aucun intermédiaire, limitation ou contrôle. Twitter de son côté, ainsi…

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Bourgoin, le True Crime et l’Extrême droite

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  Un peu de contexte Soyons honnêtes, j’ai toujours eu un problème avec Stéphane Bourgoin. Comme n’importe quelle personne francophone qui s’intéresse aux tueurs en série, j’ai beaucoup croisé les écrits de Bourgoin qui est considéré comme le plus grand spécialiste français sur le sujet. Pourtant, je n’ai jamais aimé le lire tant il me semblait visible que Bourgoin manquait de profondeur dans son approche du sujet, ressassait et simplifiait ce qu’il lisait lui-même ailleurs et surtout laissait une grande place dans ses livres à des descriptions morbides qui me semblaient superflues et voyeuristes. J’étais également irrité de voir quelqu’un que je percevais (pourtant sans preuves à l’époque) comme un pseudo-spécialiste avoir autant d’audience pour diffuser des idées poussiéreuses et simplistes sur la psychologie humaine. Je m’inquiétais de son influence, et pour cause, Bourgoin a toujours été invité sur les plus grands plateaux télé, dans les plus importants journaux et ses livres (une cinquantaine) sont lus par des millions de lecteurs. Un autre fait, plus récent et qui alimentait ma méfiance, est que Stéphane Bourgoin a commencé à être édité chez Ring en 2013 (et nommé directeur de deux collections chez eux “Murder Ballads” et “Train de nuit”). Ring est une maison d’édition que l’on pourrait qualifier d’extrême droite (bien qu’elle s’en défende), et pourtant Bourgoin ne semblait pas avoir de problème moral à être édité aux côtés d’auteurs tels qu’Obertone, Marsault, Geoffroy Lejeune, Alexandre Mendel, ou Papacito. Edit: suite aux révélations sur Bourgoin, Ring s’est empressé de dire à…

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#metoo #maispaspourtouTEs

in Féminisme by

Aujourd’hui, je voudrais parler de mes doutes sur #MeToo. Alors je transpire un peu, j’ai l’impression que je devrais me fendre d’un disclaimer, dire que je suis féministe et que oui #MeToo c’est important. Et ça déjà, ça m’interroge, d’avoir ce réflexe de me défendre : #MeToo c’est un peu sacré, on n’y touche pas. Mais moi j’ai plein de questions, de doutes, et un peu de colère, aussi. Allons-y, un peu en vrac.

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La guerre d’Assad est la continuation de la solution politique par d’autres moyens

in Révolution by

La guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens. C’est grâce à cette définition de Clausewitz que l’on peut répondre à tous les partisans d’une « solution politique » en Syrie, que l’offensive actuelle du régime d’Assad et de ses alliés n’est rien d’autre que la continuation de la “solution politique” par d’autres moyens. Cette posture, en opposant solution politique et solution militaire laisse croire qu’il y aurait une séparation claire et nette et mythique entre guerre et paix. Une façon pour les « réalistes » de constituer leur réalité alternative, une « solution politique » dont on ne sait pas grand chose si ce n’est qu’elle serait l’exact inverse de la situation actuelle. Cette inversion stricte entre les deux états permet ainsi aux « réalistes » d’en appeler à leur fameuse solution politique sans jamais identifier dans le réel le point où se rejoindraient les « solutions militaires » et la « solution politique » et qui permettrait de comprendre comment passer de l’un à l’autre. Or il n’en est rien, les frontières entre guerre et paix sont de plus en plus brouillées pour le meilleur mais aussi pour le pire et le cas de la Syrie est exemplaire à ce titre. Le droit de la guerre s’étend, il y a de plus en plus de zones de désescalade, de cessez le feu, de zones tampons, de négociations pour l’accès des ONG, de couverture médiatique, tout ceci étant des logiques de « paix », de droit des civils qui viennent réguler les logiques de guerre. Mais le brouillage des frontières produit…

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L’histoire d’Assange comme miroir de l’Internet fasciste

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Julian Assange est un personnage fascinant. Il a su déployer un récit tellement puissant que ce récit permet d’effacer, d’occulter, d’oublier la réalité au profit de la figure héroïque incarnée par Assange. De façon caractéristique c’est lorsque que l’on s’est rendu compte que les promesses de renouveau démocratique qu’internet devait apporter au journalisme n’ont pas été tenues qu’Assange a cessé d’être toléré comme nombre d’autres comme lui. Assange est un produit de l’internet, style ligue du LOL ou 18-25, masculinisme, antisémitisme, culture du viol. Julian Assange par exemple n’est pas un « lanceur d’alerte ». Snowden est un lanceur d’alerte. Snowden travaillait à la NSA, a volé des documents à son employeur et les a transmis à un journaliste qui les a publié. Julian Assange est un informaticien qui a fondé un site qui devait garantir l’anonymat et la sécurité aux lanceurs d’alertes. On reste songeur devant les années de prison qu’a dû effectuer Chelsea Manning, la lanceuse d’alerte qui avait fait confiance à Wikileaks pour envoyer ses documents. Encore plus songeur à se dire que Manning a été mis en contact avec le type qui allait le dénoncer grâce à une erreur d’Assange qui a envoyé un mail en copie au lieu de copie cachée… Julian Assange est, en principe, journaliste C’est en tout cas ainsi qu’il se définit dans une lettre au président Hollande suppliant que la France l’accueille. Cette lettre est d’ailleurs un modèle de la façon dont Assange sait réécrire l’histoire et des rôles qu’il peut alterner : hacker,…

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Christchurch: le conspirationnisme comme légitimation de la lâcheté meurtrière.

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« The unarmed invader is more dangerous that the armed ». L’envahisseur non armé est plus dangereux que l’envahisseur armé. Dans le long pensum de Brenton Tarrant, c’est cette phrase là qu’on doit retenir. Celle qui entend justifier un récit où le lâche serait un preux chevalier. Cette phrase là qui au fond est la pierre de touche de tous les militantEs racistEs. Cette inversion du réel, transformé en récit héroïque. C’est une des fonctions principales de la théorie du Grand remplacement : faire d’une offensive impitoyable contre des innocents désarmés une guerre où des combattants courageux affronteraient des ennemis surpuissants. Mais les tueurs d’extrême-droite en Europe, aux Etats Unis ou en Nouvelle Zélande n’affrontent personne. Ils tuent, seulement. Tarrant a cité cinq tueurs censés être les « chevaliers » de son armée fantasmée.

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Les réseaux, les mots, les corps – la censure sens dessus dessous

in Médias etc. by

Le sujet de la modération à plusieurs vitesses du réseau social Facebook revient depuis des années, sans évolution positive de la part du réseau social; plus récemment Instagram est devenu aussi la cible de critiques semblables. Je suis utilisatrice des deux réseaux, à la fois en tant que queer féministe et en tant qu’artiste visuelle, et donc habituée du traitement problématique que Facebook et Instagram impose aux contenus que nous lui fournissons. En rejoignant ces deux réseaux dans leur politiques réactionnaires, Tumblr, réputé beaucoup plus libre, a surpris tout le monde. Il y aurait aussi beaucoup à dire sur Youtube, sa maison-mère Google, Twitter, etc – mais cet article ne prétend pas à l’exhaustivité et s’attarde en particulier sur les premiers réseaux cités.

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