"Je n'ai pas vécu la liberté, mais je l'ai écrite sur les murs" (la révolution syrienne)

Lettre à Franck Lepage

in Antisémitisme/Chroniques du déni/Négationnisme/Non classé/pandémie/Traces by

Cher Franck Lepage, Comme beaucoup de mes collègues animateurs socio-culturels je t’ai admiré. Comme beaucoup de mes collègues j’ai aimé que tu popularises la notion d’éducation populaire. J’ai aimé que tu racontes son histoire en plantant des tomates. J’ai aimé comme tout le monde le clou d’inculture 1 quand tu jouais avec les mots autour de la notion de projet. Bon j’avais bien quelques réserves sur ton spectacle, notamment quand tu parles de théâtre, quand tu parles du festival d’Avignon, quand avec connivence tu regardes le public en disant « Ce n’est pas Jean Vilard qui à créé le festival d’Avignon mais cela on ne vous l’a pas dit ». Or quiconque a déjà ouvert un livre sur l’histoire du festival d’Avignon sait qu’il s’appelait au départ « Une semaine d’art » et que c’est Christian Zervos et le poète René Char  qui sont à l’initiative de cette action. Je trouvais qu’il y avait quand même aussi un écart entre ce que tu disais sur les médiateurs culturels qui « balançaient sur les jeunes de l’art contemporain » et  ce qu’il se passait réellement dans les séjours des Céméa au festival d’Avignon qui faisaient parfaitement le pont entre l’éducation populaire et la culture souvent perçue comme élitiste. Je voyais mes ami.e .s animer ces séjours et je me rendais bien compte qu’ils ne balançaient pas de la culture sur les jeunes, mais qu’ils construisaient ces séjours ensemble, de manière bien moins descendantes que tes conférences gesticulées et que les animateurs construisaient avec les jeunes un parcours théâtral…

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Maurras et Pétain, faux plis du drapeau de Macron

in Antisémitisme/Chroniques du déni/islamophobie by

« Nous sommes devenus une société victimaire et émotionnelle. La victime a raison sur tout. Bien sûr, il est très important de reconnaître les victimes, de leur donner la parole, nous le faisons. Mais dans la plupart des sociétés occidentales, nous assistons à une forme de primat de la victime. Son discours l’emporte sur tout et écrase tout, y compris celui de la raison. Par conséquent, celui qui a tenu un discours antisémite ou a collaboré tombe forcément dans le camp du mal radical. Je combats avec la plus grande force l’antisémitisme et le racisme, je combats toutes les idées antisémites de Maurras mais je trouve absurde de dire que Maurras ne doit plus exister. Je me suis construit dans la haine, dans le rejet de l’esprit de défaite et de l’antisémitisme de Pétain mais je ne peux pas nier qu’il fut le héros de 1917 et un grand militaire. On doit pouvoir le dire. À cause de la société de l’indignation, qui est bien souvent de posture, on ne regarde plus les plis de l’Histoire et on simplifie tout. » – Emmanuel Macron, dans l’interview accordée à L’Express le jeudi 17 décembre 2020. Comment perdre une autre occasion de se taire ? Emmanuel Macron peut, à juste titre, dans l’entrevue qu’il accorde à L’Express s’alerter que la parole publique soit aujourd’hui affaiblie par le relativisme, par des commentaires permanents qui finissent par faire oublier le sens premier même de cette parole. Mais le moins que l’on puisse écrire c’est…

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Mad Camp

in Mémoires Vives/Non classé/pandémie/Traces by

26/09/2020 L’hôpital “C’est plus difficile de remonter que de descendre” me dit la dame sur le patio, en tirant sur sa cigarette. J’étais en train de grimper à ma fenêtre du rez-de-chaussée. Sacrée belle métaphore pour la dépression, je lui réponds en rigolant. Je suis arrivée hier, en train et en taxi. Au beau milieu de la carte de France, dans le Berry. J’y avais jamais foutu les pieds et j’aime pas Richard Berry mais faut avouer que c’est joli. Je relis Christian Bobin, “La grande vie”, au milieu de la petite forêt de la clinique et ça aussi c’est très joli. Il fait enfin frais, je porte un bonnet et une écharpe et je suis ravie. J’ai dû refaire un test PCR (mon deuxième en un mois bordel de chiotte) avant mon arrivée. C’est très chiant mais c’est normal, je viens d’un département rouge-sa-mère et le Berry est dans le vert. Troisième protocole de curage de nez ce matin et rien n’y fait, je continue à attraper les mains de l’infirmier en marmonnant for fuck sake dans ma barbe. Et en attendant les résultats lundi, et ben je dois rester confinée dans ma petite chambrée. On m’apporte mes repas et j’ai le droit de fumer des clopes à la fenêtre. Ce matin, l’infirmière qui m’a fait mon ECG m’a dit que je pouvais faire le mur pour fumer mon CBD, trop compliqué d’expliquer aux collègues que ça sent la weed mais ça n’en est pas. Le jeune psychiatre de…

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Le désir de révolution et le religieux au temps de 68

in Féminisme/Mémoires Vives/Religions/Révolution by

En 1968, nous les jeunes militants révolutionnaires rêvions d’un autre monde et nous étions sûrs qu’il allait advenir. En pleine guerre froide alors que la décolonisation commençait à peine et que nous sortions de deux guerres coloniales sanglantes en Indochine et en Algérie, deux défaites pour la France, alors qu’au Vietnam les gouvernements américains s’enlisaient dans une interminable et terrible guerre contre les combattants de la liberté et que la jeunesse progressiste luttait à la fois pour les droits civiques et contre la guerre qui les décimait, nous rêvions de Révolution. L’ « immigré » Il n’y avait pas de jeunes immigrés ou « issus de l’immigration » dans les banlieues. Les immigrés qui venaient en France travailler dans les usines automobiles, vivaient pour la plupart seuls dans des foyers sordides, deux ou trois par chambres minus­cules. Ils dormaient sur des lits superposés de métal et parfois lorsqu’ils faisaient les trois-huit, ils se partageaient le même couchage à des horaires différents. Ils préparaient collectivement leur nourriture dans des grands chaudrons sur des réchauds à gaz ou à alcool. Le soir, ils se retrouvaient devant le couscous le plat de poisson ou au café. Sans femmes, sans enfants, ceux-là étaient au pays, dans leurs tribus ou leur bled aride et mi­sérable. L’ouvrier immigré ne rentrait chez lui qu’une fois par an s’il avait pu économiser pour payer son voyage. Le regroupement familial n’existait pas. « L’immigré » était mascu­lin, seul et adulte. D’ailleurs il n’y avait pas encore de barres d’HLM en banlieue, ou si peu. Par…

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La question de l’enseignement de l’arabe, entre postures racistes et justifications utilitaristes à côté de la plaque.

in Chroniques de la violence brune/Ecole/islamophobie/Laïcité/Mémoires Vives by &

La question de l’enseignement de cette langue dans le système scolaire français est devenu un marronnier depuis déjà bien trop longtemps. À intervalle régulier, l’opinion est secouée par le surgissement de ce débat, souvent à l’issue de l’initiative d’une ou d’un ministre de l’éducation nationale proposant de faciliter l’enseignement de cette langue. En 2016 comme en 2018 et encore aujourd’hui, ceux qui s’émeuvent de cette initiative ne cachent même pas le racisme autour duquel leurs éructations se construisent. Et ils racontent à peu près tout et n’importe quoi pour fustiger cette mesure. Pour ces éminents connaisseurs de l’école et du destin des enfants d’immigrés, cet apprentissage favoriserait le communautarisme. Comme si la possibilité offerte à des enfants ou petits enfants d’arabophones d’apprendre à l’école la langue de leurs ascendants allait immédiatement précipiter toute cette marmaille vers les classes de langue arabe. Réflexion digne d’une moule, mais on ne sera guère étonné de la part de Ménard et consorts. Un petit décentrement sur les choix linguistiques des descendants d’Italiens ou d’Espagnols leur aurait suffi pour ne pas raconter n’importe quoi. Combien sommes-nous à ne même pas avoir envisagé d’apprendre à l’école une langue qui nous rattachait immédiatement à notre altérité ? Combien il a fallu de détours aux descendants d’Italiens de seconde ou troisième génération, ce qui est la situation de la grande majorité des élèves éventuellement concernés par cet enseignement de l’arabe aujourd’hui, pour s’intéresser à la culture et à la langue italienne autrement qu’à travers la composition des repas…

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Bourgoin, le True Crime et l’Extrême droite

in Chroniques de la violence brune/Féminisme/Médias etc. by

  Un peu de contexte Soyons honnêtes, j’ai toujours eu un problème avec Stéphane Bourgoin. Comme n’importe quelle personne francophone qui s’intéresse aux tueurs en série, j’ai beaucoup croisé les écrits de Bourgoin qui est considéré comme le plus grand spécialiste français sur le sujet. Pourtant, je n’ai jamais aimé le lire tant il me semblait visible que Bourgoin manquait de profondeur dans son approche du sujet, ressassait et simplifiait ce qu’il lisait lui-même ailleurs et surtout laissait une grande place dans ses livres à des descriptions morbides qui me semblaient superflues et voyeuristes. J’étais également irrité de voir quelqu’un que je percevais (pourtant sans preuves à l’époque) comme un pseudo-spécialiste avoir autant d’audience pour diffuser des idées poussiéreuses et simplistes sur la psychologie humaine. Je m’inquiétais de son influence, et pour cause, Bourgoin a toujours été invité sur les plus grands plateaux télé, dans les plus importants journaux et ses livres (une cinquantaine) sont lus par des millions de lecteurs. Un autre fait, plus récent et qui alimentait ma méfiance, est que Stéphane Bourgoin a commencé à être édité chez Ring en 2013 (et nommé directeur de deux collections chez eux “Murder Ballads” et “Train de nuit”). Ring est une maison d’édition que l’on pourrait qualifier d’extrême droite (bien qu’elle s’en défende), et pourtant Bourgoin ne semblait pas avoir de problème moral à être édité aux côtés d’auteurs tels qu’Obertone, Marsault, Geoffroy Lejeune, Alexandre Mendel, ou Papacito. Edit: suite aux révélations sur Bourgoin, Ring s’est empressé de dire à…

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#metoo #maispaspourtouTEs

in Féminisme by

Aujourd’hui, je voudrais parler de mes doutes sur #MeToo. Alors je transpire un peu, j’ai l’impression que je devrais me fendre d’un disclaimer, dire que je suis féministe et que oui #MeToo c’est important. Et ça déjà, ça m’interroge, d’avoir ce réflexe de me défendre : #MeToo c’est un peu sacré, on n’y touche pas. Mais moi j’ai plein de questions, de doutes, et un peu de colère, aussi. Allons-y, un peu en vrac.

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La guerre d’Assad est la continuation de la solution politique par d’autres moyens

in Révolution by

La guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens. C’est grâce à cette définition de Clausewitz que l’on peut répondre à tous les partisans d’une « solution politique » en Syrie, que l’offensive actuelle du régime d’Assad et de ses alliés n’est rien d’autre que la continuation de la “solution politique” par d’autres moyens. Cette posture, en opposant solution politique et solution militaire laisse croire qu’il y aurait une séparation claire et nette et mythique entre guerre et paix. Une façon pour les « réalistes » de constituer leur réalité alternative, une « solution politique » dont on ne sait pas grand chose si ce n’est qu’elle serait l’exact inverse de la situation actuelle. Cette inversion stricte entre les deux états permet ainsi aux « réalistes » d’en appeler à leur fameuse solution politique sans jamais identifier dans le réel le point où se rejoindraient les « solutions militaires » et la « solution politique » et qui permettrait de comprendre comment passer de l’un à l’autre. Or il n’en est rien, les frontières entre guerre et paix sont de plus en plus brouillées pour le meilleur mais aussi pour le pire et le cas de la Syrie est exemplaire à ce titre. Le droit de la guerre s’étend, il y a de plus en plus de zones de désescalade, de cessez le feu, de zones tampons, de négociations pour l’accès des ONG, de couverture médiatique, tout ceci étant des logiques de « paix », de droit des civils qui viennent réguler les logiques de guerre. Mais le brouillage des frontières produit…

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L’histoire d’Assange comme miroir de l’Internet fasciste

in Médias etc. by

Julian Assange est un personnage fascinant. Il a su déployer un récit tellement puissant que ce récit permet d’effacer, d’occulter, d’oublier la réalité au profit de la figure héroïque incarnée par Assange. De façon caractéristique c’est lorsque que l’on s’est rendu compte que les promesses de renouveau démocratique qu’internet devait apporter au journalisme n’ont pas été tenues qu’Assange a cessé d’être toléré comme nombre d’autres comme lui. Assange est un produit de l’internet, style ligue du LOL ou 18-25, masculinisme, antisémitisme, culture du viol. Julian Assange par exemple n’est pas un « lanceur d’alerte ». Snowden est un lanceur d’alerte. Snowden travaillait à la NSA, a volé des documents à son employeur et les a transmis à un journaliste qui les a publié. Julian Assange est un informaticien qui a fondé un site qui devait garantir l’anonymat et la sécurité aux lanceurs d’alertes. On reste songeur devant les années de prison qu’a dû effectuer Chelsea Manning, la lanceuse d’alerte qui avait fait confiance à Wikileaks pour envoyer ses documents. Encore plus songeur à se dire que Manning a été mis en contact avec le type qui allait le dénoncer grâce à une erreur d’Assange qui a envoyé un mail en copie au lieu de copie cachée… Julian Assange est, en principe, journaliste C’est en tout cas ainsi qu’il se définit dans une lettre au président Hollande suppliant que la France l’accueille. Cette lettre est d’ailleurs un modèle de la façon dont Assange sait réécrire l’histoire et des rôles qu’il peut alterner : hacker,…

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Christchurch: le conspirationnisme comme légitimation de la lâcheté meurtrière.

in Chroniques de la violence brune by &

« The unarmed invader is more dangerous that the armed ». L’envahisseur non armé est plus dangereux que l’envahisseur armé. Dans le long pensum de Brenton Tarrant, c’est cette phrase là qu’on doit retenir. Celle qui entend justifier un récit où le lâche serait un preux chevalier. Cette phrase là qui au fond est la pierre de touche de tous les militantEs racistEs. Cette inversion du réel, transformé en récit héroïque. C’est une des fonctions principales de la théorie du Grand remplacement : faire d’une offensive impitoyable contre des innocents désarmés une guerre où des combattants courageux affronteraient des ennemis surpuissants. Mais les tueurs d’extrême-droite en Europe, aux Etats Unis ou en Nouvelle Zélande n’affrontent personne. Ils tuent, seulement. Tarrant a cité cinq tueurs censés être les « chevaliers » de son armée fantasmée.

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