"Je n'ai pas vécu la liberté, mais je l'ai écrite sur les murs" (la révolution syrienne)

Faut-il avoir peur d’enseigner l’histoire de France ?

in Chroniques du déni/Mémoires Vives by

Enseigner le cadre national conduit-il irrémédiablement à faire du “roman national” ? On serait tenté de le croire à la lecture de quelques réactions aux propos tenus dans le Monde par Souâd Ayada qui préside le Conseil Supérieur des Programmes chargé de rédiger une refonte de ceux-ci dans le cadre de la réforme du baccalauréat, notamment celle de Laurence De Cock. Pourtant les propos bien vagues de Souad Ayada ne laissent guère de place à la polémique. Ainsi écrit-elle « La langue française et l’histoire, de la France notamment, y occupent une place essentielle, non parce qu’elles servent seulement à promouvoir, dans une société en crise, le sentiment d’appartenir à la nation, mais parce que la maîtrise de la langue est la condition d’accès à tous les domaines de la culture, parce que la connaissance de l’histoire éclaire le présent et éclaircit l’avenir. » De ce seul passage, certains ont déduit un avenir sombre pour l’enseignement de l’histoire au lycée et le retour à une conception « nationalo-identitaire » de celui-ci.

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Le Père Paolo Dall’Oglio et les graines de la liberté

in Mémoires Vives by

Le Père Paolo Dall’Oglio, jésuite italien, ayant vécu en Syrie pendant plus de 30 ans, y avait restauré le monastère de Mar Moussa et fondé une communauté vouée au dialogue islamo-chrétien. Engagé depuis 2011 auprès des Syriens en lutte pour la liberté et la dignité, il fut expulsé du pays par Bachar El Assad en juin 2012. Le 29 juillet 2013, alors qu’il s’était rendu clandestinement à Raqqa, ville au Nord de la Syrie qui venait de tomber aux mains de l’Etat Islamique, pour poursuivre sa mission de dialogue, Paolo a été enlevé. Nous n’avons plus de nouvelles de lui depuis. Pour commémorer le cinquième anniversaire de cet enlèvement, nous invitons chacun à s’exprimer sur les réseaux sociaux, en partageant ce texte ou en rédigeant un texte personnel, en partageant un poème, une chanson, une photographie. Pour signifier que Paolo et son combat continuent à essaimer.

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Bagatelles pour un massacre, en “débat” à Sciences Po

in Chroniques de la violence brune by

Ce 3 juillet, Antoine Gallimard, entouré de quelques rédacteurs de notes de bas de pages pour pamphlets antisémites en édition de luxe, avait organisé avec la société d’études céliniennes, dont il est membre fondateur une causerie autour de la réédition de ” Bagatelles pour un massacre”. Le “débat” ouvrait un colloque sur “Céline et le politique”, qui se tiendra ces jours-ci à Sciences Po. Comme il n’y avait rien à débattre, mais tout à combattre, nous avons choisi de prendre la parole quelques minutes après l’arrivée d’Antoine Gallimard, et quitté la salle immédiatement après lecture de notre texte, étant très peu intéressés par la campagne publicitaire pour la saleté raciste que l’éditeur appelle oeuvre littéraire.

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Nos voisins, les tueurs

in Chroniques de la violence brune by

Trouver les mots pour Said El Barkaoui, ce n’est pas facile. Un Arabe tué par son voisin raciste. C’est difficile de dépasser ces mots là. Difficile de dire ce qu’on a toujours su aussi loin que nos souvenirs remontent. Que les hommes et les garçons arabes en France courent ce risque là, se faire tuer par un voisin raciste. Mais on l’a toujours su. On a toujours vu, dès l’enfance, cette hostilité particulière d’un voisin parmi d’autres envers notre père. Ces voisins il y en a partout, si bien qu’ils sont devenus des archétypes récurrents de films ou de romans. Le type un peu vieillissant, souvent alcoolique, le type qu’on entend gueuler sur l’état de la France ou sur ses gosses ou sur sa femme ou sur son chien, par la fenêtre ouverte. Sur tout cela et puis sur les Arabes. Le type dont tout le monde sait qu’il a une arme, parce qu’il le dit lui même, en ajoutant qu’un jour il s’en fera un. Le type qui souvent, n’est pas riche, le type qui souvent est un peu mis de côté quand même par d’autres voisins, le type dont tout le monde dit qu’il est lourd et un peu cinglé. Le type qui déteste ton père, le type aux regards noirs dans l’ascenseur, le type qui bafouille en hurlant des choses horribles et tu ne comprends pas tout. Tu as six ou sept ans, tu sais juste que ton père est très en colère, et tu t’interroges longtemps…

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A l’origine du journal Libération, l’APL, l’Agence de Presse Libération

in Mémoires Vives by

Le 18 juin 1971 une petite agence de presse est créée par des militants maos de la Gauche Prolétarienne et Maurice Clavel journaliste résistant catholique et gaulliste de gauche. J’imagine que la date du 18 juin fut choisie par ce dernier, en souvenir de l’appel du 18 juin 40. Cette agence de presse fut la matrice du journal Libération et j’ai vécu cette aventure. Comment le projet d’une agence de presse, d’extrême gauche, révolutionnaire, porté par les maos et quelques journalistes engagés put-il voir le jour et donner naissance à un nouveau journal Libération quelques mois plus tard ? 3 ans à peine après mai 68, les mouvements d’extrême gauche qui se voulaient pour la plupart révolutionnaires en France contestaient les pouvoirs établis: l’Etat et sa police, le capitalisme et la violence des milices patronales, le patriarcat puisque le mouvement de libération des femmes commençait à s’organiser en marge des groupuscules révolutionnaires où les hommes dominaient largement la parole et l’action, l’impérialisme qu’il soit américain ou soviétique (la guerre du Vietnam et la répression du printemps de Prague étaient encore très présents dans nos esprits), sans parler de l’antisionisme qui à l’époque ne se confondait pas encore avec l’antisémitisme. Le sionisme nous apparaissait en effet depuis l’occupation prolongée des territoires conquis en 67 comme un nouvel impérialisme à la solde de l’Amérique et nous n’hésitions pas à nous déclarer, pour certains d’entre nous, juifs et antisionistes[1]. La répression était terrible. Les mouvements d’extrême gauche étaient immédiatement dissous par l’Etat, les manifestations…

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Tal Bruttmann: L’antisémitisme n’est pas propre à la droite ou l’extrême droite, il a toujours été présent sur l’ensemble de l’échiquier politique

in Entretiens by &

Un entretien avec Tal Bruttmann historien, spécialiste de la Shoah. LC : Commençons par la fin. Quand on te demande pour qui tu écris, tu dis «  pour ceux qui veulent savoir ». Et tu ajoutes, à propos de certains de tes articles, qu’ils sont lus à peu près autant que des poèmes en auto-édition. A côté de ça, une bonne partie de l’activité négationniste a consisté ces vingt dernières années à penser et à mettre en œuvre, ce qu’on pourrait appeler une contre-éducation populaire. Eux, pour imposer leur propagande, ont massifié les mensonges sur le nazisme et le génocide, ont réussi à exploser toutes les barrières sociales qui font que plein de gens n’ont même pas l’idée de s’intéresser à l’Histoire. Est-ce qu’à un moment, en tant qu’historien, tu ne t’interroges pas avec tes collègues sur la nécessité et l’intérêt d’organiser une contre-offensive tout aussi massive ? Une partie de la production des historiens, les articles scientifiques notamment, s’adresse à un cercle restreint, en raison de la nature pointue ou technique de ces articles, publiés dans des revues spécialisées. Ce qui ne veut absolument pas dire que l’histoire ne doit pas être vulgarisée et diffusée auprès du plus grand nombre. C’est l’autre face du boulot d’historien. Mais on ne peut forcer personne à lire. Sauf que l’essentiel de la vulgarisation en histoire passe de fait par d’autres biais, comme les documentaires à la télé, voire des revues grand public. Et entre un livre qu’il faut aller acquérir, ou emprunter dans une…

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Berlin: Une semaine de soutien à la révolution syrienne face à la propagande des prétendus pacifistes

in Chroniques de la violence brune by

Trois évènements avec des ressemblances frappantes, vus à travers les yeux d’une Berlinoise : Une manifestation pro-Assad, Les veilles du lundi (« Montagsmahnwachen ») et une manifestation de Die Linke. Comment est-ce possible que, depuis 7 ans, les Syriens meurent sous les bombes de Poutine et d’Assad pendant que le monde entier les regarde et qu’au lendemain de l’intervention des Etats-Unis et ses alliés, qui dure à peine une heure, 1000 personnes descendent dans la rue à Berlin pour crier « non à la guerre ! » ? Qu’au-dessus de ces prétendus rassemblements « pour la paix » flottent les drapeaux fascistes d’Assad et de Poutine, se mélangeant en parfaite harmonie aux couleurs arc-en-ciel et au blanc de la colombe ?

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Pierre le Corf, dans l’enfer de la propagande du régime de Bachar-al-Assad

in Révolution by

On pourrait le prendre pour un de ces illuminés comme les guerres en attirent immanquablement, un garçon en mal d’aventure venu se payer le grand frisson en Syrie. On pourrait être seulement désolé pour lui et passer son chemin sans plus d’un haussement de sourcil. Il aurait dû rester une anecdote sordide dans une histoire qui le dépasse. Seulement voilà : le bougre est diablement moins ingénu qu’il ne veut le laisser paraître et s’est fait en quelques mois une place coquette sur les réseaux sociaux et dans la presse. On a même vu sa ganache faire l’objet d’un sujet du JT de France 2 le 5.10.2016, un de ces « grands médias » qu’il vilipende pourtant à l’envie à coups d’ « on vous ment, on vous manipule », credo qu’il partage avec la fachosphère 2.0. Alors face au succès, Dieu merci tout relatif, d’un story telling séduisant et au moment où Bachar et Poutine mettent à mort le peuple syrien, je ne pouvais pas rester sans réagir.

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