"Je n'ai pas vécu la liberté, mais je l'ai écrite sur les murs" (la révolution syrienne)

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Antisémitisme - page 2

Au bonheur des négationnistes (retour sur les pratiques du champ littéraire), troisième partie

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Première partie ici Deuxième partie ici   Au bonheur des négationnistes (retour sur les pratiques du champ littéraire)   Troisième partie La critique littéraire contre le « réalisme historien » : le déni du document littéraire Évidemment, Nichanian ne peut tout de même pas faire comme s’il ignorait que le génocide nazi est amplement documenté. Mais c’est ici qu’intervient l’argumentaire antiréférentiel de White, appliqué spécialement aux écrits dans lesquels des victimes ont entrepris de témoigner. Pour le spécialiste des littératures arméniennes du XXe siècle, la question du « statut du témoignage » est en effet au cœur du débat suscité par les travaux de White, comme l’atteste au demeurant le fait que Carlo Ginzburg ait « construit sa critique dévastatrice de la position » de White « autour d’une idée indestructible du témoignage »[1]. L’enjeu est alors d’opposer à Ginzburg une conception du témoignage qualifiée de « moderne » – et prêtée à Renato Serra malgré l’auteur de « Just One Witness » – selon laquelle il « cess[e] d’être un document pour l’histoire et prév[aut] pour lui-même en tant que fait »[2]. C’est à cette conception autonomiste du témoignage que la critique littéraire contemporaine est sensible au premier chef. Mais ce qui est intéressant à observer à travers cette étude de cas, c’est le rapport de nécessité entre cette conception autonomiste et la métaphysique idéaliste d’après Auschwitz que j’ai exposée dans la partie précédente. Il est entendu que « [l]e relativisme permet de ne se trouver nulle part au moment même où l’on prétend être équitablement partout », dans « un refus d’assumer la responsabilité d’une enquête critique »[3].…

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Ghetto de Varsovie: les visages de l’insurrection ( 27 avril au 8 mai 1943)

in Antisémitisme/Chroniques de la violence brune/Mémoires Vives/Négationnisme by

Le 19 avril 1943 débute la « liquidation » du ghetto de Varsovie. Créé à la fin de l’année 1940 au cœur de la capitale polonaise, il a vu passer plus d’un demi-million de juifs. Cent mille d’entre eux y ont trouvé la mort jusqu’à l’été 1942, du fait des conditions meurtrières créées par les Allemands. A l’été 1942, dans le cadre de la « solution finale », 260 000 personnes sont déportées à Treblinka. Au mois de janvier suivant les SS reprennent les déportations, mais elles sont interrompues par les premières actions armées des groupes de résistances juives. Deux organisations coexistent. Le Żydowski Związek Wojskowy (ZZW, Union militaire juive), commandée par Pawel Frenkiel, 23 ans, rassemblant les militants des partis de droite, et la Żydowska Organizacja Bojowa (ZOB, Organisation juive de combat), où se retrouvent les militants de gauche. Alors que les ZZW et ZOB s’organisent afin de combattre les Allemands, des centaines de bunkers souterrains sont aménagés par la population. Lorsque le 19 avril 1943 les SS lancent leur opération, il reste de 50 000 à 60 000 Juifs dans le ghetto. Le ZZW (environ quatre cents combattants) et la ZOB (environ 750 combattants), ainsi que des groupes « sauvages » non affiliés, font face aux Allemands et livrent combat pendant près d’un mois. La première partie de cette chronique, initialement publiée par Tal Bruttmann sur son mur Facebook se trouve ici 27 avril 1943 – 9e jour de combats dans le ghetto Un millier d’Allemands, SS et…

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Au bonheur des négationnistes (retour sur les pratiques du champ littéraire), deuxième partie

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Voici la deuxième partie du travail de Frédérik Detue, en approfondissement de son intervention à nos journées sur le négationnisme. La première partie se trouve ici. Au bonheur des négationnistes (retour sur les pratiques du champ littéraire)   Deuxième partie Défense du sublime historique génocidaire : Marc Nichanian avocat de Hayden White Le point nodal du « scepticisme absolu » de White est le rejet par principe de la notion de preuve, comme si elle n’avait aucune pertinence pour qualifier la tâche des historien·nes. Comme si ladite notion de preuve – comme d’ailleurs celle de vérité (à toujours manier avec des guillemets !1) – appartenait de facto à un régime de croyance que seule une forme de naïveté positiviste pourrait continuer d’ignorer en tant que tel. C’est pourquoi ce scepticisme passe par une réfutation de l’archive, dont on ne pourrait jamais rien conclure de façon définitive. Or, malgré les objections sérieuses qui lui ont été faites et dont je viens de donner un aperçu, ce positionnement théorique de White, qui lui a valu avant sa retraite d’occuper une chaire de littérature comparée à l’Université de Stanford, constitue une doxa aujourd’hui dans le champ des études littéraires. La plupart du temps, on ne se réclame certes pas de l’auteur, en particulier en France où ses écrits demeurent relativement méconnus2. Mais, quand il est arrivé que l’on revienne sur le débat qui a opposé Carlo Ginzburg à White, l’enjeu a été pour l’essentiel d’invalider la critique de Ginzburg. Spécialement, celui-ci avait le tort de soutenir contre…

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Ghetto de Varsovie: les visages de l’insurrection

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Le 19 avril 1943 débute la « liquidation » du ghetto de Varsovie. Créé à la fin de l’année 1940 au cœur de la capitale polonaise, il a vu passer plus d’un demi-million de juifs. Cent mille d’entre eux y ont trouvé la mort jusqu’à l’été 1942, du fait des conditions meurtrières créées par les Allemands. A l’été 1942, dans le cadre de la « solution finale », 260 000 personnes sont déportées à Treblinka. Au mois de janvier suivant les SS reprennent les déportations, mais elles sont interrompues par les premières actions armées des groupes de résistances juives. Deux organisations coexistent. Le Żydowski Związek Wojskowy (ZZW, Union militaire juive), commandée par Pawel Frenkiel, 23 ans, rassemblant les militants des partis de droite, et la Żydowska Organizacja Bojowa (ZOB, Organisation juive de combat), où se retrouvent les militants de gauche. Alors que les ZZW et ZOB s’organisent afin de combattre les Allemands, des centaines de bunkers souterrains sont aménagés par la population. Lorsque le 19 avril 1943 les SS lancent leur opération, il reste de 50 000 à 60 000 Juifs dans le ghetto. Le ZZW (environ quatre cents combattants) et la ZOB (environ 750 combattants), ainsi que des groupes « sauvages » non affiliés, font face aux Allemands et livrent combat pendant près d’un mois.   19 avril 1943. A 3h du matin 850 SS commandés par 16 officiers encerclent le ghetto de Varsovie pour procéder à sa liquidation, après une première tentative en janvier. Ils pénètrent à 6h…

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Au bonheur des négationnistes (retour sur les pratiques du champ littéraire)

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Ce texte constitue la première partie de l’intervention de Frédérik Detue, lors de nos journées sur le négationnisme de gauche.   Au bonheur des négationnistes (retour sur les pratiques du champ littéraire) À Charlotte Lacoste Première partie Contre les historien·nes, le parti pris littéraire des négationnistes Dans sa première édition en 1950, Le Mensonge d’Ulysse de Paul Rassinier se présente dans son sous-titre comme un « Regard sur la littérature concentrationnaire » et donc comme de la critique littéraire1. En préface, l’auteur, qui se fonde sur son autorité de rescapé, reçoit en outre la caution d’Albert Paraz, qui est un écrivain ami et ardent défenseur de Louis-Ferdinand Céline, édité grâce à celui-ci aux éditions Denoël avant et pendant la guerre. Maurice Bardèche, qui, dans ses pamphlets de 1948 et 19502, interprète littéralement la langue administrative nazie quand elle camoufle l’extermination des Juives et des Juifs, est aussi censé être un lecteur expert. Durant les années de guerre, il a fait carrière à l’université en conquérant « un statut, celui de premier spécialiste de l’œuvre de Balzac », puis il publie, de 1946 à 1951, « sa » Comédie humaine3. Quant à Robert Faurisson, la thèse de littérature qu’il a soutenue sur Lautréamont en 1972 lui vaut d’être publié la même année dans la collection « Les Essais » chez Gallimard aux côtés de Beauvoir, de Sartre et de Camus4. Dès l’année suivante, l’auteur, un célinien passionné qui a cherché à « faire signer à divers collègues [universitaires parisiens] une pétition pour que soit autorisée la réédition des écrits antisémites…

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