"Je n'ai pas vécu la liberté, mais je l'ai écrite sur les murs" (la révolution syrienne)

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François Burgat

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Les fers de notre histoire

in Instants/Mémoires Vives — by

Non, je ne vais pas vous harceler avec les détails de mon dernier bulletin de santé. Entre mes récents soucis judiciaires et les résistances douloureuses que m’opposent aujourd’hui certaines de mes vertèbres, cervicales ou autres, malmenées par les turbulences aéronautiques que je n’ai pas su maîtriser, j’ai déjà dit combien il serait indécent d’oublier les privilèges dont je continue à bénéficier. L’attention de mes proches, comme celle de bien d’autres, m’aide à mesurer l’écart qui me sépare de tant de ceux qui souffrent incomparablement davantage, parfois tout près de moi.Il n’empêche. Sous mon crâne durement secoué, le vécu de mon passé professionnel continue de se mêler aux interrogations que suscitent les remous de notre présent collectif.Sous le règne de l’imam yéménite Yahya Hamideddine (1869-1948), comme chez tant d’autres autocrates, de toutes religions et de toutes cultures, une peine cruelle était infligée à ceux qui s’attiraient l’hostilité du pouvoir. Lestés de poids pouvant dépasser dix kilos, les membres du prisonnier — ces instruments mêmes de son irrépressible volonté d’agir pour exister — se transformaient soudain en adversaires, en entraves douloureuses au moindre geste par lequel il entendait moins s’évader qu’exprimer son… vivant. Tel fut notamment le sort des militants de la fin des années 1940 que le pouvoir de l’imam ne considéra longtemps que comme de dangereux « révolutionnaires », qualifiés de surcroît de mécréants. L’histoire officielle yéménite, ayant depuis rajusté ses lunettes, les désigne désormais sous une appellation autrement prestigieuse : les « Libres ». Être privé, comme je le…

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La guerre contre la Terreur , alliance des autoritarismes .

in islamophobie/Mémoires Vives — by

Dans la première partie de ce texte, François Burgat revenait sur la manière dont la « guerre contre la terreur », engagée au lendemain du 11 septembre 2001, avait contribué à redessiner les rapports entre le Nord et le Sud. Dans cette seconde partie, il en interroge le bilan, vingt-cinq ans plus tard : la convergence des autoritarismes occidentaux, israéliens et arabes autour d’un même ennemi « islamiste », mais aussi l’épuisement progressif du récit universaliste qui avait permis de légitimer cette guerre. Car à mesure que la « guerre contre la terreur » prétendait discipliner le Sud, elle contribuait peut-être aussi à l’émanciper politiquement et intellectuellement du Nord. Les attentats du 11.09 ne vont donc générer aucune condamnation des autoritarismes et des dysfonctionnements de la représentation politique, malmenée par les dominants, qui avaient largement contribué à les fabriquer. L’accusé unanimement dénoncé aux quatre coins de la planète est le lexique (islamiste) de ceux dont Washington estime qu’ils ont manqué d’enthousiasme à partager le deuil des dominants américains face au « terrorisme » du Sud. Pourquoi le lexique de la religion musulmane devient-il la cible des autoritarismes occidentaux… et arabes ? Parce que dans le contexte de la dynamique décoloniale, ce lexique, plus endogène que ceux que le colonisateur avait imposés, a acquis une centralité et une fonctionnalité qu’aucune autre idéologie ne parvient à lui contester. Sous pression militaire directe, l’adhésion à la logique extrêmement binaire de la « guerre contre la terreur » va ainsi être imposée par Georges…

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25 ans de « guerre contre la terreur » ou la mondialisation de l’autoritarisme

in Chroniques de la violence brune/islamophobie/Mémoires Vives — by

Vingt-cinq ans après le 11 septembre 2001, que reste-t-il de la « guerre contre la terreur » ? Pour François Burgat, elle n’a pas seulement redessiné les rapports entre l’Occident et le monde musulman. Elle a fourni un langage et des instruments communs à des pouvoirs occidentaux et arabes pour criminaliser oppositions et résistances, au prix d’un recul durable des libertés. Du 11 septembre au 7 octobre, en passant par les guerres d’Afghanistan et d’Irak, il retrace la mondialisation de ce paradigme. La planète Terre s’apprête à commémorer le 25ème anniversaire des attentats du onze septembre 2001 et du lancement par les États-Unis et leurs alliés d’une longue « guerre contre la terreur ». Cet épisode apparaît bien évidemment comme un jalon majeur de notre histoire contemporaine. Mais de quelle ampleur et plus encore de quelle nature exacte son impact a-t-il été ? A-t-il renforcé l’Occident et ceux qui se sont alliés à lui ou bien a-t-il contribué à préparer leur déclin ? Le 11 septembre n’est pas seulement un événement sécuritaire, on va le voir, mais un moment de mondialisation d’un dispositif politico-sémantique de criminalisation des oppositions. Le 11 septembre, matrice d’un nouvel ordre politique Le choc du 11.09 a directement affecté deux dynamiques distinctes : les relations entre le « monde occidental » et le « monde arabo-musulman (et musulman) » d’abord. Plus largement il a affecté les performances démocratiques des États-Unis mais également celles de tous les États qui étaient alors sous leur influence. En Occident, la…

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La gauche face à l’irréductible islamité palestinienne.

in islamophobie/Religions — by

Pourquoi, sur Mediapart comme au Caire, on dit « Vive la Palestine » le matin, et « A bas les Palestiniens » le soir. Le dernier et le moins fragile des bastions de la Hasbara est la diabolisation de l’islam politique palestinien. Alors que de partout l’édifice de la grossière propagande israélienne (“la terre sans peuple pour un peuple sans terre”, “la seule démocratie au Proche Orient”, “l’armée la plus morale au monde”, la “laïcité de l’Etat d’Israël”, etc) commence à être considéré comme tel et se fissure profondément, une dernière mystification résiste, pas seulement en Occident, à cette déroute généralisée. Et conserve une terrible efficacité. Où la très fragile solidarité occidentale à l’égard de la Palestine prend-elle systématiquement fin ? Où la duplicité d’un grand nombre de gouvernants arabes à l’égard de la Palestine plante-t-elle ses profondes racines? Pourquoi le surréalisme de l’accord de capitulation imposé au Liban laisse-t-il de marbre tant d’observateurs régionaux ? Ce dernier bastion de la “Hasbara”, c’est celui de la criminalisation émotionnelle, irrationnelle, aveugle, sectaire du Hamas (ou de ses homologues dits “islamistes”) . Pourquoi cette représentation résiste-t-elle alors que tant d’autres récits israéliens ont perdu leur crédibilité ? Croisé au Caire en 1990, un journaliste essayiste français, (biographe de Hô Chi Minh, qu’il avait essayé de dédiaboliser dans l’opinion française) répondit à une allusion que je faisais à la répression consensuelle dont le Front Islamique de Salut algérien était la cible après ses succès électoraux, en me disant : “François, j’ai fait tout le chemin jusqu’à Nasser,…

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France : une justice contre la Palestine

in islamophobie/Mémoires Vives — by

Le juge français contre la Palestine ? La condamnation dont j’ai moi-même fait l’objet, le 29 avril dernier, devant la cour d’appel d’Aix-en-Provence (à 17 000 euros d’amende pénale et de dommages et intérêts aux associations pro israèliennes parties civiles) pourrait constituer une bonne illustration de l’évolution préoccupante du traitement judiciaire de la question palestinienne en France. J’y reviendrai peut-être un jour. Mais un autre dossier mérite aujourd’hui davantage d’attention. Parce qu’il est …pire. Parce qu’il est plus révélateur. Parce qu’il est plus difficile à caricaturer. Et surtout parce qu’il éclaire une mutation profonde de la justice française face à la Palestine. En mars 2026, la chambre criminelle de la Cour de cassation, la plus haute juridiction de l’ordre judiciaire français, a validé la condamnation de Mohamed Makni, entrepreneur, père de famille et adjoint au maire d’Échirolles. Le propos qui lui était reproché tenait en une phrase :« Ils s’empressent de qualifier de terrorisme ce qui, à nos yeux, est un acte de résistance évident. ». Cette phrase ne provenait pas d’un chef militaire palestinien. Elle ne provenait pas davantage d’un responsable du Hamas. Elle reprenait les propos d’Ahmed Ounaïs, ancien ministre tunisien des Affaires étrangères, (ancien ambassadeur de ZA Ben Ali en Russie et en Inde), une personnalité située à mille lieues de toute rhétorique révolutionnaire. Pour avoir relayé cette analyse politique, Mohamed Makni a été condamné à quatre mois de prison avec sursis et à quatre mois d’inéligibilité. La Cour d’appel d’abord puis la Cour de cassation ensuite…

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Palestine : la gauche doit-elle persister à “excommunier” le Hamas ?

in islamophobie/Prises de positions/Religions — by

Le souhait exprimé trop unanimement par “la communauté internationale” d’exclure unilatéralement le Hamas de la sphère politique palestinienne (comme elle l’a fait une première fois en 2006 avec les résultats que l’on sait) est un leurre qui conduit une nouvelle fois à une impasse politique dangereuse. Quel grain de sable vient-il donc régulièrement gripper le logiciel des élites de la France, gauche incluse, dès lors qu’il s’agit de décrypter une mobilisation impliquant des acteurs attachés, tels les membres du Hamas,(et bien d’autres qu’eux dans la région) à leur appartenance religieuse musulmane? Des “bébés décapités” jusqu’à l’inusable “droit d’Israël à se défendre”, en passant par les accusations de crimes sexuels systématiques, les “quartier général du Hamas caché sous l’hôpital”, jour après jour, les ressources rhétoriques de la grossière propagande israélienne ont fondu comme neige au soleil. Mais un dernier bastion résiste auquel même des voix dites “pro-palestiniennes” (à gauche et également, si rares soient elles, jusqu’à la droite de Dominique de Villepin) se croient obligées de perpétuer leurs concessions. C’est le dispositif d’excommunication de la principale organisation de la résistance palestinienne :“Tout sauf le Hamas!”. La perception commune qui prévaut de ce leadership le résume à la dimension “terroriste” des actes de son aile militaire mais également à une gestion politique dictatoriale et “théocratique”. Pourtant, si le Hamas colonisé a bien commis des crimes le 7 octobre, et qu’il revendique depuis lors le droit de s’en expliquer devant la CIJ, la cible colonisatrice de ses coups en avait, depuis 1948 et…

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Macronie : l’impasse analytique et politique de la criminalisation des “Frères Musulmans” d’Hassan al Banna

in islamophobie/Mémoires Vives — by

Le problème de ceux qui veulent dénoncer la supercherie sectaire du rapport sur “Les Frères Musulmans en France” est que, en acceptant d’y répondre point par point, ils en confortent malencontreusement la logique. C’est particulièrement le cas de tous ceux, non musulmans ou musulmans, qui pensent devoir accepter le postulat criminalisant la Confrérie des Frères Musulmans d’Hassan al-Banna dans les termes mêmes imposés par les colonisateurs britanniques ou par le pouvoir de Gamal Abdelnasser, puis de ses successeurs, que chacun en leur temps, en Egypte ou ailleurs dans la région, la popularité des Frères menaçait. Il y a quelques semaines, une universitaire médiéviste s’en est pris – très légitimement – aux stupides accusations de “frérisme” que, sous couvert de son appartenance au CNRS, une “groupie” bien connue d’ Eric Zemmour. lançait – à son programme ERC sur “Le Coran européen”. Hélas! la réponse (en substance) : “Nous nous sommes toujours tenus éloignés de cette engeance détestable que l’on combat autant que vous”, non seulement ne contredit en rien le raccourci sectaire, mais elle procède d’une posture de rejet émotionnel et de prudence oratoire parfaitement étrangère au registre scientifique. S’il est essentiel de combattre l’usage injurieux que, à des fins de criminalisation de tels ou tels de nos concitoyens, font du qualificatif “Frères Musulmans” la cohorte des adeptes d’Eric Zemmour, il est tout aussi essentiel de se tenir à l’écart du registre “les Frères, je connais pas”, “il n’y en a plus”, ou “je ne les aime pas plus que vous”.…

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Sommes-nous vraiment tous des terroristes ?

in islamophobie/Prises de positions — by et

« Islamiste ou pas, bon ou méchant, si on transige sur l’Etat de droit pour les autres on le paye soi-même ou des proches un jour«    Si les erreurs judiciaires ne correspondaient pas aux errements de l’opinion publique, elles seraient vite réparées. Mais les raisonnements, contraires à tous les principes fondamentaux en démocratie, qui ont conduit Abdelhakim Sefrioui à être placé quatre ans à l’isolement, au titre de sa complicité présumée avec l’assassinat de Samuel Paty, avant d’être condamné à 15 ans d’incarcération, sont malheureusement très partagés en France. Quels sont les faits exacts qui lui sont reprochés ? Il ne connaissait pas l’assassin de Samuel Paty, et celui-ci n’a vu aucune de ses vidéos. Il n’y a donc pas eu la moindre association entre eux. “Rappelle-moi vite, un malade a assassiné le professeur”, s’est-il exclamé en apprenant le crime, sans savoir que son téléphone était sur écoute. Et, en garde à vue, ses premiers mots ont été : “ Si j’avais pu donner ma vie pour protéger le professeur (…) j’aurais donné ma vie ”. Abdelhakim Sefrioui est militant contre l’islamophobie. Comme tous les militants, il a appliqué un principe simple : croire celle qui s’adressait à lui en se disant victime et la défendre avec toute sa force de conviction. On peut naturellement critiquer cette démarche qui fonde le combat de tous les activistes, musulmans ou non. Mais elle est commune et rarement reprochée à d’autres acteurs du débat public : lorsqu’il n’y a pas si longtemps, toute…

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 L’impasse analytique et politique du “cent pour cent hostile” aux tombeurs de Bachar

in Religions/révolution syrienne — by

La chute de Damas ? “Le timing est américain ; le top départ est turc ; l’argent est qatari ; les armes sont allemandes, françaises et américaines ; les instructeurs sont ukrainiens ; les mercenaires sont ouzbeks, ouighours, albanais ; les véhicules sont turcs ; l’islam est wahabite saoudien ; les voisins avec lesquels ils veulent pacifier sont israéliens, mais à part ça, ce sont des rebelles syriens”, a cru pouvoir expliquer, parmi tant d’autres, tel militant que ses followers reconnaîtront. Telle autre (active et très suivie) militante pour les droits des Palestiniens a cru devoir compléter cette fresque campiste binaire sur un ton aussi péremptoire : “ Ils peuvent censurer et manipuler, ils peuvent mettre le paquet médiatique au niveau mondial, mais ils n’arriveront pas à cacher les ficelles américano-sionistes dans cette révolte contre Assad ”. Les centaines de tonnes de bombes (la plus grande campagne aérienne de l’histoire d’Israël) déversées ensuite par Tel Aviv sur ses supposés alliés jihadistes à peine parvenus au pouvoir n’ont, hélas, même pas permis à ces convaincus… d’y voir plus clair. “Poutine fait du bon boulot à Alep” avait, il est vrai, commenté Jean-Luc Mélenchon de plus longue date, à propos de la décisive ingérence irano-russe opérée en faveur du tyran damascène, représentant “l’axe de la résistance”. JLM s’est, depuis lors, employé à expliciter sa position : il s’est dit “100% hostile” aux tombeurs de Bachar. Cette trompeuse rhétorique, hors sol, inonde aujourd’hui la communication de pans entiers de la “gauchosphère”, européenne, mais…

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De Daoud en Sansal, la fuite en avant des humanistes “à la française”

in A la une/Chroniques du déni/islamophobie — by

“L’affaire Daoud”, celle de l’attribution d’un Goncourt bien sûr et d’abord (et, très accessoirement, celles des critiques que valent au lauréat son manque de déontologie) aussi bien que l’affaire de l’arrestation de son compatriote et confrère, l’écrivain Boualem Sansal, par les autorités algériennes ne sont pas simples à déconstruire, tant s’en faut. Faut-il d’abord le clamer : quand bien même la France, de Céline à pas mal d’autres, n’a jamais érigé de barrière infranchissable dans ce domaine, rien ne saurait justifier l’interférence judiciaire avec la trajectoire, fut-elle militante, d’un écrivain. Mais pourquoi cette vieille vérité est-elle si difficile à rappeler sans exacerber la fracture des malentendus ? Parce que l’affaire Daoud/Sansal plante ses racines dans ce terreau mouvant, piégé, tronqué de la relation franco-algérienne, qu’elle soit “populaire” ou, pire encore, “étatique”. Parce que, sur ce terrain franco-algérien, les identités, les rôles, les stratégies non seulement ne sont banalement pas constantes mais plus encore elles coïncident rarement avec celles dont se réclament ouvertement les acteurs. Par quelque bout que l’on prenne l’affaire Daoud / Sansal, les contradictions affleurent très vite. En nombre. Ainsi de l’attitude du gouvernement algérien qui serait hostile à Daoud… ou qui aurait choisi de punir son collègue Sansal pour leur même “liberté de parole”. Le régime algérien est certes réputé avoir censuré par voie législative la libre expression, y compris littéraire, sur ces années 1990 qu’il qualifie de “décennie noire”. Mais cette censure a toujours été très unilatérale, aussi sélective que peut l’être en France celle de…

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