"Je n'ai pas vécu la liberté, mais je l'ai écrite sur les murs" (la révolution syrienne)

A nos amis, dégagez!

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Il paraît qu’on ne choisit pas sa famille, mais ses amis, oui. Pourtant, certains d’entre eux, nous ne les avons pas choisis. Ils sont arrivés dans nos vies politiques, comme arrivent les vautours dans les moments de deuil, de doute, de déroute, de désespoir, avec leur fausse compassion et leurs remèdes empoisonnés.

Ils sont nombreux des deux côtés. Ils nous aiment parfois passionnément et peu importe que cet amour nous sacrifie sur l’autel de leurs tristes passions. C’est qu’à travers nous, ils se détestent un peu moins…

Depuis longtemps déjà, il y a les amis des Arabes, ceux qui les imaginent sur un âne dans le désert, aussi démunis que violents et sanguins. Ceux-là, depuis longtemps, leur offrent leur propre frustration en guise de solidarité et leur haine des Juifs en gage de loyauté. Ceux-là se mobilisent pour les Palestiniens mais le sujet de leur passion semble être Israël et les Juifs. Que des Palestiniens meurent de faim dans les camps syriens, que le monde arabe se soulève, qu’il aspire à la liberté et il n’y a plus personne pour répondre présent. On aime les Arabes en hiver pas au printemps…

Et puis il y a les nouveaux amis des Juifs, fervents soutiens de ce qu’il y a de pire en Israël, évangéliques allumés et autres défenseurs de la « civilisation occidentale ». Quand ce ne sont pas les nouveaux amis de Netanyahu; Orban, Bolsonaro, Trump pour qui le nom d’Israël est devenu synonyme et alibi de leur croisade barbare. En France, quelques intellos ont finalement trouvé dans leur haine de l’Islam et des Arabes, une façon commode d’affirmer leur solidarité avec les victimes du « nouvel antisémitisme ».

Ils sont nombreux à rêver d’apocalypse à Paris, Gaza ou Jérusalem. Ils font coup double et font de la Shoah et du colonialisme le théâtre d’ombres de leur culpabilité. Ils se lavent de l’un avec l’autre ou parfois des deux à la fois.

Leur amour est une injure envers nous-mêmes, envers les autres. C’est un amour sale, de celui qui diminue au lieu de faire grandir, de celui qui mise sur le pire, de celui qui nous préfère en croix plutôt qu’en vie. Ils nous verraient bien nous foutre sur la gueule jusqu’au dernier pour accomplir leurs tristes prophéties, de jihad ou de croisades par procuration.

Hélas, nous sommes depuis longtemps flanqués de ces compagnons d’infortune et de déroute. Ils parlent à notre place, se font les supplétifs de nos peurs et de notre désarroi.

Mais les voilà déroutés quand la réalité ne correspond pas à leur fantasme, quand des femmes et des hommes en Israël, Palestine et en France aspirent à autre chose qu’à la guerre. Que des Juifs ne cèdent pas au racisme et gardent dans leur cœur le souvenir de l’exil, la solidarité envers les réfugiés, que des Arabes chérissent la démocratie, qu’ils considèrent l’antisémitisme comme un crime et une abjection à combattre et les voilà, nous voilà, frappés pareillement de leur suspicion. Qui sont ces Juifs, qui sont ces Arabes ? Des ingrats des complices, des inauthentiques, des métèques dégénérés… De ceux qui mettent au chômage leur haine recuite et leurs vociférations.

Le Pire en nous et les pires d’entre nous

Bien sûr, nous ne sommes pas leurs innocentes victimes. Ils sont aussi le nom de nos propres démons. Nombre d’entre nous ont pleuré sur leurs épaules parfois, en sachant bien qu’ils s’appuyaient sur un mur de haine. Ces « amis » étaient tellement indulgents devant nos rancœurs, nos peurs et nos errements. Toujours prêts à encourager le pire en nous.

Cette Arabe qui dit « Mohammed Merah c’est nous ». Ce Juif pétainiste qui vomit sa haine et ses insultes sur les plateaux télés… Ce grand « islamologue » étranger à tous nos combats qui, avant sa mise en examen, bénéficia d’une tribune médiatique et politique incomparable. Ces philosophes et historiens alertant sur le « grand remplacement » et l’urgence de défendre l’identité nationale française voire la Civilisation face à l’invasion islamique.

Il est vrai que la haine est vendeuse, tellement plus excitante que nos mélancolies.

Mais à la fin de la guerre de nous contre nous, c’est Etrangères à nous même que nous risquons désormais de devenir.

Tel semble pourtant le souhait de nos « amis », c’est pourquoi il nous parait urgent de les congédier et de rejeter en même temps ce repli mortifère, de proclamer que nous sommes nombreux à refuser ce chantage abject: ou le racisme ou l’antisémitisme.

Et puis on l’a vu récemment, quand vient le triomphe de la confusion, que l’extrême droite est à nos portes, alors on voit certains de ces “amis” tomber les masques. Les alibis que nous fûmes pour eux ne paraissent plus si utiles, seuls les idiots le demeurent.

Ainsi peut-on dénoncer le “nouvel antisémitisme” défendre Maurras, Renaud camus et fustiger les “juifs de cour”. Ainsi de grands défenseurs des “damnés de la terre face au lobby sioniste” se tiennent prêts à brader exilés et immigrés afin de ne pas déplaire au “vrai peuple authentique”…

Et puis il y a les mots pièges comme les mot antisionisme ou islamophobie.

Ces deux masques de la haine raciste que nous avons du mal à reconnaître et à nommer. Ces deux maux que nous avons souvent honte, chacune de nos côtés, à condamner. Ces mots qui continuent à nous brûler, même maintenant, même en écrivant ensemble. Oui mais la Palestine! Oui mais la laïcité! Oui, mais surtout, que vont penser les nôtres, devant ces combats que nous serons accusées d’abandonner? Alors que les faux amis n’ont jamais mené ces combats. Mais les ont dévoyés et coulés.

Nous avons en commun cette lucidité douloureuse qui comprend que la haine d’Israël est et sera toujours du côté de la réaction et de l’antisémitisme et que la haine de l’Islam est désormais devenue le vecteur, le marqueur identitaire de l’extrême droite qui désormais menace le monde.

Douze Juifs dans notre pays ont été assassinés parce que juifs. Les uns furent noyés dans le chagrin, d’autres dans la honte car ces crimes le furent souvent au nom d’Allah. La passerelle de la solidarité nous a manqué comme il semble qu’elle ait manqué à nombre de nos compatriotes toutes origines confondues. Désormais, l’extrême droite longtemps tenue en respect semble près de remporter la mise: la haine en miroir, la victoire de la guerre de civilisation tant rêvée par eux et les islamistes.

Et nous, au centre ou en périphérie? Tant que nous nous tairons, nos voix pourtant nombreuses seront recouvertes de leur vocifération.

Nous nous sommes manqués, depuis tant d’années, et tant de choses ne seront pas réparées, tant de défaites sont déjà actées.

Pourtant nous sommes nombreuses, bien plus nombreux qu’ils croient, à vivre la haine envers l’autre comme une blessure et une injure personnelles.

L’authenticité et l’intégrité ne sont pas ce qu’ils disent. Ce qu’il y a de nous en l’autre et de l’autre en nous ne nous effraie pas, cela nous rassure. Et nous construit. L’autre nous manque, et nous trouvons comme Léonard Cohen qu’il y a une brèche en chaque chose et c’est par là que passe la lumière.

Mais les blessures ont trop souvent remplacé ces brèches et là où la haine et l’ombre n’ont cessé de passer, nous savons bien toute la fragilité de nos vœux de lumière et d’unité.

Il est temps de commencer, ensemble, à oser de nouveau répéter.

Touche pas à ma pote. Ne touchez plus aux autres, ils se trouvent qu’ils sont nôtres.

A nos “amis”, dégagez.

PrecairE, antiracistE

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