"Je n'ai pas vécu la liberté, mais je l'ai écrite sur les murs" (la révolution syrienne)

Pendant ce temps, sur Israël… (2 – Des vapeurs…)

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Début septembre, nous sommes allés faire un tour du côté d’Israël, voir et comprendre ce qui se jouait là bas en terme de révolutions. Huit mois de manifestations consécutives, c’est quand même quelque chose, pourquoi donc ces manifs, ce mouvement, ce pays? Evidemment on ne savait pas que ces chroniques deviendraient une photo d’histoire figée juste avant les attaques terroristes du 7 octobre 2023. Voici la deuxième chronique ici,
Les autres sont à retrouver là:
1 – l’aterresaintissage
2 – des vapeurs
3 – Shabbat à Kaplan Street
4 – Antifascist Defense Force, Division Hegel
5 – Les mots de la femme
6 – Si il y avait une constitution et qu’à Jérusalem il y avait la mer
7 – Gog et Magog
8 – Falafel Final

La liste des choses à faire commençait à s’allonger sensiblement. En partie dû aux vapeurs exhalées et inhalées de « la ville qui ne dort pas », ainsi que les Israéliens voulaient l’appeler. « 24h city ».

En même temps j’avais fait Berlin qui, elle, se rapprochait plus des 72h city vu qu’on y faisait la teuf du vendredi après-midi au lundi Matin.

Je ne sais pas si ça fait exactement 72 heures et je n’ai aucune motivation de combattre mon mal de tête pour vous faire le calcul maintenant.

Bref, 24h city ça allait le faire. Et apparemment il y a Shabbat entre les teufs pour se reposer un peu…

Bon alors cette liste…

    • Ecouter du Rap.
      La veille j’avais donc rencontré David, ami de Lignes de Crètes tendance Anarcho-Mystique. Il vit à Jérusalem, kippa sur la tête et résolument extrême gauche. Pour ceux qui ne le savent pas, on peut tout à fait, en terre de Zion, mélanger absolument tous les trips entre eux et en sortir quelque chose de parfaitement cohérent. Extrêmement chaleureux et accueillant, j’ai promis d’écouter son rap

 

    • Trouver son messie intérieur (et le rabbin)
      Sur la liste est prévu un passage, un tout petit passage à Jérusalem. Je connais l’endroit, je suis déjà passé et j’appréhende le deuxième passage. La dernière fois, en posant ma main sur un mur (un mur, pas LE mur, mais un mur vraiment pas loin de LE mur), j’avais pu connecter avec un soldat romain qui avait touché la même pierre au même endroit 2000 ans auparavant. On ne s’est rien dit avec le soldat romain mais il doit s’en souvenir autant que je m’en souviens. J’avais aussi rencontré un rabbin que j’aimerais bien recontacter. Il se souvient de mon nom (mais bon tout le monde se souvient de mon nom, pour ça que je le cache un peu, c’est pas juste par amour juif de la takkiya)

 

    • Voir la périphérie
      Et faire mentir cet imbécile de Christophe Guilluy qui n’était probablement pas juif. Enfin je ne crois pas. Guilluy est un géographe français d’extrême droite, admiré par des gens qui croient qu’une petite élite du centre gouverne contre le pays réel des campagnes. Bref, David m’a conseillé d’aller voir à Ber Sheva « là où les israéliens vivent », c’est-à-dire ni à Jérusalem ni à Tel Aviv. On met donc « voyage en périphérie » sur la liste.

 

    • Redescendre du mount Zion
      Ça signifie planifier le retour de Jérusalem jusqu’au départ du pays. 12 jours c’est très court, pire encore quand on ne sait pas quel jour on est parce qu’entre la fête du jeudi soir, le shabbat, et les non-vacances, la semaine n’a plus aucune espèce de structure. Ah oui et il faut revenir de Jérusalem en vie et sain d’esprit. Il existe ce qu’on appelle le Syndrome de Jérusalem. C’est un vrai syndrome documenté et tout, pas comme le syndrome de Stockholm qui n’existe pas. Le syndrome de Jérusalem c’est quand tu finis dans la ville trois fois saintes par te prendre pour un messie ou un prophète. Bref Jérusalem faut lui survivre et en redescendre.

 

    • Faire la révolution
      Facile, celle-là est prévue pour demain à Kaplan Street.

 

    • Clore la liste.
      Faut savoir clore une liste même si ça apparait contre intuitif. Ne serait-ce que pour en commencer une nouvelle. On met donc ce point « clore la liste » ici, même si ce n’est pas nécessairement dans cet ordre qu’il sera réalisé.

 

    • Autres trucs
      Genre de l’eau (parce que je n’ai toujours pas comprit si celle qui sort du robinet est potable ou pas, et je n’ose pas demander de peur de passer pour un idiot qui les traite de sous-dev, mais on est au Moyen Orient quand même donc bon). Il me faut aussi un Shawarma, des pansements pour les pieds parce qu’à force de monter et descendre le boulevard Rothschild j’ai mal. Des tongs…

 

Aller on va se jeter dans le 12h08 du matin d’un 1er septembre au Moyen-Orient, c’est toujours une bonne idée. Ça justifiera la sieste au moins…

Voilà, Florentin, le quartier des artistes. C’est là qu’on voit que les Israéliens sont des Libanais qui auraient dix ou douze dictateurs en moins.

Bon ici au moins tout le monde a les mêmes vapeurs

David, la veille, m’avait un peu raconté les évènements ici. « Ma vision évidemment » m’avait-il précisé. Evidemment. Mais sa vision était les évènements parce qu’il les vivait.

Le fascisme avait connu une accélération sous forme de test durant la période COVID. Les mesures mises en place et acceptées sans broncher avait indiqué au pouvoir que c’était possible, qu’on pouvait aller très loin, et que les gens accepteraient sans trop de problèmes les restrictions sécuritaires.

Aujourd’hui l’élite de gauche (David disait ça sans aucune mauvaise intention dans le mot élite), la gauche sociale-démocrate qui se révoltait, était aussi celle qui avait avalé, voir même défendu les mesures contre le COVID. D’où une certaine frange de la gauche, plus à gauche que la social-démocratie, qui recevait leur réveil en mode « enfin ! mais vous étiez où pendant tout ce temps ? ».

Les choses étaient plus complexes et j’aurais même pu trouver ce discours complotiste et antivax, ça l’était. Sauf que je venais d’écrire un article racontant comment il s’était passé exactement cela en France avec Macron. Ce discours complotiste me paraissait donc tout à fait cohérent. Tant avec ce que Macron avait fait et que j’avais analysé qu’avec le fait que Netanyahu, ce gros malin, avait profité du COVID pour faire fermer les tribunaux qui devaient le juger pour corruption.

« Post trauma nation », c’était le mot que David utilisait. Le trauma était son domaine, il travaillait là-dedans. En vérité j’avais l’impression qu’on vivait tous dans un post trauma world. Le fascisme en avait clairement profité et en fait avait maitrisé les deux côtés du spectre. Conspi et Anticonspi, complotiste et anti-complotisme, antivax et macroniste, tout le monde s’était fait avoir. Peut être que le moment révolutionnaire était justement le moment du réveil ?

Le mouvement de Kaplan, ainsi qu’il s’appelait, du nom de la rue où les manifestations de masses avaient lieu tous les samedis depuis 35 semaine maintenant, était devenu une entité politique vivante. Selon moi c’était à ça qu’on reconnaissait une révolution. Ça vit, ça respire, ça bouge, ça pense. Et tout le monde est embarqué dedans, même si on n’est pas d’accord avec, et obligé de se positionner par rapport à elle. C’est la révolution qui définit l’axe de position. Partisan, opposant ou critique, comme c’était le cas pour David. Et pour bon nombre de gauche extrême qui trouvait que le réveil révolutionnaire arrivait un peu tard. « C’est bien mais où étaient-ils avant ? », c’était le cas aussi.

La révolution doit se faire un jour mais le fascisme, lui n’arrive jamais sur un moment. Il se bâti progressivement, petit à petit, pièces par pièces pendant que les gens regardent ailleurs ou même soutiennent parce que ça va dans leur intérêt, par racisme ou par peur.
David appelait le mouvement « démokratia démokratia ». David répétait le mot deux fois chaque fois qu’il parlait du mouvement pour le nommer, en raison des activistes qui, il s’en moquait un peu, répétaient « Demokratia – Démokratia ». Je trouvais ça un peu caricatural mais je comprendrais plus tard ce qu’il voulait dire.

« Mais bon, déjà les termes sont faux, c’est pas une démocratie, et en face ce qu’ils font c’est pas une réforme. ». David me parla aussi du camp d’en face. Les arguments des contre-révolutionnaires étaient étrange. Pas inconnus pour un gauchiste mais je ne me serais pas attendu à les retrouver dans ce contexte. Pour eux, tels que David les décrivait, la démocratie était « le cheval de Troie de l’occident contre nos racines. »

David, suivant en cela une saine tradition de l’extrême gauche française, ne souscrivait évidemment pas au délire sur les « racines » et trouvait que la mutation du sionisme en nationalisme religieux était réellement flippante. Mais il voyait aussi bien comment le discours contre la transformation du pays en San Francisco, temple de la tech et de la consommation capitaliste, pouvait marquer des points chez les Israéliens qui n’étaient pas de jeunes Telaviviens de gauche en trottinette électrique.

« D’ailleurs tu devrais aller à Beer-Sheva voire une ville qui n’est pas « le centre » c’est-à-dire ni Jérusalem, ni Tel-Aviv. La plupart des gens ne vivent ni à Jérusalem ni à Tel Aviv. Et puis Ber Sheva c’est pas mal, y’a une université et y’a aussi une communauté de noirs qui se sont déclarés juifs au moment du mouvement des droits civiques aux US où d’autres se déclaraient musulmans et fondaient la Nation of Islam. Ils sont venus s’installer en Israël, c’est une communauté intéressante ! »

David était bourré de communautés intéressantes.

« Et puis Ber Sheva c’est pas loin, genre une heure et demie en train. »
– Quoi ?! y’a un train ? »

Les communautés minoritaires de minorités mystico-hippies poussant l’innovation metaphisico-politique loin voire très loin, j’avais l’habitude. On était au Moyen-Orient.
Mais un train !

Coloniser avec un train ce n’est pas la même chose que juste coloniser…

David se refusait à prononcer les noms des fascistes au pouvoir, le premier ministre, le ministre de la Sécurité nationale… Il disait que c’était pour ne pas leur faire de vent, que répéter leur nom ça leur faisait de la pub. Mais je sentais bien qu’il y avait quelque chose de mystique derrière ce refus.

Cette révolution avait donc à voir avec la démocratie, avec la lutte contre le fascisme et ça passait par la religion et le droit des homosexuels qui étaient en ligne de mire.
J’en comprenais pour l’instant à peu près ça.

Et probablement une redéfinition du sionisme. Les motivations des « Démokratia-démokratia » se revendiquaient tout à fait patriotiques. « Je fais ça pour mon pays » disaient-ils. L’idéal de ce que devait être Israël était en négociation entre le fascisme et un mouvement révolutionnaire « Démokratia ». Dans les définitions il s’agissait donc aussi, voir essentiellement de sionisme.

Ensuite avec David on a fumé un joint, en plein milieu de la terrasse du café, à 19h, et discuté reggae, islamophobie et autres idées folles d’écovillages mystique pouvant sauver le monde.

Bien sûr je suis Lignes de Crêtes, alors je dis Islamophobie, même en Israël.

J’ai l’impression que les juifs et les Arabes aiment se détester, ça les rassure de s’en prendre à un frère plutôt que d’affronter l’angoissante question de pourquoi ne sont-ils pas pleinement Français ni l’un ni l’autre.

Prochain épisode: 3-Shabbat à Kaplan Street

Activist, master in History, master in War Studies, spare time freedom researcher, reggae DJ and revolution writer. bloqué par Nadine Morano

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