"Je n'ai pas vécu la liberté, mais je l'ai écrite sur les murs" (la révolution syrienne)

Author

Nadia Meziane - page 2

Nadia Meziane has 55 articles published.

Nadia Meziane
PrecairE, antiracistE

Pour Ilan Halimi, avoir la mémoire longue.

in Antisémitisme/Mémoires Vives by

Suite à la commémoration de gauche radicale, organisée pour les quinze ans de l’assassinat d’Ilan Halimi, Lignes de Crêtes a été beaucoup questionné sur ses raisons de rédiger un appel séparé, au lieu de signer l’appel unitaire. Je republie donc le texte que j’avais écrit pour Memorial 98 à l’occasion des dix ans de la mort d’Ilan. Texte qui revient sur ce qui s’est passé en 2006 et ensuite, sur le déni, la haine, le rejet qui ont prévalu dans les milieux radicaux. Avec mes camarades, nous ne sommes pas dans la rancœur, pas dans l’antagonisme de posture. Mais chat échaudé craint l’eau froide, et qui n’affronte pas son histoire est condamné à la revivre: depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les cycles de l’antisémitisme et du négationnisme se succèdent dans nos rangs, à cause de tares idéologiques de fond. Après chaque crise, la pratique est de mettre le couvercle sur la marmite d’eau sale, de désigner quelques coupables, et de faire comme si rien ne s’était passé et que l’on était parfaitement légitime collectivement sur un sujet où, au minimum du minimum, une introspection  honnête serait profitable à toutEs. Nous espérons que ce temps viendra et avons été très émus de cet hommage à Ilan, enfin. ————————————————————————- « Croire qu’ils étaient mus par une idéologie antisémite articulée serait sans doute excessif. Eux aussi, comme pas mal de monde, étaient convaincus, à tort, que tous les juifs sont riches et qu’ils pourraient en tirer gros. Les préjugés de…

Lire la suite

Antisémitisme et islamophobie: une comparaison légitime, n’en déplaise aux séparatistes.

in Antisémitisme/islamophobie/Laïcité/Religions by

Le racisme anti-arabes est une oppression qui se fonde sur notre infériorité supposée dans tous les domaines. Sa construction repose sur la création du «  dangereux barbare » par l’idéologie coloniale française, poursuivie ensuite. Le dangereux barbare arabe est une créature sanguinaire, qui ne sait pas régler les conflits autrement qu’en sortant un couteau. Le dangereux barbare arabe frappe sa femme plus que les blancs, c’est culturel. Ses femmes l’acceptent parce qu’elles sont elles même inférieures aux Françaises, il convient de les éduquer à la liberté. Ce sont le genre de clichés avec lesquels nous grandissions dans les années 70 et 80, nous les enfants des arabes Nous portions d’ailleurs cette arabité purement réflexive et négative quels que soient nos histoires personnelles, notre rapport à la France, ou celui de nos parents. D’ailleurs nos parents étaient présumés musulmans. Culturellement. Un nom arabe suffisait à éveiller des images de baignoire ensanglantée avec un pauvre mouton bêlant de douleur ( les Français mangent du mouton aussi, mais comme ils les comptent amoureusement pour s’endormir, cela leur donne un brevet de civilisation alimentaire ), et en positif des demandes d’invitation à manger le couscous. Pour une obscure raison , dans l’imaginaire raciste anti-arabes, nous sommes des barbares agressifs et odieux, mais aussi des gens qui doivent, par essence, inviter tout le monde à manger. Sans doute une intersection de la race et de la classe, tant d’entre nous travaillent dans les secteurs de l’aide à la personne depuis des dizaines d’années que les personnes…

Lire la suite

Day of the Rope au Capitole: le jour où le mythe néo-nazi a pris corps

in Chroniques de la violence brune by

Dans toute politique réussie, il y a une part de magie. Au sens de pratique magique, de rituels irrationnels et normalement inopérants mais qui vont avoir des effets dans le réel parce que la croyance en eux est suffisamment importante dans un corps social pour que les acteurs s’y conforment. Ce qui s’est passé au Capitole relève du Récit qui s’est incarné parce qu’il était suffisamment puissant et même dans les esprits de ceux qui le combattaient. De manière bassement rationnelle, ce qui s’est produit relevait normalement de l’impossible. Il ne s’agissait pas, en effet, d’une tentative de coup d’État. Un coup d’État se prépare dans l’ombre, en secret. L’attaque du Capitole a eu comme dirigeant apparent, un homme qui l’annonçait tranquillement depuis des semaines. Un coup d’État nécessite de petites unités clandestines armées qui choisissent des objectifs stratégiques clés et les prennent d’assaut le moment venu, en comptant sur la stupéfaction de leurs opposants, et pas seulement sur le soutien de la masse de leurs partisans. Depuis des semaines, des milliers et des milliers de suprémacistes blancs, d’accélérationnistes en tous genres, de Républicains pro-Trump clamaient que le 6 janvier serait la date du grand affrontement avec la démocratie américaine (1). Il y avait partout des appels, des hashtag, des cars et des voyages organisés pour l’insurrection qui vient et même des goodies, des casquettes et des sweat-shirts ornés d’un «  Civil War-6th January » fabriqués et commandés d’avance. Sans la magie politique, de celle qui envoûte le camp d’en…

Lire la suite

Une conversation contemporaine : révolution, antisémitisme, islamophobie (1)

in Antisémitisme/islamophobie by &

Nadia Meziane : Nous ne serions peut-être jamais croisés sans la révolution syrienne qui a lié, de par le monde, des gens qui a priori n’avaient rien à faire ensemble. Et donc avant de parler d’antisémitisme et d’islamophobie, j’aimerais qu’on se souvienne des belles choses et qu’on les fasse vivre. Raconte moi un peu ta révolution syrienne et comment elle a déboulé dans ta vie. Hamza Esmili :Peut-être faudrait-il dire d’emblée que la découverte de la révolution syrienne fut tardive pour moi. J’étais pourtant issu de la gauche marocaine – et, plus généralement, arabe – dont 2011 avait été le moment de vérité tant attendu – et, in fine, gravement contrarié. Au Maroc, la révolte avait pris le nom de Mouvement du 20 février auquel, avec certain.e.s ami.e.s, nous avons essayé de donner quelques suites. Mais l’écho de la Syrie ne nous était que peu parvenu. Rétrospectivement, la non-réception de l’une des plus importantes mobilisations du moment me semble allégorique d’une gauche arabe nationaliste qui, pendant des décennies, s’était demandée avec la chanteuse libanaise Julia Boutros « où étaient les millions », i.e. les masses populaires. Cependant, lorsque celles-ci avaient effectivement investi la rue, une partie majeure de la gauche arabe avait pris le parti du régime – dès 2012, la même Julia Boutros1 avait ainsi dédié à l’armée de Bashar une chanson intitulée « tirez, ne montrez nulle pitié ». Aussi la découverte de la révolution syrienne s’est-elle faite par le truchement de la France ou, plus exactement, par la volonté d’interroger la…

Lire la suite

Terrorisme d’extrême-droite: les faits et les “forcenés”

in Chroniques de la violence brune/Chroniques du déni by

Frederik Limol ne comptera jamais officiellement dans les statistiques du terrorisme, même si ses trois victimes ont eu un hommage national. Il a pourtant abattu trois gendarmes, dans le cadre d’une résistance armée, manifestement anticipée de longue date, même si l’évènement déclencheur à savoir l’appel à la police effectué par une amie de sa compagne qu’il violentait n’a pas dépendu de lui. Mais le choix de la date précise du passage à l’acte n’est pas ce qui distingue le terrorisme du simple fait divers non politique. En l’occurrence, il est arrivé dans de nombreux attentats djihadistes que la date soit déterminée par des évènements extérieurs: par exemple, les attentats de Bruxelles ont eu lieu parce que leurs auteurs savaient avoir très peu de temps avant de se faire arrêter par la police qui les avait repérés. Plus globalement, on ne sait souvent pas très bien, dans le cadre d’attentats commis par les « isolés » de Daech, sans ordre explicite de l’organisation, ce qui détermine le jour où ils se décident à tuer. Il y a d’autres critères qui semblent cependant absents du crime de sang perpétué par Frédérik Limol et qui le distinguent même d’autres terroristes d’extrême-droite. Il n’a  laissé aucun manifeste, et personne ne peut être sûr, en l’état des informations données par le procureur de la République, s’il a agi ou pas en étant préoccupé seulement de motifs qu’il vivait comme personnels au moment du drame. Le problème politique ne réside donc pas dans le fait que son acte…

Lire la suite

Antisémitisme : comment l’idéologie du deux poids deux mesures nous a fait toucher le fond

in Antisémitisme/islamophobie by

Dans la mémoire des issus de l’immigration néo-coloniale, il est difficile de savoir si subsiste notamment chez les plus jeunes le souvenir d’un temps où l’on ne se comparait pas avec les Juifs, pour évoquer la discrimination, étatique ou autre, dont on est victime. Depuis au moins quinze ans, la banalité de ce réflexe s’est installée comme une évidence presque absolue et n’est plus guère questionnée, autrement que par le biais de la dénonciation du danger de se livrer ainsi à une relativisation de la Shoah et à un antisémitisme qu’un courant de pensée majoritaire dans les sphères intellectuelles de droite, mais aussi d’une partie de la gauche qualifie de « nouveau », en s’appuyant notamment sur les travaux de divers sociologues ou historiens du temps présent ou experts médiatiques de l’on ne sait trop quoi. Le sujet est donc abordé uniquement au travers de deux lignes. L’une consiste à dénoncer moralement un acte de comparaison, l’autre à en faire un symptôme de la dangerosité d’une partie de la population française. Utiliser la rhétorique du deux poids deux mesures, et montrer que les Juifs seraient « favorisés », protégés contre le racisme spécifique dont ils sont victimes et pas nous, permettrait de dessiner les contours des droits dont nous ne bénéficions pas, en creux, par contraste. Une bonne partie de ceux qui font cette comparaison, qu’ils soient ou non animés par des préjugés antisémites réels, le font cependant dans un esprit avant tout utilitariste. Affirmer que l’on est d’abord une…

Lire la suite

Derniers échos du Folklore de la Zone Mondiale.

in pandémie/Traces by

C’est une histoire de chaînon manquant. Une histoire anecdotique passée à la trappe de nos mémoires collectives, un bref laps de temps entre la grande histoire révolutionnaire inaugurée en 68 et puis les attentats de 86 et la chute du Mur de Berlin où émerge celle du nouveau paradigme érigé en récit explicatif, la guerre des Civilisations . C’est l’histoire d’un bref moment où une jeunesse arrive dans un monde où tout semble avoir déjà eu lieu et s’être échoué dans une banlieue pas encore objet d’histoire, dont on ne se revendique pas parce qu’il ne s’y passe rien. C’est l’histoire d’une jeunesse, au fond, pas si importante numériquement parlant, qui a écrit un destin bien peu historique, à l’ombre du mur de Berlin, symbole de l’échec du communisme, dans le sillage de parents ayant expérimenté toutes les transgressions possibles après 68 pour finalement divorcer et acheter un pavillon, tout en allant à des manifs un peu tristes pour le principe. C’est dans un bout d’éternel présent non identifié qu’une jeunesse décide de déclarer le futur impossible. Mais pas avec de grandes envolées tragiques, plutôt dans un joyeux bordel , dans un élan créatif où bizarrement, l’on jette aux orties toute issue positive tout en déployant une immense énergie créative et romanesque. Donc ça s’appelle Requiem pour un keupon, mais c’est tout sauf un requiem triste. Plutôt un carnaval des damnés et heureux de l’être. Une histoire de musique ? Comme disaient les parents , mais ce n’est pas de la…

Lire la suite

A l’école de la Pandémie, récit .

in Ecole/Instants/Mémoires Vives by

J’ai rédigé ce long récit début juillet 2020. Puis alors que le déni s’installait sur la poursuite de la pandémie, il m’a semblé inutile, redondant, paranoïaque, exagéré. Peut-être l’est-il, le témoignage subjectif sur cette pandémie ne pourra être validé que bien plus tard, lorsque les historiens feront leur travail. En attendant, alors que ce qui est appelé “deuxième vague” est enfin reconnu par les autorités et une grande partie de la population, sans que cela change quoi que ce soit à une politique sanitaire désastreuse,  ce retour dans le futur proche de l’école publique sera là comme trace parmi des milliers d’autres. Merci à toutEs les collègues, et à toutEs les élèves pour le courage, la solidarité, l’espoir . ________________________ Je vais commencer par la fin. Je suis AESH, accompagnante d’élèves en situation de handicap et si j’ai décidé que, finalement, raconter cette période avait un intérêt, c’est parce qu’elle s’est  terminée de manière tristement prévisible. Un matin de la  dernière semaine avant les vacances d’été, nous avons appris qu’un élève de ma classe avait été testé positif.  L’élève avait juste des nausées et il était donc absent depuis quelques jours. Ce matin là, finalement l’école a quand même ouvert. Des parents et des enfants attendaient devant la porte, et nous n’avions aucune consigne. En attendant, les élèves sont donc montés dans la classe comme à l’accoutumée. Puis une personne de la médecine scolaire est arrivée et s’est entretenue très longtemps avec l’enseignante. Un interrogatoire avec tableaux Excel, plus qu’un…

Lire la suite

La question de l’enseignement de l’arabe, entre postures racistes et justifications utilitaristes à côté de la plaque.

in Chroniques de la violence brune/Ecole/islamophobie/Laïcité/Mémoires Vives by &

La question de l’enseignement de cette langue dans le système scolaire français est devenu un marronnier depuis déjà bien trop longtemps. À intervalle régulier, l’opinion est secouée par le surgissement de ce débat, souvent à l’issue de l’initiative d’une ou d’un ministre de l’éducation nationale proposant de faciliter l’enseignement de cette langue. En 2016 comme en 2018 et encore aujourd’hui, ceux qui s’émeuvent de cette initiative ne cachent même pas le racisme autour duquel leurs éructations se construisent. Et ils racontent à peu près tout et n’importe quoi pour fustiger cette mesure. Pour ces éminents connaisseurs de l’école et du destin des enfants d’immigrés, cet apprentissage favoriserait le communautarisme. Comme si la possibilité offerte à des enfants ou petits enfants d’arabophones d’apprendre à l’école la langue de leurs ascendants allait immédiatement précipiter toute cette marmaille vers les classes de langue arabe. Réflexion digne d’une moule, mais on ne sera guère étonné de la part de Ménard et consorts. Un petit décentrement sur les choix linguistiques des descendants d’Italiens ou d’Espagnols leur aurait suffi pour ne pas raconter n’importe quoi. Combien sommes-nous à ne même pas avoir envisagé d’apprendre à l’école une langue qui nous rattachait immédiatement à notre altérité ? Combien il a fallu de détours aux descendants d’Italiens de seconde ou troisième génération, ce qui est la situation de la grande majorité des élèves éventuellement concernés par cet enseignement de l’arabe aujourd’hui, pour s’intéresser à la culture et à la langue italienne autrement qu’à travers la composition des repas…

Lire la suite

Attentat contre la synagogue de Halle: un “loser” sanglant.

in Chroniques de la violence brune by

Au deuxième jour de son procès, entamé le 23 juillet, Stephan Balliet rit devant la vidéo de son attaque meurtrière contre la synagogue de Halle le 9 octobre 2019, attaque lors de laquelle il n’a finalement pu tuer « que » deux personnes, Jana Lange qui passait dans la rue, et Kevin S. qui déjeunait dans un kebab qu’il a mitraillé. Lorsque les juges et les familles des victimes s’émeuvent de ses ricanements, il dit qu’il s’amuse « seulement » de quelques unes de ses vannes, et pas spécialement de ses crimes, qu’il assume, cependant. Tout comme il assume d’être négationniste, et de penser que les Juifs doivent être exterminés car ce sont eux qui organisent le Grand Remplacement. Pourtant Stephan Balliet est profondément déçu de lui même. Déjà, dans la vidéo qu’il a diffusé en direct pendant l’attaque, il s’auto-dénomme « le loser » parce qu’il n’ arrive pas à faire sauter la porte de la synagogue pour perpétuer un massacre. Stephen Baillet a 28 ans. Et pour lui, réussir sa vie, c’était parvenir à tuer un maximum de Juifs, le jour de Yom Kippour. C’est du moins ce qu’il a mis tout en haut de sa liste de « réussites », faite à la manière d’un barème de jeux vidéos permettant d’obtenir des badges ou d’accéder au niveau supérieur. Il en avait listé 25 plus un malus, si jamais il se blessait lui-même. La liste qui clôture le manifeste posté sur un forum suprémaciste et sur le Dark net, est rédigée comme suit. Les ”…

Lire la suite

1 2 3 4 6
Go to Top