Le crime d’Elias d’Imzalene: avoir eu raison trop tôt
Les 7 et 8 janvier, la Cour d’Appel de Paris rejugera Elias d’Imzalène. Deux journées d’audience pour quelques phrases prononcées en manifestation. Deux journées pour décider si une parole militante relève de l’expression politique ou de la menace pénale. Ce procès en appel ne porte pas seulement sur des mots. Il porte sur qui a le droit de les prononcer, et à quel prix. Il porte sur la transformation progressive d’un activiste des droits humains en ennemi intérieur. Ce qui est jugé aujourd’hui, c’est une parole qui, en septembre 2024, a nommé ce que beaucoup refusaient encore de dire — et qui l’a fait trop tôt, depuis une identité immédiatement illégitime : celle d’un militant musulman. Depuis, pourtant, les lignes ont bougé. De plus en plus de voix, issues d’horizons différents, affirment publiquement que ce qui se passe à Gaza porte bien le nom de génocide. Des ONG, des juristes, mais aussi des figures intellectuelles et culturelles dont la légitimité est largement reconnue dans le monde occidental. Parmi elles, celle de Omer Bartov, historien de la Shoah, professeur émérite à l’université Brown, spécialiste reconnu des crimes de masse. À l’été 2025, dans une tribune publiée en une du New York Times, il affirme explicitement que ce qui se déroule à Gaza relève du génocide. Cette prise de position est majeure : elle émane d’un chercheur qui a consacré sa vie à l’étude de la destruction des Juifs d’Europe et qui, longtemps, s’est montré prudent dans l’usage de ce terme.…