"Je n'ai pas vécu la liberté, mais je l'ai écrite sur les murs" (la révolution syrienne)

L(‘)arme politique

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« Je vous promets que la révolution syrienne va changer le visage du Moyen-Orient parce qu’elle change les êtres humains de l’intérieur. Les révolutions ce sont des idées, et aucune arme ne peut tuer des idées. » Raed Fares

Voilà quelques jours que je cherche les mots…
Que savons-nous de la torture, de la répression, des régimes autoritaires, des assassinats politiques ? Que savons-nous de la résistance et des révolutions ?

Vendredi matin, 23 novembre, en Syrie, ils ont assassiné Raed Fares et son ami Hamoud Junaid.
Je ne connaissais pas ce dernier. Nous étions nombreux à suivre le premier.
Il restera une figure majeure de la révolution syrienne. La perte est immense. Écœurante. Déchirante.

Depuis le mois de mai, en Arabie Saoudite, ils ont emprisonné et torturent plusieurs activistes engagés en faveur des droits des femmes: Loujain al Hathloul, Iman al Nafjan, Aziza al Yousef, Samar Badawi, Nassima al Sada, Mohammad al Rabea et Ibrahim al Modeimigh. Une liste de noms. Et parmi eux, la sœur d’une amie. Je ne peux imaginer les angoisses qu’elle et ses proches affrontent. Celle-ci nous demande de relayer des articles pour alerter l’opinion publique. S’il-vous-plaît, faites résonner ces noms, donnez-leur un écho au-delà de cette liste sinistre de prisonnier.e.s politiques.

Alors, je cherche, cherche encore les mots sans vraiment les trouver.
Et si, à bout de mots, nous trouvions des moyens d’action?

Il est devenu insupportable d’entendre le ronron inquiétant autour de la montée des fascismes aux quatre coins du globe. Comme un prétexte à l’immobilisme, comme si nous avions déjà perdu… Pourtant, comme beaucoup, je m’inquiète… Mais les craintes seules ne paralysent-elles pas plus qu’elles ne mobilisent ? Il est temps, on se le répète tant, que la peur change de camp.

Les discours fascistes se répandent, oui, entre autres car nous rendons leur expression bien comfortable.

Qu’attend-on ? Que ces discours de propagande, à ce point banalisés comme de la libre-expression, gagnent du terrain plus encore et installent définitivement au pouvoir des fachos qui nous feront taire et élimineront tout ce qui sort du rang ?

Je veux bien semer des graines d’amour, d’empathie et tout ce genre de choses. Mais ça ne sera pas assez. Vous le savez.

En privé, en public, entre amis, au taf, au bistrot, en manif, en concert, en famille, ici, maintenant et partout ; sabotons, empêchons l’expression des discours de haine dirigés contre les femmes, les Noir.e.s, les Arabes, les Rroms, les Transpédégouines, les Juif.ve.s, les Musulman.e.s, les personnes qui vivent dans la précarité…
Si on est incapable de résister à cela, on ne résistera à rien.

Quelles leçons de courage politique tirerons-nous des exemples de Raed Fares (Rest In Power) et de ces activistes saoudien.ne.s ?

Il est temps d’honorer la mémoire de celles et ceux qui ont résisté.
Il est temps de soutenir celles et ceux qui s’organisent pour se libérer de l’emprise de régimes autoritaires.
Contre toutes les formes de pourritures haineuses et meurtrières.
Pourriture autoritaire qui massacre son peuple pour se maintenir au pouvoir.
Pourriture fanatique qui instrumentalise la religion pour asseoir son pouvoir.
Pourriture institutionnelle qui pourchasse des populations en exil à la recherche d’un refuge.
Pourriture en ligne qui répand des discours de propagande pour manipuler l’opinion publique.
Pourriture tortionnaire qui utilise la terreur pour faire taire l’opposition.
Pourriture des rues qui violente celles et ceux qui osent sortir de chez elleux sans être conformes à la norme.
Pourriture qui abuse de son pouvoir pour exploiter des travailleuses.eurs.
Pourriture complice qui attend le grand soir en rêvant d’une part de cet indigeste gâteau.
Pourriture paternaliste qui dicte à l’une de se devoiler et à l’autre de se rhabiller.
Pourriture machiste qui frappe à mort sa conjointe ou son ex, jusqu’au féminicide.
Pourriture antisémite qui gangrène nos luttes.
Pourriture coloniale qui se comporte en maître où qu’elle aille.
Pourritures d’ici et de là-bas : même combat.

Il est l’heure.
Que notre peur se transforme en colère.
Que notre colère alimente notre résistance.
Pour résister au pire de nous-mêmes.

Résistons-leur

A priori, je ne mords pas. Mais on peut s'arranger.

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