"Je n'ai pas vécu la liberté, mais je l'ai écrite sur les murs" (la révolution syrienne)

Bagatelles pour un massacre, en “débat” à Sciences Po

in Chroniques de la violence brune by

Ce 3 juillet, Antoine Gallimard, entouré de quelques rédacteurs de notes de bas de pages pour pamphlets antisémites en édition de luxe, avait organisé avec la société d’études céliniennes, dont il est membre fondateur une causerie autour de la réédition de ” Bagatelles pour un massacre”. Le “débat” ouvrait un colloque sur “Céline et le politique”, qui se tiendra ces jours-ci à Sciences Po.

Comme il n’y avait rien à débattre, mais tout à combattre, nous avons choisi de prendre la parole quelques minutes après l’arrivée d’Antoine Gallimard, et quitté la salle immédiatement après lecture de notre texte, étant très peu intéressés par la campagne publicitaire pour la saleté raciste que l’éditeur appelle oeuvre littéraire.

PAS D’ANTISÉMITISME, MÊME SUR PAPIER BIBLE.

Il n’y a pas de scandale Céline. Il n’y a pas de scandale autour de la réédition de « Bagatelles pour un massacre ». Il n’y pas de censure non plus. Juste un choix consensuel au point d’être paisiblement discuté à Sciences Po. Militants antiracistes,nous ne sommes pas venus faire semblant d’être stupéfaits, ni même surpris par le choix d’Antoine Gallimard de rééditer la prose politique ouvertement et clairement exterminatrice de Céline.

Pourquoi le serions-nous ? La haine, en Europe, a de nouveau pignon sur rue et pris le pouvoir. En Hongrie, en Italie. De nouveau, haut et fort, les fascistes annoncent qu’ils feront la chasse aux envoyés des milliardaires Juifs qui contrôlent le monde ou aux franc-maçons qui les secondent dans cette tâche. Comme Céline, ils appellent le « peuple » à reconnaître le Sage de Sion dans le passant anonyme, qui hier encore était comme tout le monde, et qui est désormais l’ennemi à traiter comme il se doit, comme autrefois. De nouveau, nous portons des noms que les bourreaux choisissent pour nous, et crient partout, dans les parlements, dans les Ministères, dans les rues de la vieille Europe.
Nègre, bougnoule , youpin, nous l’entendons tous les jours, alors pourquoi serions nous étonnés qu’on ressorte aussi les insultes des vieux bouquins, où Celine les répétait si bien ?

Nous ne sommes pas venus surjouer l’indignation abasourdie. La haine se vendra bien, Antoine Gallimard le sait d’avance, et il est vendeur, pas antifasciste. Si la réédition des ordures antisémites et racistes les moins hypocrites de Céline n’a pas eu lieu jusqu’ici, ce n’est pas que la maison Gallimard ait été antiraciste et courageuse. Céline lui-même, simplement, était un lâche qui voulait bien tout assumer, mais seulement si c’était dans l’air du temps. Passer pour un rebelle, lorsqu’on dit la même chose que les nazis qui sont à Paris, oui, mais pas quand ils sont partis. S’il était vivant aujourd’hui, sans doute trouverait-il qu’il est bien temps de redevenir franc.

Le soutien à la réédition de ses immondices est bien fourni : l’éditeur de prestige, mais pas seulement. Des historiens qui ont le statut social nécessaire pour appeler commentaire critique leur complaisance complice, sans que personne n’éclate de rire, sont venus en renfort. Qui a besoin qu’on lui explique qu’appeler à exterminer les Juifs, même sur papier Bible, cela veut juste dire ce que ça dit ? Personne, tout cela a déjà été fait cent fois, par des historiens sérieux qui n’ont pas eu besoin que les pamphlets soient de nouveau massivement diffusés pour travailler.

Alors pourquoi parler, pourquoi venir dire non à des gens qui savent parfaitement ce qu’ils font, et sont même prêts à nous laisser, encore quelques temps, un petit peu de liberté d’expression, un peu de « cause toujours, personne ne t’entend ? ».

D’abord parce qu’il faut continuer à dire non, inlassablement. A tous les antisémitismes, à tous les racismes, sans se laisser diviser . Par Antoine Gallimard, qui réédite la pire ordure pro-nazie et ose tranquillement affirmer qu’aujourd’hui l’antisémitisme est seulement musulman. S’il faut parler de Daesh parlons-en : ce n’est pas un éditeur musulman qui a édité le plagiaire de Céline, Marc Edouard Nabe mais Gallimard. On ne sait pas si Daesh a lu Céline, mais ils citent et félicitent Nabe, qui diffuse leur prose assassine, parce qu’elle est la même que la sienne. Comme l’islamophobie et l’antisémitisme sont la même haine.

Nous ne venons pas débattre , nous venons juste dire non. Dire qu’il faudra faire scandale, contre le vrai conformisme, celui qui arrive au deuxième tour de l’élection présidentielle, celui qui a ses aises dans les librairies des beaux quartiers tout autant que dans les quartiers populaires. Le conformisme de la haine, et de la complaisance envers la haine, qui n’est pas moins dangereuse lorsqu’elle se dit avec érudition et style.

C’est tout. Le reste a déjà été dit, immédiatement par les fondateurs de l’Association des Fils et des Filles des déportés Juifs de France. Que leurs voix de combattantEs de la mémoire et de l’histoire soit balayées d’un revers de main par des gens qui se prétendent historiens, en dit suffisamment long sur les cadavres que l’époque a dans la bouche.

Il faut les nommer pour ce qu’ils sont, comme il faut appeler les vautours par leur nom.

Paris, 3 juillet 2018

Latest from Chroniques de la violence brune

Liberté d’expression

Le dessinateur Marsault, l’écrivain Laurent Obertone et leur maison d’édition RING n’aiment
Go to Top