"Je n'ai pas vécu la liberté, mais je l'ai écrite sur les murs" (la révolution syrienne)

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Nadia Meziane

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PrecairE, antiracistE

Quand « Plus jamais ça » devient un délit.

in Non classé by

Sous couvert de lutte contre le négationnisme, la loi Yadan redéfinit ce qu’il devient possible de dire des crimes de masse. En rendant la comparaison risquée, elle touche directement à la manière dont la Shoah a été pensée par ses survivants. « Plus jamais ça ». Ce slogan ne naît pas dans les institutions ni dans des cercles de réflexion. Il s’impose dans l’après-guerre comme un mot d’ordre moral issu de l’expérience des camps.Au camp de concentration de Buchenwald, en avril 1945, les survivants formulent ce que l’on appelle le Serment de Buchenwald, un texte collectif proclamé après la libération du camp. Ce serment affirme notamment : « La destruction du nazisme avec ses racines est notre mot d’ordre. La construction d’un monde nouveau de paix et de liberté est notre idéal. » Il ne contient pas la formule « Plus jamais ça » telle quelle, mais il en exprime clairement l’horizon politique et moral : empêcher que les mécanismes qui ont conduit à l’extermination puissent se reproduire. Ce texte, porté par des survivants de différentes origines — déportés politiques, Juifs, résistants — ne constitue pas une mémoire fermée. Il affirme une exigence universelle. C’est dans cet esprit que se diffuse, dans les années qui suivent, le mot d’ordre « Plus jamais ça », comme formulation synthétique de cette expérience. Autrement dit : ce serment suppose que l’on puisse comparer, comprendre et reconnaître ailleurs les mécanismes de destruction. C’est précisément cette possibilité qui est aujourd’hui remise en cause. L’article 4…

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Abdelhakim Sefrioui, condamner un homme pour écrire une histoire

in Chroniques du déni by

Lorsque Samuel Paty a été assassiné, je travaillais comme précaire de l’Éducation nationale, assistante d’élèves en situation de handicap. J’ai aujourd’hui beaucoup de mal à me remémorer cette période sans m’effondrer psychologiquement. Elle a été une période extrêmement difficile de ma vie, mais aussi de celle des personnels de l’Éducation nationale, et plus encore de celles et ceux qui n’ont aucune reconnaissance sociale, qui ne sont pas professeurs et qui sont également sous-payés et maltraités. À cette époque nous étions en pleine pandémie et en plein dans sa gestion catastrophique. L’école était l’un des seuls services publics où le tout numérique n’avait pas remplacé l’humain. Nous avions repris le travail dans des conditions épouvantables dès la fin du premier confinement. Les consignes changeaient sans cesse. Les protocoles sanitaires arrivaient tard et étaient modifiés toutes les semaines. Le ministre Jean-Michel Blanquer annonçait souvent les nouvelles règles sur Twitter avant même que les personnels ne les découvrent par leur hiérarchie. Les journées étaient interminables. Nous avions peur d’attraper une maladie dont nous ne connaissions pas encore tous les dangers. Les parents étaient eux-mêmes épuisés et inquiets. Leur colère se tournait souvent vers nous. Certains nous reprochaient d’imposer le masque aux enfants. D’autres nous reprochaient de ne pas le faire respecter suffisamment. Certains nous reprochaient d’être malades et de ne pas venir travailler. D’autres nous reprochaient au contraire de venir travailler alors que nous l’étions peut-être. Certains nous trouvaient trop prudents. D’autres pas assez. Mais la pression ne s’arrêtait pas lorsque nous quittions…

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Alger 1957: racines françaises de la guerre contre le terrorisme, entretien avec Fabrice Riceputi

in Entretiens/Mémoires Vives/suprémacisme blanc by et

Nadia Meziane pour Lignes de Crètes : Bonsoir Fabrice, merci de nous accorder cet entretien. On va peut-être commencer par ta présentation, que tu nous racontes, peut-être, comment tu as choisi ce sujet précis qu’est la guerre d’Algérie, ce qui peut paraître évident à des jeunes étudiants aujourd’hui avec les études décoloniales et toute cette profusion de travaux qu’on peut avoir en Europe, mais aussi ailleurs, sur le sujet mais qui ne l’était pas forcément il y a encore quelques temps. Fabrice Riceputi : Alors c’est une question qu’on me pose souvent mais à laquelle j’ai un peu de mal à répondre simplement. Alors d’abord, moi, je ne suis pas un universitaire : j’ai fait pas mal de choses avant de me remettre à la recherche historique. J’ai été prof dans le second degré ; j’ai été militant syndicaliste et puis il se trouve que j’ai été l’étudiant de Pierre Vidal-Naquet qui est l’historien français qui a vraiment fait un énorme travail sur la guerre d’Algérie. Je n’ai pas pu poursuivre la recherche à ses côtés en particulier, je suis devenu prof parce qu’il fallait manger et  je me suis remis sur le tard à tout ça , il y a une grosse dizaine d’années par le fait d’un certain nombre de rencontres, un peu de hasard, mais aussi parce qu’en tant que militant antiraciste et historien j’ai toujours bien perçu la connexion entre la problématique de l’histoire coloniale et l’héritage du racisme aujourd’hui. Je me suis plongé d’abord dans cette histoire de…

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Contre l’islamophobie: le 11 mai et après, aimez nous vivants

in islamophobie/Révolution by

L’assassinat d’Aboubakar Cissé a déclenché une immense émotion au delà de la communauté musulmane mais aussi des débats indignes en réponse : pendant des jours, l’extrême droite, la droite, les macronistes ont essayé de démontrer  que le meurtre d’un jeune homme noir et musulman dans une mosquée par un homme qui a blasphémé et tenu des propos négrophobes en le poignardant à des dizaines de reprises n’avait rien à voir avec l’islamophobie. L’ignominie de ces forces politiques, leur indécence dans un tel contexte n’étonnera personne, sauf  des extra-terrestres venus d’une lointaine planète et qui n’auraient pas suivi la montée paroxystique du racisme éradicateur dans l’Hexagone. Mais l’on peut se demander pourquoi il était à ce point important que l’islamophobie ne soit pas le motif de l’assassinat. Sans doute parce que la mort violente apparaît en France comme la seule raison légitime pour défendre les musulmans. A force de reculs politiques, à force de renoncements pour ne pas braquer l’électorat chauffé à blanc par la propagande raciste , à force de concessions pour ne pas paraitre « islamo-gauchiste », il faut qu’une personne soit sauvagement assassinée dans son lieu de culte pour que l’antiracisme apparaisse comme une cause défendable, lorsqu’il s’agit  de l’appliquer aux musulmans . Pour nous la mobilisation pour notre frère, l’émotion politique que suscitent à sa suite les agressions de sœurs couvertes qui en temps ordinaire passent désormais inaperçues sont des émotions à double tranchant. Oui, nous avons peur de mourir au quotidien. Oui, nous avons surtout peur pour les…

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Zemmour et Pétain: en temps de génocide, que vaut la mémoire des victimes de Vichy ? ?

in Antisémitisme/Chroniques du déni by

Il y eut autrefois des survivants et survivantes de l’extermination des Juifs d’Europe pour inviter des victimes algériennes de Papon à la barre lorsque celui-ci eut à répondre des crimes commis au nom de l’État français sous Vichy. Ce fut historique, car en vertu de la loi d’amnistie votée par la jeune Vème République créée pour mater l’insurrection algérienne, Papon était protégé de toute poursuite concernant les crimes contre l’humanité et la torture en Algérie. Certes, aucune des associations actuelles de lutte contre l’antisémitisme n’invitera des Palestiniens de France ou des musulmans au pourvoi en cassation que formera Eric Zemmour contre une décision qui ne lui semble encore pas assez laxiste dans la France d’aujourd’hui : 10 000 euros d’amende pour avoir tenu des propos négationnistes d’un niveau inimaginable sur de grands médias il y a quinze ans, c’est encore trop à ses yeux. L’Histoire, le respect des victimes de la France vichyste servile devant le nazisme, devançant les désirs des SS, à leur grande surprise parfois, on s’en fiche en 2025. Monsieur Zemmour n’a dit qu’un mensonge, finalement très mesuré, en affirmant que Pétain a sauvé des Juifs, quand les sionistes au pouvoir en Israël en sont à proclamer que ce sont les arabes qui ont poussé Hitler à exterminer les Juifs, quand des assassins et des génocidaires portent une étoile jaune en allant à l’ONU, profanant ainsi la mémoire des victimes juives de Hitler à qui cette étoile ne donnait, certes, que le pouvoir d’être fichées, traquées, interdites…

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Lettre ouverte à ceux qui attaquent le chercheur du CNRS François Burgat

in Non classé by

Lettre ouverte à ceux qui attaquent le chercheur du CNRS François Burgat   Christophe Oberlin 26 mars 2025   Alors qu’un génocide est en cours en Palestine occupée, les appuis occidentaux de l’Etat d’Israël font feux de tout bois. En France, pays clé, l’existence de lobbys est légale, ce qui est normal.  Ce qui l’est moins, c’est que la Justice s’en trouve parfois encombrée voire instrumentalisée.  Le comble serait que les chercheuses et chercheurs les plus compétents soient entravés dans leur recherche, voire condamnés personnellement. J’ai été victime, moi-même, il y a treize ans, d’une tentative d’intimidation utilisant le chantage à l’antisémitisme. La tentative s’est soldée par l’échec du lobby qui m’attaquait, assorti d’une jurisprudence allant à l’encontre du Conseil de l’Ordre des médecins qui s’était laissé instrumentaliser. Mais la force d’un lobby, tant qu’il est alimenté, est de ne pas se décourager. Aujourd’hui, dix ans plus tard, le chantage classique à l’antisémitisme a pris une autre forme. Il s’appuie sur un nouvel Esprit des lois, inquiétant. On prétend combattre « l’atteinte aux valeurs de la République », « l’incitation à la haine », « l’apologie de terrorisme ». Avec un champ d’application tout trouvé : l’une des valeurs de la République française serait de soutenir notre allié Israël, de promouvoir son amour pour cet Etat, et de considérer toute déclaration contraire comme une apologie de terrorisme. C’est exactement ce dont se plaint une association lobbyiste européenne  à l’encontre de François Burgat, éminent chercheur aux travaux de notoriété internationale. L’allégation est proprement ridicule, mais le lobby…

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Sommes-nous vraiment tous des terroristes ?

in islamophobie/Prises de positions by et

« Islamiste ou pas, bon ou méchant, si on transige sur l’Etat de droit pour les autres on le paye soi-même ou des proches un jour«    Si les erreurs judiciaires ne correspondaient pas aux errements de l’opinion publique, elles seraient vite réparées. Mais les raisonnements, contraires à tous les principes fondamentaux en démocratie, qui ont conduit Abdelhakim Sefrioui à être placé quatre ans à l’isolement, au titre de sa complicité présumée avec l’assassinat de Samuel Paty, avant d’être condamné à 15 ans d’incarcération, sont malheureusement très partagés en France. Quels sont les faits exacts qui lui sont reprochés ? Il ne connaissait pas l’assassin de Samuel Paty, et celui-ci n’a vu aucune de ses vidéos. Il n’y a donc pas eu la moindre association entre eux. “Rappelle-moi vite, un malade a assassiné le professeur”, s’est-il exclamé en apprenant le crime, sans savoir que son téléphone était sur écoute. Et, en garde à vue, ses premiers mots ont été : “ Si j’avais pu donner ma vie pour protéger le professeur (…) j’aurais donné ma vie ”. Abdelhakim Sefrioui est militant contre l’islamophobie. Comme tous les militants, il a appliqué un principe simple : croire celle qui s’adressait à lui en se disant victime et la défendre avec toute sa force de conviction. On peut naturellement critiquer cette démarche qui fonde le combat de tous les activistes, musulmans ou non. Mais elle est commune et rarement reprochée à d’autres acteurs du débat public : lorsqu’il n’y a pas si longtemps, toute…

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L’Indigène, le beau geste et les saluts génocidaires

in Debunk/islamophobie by

Quand la musulmane fait un beau geste, en France, on l’accusera de faire un salut nazi. Il vaut mieux le savoir et ne pas perdre de temps. Travaillant sur le neo-nazisme néo-nazisme, je me suis demandé pourquoi Houria Bouteldja était allée chercher Otto Strasser, référence underground de l’internationale suprémaciste blanche de l’après-guerre et pendant des décennies, pour le citer dans une intervention publique qui « fait polémique » comme dit la presse islamophobe quand elle fait destruction politique . On ne joue pas avec le feu sans maîtriser le feu et peu de gens, en France, ont pris le temps de s’intéresser aux manifestes laissés pas les tueurs de masse héritiers du néo-nazisme, de Breivik aux réplicants de Brenton Tarrant. Quand on le fait, on éprouve cette terreur intime : ceux qui sont passés à l’acte définitif ont exactement les mêmes théories générales que l’extrême-droite mainstream, désormais hégémonique et au pouvoir. Mais avant d’engager leur vie en semant la mort, beaucoup font aussi ce que le haineux des réseaux sociaux ne fait pas, sauf si on fait un beau geste, lui envoyer un MP. Je suis très barbare parfois, j’ai ce geste-là, écrire au soit-disant beauf à 30 abonnés pour le traiter en grand militant. Alors vient l’expression de la détresse existentielle. Celle que dit Tarrant, lorsque, déçu par le voyage initiatique en France, il oppose la solennité des cimetières de la guerre de 14-18 et le parking du supermarché. Le supermarché : lieu d’une tuerie de masse raciste à El Paso…

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L’aventure des librairies musulmanes, entretien avec Thomas Sibille Al Bayyinah

in Entretiens/islamophobie/Mémoires Vives by

Nous proposons ici la retranscription d’un entretien réalisé avec Thomas Sibille, d’Al Bayyinah, en juin 2024. Il nous a semblé essentiel de proposer une version écrite, et donc durable, de ce récit sur une aventure culturelle française, celle des librairies musulmanes et de l’édition musulmane, malheureusement toujours abordée dans les médias de manière négative et par des ignorants en quête de sensationnalisme islamophobe.  Nadia Meziane : Salam, bonjour, On va commencer par te présenter brièvement pour les non musulmans. Tu es propriétaire d’une librairie, Al Bayyinah à Argenteuil, tu es aussi éditeur, à la tête de deux maisons d’édition. Tu es également auteur et plus globalement, tu es un des acteurs importants de la communauté musulmane qui s’implique aussi dans sa vie quotidienne. Or tu n’es pas né musulman et avant de faire l’histoire de ta librairie et des librairies musulmanes, je voulais revenir sur ton parcours, qui ne correspond pas tellement aux clichés qu’on peut avoir sur les convertis. Tu n’es pas issu d’un quartier populaire, tu ne t’es pas converti parce que tu étais issu de l’immigration et par imitation. Tu n’es pas non plus dans le cliché islamophobe, celui de la perte de sens qui affecte des Occidentaux en quête d’une identité et qui se tournent vers une religion de “conquête”. Tu viens d’une famille qui est chrétienne et je souhaitais que tu nous présentes cette histoire, qui a été la tienne au début des années 2000. Thomas Sibille : Je suis effectivement né dans une famille…

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Kamel Daoud: un Goncourt parfait sous le sapin de Beauvau

in islamophobie/Mémoires Vives by

Houris commence la nuit . Vers 5h du matin, résonne l’appel à la prière. Daoud écrit “ La grosse voix appelle à prier Dieu et crie fort pour secouer les dormeurs. C’est une langue d’exhortations et de menaces . Après son appel , les hommes vont se réveiller, roter tituber et se laver avec de l’eau froide, d’abord les parties intimes , ensuite les bras et la tête. Ils s’en iront , somnolents vers Dieu qui ne dort jamais”. En Kamel Daoud, certains voient un « arabe de service ». Il est vrai que cette scène peut apparaître comme le plagiat ridicule de la scène d’OSS 117, le Caire Nid d’Espions où Jean Dujardin fait taire le muezzin. La scène inaugurale de Houris peut laisser gênée devant cet Algérien qui recycle sérieusement une scène censée être comique  où un acteur français surjoue l’imbécile de colon raciste. Chacun est libre de servir ses idées, les arabes comme les autres cependant, et l’on peut voir   plutôt en Kamel Daoud l’archétype de l’Homme Inquiétant. Celui qui méprise les femmes de sa race. Mais finement, en ayant l’air féministe, ce qui accentue le danger. On pardonnera le mot “ race” qui ne doit plus être dit dans la France d’extrême droite, où la langue doit absolument évacuer le réel de la brutalité raciste. Mais dans dans ce passage , dès le premier chapitre , la langue, le corps des hommes sont attaqués en même temps que leur Foi. Quant à nous,  nous sommes réduites au silence…

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