"Je n'ai pas vécu la liberté, mais je l'ai écrite sur les murs" (la révolution syrienne)

Accélérationnisme, ACAB et suprémacisme blanc: un regard sur Boogaloo

in Chroniques de la violence brune/Médias etc. by

Que diable font des “suprémacistes blancs” dans les manifestations et les émeutes liées à la mort de Georges Floyd aux Etats Unis ? La question a agité les médias américains puis ici.

Elle est en réalité assez mal posée politiquement et revêt pourtant un intérêt qui dépasse de loin la situation américaine dans un contexte historique marqué dans l’ensemble du monde occidental par la pandémie de Covid 19, qui occasionne une exacerbation sociale, sociétale politique de toutes les forces politiques existantes et des grandes tendances en présence.

En réalité ce ne sont pas exactement des “suprémacistes blancs” qui participent occasionnellement aux émeutes mais des membres d’un mouvement né virtuellement, les “Boogaloo”. Mouvement qui a d’abord émergé avec un hashtag /k/, distinct du /pol/ qui regroupe l’ensemble des publications et réseaux suprémacistes. Nous avons traduit ici un article de deux journalistes qui retracent la genèse de cette communauté, axée autour de la défense du droit à porter des armes et l’appel à se préparer à la guerre civile inévitable avec les gouvernements démocratiques, quels qu’ils soient.

Il s’agit d’abord d’un mouvement “anti-système”, c’est à dire regroupant des forces diverses ayant en commun un refus absolu des divisions politiques droite/gauche, une croyance dans tel ou tel “complot”, et dans la démocratie représentative comme émanation de ce complot.

Il s’agit aussi d’un mouvement apocalyptique, prédisant l’effondrement de la civilisation occidentale à très brève échéance, et l’impossibilité absolue d’y apporter une réponse politique autre que le conflit armé.

Evidemment, les suprémacistes blancs originels y sont les bienvenus et y sont majoritaires, parce qu’ils sont les plus organisés politiquement, et parce qu’en partie, ce mouvement reprend leurs thèses et leurs sous-cultures. Cependant, beaucoup des gens qui adhèrent à ce mouvement ne se vivent pas comme suprémacistes et une partie d’entre eux défend l’alliance entre tous les américains victimes de la répression étatique contre les polices locales et fédérales, pour le droit de porter des armes et pour la guerre civile. Certains participent donc au soulèvement en cours.

Anecdotique ? Pas forcément. D’abord parce que les mouvements contre le “lock down” lié au coronavirus ont permis à ce mouvement de se développer numériquement et d’acquérir une visibilité importante. D’autre part, parce qu’il est un excellent exemple de confusionnisme insurrectionnel au service du fascisme, ce qu’ont été également à leur manière les manifestations anti-confinement en Allemagne, et en France, le discours de déni sur le Covid 19, accompagné d’une hostilité extrêmement forte à toutes les mesures sanitaires. Et d’un discours apocalyptique et anti-démocratique qui n’a d’anticapitaliste que le vernis, de plus en plus mince.

Enfin, le mouvement Boogaloo est une des composantes du mouvement accélérationniste qui est actuellement l’une des stratégies principales des suprémacistes blancs et des néo nazis: précipiter l’effondrement au besoin en participant à n’importe quel soulèvement social , écologiste, voire antiraciste, pour le pousser vers l’affrontement total et générer un chaos propice à la prise du pouvoir.

Il est nécessaire de s’informer et de réfléchir sur ces phénomènes, si l’on est engagé dans les mobilisations actuelles, quelles qu’elles soient. Parce que les suprémacistes ont beau être une communauté très minoritaire, certaines thématiques leur permettent d’agir efficacement dans la rue, d’y propager leurs thèses, de recruter en cohabitant avec les forces progressistes dans le désordre et la confusion.

Dans l’état légitime de colère, d’appréhensions et de catastrophisme où nous sommes tous et toutEs, et encore plus pendant la pandémie de Covid-19, nous avons tendance à adhérer aux discours parfaitement légitimes contre des gouvernements et des institutions qui aggravent sans arrêt nos conditions de vie, s’avèrent incapables de lutter contre une épidémie, et détruisent les droits qui nous auraient permis de le faire, tout en accentuant les atteintes à nos libertés civiles, qu’il s’agisse de violence policières, de racisme structurel ou d’attaque frontale contre les mouvements sociaux.
Mais toute insurrection à venir n’est pas forcément une révolution, et partout les forces anti-système gagnent du terrain, notamment par des modes de socialisation et d’organisation virtuelle extrêmement efficaces, comme le démontre cet article à propos de l’organisation de Boogaloo sur Facebook.

Le texte original, en anglais a été publié sur bellingcat et écrit par Jason Wilson et Robert Evans

Le 26 mai, des foules se sont rassemblées à Minneapolis, dans le Minnesota, pour protester contre la mort de George Floyd, 46 ans, aux mains du service de police de la ville. Floyd était noir. De nombreux manifestants étaient des personnes de couleur.

Le département a licencié quatre policiers le même jour, après que des images soient apparues montrant que Floyd avait été étranglé par un officier blanc; la vidéo le montre plaçant son genou sur Floyd, l’empêchant de respirer. Le licenciement de ces agents n’a pas suffi à désamorcer la colère dans la ville où, moins de quatre ans auparavant, un policier avait abattu un homme noir, Philando Castile, mort à un feu rouge, alors qu’il était en possession d’une arme achetée tout à fait légalement.

Sur Internet, pendant ce temps, un mouvement largement blanc et d’extrême droite a publiquement débattu des risques que ses membres devraient prendre pour soutenir un homme noir tué par la police.

Sur la page Facebook, Big Igloo Bois, qui comptait 30 637 adeptes au moment de la rédaction de cet article, un administrateur a écrit à propos des manifestations: «S’il y a un moment où les Boys doivent se solidariser avec TOUS les hommes et les femmes libres de ce pays, c’est maintenant“.

Un autre message disait: «Ce n’est pas un problème de race. Pendant trop longtemps, nous les avons autorisés à nous assassiner dans nos maisons et dans les rues. Nous devons nous tenir aux côtés des habitants de Minneapolis. Nous devons les soutenir dans cette protestation contre un système qui permet à la brutalité policière de continuer sans contrôle. »

Un intervenant a ajouté: “Je cherche des habitants de Minneapolis prêts à se joindre à moi pour former une milice privée autorisée par la Constitution afin de protéger les gens du MPD, qui a tué trop de personnes au cours des deux dernières années.”

Ces échanges offrent une perspective sur un renouvellement virtuel du mouvement des milices, qui se prépare pour un été chaud dans le nord du pays. Les «Boogaloo Bois» s’attendent, espèrent même, que l’été sera le moment des affrontements armés avec les forces de l’ordre, et donnera l’élan  pour  une nouvelle guerre civile aux États-Unis.

Surtout, ils ne le cachent même pas. Et depuis plusieurs mois, leur plateforme de choix est Facebook.

Comme beaucoup d’autres nouveaux mouvements extrémistes, le réseau élargi  des “pro-gun” remonte à 4chan. La cohérence du mouvement tient sur deux éléments: des martyrs , et une constellation de “plaisanteries” et de mêmes.

Mais surtout, le mouvement a pris de l’ampleur au cours des deux dernières années en s’organisant sur le réseau social le plus populaire au monde. Au moment de la rédaction du présent rapport, la société mère de ce réseau avait ajouté un peu plus de 150 milliards de dollars à sa capitalisation boursière depuis que des manifestations anti-confinement favorables à Boogaloo ont commencé à s’y organiser à la mi-avril. La valorisation de la société à 662,8 milliards de dollars le 26 mai a battu son précédent record de 620,8 milliards de dollars, établi le même jour, le 20 janvier, lorsque le mouvement Boogaloo a fait ses débuts publics lors des manifestations du Second Amendement (2) en Virginie.

Pour l’instant, Facebook choisit de permettre au mouvement Boogaloo de s’épanouir sur sa plateforme.

Les documents open source suggèrent que, pour l’instant, la politique apocalyptique et anti-gouvernementale du «Boogaloo Bois» n’est pas monolithiquement raciste et/ou néonazie. Comme nous l’avons observé, certains membres dénoncent les fusillades policières contre des Afro-Américains et louent les groupes d’autodéfense nationalistes noirs.

Mais les documents démontrent également, si ironique que cela puisse paraître, qu’il s’agit d’un mouvement se préparant activement à une confrontation armée avec les forces de l’ordre, et à toute autre personne qui restreindrait leur conception du droit de porter des armes. Dans un paysage post-coronavirus divisé et déstabilisé, ils pourraient bien contribuer à une violence généralisée dans les rues des villes américaines.

Intégration de la guerre civile: de / k / à Facebook

Ces dernières semaines, le terme « Boogaloo » est devenu courant après des mois de popularité croissante dans les communautés d’extrême droite en ligne. Des manifestations nationales contre le confinement ont permis aux milices de droite de se rassembler, armées, en public.

Beaucoup a été écrit sur « l’astroturfing » derrière les rallyes initiaux, en particulier le premier rallye de Lansing, Michigan. Il est certainement vrai que les personnalités et les organisations conservatrices dominantes ont contribué à alimenter ce mouvement croissant. Le financement plus ou moins occulte, cependant, n’est pas ce qui a fait de « Boogaloo » un terme familier.

C’est 4chan qui  a donné le  départ de ce mouvement. Maintenant, c’est surtout Facebook qui l’aide.

La résurgence de la suprématie blanche au cours de la dernière demi-décennie a été liée à plusieurs reprises (y compris dans les analyses de Bellingcat) à la culture intensément raciste, misogyne et queerphobe qui caractérisait / pol / boards sur 8chan et 4chan.

Les origines de la sous-culture Boogaloo peuvent également être attribuées en partie à 4chan, mais à un tableau différent, / k /, qui est consacré aux armes.

Dans des articles récents de ce tableau, les utilisateurs de / k / discutent de toutes sortes d’armes, des couteaux aux avions de chasse. Ils se concentrent massivement sur les armes à feu.

Des publications fréquentes portent sur des armes rares, les équipements militaires pour la chasse, l’histoire militaire ou les guerres en cours. Souvent, les publications se concentrent sur les propres armes à feu et équipements tactiques des utilisateurs, ou sont des demandes de conseils sur leurs futurs achats.

 

/ k / n’est guère un bastion de douceur et de lumière (comme toutes les planches 4chan, il est jonché de toutes les insultes imaginables), mais contrairement à / pol / (3), le nationalisme blanc militant n’y est pas la position idéologique par défaut.

Bien que les propriétaires d’armes à feu aient tendance à pencher à droite, les administrateurs  découragent explicitement toute discussion politique. Un message mis en une du forum, publié en octobre 2015, au moment même où le hashtag /pol (3) créé par l’alt-right boostait la campagne de Trump indique  que les discussions sur la politique (même le contrôle des armes à feu) ne sont pas les bienvenues.

Tout cela a donné au mouvement issu du hashtag / k / une diffusion  quelque peu différente de celle de la « droite de droite » et des mouvements qui ont survécu à son implosion après le rassemblement Unite the Right (1) en 2017.

Il y a beaucoup de remarques racistes, et sans doute beaucoup d’utilisateurs racistes sur / k /, mais la guerre raciale n’est pas l’obsession dominante comme elle l’est sur / pol /.

Même si les néo-nazis comme le candidat au Congrès raté Paul Nehlen ont longtemps utilisé le mot « Boogaloo » sur les chaînes Telegram, ou sur des plateformes tolérantes aux extrémistes comme Gab ou Bitchute, ces acteurs semblent distincts du mouvement qui est né de / k /.

Tout d’abord, le même de Boogaloo qui s’est cristallisé comme un mouvement IRL de manifestants lourdement armés a commencé par la phrase « Civil War 2: Electric Boogaloo », calquée sur le titre de la suite de 1984 du film de breakdance, « Breakin’.”Les internautes ont utilisé pendant un certain temps « Electric Boogaloo » dans toute une série de contextes, y compris la possibilité d’une guerre civile.

4chan ne conserve pas d’archive de publications, et les meilleures archives tierces actuellement disponibles ne remontent qu’à une époque où le forum avait déjà 8 ans, mais l’archivage de Reddit montre que la phrase était en cours d’utilisation sur / k / au moins dès 2012.

L’utilisation de l’expression est dispersée dans des contextes non liés en ligne avant cette date, et pushshift.io a préservé les utilisations sur Reddit à partir de 2014. La fonction de visualisation des données de Pushshift montre que depuis 2018, la fréquence d’utilisation de l’expression a considérablement augmenté. Du mieux que nous pouvons le déterminer, / k / semble être l’endroit où le terme a été régulièrement utilisé pour la première fois pour spéculer sur un conflit civil armé aux États-Unis.

Le fantasme sur le Boogaloo est né pour ainsi dire d’années de discussions apocalyptiques au sein du forum sur ce qui se passerait si… suivi de l’acronyme  «WTSHTF» (littéralement « When The Shit Hits The Fan – quand ça va chier dans le ventilo »). En plus des armes, les posts / k / sont enclins au survivalisme – la page d’introduction autonome du forum comprend des instructions pour les techniques de survie dans les bois ainsi, que des informations de base sur l’achat et l’utilisation d’armes à feu (le titre de l’introduction, « un endroit magique », est le nom ironique que les utilisateurs qui se donnent tous des pseudo d’animaux donnent à l’entièreté du forum).

Certains posts avec le hashtag /k déplorent que le même “Boogaloo” ait été banalisé et vidé de son sens originel par des sphères  plus traditionnelles d’Internet: reddit, Twitter, Instagram et Facebook. De telles accusations de récupération  ou de vol sont cependant  courantes dans ces cultures.

 

Plus tard, cependant, bon nombre des utilisateurs de / k / qui étaient les plus optimistes quant à la perspective d’un effondrement social violent se sont retirés des marges du monde en ligne pour investir Facebook la plateforme la plus puissante d’Internet.

Comment  Boogaloo est devenu mainstream sur Facebook

De plus en plus, à partir du début de 2018, les personnes s’identifiant comme des utilisateurs de /k/ ont commencé à faire migrer leurs discussions vers Facebook. Cette décision a coïncidé avec une vague continue de manifestations de rue litigieuses, de manifestations ouvertes, de violences extrémistes et d’instabilité politique qui a caractérisé l’ère Trump. L’auto-identification de ces groupes s’est faite sous forme de rappels au forum dans les titres des groupes.

Les recherches de Bellingcat révèlent des dizaines de groupes et de pages actifs actuellement sur Facebook, avec des noms comme « Patrioti / k / Boogaloo Bois », « The / K / oronavirus: Electric Boogaloo », « The / K / ombatant » et « Carolina / K / ommando »”- , tous ayant donc la référence / k / dans leur titre. La plupart des mêmes ironiques / k /portent sur quelques sujets récurrents: armes à feu, guerre civile et effondrement social, et, souvent, conflit violent avec les forces de l’ordre.

Des chercheurs ont attiré l’attention à plusieurs reprises sur le rôle de Facebook dans la radicalisation des acteurs extrémistes, et les conséquences de la politique du réseau social qui leur permet de s’organiser librement sur la plateforme. En vain. Des rapports récents indiquent que la direction de l’entreprise a longtemps compris son rôle dans la promotion de l’extrémisme, mais a choisi de ne pas agir par crainte d’aliéner les sensibilités conservatrices, en particulier aux États-Unis.

Les recherches du Tech Transparency Project montrent qu’il y avait au moins 125 groupes Facebook consacrés au Boogaloo au 22 avril 2020. Le nombre réel a considérablement augmenté depuis lors, bien que la détermination d’un nombre exact soit pratiquement impossible en raison de l’évolution rapide de la sous-culture.

Un exemple de ce développement est la façon dont le terme «Boogaloo», lui-même un euphémisme, a été encore déguisé en utilisant des termes similaires comme «big luau» et «big igloo». Jusqu’à présent, nous avons retracé sa première utilisation jusqu’à novembre 2019. Nous en voyons un exemple sur la page Facebook Firearms Unknown (devise: parce que les RedCoats ne vont pas se tirer dessus). Il compte 28 060 abonnés:

 

À ce stade, les chemises hawaïennes (une nécessité vestimentaire dans tout grand luau) étaient déjà devenues un moyen pour les individus de signifier leur anticipation de la prochaine guerre civile. Des militants du rassemblement de Richmond pour le droit au port d’armes à feu,  le 20 janvier 2020 ont été aperçus portant des chemises hawaïennes et un équipement de combat complet.

Depuis lors, les chemises hawaïennes jumelées à des fusils sont monnaie courante lors des manifestations anti-confinement, des membres d’organisations d’extrême-droite ou de « mouvements patriotes » utilisent ces vêtements pour signaler leur affiliation au mouvement Boogaloo.

Avant un rassemblement anti-confinement le 19 avril au Washington State Capitol à Olympie, le président des Three per cent (4) de Washington, Matt Marshall, a exhorté les abonnés de sa page Facebook à porter des chemises hawaïennes. La photographe de Getty, Karen Ducey, a repéré une photo largement publiée ce jour là montrant que Marshall avait suivi ses propres conseils.

Boogaloo Entrysm, l’entrisme Boogaloo

Le rassemblement du 20 janvier 2020 à Richmond, en Virginie, était une manifestation de masse contre les restrictions en matière d’armes à feu proposées par le gouverneur Ralph Northam. Il a attiré des militants de droite et pro-armes de tout le pays. Il a également été le premier moment important du mouvement Boogaloo, sous les projecteurs médiatiques. Ce jour-là, Tess Owen de Vice a repéré un groupe de manifestants associés à un groupe Facebook adjacent à Boogaloo appelé Patriot Wave.

Le groupe d’origine Patriot Wave a depuis été interdit, mais les archives capturées le 20 janvier montrent qu’il était très actif ce jour là, publiant des nouvelles, des vidéos et des photos du rallye soumises par les utilisateurs. Les membres du groupe ont également répondu aux journalistes en temps réel.

Un membre de Patriot Wave, plutôt costaud et portant un masque de crâne est apparu dans plusieurs reportages. Cela a été célébré dans les forums du mouvement. Les cagoules à imprimé crâne, comme celles portées par cet homme, sont associées à des groupes extrémistes néonazis comme Atomwaffen et The Base, qui embrassent les réferences de la “Siege Culture” influencée par les écrits de l’américain néonazi James Mason (5).

L’homme en question portait également un écusson avec un patch / k / cousu dessus. Il a été reproduit dans de nombreux reportages et publications sur les réseaux sociaux. «Big siege», son pseudo sur Twitter, est brièvement devenu le visage du mouvement.

Sa tenue combine des références au néonazisme avec des armes puissantes et une ironie empoisonnée par Internet. Un compte Twitter créé à la hâte a tenté de tirer profit de son exposition médiatique, a référencé le code numérique néonazi «1488» et a présenté une photo du manifestant pseudonyme aux côtés d’un autre homme qui portait des insignes nazis.

Des hommes armés embrassant un ensemble similaire de points de référence sous-culturels ont commencé à se présenter à davantage de manifestations publiques. Le 31 janvier, un groupe d’hommes armés, certains en chemises hawaïennes, d’autres en masques faciaux et avec la tenue de camouflage allemand « flecktarn » popularisée par les groupes néonazis modernes, est entrée dans le bâtiment abritant la Chambre des représentants de l’état du Kentucky.

Ces incidents ont jeté les bases d’une série de manifestations lourdement armées tout au long du premier semestre 2020, dont beaucoup ont été combinées à des manifestations anti-lockdown qui ont éclaté en réponse aux mesures de distanciation sociale provoquées par la pandémie de COVID-19. Comme l’imagerie Boogaloo a évolué, l’imagerie et les idées explicitement fascistes ont fait de nouvelles percées. Ces signes de reconnaissance sont souvent ignorés  par les médias grand public.

Par exemple, un individu lors de la manifestation du 15 avril à Lansing a été photographié par le photographe indépendant, Jeff Kowalsky:

Alors que la chemise hawaïenne faisait référence au « boog » et que le masque de crâne faisait référence à la culture de Siege, le nez était très probablement un clin d’œil au même du « monde des clowns ».

Le mème du « monde des clowns » fait référence à l’idée selon laquelle les démocraties libérales pluralistes et multiculturelles sont à la fois ridicules et vouées à l’échec. Il est monnaie courante parmi les mouvements racistes, et c’est une variation plus pessimiste, ou « blackpilled » des memes « pepe » qui ont été échangés pendant l’apogée du mouvement “alt-right”.

Il exprime un rejet de l’approche « mouvementariste » des nationalistes blancs d’avant Charlottesville, et la croyance qu’il n’y a pas de solution politique à ce que de nombreux groupes accélérationnistes voient comme le déclin interminable des démocraties occidentales.

Il est utilisé, par exemple, dans l’image de profil de la chaîne Télégram « Third Position Army », un groupe explicitement néonazi de plus de 2 000 membres:

Des rapports récents ont évoqué le fait que des groupes explicitement d’extrême droite et même néonazis tentent de prendre le contrôle à la fois des manifestations anti-confinement et du mouvement Boogaloo au sens large.Le 17 mai 2020, The Economist a publié un article sur la façon dont l’extrême droite avait été « dynamisée » par ces manifestations.

Cette analyse n’est pas totalement inexacte, mais il lui manque une dimension critique de ce qui se passe dans les hubs du mouvement sur Facebook. Les semaines passées à l’intérieur d’un réseau de groupes Facebook Boogaloo ont révélé une image beaucoup plus complexe.

Cette capture d’écran provient du groupe Facebook Virginia Knights, qui compte 5 874 abonnés et semble être l’un des plus grands groupes axés sur Boogaloo dans cet Etat:


Chose intéressante, cette même page comprend un mélange de rhétorique inclusive et raciste. Par exemple:

« Voter depuis les toits » est devenu un meme d’extrême-droite général pour appeler à résister aux résultats électoraux indésirables en tirant sur des gens. L’origine du meme est une image de propriétaires de magasins coréens-américains qui ont tiré sur des pillards présumés lors des émeutes de Los Angeles en 1992.

Depuis 2011, lorsque le L.A. Times a publié un article sur ces hommes d’affaires, les « toits coréens » ont été un des memes préférés dans les cercles pro-gun et d’extrême droite. Leur utilisation des images met en avant un conflit racial armé – les personnes abattues depuis les toits sont supposées être noires. Les commentaires sur ce post incluaient encore plus de racisme, sous la forme d’une série de mèmes anti-musulmans tous postés par le même utilisateur:

La réaction à ces messages n’était pas unanime, avec un mélange assez homogène de commentateurs s’opposant au racisme de « Auburndale Red ». Le point ici n’est pas que le mouvement Boogaloo soit totalement ou authentiquement antiraciste, mais qu’il semble y avoir une lutte très active au sein de certaines parties de ce mouvement pour décider si leur soulèvement rêvé sera basé ou non sur le sectarisme.

L’image originale ci-dessus est un article sur / k /. Alors que / k / héberge plus que sa juste part d’homophobie et de racisme, cette histoire d’un instructeur certifié par la NRA créant une entreprise basée sur l’enseignement de l’autodéfense armée aux personnes LGBT a été très bien accueillie. Le groupe Facebook / k / affilié qui l’a initialement partagé, The / k / ult de Monika, compte 16 977 abonnés.

D’après ce que nous pouvons en dire, / k / semble être la force la plus influente pour façonner la culture du mouvement boogaloo, à la fois sur Facebook et lors de manifestations ouvertes.

Facebook a été extrêmement permissif envers les groupes Boogaloo, dans l’ensemble. Mais ces milices et d’autres milices apparentées se voient parfois imposer des interdictions de courte durée ou permanentes. Les petits entrepreneurs Internet se sont montrés très désireux de capitaliser sur les miettes laissées par le réseau de Zuckerberg.

La bulle Boogaloo

Le mouvement des milices aux Etats Unis existe depuis des décennies et a connu une recrudescence dans les années 1990, jusqu’à ce que le terrorisme domestique, l’évolution des stratégies d’application des lois et les vents politiques changeants fassent diminuer sa popularité.

Les groupes d’extrême droite ont toujours cherché des solutions technologiques à leur exclusion des médias grand public. L’ère des médias sociaux a été une arme à double tranchant pour le mouvement: des sites comme Facebook offrent une plateforme d’organisation idéale, avec une portée inégalée, mais qui peut aussi être emportée à tout moment.

En janvier 2016, Chad Embrey, concepteur de sites Web et entrepreneur, a enregistré le domaine MyMilitia.com. Les dossiers de WhoIs montrent qu’il a enregistré à peu près à la même époque un certain nombre d’autres noms de domaines référençant le mouvement des milices en général (comme militianetwork.com) ou des groupes spécifiques comme les Trois Pourcenteurs (comme iiiers.com, iiiers.info et 111ers.com). Ces inscriptions étaient conformes à son intention maintes fois déclarée de créer un site de type Facebook pour la milice.

Embrey avait auparavant créé et vendu des sites lifestyle de niche liés aux camions. Il avait par la suite été impliqué dans des groupes de commerce d’armes à feu sur Facebook. En 2017, Facebook a commencé à interdire ces groupes dans l’une de ses répressions périodiques sur les documents problématiques.

Dans un « manifeste » PDF de 2017, téléchargeable sur le site mymilitia.com, Embrey explique comment il a réalisé « plusieurs projets réussis dans des communautés de niche en ligne au cours des 10 dernières années », jusqu’à ce que « Facebook enfreigne nos droits en tant qu’américains et supprime des groupes de vente et d’échange d’armes à feux et de munitions. Sachant à quel point ce réseau social était intégré dans la grande majorité de la vie quotidienne des gens,nous avons commencé à craindre pour les patriotes et les milices qui utilisent également le site pour des communications connexes ».

Une version précédente du manifeste ressemble plus à un argumentaire de vente et répertorie un site supplémentaire, “Militia Network”, qui a depuis disparu. Il répertorie également des dizaines de groupes de commerce d’armes à feu sur le site Web de type Facebook, MeWe, qui a été fortement promu ces derniers mois comme solution de rechange pour ceux qui sont interdits de Facebook.

Les utilisateurs de MyMilitia peuvent créer des pages pour leurs milices spécifiques, et un certain nombre de ces groupes se sont coordonnés pour assister aux manifestations anti-lockdown. L’une des discussions les plus populaires sur le site est une discussion intitulée: Sommes-nous en train d’être attirés par la guerre civile?

Alors que la discussion commence sur le fait que ce serait une mauvaise chose, le posteur originel (un administrateur du site) déclare rapidement qu’un « conflit armé » serait « souhaitable » s’il se produit bientôt:

Les autres utilisateurs sont rapides à apporter leur soutien:

Ailleurs sur MyMilitia, les utilisateurs publient des liens vers des manifestes, comme ce pdf intitulé « Resistance to Tyranny ». Son argument d’ouverture est que la «tyrannie» était le principal tueur du 20e siècle. Le manifeste discute de la moralité de déclarer la guerre à votre propre gouvernement et fait valoir que parce que les dictatures commencent toujours comme des pentes glissantes, et que l’on doit donc supposer que tout contrôle des armes à feu est le précurseur de la tyrannie. Ainsi tout contrôle des armes justifie une résistance violente:

L’expérience du génocide au XXe siècle, décrite ci-dessus, est une justification adéquate pour les citoyens confrontés au désarmement par le gouvernement et  qui sont en droit de poser une question: « Que prévoyez-vous de nous faire que vous êtes si désireux de nous désarmer en premier? »

La même logique est évidente dans des dizaines de groupes Facebook axés sur Boogaloo. Les utilisateurs discutent régulièrement de la législation tyrannique sur le contrôle des armes à feu et la considèrent comme un prétexte acceptable à une résistance violente. Les utilisateurs de MyMilitia passent du temps à parler des écrous et boulons de ce à quoi ressemblera cette résistance. Les messages sont parsemés de liens vers des PDF de manuels militaires, des instructions pour la remise à zéro des fusils, des guides sur la mise en cache des armes, ainsi que des mémoires pour les officiers des relations publiques militaires et les radio-amateurs.

MeWe est considéré comme un endroit plus sûr pour les réfugiés de Facebook par des gens comme Corey Wilkes, administrateur de la page Facebook de la NWGA (Géorgie du Nord-Ouest) Icehouse Hoedown, un groupe fermé de 208 membres.

Le terme « glacière » – icehouse – est encore un autre synonyme du terme Boogaloo, dérivé de la variation «Big Igloo». Le pari de Wilkes est que si les censeurs de Facebook devaient sévir contre les « gros igloos », ils pourraient manquer « icehouse ». Bien que Facebook n’ait pas encore purgé le groupe Icehouse Hoedown, Wilkes utilise MeWe comme réseau social de secours et comme endroit où il peut publier des informations plus sensibles. Cela comprend des informations telles que son annonce d’une session de formation radio pour les membres de sa milice:

Wilkes se sent suffisamment en sécurité sur MeWe pour suggérer effrontément comment ses miliciens pourraient brouiller les fréquences radio de la police et d’urgence:

Pourtant, les publications sur MeWe ne reçoivent qu’une fraction de l’engagement en tant que publications sur Facebook. Le classement du trafic Alexa suggère que Facebook est le cinquième site le plus trafiqué sur le World Wide Web, tandis qu’au 26 mai, MeWe était classé 5358e. MyMilitia, quant à lui, était classé 714 722e et en baisse.

Cela dit, les individus et les organisations les plus influents dans les mouvements d’extrême droite émergents semblent se déplacer régulièrement entre les plates-formes. Josh Ellis, qui dirige maintenant MyMilitia.com, est également le fondateur d’un réseau de pages Facebook « American Revolution 2.0 », visant à organiser des manifestations anti-verrouillage dans plusieurs villes.

Une telle influence multiplateforme ne peut se traduire en un mouvement de masse qu’avec l’accord de Facebook.

Pour voir comment, nous pouvons regarder l’héritage de l’utilisateur le plus éminent de MyMilitia, le “regretté” Duncan Lemp.

Les martyrs

Vers 4h30 du matin le 12 mars 2020, une équipe SWAT du comté de Montgomery, Maryland, a exécuté un raid surprise sur la maison familiale de Duncan Socrates Lemp, 21 ans. Il était soupçonné de posséder des armes à feu qu’il n’était pas autorisé à posséder légalement en raison d’un casier judiciaire juvénile. La police du Maryland affirme que Lemp les a «affrontés» alors qu’il était armé et qu’il avait piégé sa porte avec un obus. La famille de Lemp affirme qu’il a été abattu alors qu’il dormait avec sa petite amie, qui a été blessée lors du raid.

Ce qui s’est passé pendant ce raid tôt le matin reste âprement contesté et dépasse le cadre de cet article. Ce qui est indéniable, c’est que Duncan Lemp est devenu le martyr prééminent du mouvement Boogaloo naissant. Son nom et son visage sont constamment référencés, comme dans cet article du groupe Facebook Virginia Knights, qui le revendique en tant qu’ancien membre.

Boogaloo bois compare régulièrement Lemp à des Noirs américains abattus par des policiers. En fait, un sous-ensemble croissant d’adeptes de Boogaloo voit des hommes comme Ahmaud Arbery et Eric Garner comme fondamentalement le même genre de victimes que Duncan Lemp, Vicki et Samuel Weaver (décédé à Ruby Ridge) et LaVoy Finicum (qui a été abattu par l’Oregon) Ce meme est communément partagé:

Naturellement, ce sentiment n’est pas universellement partagé en interne au mouvement Boogaloo et à sa composante d’extrême-droite. Dans cette conversation sur la mort d’Ahmaud Arbery, un utilisateur publie le meme ci-dessus tandis qu’un autre se moque de la mort d’Arbery en arguant qu’elle est digne d’intérêt uniquement parce qu’il est rare que ce soit un” blanc” qui tue un “noir” et pas l’inverse. Un autre se plaint:

“Nous sommes censés nous en soucier parce que le gars de gauche était noir. Se soucient-ils que la plupart des victimes de meurtre noires soient assassinées par des Noirs? Nan!”

La volonté de considérer Duncan Lemp comme une victime dans le même sens que des hommes comme Eric Garner est l’une des fissures qui traversent la communauté Boogaloo. Des groupes plus conservateurs, comme NWGA Icehouse Hoedown, ont tendance à se méfier des victimes noires de la violence policière. Dans ce fil, l’administrateur Corey Wilkes est furieux que les membres d’un autre groupe aient comparé Duncan Lemp à Sean Reed, qui a récemment été tué par la police d’Indianapolis .

Indépendamment de ce que les membres du mouvement Boogaloo pensent des victimes non blanches de la violence policière, Duncan Lemp semble être universellement considéré comme un martyr. Les variations de l’expression « Son nom était Duncan Lemp » sont souvent répétées dans les memes et sous forme de commentaires sur les articles. Le groupe Facebook “We Are Duncan Lemp” (546 membres) est l’un des groupes les plus ouvertement insurrectionnels que nous ayons rencontrés, rempli de memes de Patriot Wave appelant à la révolution:

Il y a aussi des appels constants à la violence contre la police:

Il y a aussi un art apocalyptique bizarre et quasi religieux à côté d’essais sur la valeur de la « discipline de fer » et le renoncement à soi-même afin de se transformer en un vaisseau pour “accroître la force d’un peuple renouvelé, porteur d’une génération future de noblesse et liberté”. Avec quelques croix gammées ajoutées, le tout ne semblerait pas déplacé dans une chaîne de télégramme néonazie:

Les symboles sur le visage de la figure ci-dessus sont des runes nordiques. Les mêmes runes ont été utilisées comme symboles pour l’Alliance Nationale (un ancien groupe néonazi américain) et le Mouvement de résistance nordique (un groupe néonazi suédois). Certaines parties de ce mouvement ne sont pas entièrement constituées de racistes déclarés, mais les néonazis voient clairement le « Boogaloo Bois » comme un terrain de recrutement fertile, et le mouvement plus large s’est montré mal équipé pour chasser les nazis.

Duncan Lemp a été le premier martyr du mouvement Boogaloo, mais il ne sera jamais le dernier. Le 13 mai 2020, un homme de 47 ans du comté de Schleicher, au Texas, nommé Donny Leeks, a commencé à publier une série de vidéos en direct Facebook de plus en plus dérangeantes. Portant un équipement militaire tactique complet, Leeks se plaint : «… vous avez un gouvernement tyrannique qui juge bon de répandre la peur, le non-sens des virus et les édits tyranniques parmi le peuple.»

On ne sait pas exactement ce qui s’est passé, mais avant de filmer son action, Leeks semble avoir tiré avec son fusil sur ses voisins, ce qui a incité la police à encercler sa maison rurale et à entamer une confrontation. Pendant ce temps, M. Leeks a continué à publier des vidéos en direct sur Facebook, se plaignant d’un récent vote du Congrès pour étendre les pouvoirs du Patriot Act.

J’ai demandé et demandé et demandé, qu’un leader se lève se lève et lutte contre ce genre de choses. Je ne voulais pas être celui qui devait le faire. Mais il semble que je vais devoir le faire moi-même. Et ça va. Je vais bien avec Dieu. Dieu est de mon côté. Dieu sait que j’ai raison. ”

À un moment donné, Leeks a même tiré sur ce qu’il a dit être un drone. Il a pleuré par endroits, s’exclamant: «… Je n’aime pas les flics parce qu’ils m’ont maltraité pendant tant d’années…» Il a également appelé à une « sauvegarde », vraisemblablement de ses partisans qui regardaient la vidéo.

Personne n’est venu à son aide et Donny Leeks a été tué après avoir tiré sur des officiers le 14 mai. Depuis, des extraits de ses vidéos Facebook (désormais supprimées) ont circulé parmi divers groupes Boogaloo. Ici, nous voyons des membres du groupe Carolina / K / ommando (2 261 abonnés) commenter une compilation des vidéos de M. Leeks. Un homme qui passe par Neptune, l’administrateur du groupe, postule que Leeks a été assassiné, peut-être « appâté » pour porter son fusil pour évaluer « la menace » afin que les forces de l’ordre puissent justifier de le tuer. Un des partisans de Neptune qualifie Leek à la fois de « sacrifié » et de victime de meurtre.

Neptune est typique de l’aile libertaire anti-étatique du mouvement Boogaloo. Il n’est PAS un fan ou un partisan du président Trump, contrairement à beaucoup de groupes Boogaloo plus traditionnellement conservateurs (ou des sites comme MyMilitia):

Neptune a une autre page Facebook avec 1796 abonnés, «Le Waco Draco». En le parcourant, il est clair que son principal facteur de motivation n’est pas une idéologie politique spécifique. Il déclare qu’il est anticommuniste et craint une prise de pouvoir du gouvernement à la suite des confinements liés au coronavirus. Plus que toute autre chose, Neptune semble vouloir une confrontation armée avec les forces de l’ordre:

Et ensuite?

S’il existe un seul fil conducteur qui unit la galaxie des groupes Facebook de Boogaloo, c’est la volonté de se battre avec le gouvernement. Plus précisément, les membres envisagent des affrontements violents avec la police locale et les organismes fédéraux chargés de l’application des lois.

Les lois du drapeau rouge et la confiscation des armes à feu sont fréquemment citées comme motif d’une insurrection hypothétique. Cet article provient de KenTen [Expurgé], un groupe Facebook Boogaloo basé en Géorgie fermé avec 139 membres:

Ci-dessus, nous voyons des captures d’écran des messages d’un individu, Rick O’Shea, qui affirme que la police est sur le point de confisquer ses armes à feu. Il y a des appels pour que les membres se rassemblent pour sa défense. On écrit: “Ça commence.” Des conversations similaires ont eu lieu sur Facebook après l’arrestation de Bradley Bunn.

Bunn, 53 ans, est un homme de Loveland, dans le Colorado, qui avait précédemment assisté à une réunion du 12 mars du comité judiciaire de la Colorado House pour s’exprimer contre la nouvelle loi du drapeau rouge de l’État. Il a déclaré au comité: «Abrogez cela. C’est une trahison de désarmer la population américaine. Abrogez-le, s’il vous plaît. Je demande gentiment. ”

Ils ne l’ont pas fait . Bradley Bunn a ensuite fait circuler un manifeste appelant à « un défi armé contre les tyrans ». Il a également commencé à produire des explosifs, pour lesquelles il a été arrêté par le FBI. Le manifeste de Bunn est devenu viral avec sa milice locale. À la suite de son arrestation, des membres du groupe Facebook Allegheny Rescue Co. (6 202 abonnés) ont commencé à réfléchir à la manière d’empêcher de futures arrestations.

La principale suggestion en discussion est de mettre autant de civils armés entre la police et leur cible que possible:

L’application de messagerie Discord est suggérée comme lieu alternatif de collecte et de coordination, tout comme l’application de chat cryptée, Signal. Les membres parlent de former des « régiments dédiés » et des « équipes de frappe » pour l’avenir. Tout cela est peut être du vent. Lorsqu’il s’agit d’évaluer le danger de ce mouvement, l’une des principales difficultés est de déterminer comment prendre au sérieux les menaces constantes de violence. Certains membres de ces groupes semblent s’en rendre compte:

L’idée qu’un seul événement déclenchera le Boogaloo est un mythe contraignant pour ce mouvement, mais les guerres civiles sont souvent compliquées et imprévisibles. Néanmoins, de nombreux rassemblements et manifestations armées sont prévus pour l’été. Des groupes pro-Trump, milices et patriotes familiers seront probablement rejoints par une nouvelle récolte de « Boogaloo Bois » lourdement armés et vêtus de couleurs, convaincus que la guerre civile est une fatalité et qui se sont aiguillonnés les uns les autres pour enclencher des confrontations armées avec les forces de l’ordre.

Aux États-Unis, rendus encore plus instables par une saison d’élection présidentielle litigieuse et les effets sociaux et épidémiologiques de COVID-19, chaque manifestation ou bataille de rue et ses conséquences peuvent entraîner de graves actes de violence. Alors que les protestations contre la mort de George Floyd chauffaient à Minneapolis le 26 mai, les membres des groupes Boogaloo à travers Facebook considéraient cela comme un appel aux armes. Des memes ont été produits ce jour-là, ajoutant George à la liste des martyrs du mouvement:

Un membre du groupe Facebook Big Igloo Bois s’est présenté aux manifestations, portant un drapeau Boogaloo et, il a revendiqué la présence 15 autres bois. Des informations indiquent qu’il a été blessé par une balle en caoutchouc lors de la manifestation

Au moment de la publication, il est impossible de dire comment les manifestations à Minneapolis vont se résoudre. Mais le jour de l’indépendance, le 4 juillet, des rassemblements du deuxième amendement sont prévus dans de nombreux États, dont beaucoup autorisent des manifestations armées. Cette invitation à un événement Facebook pour un rassemblement du 2e amendement dans la capitale de la Virginie n’est qu’un exemple. Plus de 2 000 personnes se sont déjà inscrites pour participer.

Certains militants ont parlé d’une  marche d’un million de personnes à organiser, qui devrait avoir lieu dans chaque capitale de l’État ce jour-là. Ce plan, s’il a jamais été réalisable, semble avoir été perturbé par la suspension par Facebook d’un certain nombre de groupes anti-confinement, dont American Revolution 2.0.

Pourtant, l’événement Facebook pour la marche de l’État du Kansas compte plus de 1,1 000 membres et d’autres rassemblements continuent d’être prévus. Des dizaines de groupes anti-lockdown fonctionnent plus ou moins ouvertement aux côtés de dizaines de groupes et de pages Boogaloo. Des centaines d’Américains ont déjà défilé dans leurs capitales d’État avec des fusils au cours des dernières semaines. La plupart de ces marches ont été planifiées et organisées sur Facebook.

Le 1er mai 2020, Facebook et Instagram ont tous deux mis à jour leur politique de « violence et incitation » pour interdire l’utilisation de « termes Boogaloo » lorsqu’ils apparaissent à côté d’images ou de déclarations décrivant ou exhortant à la violence armée. Nos recherches suggèrent que cette politique n’a pratiquement rien fait pour freiner la croissance de ce mouvement ou réduire la violence de sa rhétorique. Chaque nouvelle page et groupe Boogaloo que nous avons trouvés nous a amenés à de nouvelles pages connexes et pages « aimées », chacune organisant des personnes pour une action armée directe ou les agitant pour anticiper la violence.

Le plus grand réseau social du monde reste un lieu hospitalier pour les insurgés potentiels. Nous savons maintenant que Facebook a caché  des preuves que sa plate-forme facilite la croissance de l’extrémisme, par crainte que la lutte contre cela ne soit considérée comme un parti pris anti-conservateur. Il n’est pas encore possible de dire si le mouvement qui a été nourri sur cette plate-forme jouera un jour un rôle dans une guerre civile américaine. Mais chaque jour, des dizaines de milliers de personnes lourdement armées se connectent pour faire vivre cet espoir.

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(1) Unite The Right est le nom donné aux appels ayant conduit aux manifestations racistes du 11 et 12 mai 2017 à Charlottesville pour empêcher le déboulonnage d’une statue célébrant les états confédérés et esclavagistes pendants la guerre de Sécession. Ces manifestations furent appelées à la fois par les suprémacistes blancs, les néo-nazis, et toute la partie des Républicains regroupée dans l’alt-right avec le soutien explicite de Donald Trump. Le contexte était celui de l’explosion des actes racistes suite à l’élection de Trump et l’espoir pour les suprémacistes blancs et notamment le Klan d’unifier autour de certains de leurs candidats l’ensemble de la droite.

La manifestation de Charlottesville s’est traduite par la mort d’une jeune antifasciste et contre-manifestante suite à un attentat à la voiture-bélier commis par un suprémaciste blanc , et qui a également fait de nombreux blessés. Dans un premier temps, Donald Trump a ouvertement pris le parti des suprémacistes avant d’être critiqué jusque dans sa propre garde rapprochée. Contrairement aux espérances des suprémacistes blancs, aux élections suivantes, le résultat fut une poussée du vote démocrate pour faire barrage dans nombre d’états qu’ils convoitaient.

(2) En janvier 2020, en Virginie une manifestation pro-armes réunit des milliers de Trumpistes, de miliciens et de suprémacistes contre les quelques mesures de restriction au droit de porter des armes proposées par certains gouverneurs et politiques . Donald Trump apporte son soutien ouvert aux manifestants

(3) Sur le board /pol/ et le suprémacisme blanc, voir notamment ici et ici

(4) Le Three Per cent est une milice présente dans de nombreux états américains , officiellement non suprémaciste et uniquement dédiée à la défense du droit de porter des armes contre les restrictions imposées par les gouvernements fédéraux et locaux. En réalité, elle a inspiré de nombreux attentats et tentatives d’attentats dès 2011 où plusieurs hommes s’inspirent d’un roman d’anticipation du fondateur pour préparer un attentat à l’arme biologique. Depuis , certains de ses membres ont également été arrêtés après un attentat ) à l’explosif contre une mosquée. Le nom de la milice est inspiré de l’idée selon laquelle 3% d’américains ont suffi pour assurer la victoire de l’insurrection contre les colons anglais.

(5) Mason est une figure très représentative de l’histoire du néo-nazisme américain depuis les années 70. Il était à la fois national socialiste et admirateur du tueur Charles Manson dès son adolescence, et après avoir hésité à commettre une tuerie dans son lycée, il sera finalement recruté par William Luther Pierce l’auteur des Turner Diaries. Il finit par lancer sa propre revue Siege, qui appelle à la guerre civile et à précipiter le chaos de toutes les manières possibles, et de préférence les plus sanglantes afin de faire tomber le “système” et regenérer la race blanche. Dans le même temps, il fonde un groupe avec deux anciennes disciples de Charles Manson et est incarcéré à de nombreuses reprises pour des affaires de viol sur mineures et de commerce de photos pédophiles. Il tombe dans l’oubli quasi total dans les années 90, avant d’être érigé au rang de mentor intellectuel et de modèle absolu par le groupe terroriste le plus admiré de la mouvance suprémaciste mondiale Atomwaffen, créé en 2015, responsable d’au moins cinq meurtres et de 18 attentats ou tentatives . Atomwaffen est une référence culturelle totale autant à cause de ses appels à la violence sans limites que de ses “innovations “en matière de style et de propagande. Il fait partie des groupes qui ont notamment popularisé le concept de “White Djihad” en déclarant que Daech valait mieux que de jeunes libéraux corrompus.

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