Le collectif Lignes de Crêtes apporte son plein soutien au Collectif La Méandre, menacé d’expulsion des anciens hangars du Port Nord de Chalon-sur-Saône. Il appelle à signer massivement la pétition demandant l’abandon de cette procédure et la régularisation du lieu.
Installée au Port Nord en 2011, La Méandre fait vivre une ancienne friche portuaire de 1 500 m² en bord de Saône. Le Collectif en a fait un espace autonome de création, de rencontre, de fête et de refuge, ancré dans la mémoire industrielle, ouvrière et populaire de la ville. Sa compagnie emploie chaque année une cinquantaine d’artistes et de technicien·nes. Plus de soixante projets de création et une trentaine d’événements publics y sont accueillis chaque année.
Ce travail patient, nourri de créations, de fêtes et de solidarités, a fait de La Méandre un lieu à part entière de la vie culturelle et populaire chalonnaise.
Un lieu culturel emblématique menacé d’expulsion
Après la décision de la CCI de ne pas renouveler son bail, La Méandre occupe les hangars sans droit ni titre depuis le 1er janvier 2025. Le 22 juillet 2026, un commissaire de justice est venu constater cette occupation en vue d’une procédure d’expulsion.
Nous soutenons sans condition les demandes portées par le Collectif :
· l’abandon immédiat de la procédure d’expulsion ;
· la réouverture d’un dialogue avec la CCI, la Ville de Chalon-sur-Saône, le Grand Chalon, la préfecture et Voies navigables de France ;
· la régularisation de la présence de La Méandre par une convention d’occupation ;
· une prise de position claire et publique de chacune de ces institutions.
L’absence actuelle de titre d’occupation ne peut effacer quinze années d’utilité culturelle et sociale. Elle impose au contraire aux propriétaires et pouvoirs publics de rechercher une solution permettant à La Méandre de poursuivre son activité.
Une fête de clôture encerclée puis réprimée
Quelques jours après l’annonce de la procédure d’expulsion, La Méandre a subi une intervention policière d’une violence effrayante.
Organisée à La Méandre depuis 2018, la fête du dernier soir de Chalon dans la rue rassemble artistes, équipes techniques, professionnel·les du spectacle et festivalier·es. Le 26 juillet 2026, elle était aussi devenue une fête de soutien au Collectif.
Ce soir-là, une vingtaine de policiers municipaux et nationaux et de membres de la BAC ont bloqué les accès au Port Nord vers 1 h 30. Face à ce déploiement, La Méandre a agi avec responsabilité : ses membres ont maintenu le dialogue avec les autorités, assuré un travail de médiation et organisé eux-mêmes le départ du public dans le calme.
Les CRS ont pourtant chargé sur le quai, sans sommation ni nouvelle possibilité de dialogue. Des membres du Collectif ont été frappés, insultés et contraints de se réfugier dans les hangars. Des personnes qui quittaient les lieux ou rejoignaient leur véhicule ou leur hébergement ont également été poursuivies, frappées et exposées à des tirs de gaz lacrymogène, y compris à proximité de tentes et de caravanes.
Le Collectif fait état de nombreuses blessures par contusion et de deux interpellations. Contrairement à ce qu’a affirmé la préfecture, aucune barricade n’avait été dressée et le public se dispersait sans opposer de résistance. La Méandre a depuis mis en place une ligne d’écoute, de soin et d’orientation pour les personnes marquées par ces violences.
Nous dénonçons ces faits graves, qui témoignent une nouvelle fois d’un usage irraisonné de la force contre des citoyen·nes. Nous demandons aux autorités de rendre publiquement compte des ordres donnés et des raisons ayant conduit à déployer une telle violence contre un public qui quittait les lieux. Les responsabilités doivent être établies et ces violences clairement condamnées.
Cette intervention ne visait pas seulement une fête. Elle a réprimé une manifestation de solidarité avec un lieu menacé d’expulsion. Elle porte ainsi atteinte aux libertés de réunion et d’expression, comme au droit de se mobiliser contre une décision contestée. Danser, se retrouver et faire la fête peuvent aussi être des manières de prendre la parole, de faire corps et d’affirmer un refus politique.
Un nouveau recul des libertés publiques
La répression de cette soirée s’inscrit dans un mouvement plus large visant les cultures festives autonomes. Depuis la loi sur la sécurité quotidienne de 2001 et l’amendement Mariani, les free parties sont soumises à un régime d’exception autorisant interdictions préventives, dispersions et confiscations du matériel de sonorisation.
Le texte RIPOST, adopté par le Parlement le 21 juillet 2026 mais non encore promulgué, en raison de la saisine du Conseil constitutionnel, franchit une nouvelle étape. Il abaisse de 500 à 250 personnes le seuil de déclaration et prévoit jusqu’à deux ans de prison et 30 000 euros d’amende pour l’organisation d’un rassemblement musical non déclaré ou interdit. La simple participation pourrait être punie de six mois de prison et de 7 500 euros d’amende.
Nous dénonçons un texte qui transforme organisateur·ices et participant·es en délinquant·es. Au-delà des free parties, il renforce une conception de l’ordre public qui autorise à traiter toute fête libre, autonome ou militante comme une menace à prévenir et à réprimer.
Défendre La Méandre, c’est défendre une liberté commune
La menace d’expulsion et la répression de la soirée de soutien font partie d’une même séquence qui vise à fragiliser un lieu, puis à tenter d’étouffer la solidarité qui se forme autour de lui.
Défendre La Méandre, c’est défendre le droit de créer, de se rassembler, de danser et de faire la fête. C’est aussi défendre le droit de contester, d’exprimer sa solidarité et de résister collectivement. C’est défendre les lieux qui rendent à la vie collective des espaces délaissés et font vivre une culture fondée sur l’hospitalité, la solidarité et la responsabilité collective.
Nous appelons toutes les personnes, associations, organisations culturelles, syndicales et politiques attachées aux libertés publiques à soutenir La Méandre, à relayer son combat et à signer sa pétition :
Signer la pétition pour l’arrêt de la procédure d’expulsion et la régularisation de La Méandre
A Chalon sur Saône, pas de Port Nord sans La Méandre.
La Méandre vivra.
