"Je n'ai pas vécu la liberté, mais je l'ai écrite sur les murs" (la révolution syrienne)

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Négationnisme

Pour Ilan Halimi, avoir la mémoire longue.

in Antisémitisme/Chroniques du déni/Mémoires Vives/Négationnisme by

Suite à la commémoration de gauche radicale, organisée pour les quinze ans de l’assassinat d’Ilan Halimi, Lignes de Crêtes a été beaucoup questionné sur ses raisons de rédiger un appel séparé, au lieu de signer l’appel unitaire. Je republie donc le texte que j’avais écrit pour Memorial 98 à l’occasion des dix ans de la mort d’Ilan. Texte qui revient sur ce qui s’est passé en 2006 et ensuite, sur le déni, la haine, le rejet qui ont prévalu dans les milieux radicaux. Avec mes camarades, nous ne sommes pas dans la rancœur, pas dans l’antagonisme de posture. Mais chat échaudé craint l’eau froide, et qui n’affronte pas son histoire est condamné à la revivre: depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les cycles de l’antisémitisme et du négationnisme se succèdent dans nos rangs, à cause de tares idéologiques de fond. Après chaque crise, la pratique est de mettre le couvercle sur la marmite d’eau sale, de désigner quelques coupables, et de faire comme si rien ne s’était passé et que l’on était parfaitement légitime collectivement sur un sujet où, au minimum du minimum, une introspection  honnête serait profitable à toutEs. Nous espérons que ce temps viendra et avons été très émus de cet hommage à Ilan, enfin. ————————————————————————- « Croire qu’ils étaient mus par une idéologie antisémite articulée serait sans doute excessif. Eux aussi, comme pas mal de monde, étaient convaincus, à tort, que tous les juifs sont riches et qu’ils pourraient en tirer gros. Les préjugés de…

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Lettre à Franck Lepage

in Antisémitisme/Chroniques du déni/Négationnisme/Traces by

Cher Franck Lepage, Comme beaucoup de mes collègues animateurs socio-culturels je t’ai admiré. Comme beaucoup de mes collègues j’ai aimé que tu popularises la notion d’éducation populaire. J’ai aimé que tu racontes son histoire en plantant des tomates. J’ai aimé comme tout le monde le clou d’inculture 1 quand tu jouais avec les mots autour de la notion de projet. Bon j’avais bien quelques réserves sur ton spectacle, notamment quand tu parles de théâtre, quand tu parles du festival d’Avignon, quand avec connivence tu regardes le public en disant « Ce n’est pas Jean Vilard qui à créé le festival d’Avignon mais cela on ne vous l’a pas dit ». Or quiconque a déjà ouvert un livre sur l’histoire du festival d’Avignon sait qu’il s’appelait au départ « Une semaine d’art » et que c’est Christian Zervos et le poète René Char  qui sont à l’initiative de cette action. Je trouvais qu’il y avait quand même aussi un écart entre ce que tu disais sur les médiateurs culturels qui « balançaient sur les jeunes de l’art contemporain » et  ce qu’il se passait réellement dans les séjours des Céméa au festival d’Avignon qui faisaient parfaitement le pont entre l’éducation populaire et la culture souvent perçue comme élitiste. Je voyais mes ami.e .s animer ces séjours et je me rendais bien compte qu’ils ne balançaient pas de la culture sur les jeunes, mais qu’ils construisaient ces séjours ensemble, de manière bien moins descendantes que tes conférences gesticulées et que les animateurs construisaient avec les jeunes un parcours théâtral…

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Variations en jaune et brun autour de François Ruffin

in Antisémitisme/Chroniques du déni/Négationnisme by

Les récentes déclarations de François Ruffin ont déclenché une petite vague de colère étonnée à gauche. L’homme qui incarnait la version libertaire, jeune, mouvementiste de la FI a brusquement tenu des propos dignes d’un Djordje Kuzmanovic, parti du mouvement justement parce qu’il ne le trouvait pas assez nationaliste. Or aujourd’hui ce nationalisme, frileux et assumé à la fois, est donc repris par celui qui est resté, et à qui beaucoup de gens accordaient une sensibilité de gauche plus grande que celle de Mélenchon. C’est cependant une illusion de longue date. Ruffin est depuis un bout de temps l’incarnation la plus médiatique d’une mouvance beaucoup plus large, qui entend bien profiter de la présidentielle et de la visibilité de la FI pour continuer à imposer une ligne anti-système. Il n’y a pas que Ruffin, il n’y a jamais que Ruffin. Ce qu’il représente est une mouvance qui fonctionne depuis des années avec la même logique:  on va convaincre les gens non pas sur de la politique ou des idées de gauche mais en se ralliant à toutes les idées anti-système qui sont à la mode et cela peut aller du tirage au sort version Etienne Chouard, jusqu’à des prises de position anti-vaccins. Exprimé par Ruffin en ces termes “Le code du travail c’est très technique il faut attaquer Macron sur des trucs à la cons genre les vaccins”. Cette phrase date de 2017, et il faut donc reconnaître une grande capacité d’anticipation au leader insoumis: pour s’en convaincre, on peut relire…

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La métapolitique de Martin Heidegger et l’extrême-droite internationale

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Note de la rédaction: dans les milieux militants de gauche, l’œuvre de Heidegger est au cœur d’un paradoxe intéressant. Totalement ou partiellement incompréhensible pour le non-sachant en philosophie à cause de son langage et de son vocabulaire sciemment élitiste et hermétique, elle est aussi l’objet d’une grande révérence de la part de factions intellectuelles et politiques. Qui, tout en étant bien obligées d’admettre le passé nazi de Heidegger, prétendent qu’il est impossible de s’en passer pour comprendre le monde tel qu’il est, et qu’il est “impossible ” de la résumer à des sympathies nazies, au fond non essentielles. Bref, peu d’entre nous peuvent lire Heidegger, mais nous devrions tous accepter qu’un nazi compte au nombre de nos références subversives. Nous sommes donc heureux de publier ce texte de François Rastier, qui a récemment publié deux ouvrages sur le philosophe et qui a pour spécificité, et depuis très longtemps, de l’analyser clairement pour ce qu’il est : un philosophe nazi dont l’œuvre promeut cette conception du monde. Raison pour laquelle le camp qui ne peut s’en passer aujourd’hui est très logiquement celui des néo-nazis et au delà des extrême-droites racistes et antisémites comme le démontre ce texte, qui aborde notamment un évènement essentiel pour démonter les discours sur Heidegger, présenté bien souvent comme théoricien mais pas activisme du nazisme. Or son rectorat a été un grand moment de pratique: il est allé plus loin que les nazis le demandaient. Il a participé ensuite à une commission de réflexion sur les lois…

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Les Juifs ne sont jamais Juifs

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Les Juifs ne sont jamais Juifs. On avait Shlomo Sand et ses disciples trop nombreux qui annonçaient “la bonne nouvelle” tant attendue : les Juifs et avant tout les ashkénazes n’en étaient pas (1). D’autant, nous apprenait-on avec un sourire narquois et satisfait, que, du temps où on ne les avait pas encore rayés de la carte des peuples d’Europe centrale et de l’Est, ils parlaient sans le savoir (les idiots) une langue turque, le yiddish. On aura maintenant aussi un de ses affidés, Julien Cohen-Lacassagne qui, dans un pamphlet publié, tiens donc, à La Fabrique (2), nous livre un calque parfait du livre de son maître. Un calque censé parachever le travail et qui applique avec diligence la même idéologie réductrice et négatrice, les mêmes procédés discursifs et le même dédain pour les sources historiques, aux Juifs d’Afrique du Nord (prochain épisode sans doute, les Juifs yéménites, irakiens, iraniens, indiens et chinois). Si les Ashkenazes étaient sans le savoir des Khazars convertis, ayant au passage perdus de manière inexplicable leurs yeux bridés, les Toshavim (les premiers arrivés) et Megorashim (les exilés d’Espagne) d’Afrique du Nord sont eux des Berbères de religion juive (voir la recension critique, exhaustive et charpentée d’Alexandre Journo publiée par l’INRER (3) ). Etant entendu que si les Juifs ne peuvent, par essence sans doute, exciper de la moindre existence collective dans l’Histoire en tant que ce qu’ils sont (ils s’illusionnent et mentent au Monde), ce ne peut évidemment être le cas des Berbères, qui avec…

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Attentat contre la synagogue de Halle: un “loser” sanglant.

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Au deuxième jour de son procès, entamé le 23 juillet, Stephan Balliet rit devant la vidéo de son attaque meurtrière contre la synagogue de Halle le 9 octobre 2019, attaque lors de laquelle il n’a finalement pu tuer « que » deux personnes, Jana Lange qui passait dans la rue, et Kevin S. qui déjeunait dans un kebab qu’il a mitraillé. Lorsque les juges et les familles des victimes s’émeuvent de ses ricanements, il dit qu’il s’amuse « seulement » de quelques unes de ses vannes, et pas spécialement de ses crimes, qu’il assume, cependant. Tout comme il assume d’être négationniste, et de penser que les Juifs doivent être exterminés car ce sont eux qui organisent le Grand Remplacement. Pourtant Stephan Balliet est profondément déçu de lui même. Déjà, dans la vidéo qu’il a diffusé en direct pendant l’attaque, il s’auto-dénomme « le loser » parce qu’il n’ arrive pas à faire sauter la porte de la synagogue pour perpétuer un massacre. Stephen Baillet a 28 ans. Et pour lui, réussir sa vie, c’était parvenir à tuer un maximum de Juifs, le jour de Yom Kippour. C’est du moins ce qu’il a mis tout en haut de sa liste de « réussites », faite à la manière d’un barème de jeux vidéos permettant d’obtenir des badges ou d’accéder au niveau supérieur. Il en avait listé 25 plus un malus, si jamais il se blessait lui-même. La liste qui clôture le manifeste posté sur un forum suprémaciste et sur le Dark net, est rédigée comme suit. Les ”…

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Ghetto de Varsovie: les visages de l’insurrection, 9 mai-19 mai 1943

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Le 19 avril 1943 débute la « liquidation » du ghetto de Varsovie. Créé à la fin de l’année 1940 au cœur de la capitale polonaise, il a vu passer plus d’un demi-million de juifs. Cent mille d’entre eux y ont trouvé la mort jusqu’à l’été 1942, du fait des conditions meurtrières créées par les Allemands. A l’été 1942, dans le cadre de la « solution finale », 260 000 personnes sont déportées à Treblinka. Au mois de janvier suivant les SS reprennent les déportations, mais elles sont interrompues par les premières actions armées des groupes de résistances juives. Deux organisations coexistent. Le Żydowski Związek Wojskowy (ZZW, Union militaire juive), commandée par Pawel Frenkiel, 23 ans, rassemblant les militants des partis de droite, et la Żydowska Organizacja Bojowa (ZOB, Organisation juive de combat), où se retrouvent les militants de gauche. Alors que les ZZW et ZOB s’organisent afin de combattre les Allemands, des centaines de bunkers souterrains sont aménagés par la population. Lorsque le 19 avril 1943 les SS lancent leur opération, il reste de 50 000 à 60 000 Juifs dans le ghetto. Le ZZW (environ quatre cents combattants) et la ZOB (environ 750 combattants), ainsi que des groupes « sauvages » non affiliés, font face aux Allemands et livrent combat pendant près d’un mois. Première partie à lire ici Deuxième partie à lire ici 9 mai 1943 – 21e jour de combats dans le ghetto La veille Stroop a annoncé son intention de poursuivre la liquidation du ghetto…

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Au bonheur des négationnistes (retour sur les pratiques du champ littéraire), troisième partie

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Première partie ici Deuxième partie ici   Au bonheur des négationnistes (retour sur les pratiques du champ littéraire)   Troisième partie La critique littéraire contre le « réalisme historien » : le déni du document littéraire Évidemment, Nichanian ne peut tout de même pas faire comme s’il ignorait que le génocide nazi est amplement documenté. Mais c’est ici qu’intervient l’argumentaire antiréférentiel de White, appliqué spécialement aux écrits dans lesquels des victimes ont entrepris de témoigner. Pour le spécialiste des littératures arméniennes du XXe siècle, la question du « statut du témoignage » est en effet au cœur du débat suscité par les travaux de White, comme l’atteste au demeurant le fait que Carlo Ginzburg ait « construit sa critique dévastatrice de la position » de White « autour d’une idée indestructible du témoignage »[1]. L’enjeu est alors d’opposer à Ginzburg une conception du témoignage qualifiée de « moderne » – et prêtée à Renato Serra malgré l’auteur de « Just One Witness » – selon laquelle il « cess[e] d’être un document pour l’histoire et prév[aut] pour lui-même en tant que fait »[2]. C’est à cette conception autonomiste du témoignage que la critique littéraire contemporaine est sensible au premier chef. Mais ce qui est intéressant à observer à travers cette étude de cas, c’est le rapport de nécessité entre cette conception autonomiste et la métaphysique idéaliste d’après Auschwitz que j’ai exposée dans la partie précédente. Il est entendu que « [l]e relativisme permet de ne se trouver nulle part au moment même où l’on prétend être équitablement partout », dans « un refus d’assumer la responsabilité d’une enquête critique »[3].…

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Ghetto de Varsovie: les visages de l’insurrection ( 27 avril au 8 mai 1943)

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Le 19 avril 1943 débute la « liquidation » du ghetto de Varsovie. Créé à la fin de l’année 1940 au cœur de la capitale polonaise, il a vu passer plus d’un demi-million de juifs. Cent mille d’entre eux y ont trouvé la mort jusqu’à l’été 1942, du fait des conditions meurtrières créées par les Allemands. A l’été 1942, dans le cadre de la « solution finale », 260 000 personnes sont déportées à Treblinka. Au mois de janvier suivant les SS reprennent les déportations, mais elles sont interrompues par les premières actions armées des groupes de résistances juives. Deux organisations coexistent. Le Żydowski Związek Wojskowy (ZZW, Union militaire juive), commandée par Pawel Frenkiel, 23 ans, rassemblant les militants des partis de droite, et la Żydowska Organizacja Bojowa (ZOB, Organisation juive de combat), où se retrouvent les militants de gauche. Alors que les ZZW et ZOB s’organisent afin de combattre les Allemands, des centaines de bunkers souterrains sont aménagés par la population. Lorsque le 19 avril 1943 les SS lancent leur opération, il reste de 50 000 à 60 000 Juifs dans le ghetto. Le ZZW (environ quatre cents combattants) et la ZOB (environ 750 combattants), ainsi que des groupes « sauvages » non affiliés, font face aux Allemands et livrent combat pendant près d’un mois. La première partie de cette chronique, initialement publiée par Tal Bruttmann sur son mur Facebook se trouve ici 27 avril 1943 – 9e jour de combats dans le ghetto Un millier d’Allemands, SS et…

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Au bonheur des négationnistes (retour sur les pratiques du champ littéraire), deuxième partie

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Voici la deuxième partie du travail de Frédérik Detue, en approfondissement de son intervention à nos journées sur le négationnisme. La première partie se trouve ici. Au bonheur des négationnistes (retour sur les pratiques du champ littéraire)   Deuxième partie Défense du sublime historique génocidaire : Marc Nichanian avocat de Hayden White Le point nodal du « scepticisme absolu » de White est le rejet par principe de la notion de preuve, comme si elle n’avait aucune pertinence pour qualifier la tâche des historien·nes. Comme si ladite notion de preuve – comme d’ailleurs celle de vérité (à toujours manier avec des guillemets !1) – appartenait de facto à un régime de croyance que seule une forme de naïveté positiviste pourrait continuer d’ignorer en tant que tel. C’est pourquoi ce scepticisme passe par une réfutation de l’archive, dont on ne pourrait jamais rien conclure de façon définitive. Or, malgré les objections sérieuses qui lui ont été faites et dont je viens de donner un aperçu, ce positionnement théorique de White, qui lui a valu avant sa retraite d’occuper une chaire de littérature comparée à l’Université de Stanford, constitue une doxa aujourd’hui dans le champ des études littéraires. La plupart du temps, on ne se réclame certes pas de l’auteur, en particulier en France où ses écrits demeurent relativement méconnus2. Mais, quand il est arrivé que l’on revienne sur le débat qui a opposé Carlo Ginzburg à White, l’enjeu a été pour l’essentiel d’invalider la critique de Ginzburg. Spécialement, celui-ci avait le tort de soutenir contre…

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