Ghetto de Varsovie: les visages de l’insurrection

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Le 19 avril 1943 débute la « liquidation » du ghetto de Varsovie. Créé à la fin de l’année 1940 au cœur de la capitale polonaise, il a vu passer plus d’un demi-million de juifs. Cent mille d’entre eux y ont trouvé la mort jusqu’à l’été 1942, du fait des conditions meurtrières créées par les Allemands. A l’été 1942, dans le cadre de la « solution finale », 260 000 personnes sont déportées à Treblinka. Au mois de janvier suivant les SS reprennent les déportations, mais elles sont interrompues par les premières actions armées des groupes de résistances juives. Deux organisations coexistent. Le Żydowski Związek Wojskowy (ZZW, Union militaire juive), commandée par Pawel Frenkiel, 23 ans, rassemblant les militants des partis de droite, et la Żydowska Organizacja Bojowa (ZOB, Organisation juive de combat), où se retrouvent les militants de gauche. Alors que les ZZW et ZOB s’organisent afin de combattre les Allemands, des centaines de bunkers souterrains sont aménagés par la population. Lorsque le 19 avril 1943 les SS lancent leur opération, il reste de 50 000 à 60 000 Juifs dans le ghetto. Le ZZW (environ quatre cents combattants) et la ZOB (environ 750 combattants), ainsi que des groupes « sauvages » non affiliés, font face aux Allemands et livrent combat pendant près d’un mois.

 

19 avril 1943.

A 3h du matin 850 SS commandés par 16 officiers encerclent le ghetto de Varsovie pour procéder à sa liquidation, après une première tentative en janvier. Ils pénètrent à 6h et sont accueillis par un feu nourri qui marque le début du soulèvement et les oblige à battre en retraite à l’extérieur.
Tema Sznajdermann, 26 ans, infirmière, militante du Dror, courrier de la résistance, tuée en mission le 18 janvier 1943 lors du premier soulèvement du ghetto

 

20 avril 1943, 2e jour de la révolte.

Les SS tentent de prendre la place Muranowski, où flottent sur le toit d’un immeuble deux drapeaux, un bleu et blanc frappé de l’étoile de David, l’autre polonais. Les membres du ZZW (Union militaire juive) repoussent l’assaut.
Le même jour Niuta Tajtelbaum, 26 ans, étudiante en histoire, communiste, participe avec son unité à la destruction d’une position allemande à la lisière du ghetto.
Elle sera abattue en juillet 1943 .

 

21 avril 1943, 3e jour des combats dans le ghetto.

Jurek Blones, 19 ans, mécanicien, membre des organisations jeunesses du Bund, commandant d’une des unités de combat du Bund. Capturé et exécuté par les Allemands à l’été 1943 .

22 avril 1943, 4e jour de combat dans le ghetto

 

 

 

 

 

 

Il est impossible de mettre en mots ce que nous avons vécu. Une chose est claire, ce qui s’est passé a dépassé nos rêves les plus audacieux. Les Allemands ont fui deux fois le ghetto. Une de nos compagnies a tenu sa position pendant quarante minutes, et une autre plus de 6 heures.
La mine placée dans le secteur des brossiers a explosé. Plusieurs de nos compagnies ont attaqué les Allemands qui se dispersaient. Nos pertes en hommes sont minimales. C’est également une réussite. Yechiel est tombé. Il est tombé en héros, à la mitrailleuse. Je sens que de grandes choses se passent et que ce que nous avons osé faire est d’une grande, énorme importance…
À partir d’aujourd’hui, nous allons passer à la tactique partisane. Trois compagnies de combat partiront ce soir, avec deux tâches : la reconnaissance et l’obtention d’armes. Souvenez-vous, les armes de courte portée ne nous sont d’aucune utilité. Nous ne les utilisons que rarement. Ce dont nous avons besoin d’urgence : des grenades, des fusils, des mitrailleuses et des explosifs.
Il est impossible de décrire les conditions dans lesquelles les Juifs du ghetto vivent maintenant. Seuls quelques-uns pourront résister. Les autres mourront tôt ou tard. Leur sort est décidé. Dans presque toutes les caches dans lesquelles des milliers de personnes se cachent il n’est pas possible d’allumer une bougie à cause du manque d’air.
Grâce à notre émetteur nous avons entendu le merveilleux rapport sur nos combats par la station de radio “Shavit”. Le fait que l’on se souvienne de nous au-delà des murs du ghetto nous encourage dans notre lutte. Que la paix soit avec toi, mon ami ! Peut-être nous reverrons-nous encore ! Le rêve de ma vie s’est réalisé. L’autodéfense dans le ghetto aura été une réalité. La résistance juive armée et la revanche sont des faits. J’ai été témoin du magnifique combat héroïque des hommes juifs à la bataille.”
Lettre de Mordechaï Anielewicz à Icchak Cukierman

Mordechaï Anielewicz, 24 ans, dirigeant de l’Hashomer Hatzaïr. Commandant de l’organisation juive de combat (ZOB) et de l’insurrection, mort au combat le 8 mai 1943

Icchak “Antek” Cukierman (Yitzhak Zuckerman), 28 ans, secrétaire général du Dror/HeHalutz, 28 ans, commandant adjoint de la ZOB, en charge du côté « aryen » et de la liaison avec les organisations de résistance polonaises, puis de l’évacuation des combattants. Commandant de l’unité de combat de la ZOB durant le soulèvement de Varsovie en 1944. Mort en 1981

23 avril 1943 – 5e jour de combat dans le ghetto.

Le général SS Stroop annonce qu’il s’agit du dernier jour d’opérations avant l’écrasement de la révolte et généralise l’emploi des lance-flammes pour incendier systématiquement les bâtiments du ghetto.
Le quartier général du ZZW place Muranowski est pris, tandis que le ZOB replie son bunker de commandement au 18 de la rue Mila. Les unités de combat décrochent de la place Muranowski et sont dépêchées vers le centre du ghetto.

Hersz Berlinski, 36 ans, ouvrier textile, militant de Poale Zion-gauche et responsable du groupe de protection à Lodz avant la guerre, commandant de l’unité de combat de Poale Zion-gauche, chargé de la défense du secteur des brossiers puis du ghetto central. Mort au combat le 27 septembre 1944 lors de l’insurrection de Varsovie

24 avril 1943 – 6e jour de combat dans le ghetto.

Stroop déclenche une offensive générale, annonçant l’achèvement des opérations au plus tard le 26 avril.
La majorité des juifs encore présents dans le ghetto, sans doute au moins 40 000 personnes, est réfugiée dans des dizaines de bunkers aménagés dans les caves des immeubles.
Dans le secteur des ateliers Toebbens-Schutz les combattants du ZZW et de la ZOB tiennent leurs positions face à l’offensive SS.

Miriam Heinsdorf, 30 ans, militante de l’Hachomer Hatzaïr, membre du comité central de la ZOB, morte au combat dans le secteur des ateliers Toebbens-Schutz

25 avril 1943 – 7e jour de combats dans le ghetto.

 

 

 

 

Les SS sont régulièrement accrochés au cours de leur progression qui vise à détruire immeuble après immeuble pour mettre fin à la résistance rencontrée.
Officiellement, les Allemands font état de 50 blessés et 5 morts dans leurs rangs depuis le début des opérations.
Dans son télégramme quotidien Stroop annonce “Je vais essayer d’obtenir un train pour TII [Treblinka] pour demain, sinon la liquidation aura lieu demain [sur place].

Gela Seksztajn, 37 ans, peintre, membre du groupe de résistance Oneg Shabbes, tuée en avril 1943 dans le ghetto

26 avril 1943 – 8e jour de combats dans le ghetto.

Alors que l’écrasement du ghetto était annoncé pour ce jour, Stroop doit faire état d’une résistance systématique lors de l’avancée de ses troupes, régulièrement accrochées, estimant faire face désormais aux éléments les plus durs et les plus résistants.
Pourtant les lignes de la ZOB et du ZZW ont été enfoncées depuis 2 jours et les liaisons entre les unités de combattants sont de plus en plus sporadiques. Aux unités qui subsistent encore s’ajoutent des groupes de combattants rassemblant des trafiquants et contrebandiers du ghetto qui participent à la résistance.

Leib Gruzalc, 23 ans, militant du Bund, commandant d’une des unités en charge de la défense du ghetto central, tué au combat le 26 avril 1943.

 

NDLR: Ces chroniques sont initialement parues sur le mur Facebook de l’historien Tal Bruttmann.

La suite des chroniques, du 27 Avril au 8 mai 1943 se trouve ici